Krzysztof Ulanowski, Neo-Assyrian and Greek Divination in War

p. 385-388

Référence(s) :

Krzysztof Ulanowski, Neo-Assyrian and Greek Divination in War, Leyde / Boston, Brill, 2021, 572 p., 228 €, ISBN 9789004429383.

Texte

Le volume écrit par Krzysztof Ulanowski s’inscrit dans une récente ligne de recherche qui s’intéresse aux relations entre le Proche-Orient et la Grèce. Comme indiqué dans l’introduction, l’objectif du livre est d’analyser les influences de la divination néo-assyrienne sur la divination grecque relative à la guerre. La période considérée dans le livre est donc le Ier millénaire avant J.-C., plus spécifiquement l’époque 800-300 avant J.-C. Cependant, les deux premiers chapitres, soit un cinquième du livre, traitent des périodes antérieures : IIe-IIIe millénaires avant J.-C.

L’introduction est déjà très problématique : des généralisations du type : « divination is a very rational tool in waving a successful war », p. 10 ; assertions programmatiques injustifiées : « It seems quite clear that Mesopotamia and Greek civilization influenced one another », p. 7 ; exagérations : importance de la guerre démontrée par les sceaux akkadiens de dieux combattants au nombre de 70 dans un corpus glyptique de 500 000 sceaux, qui ne datent que de deux siècles, simplifiant ainsi un argumentaire intéressant, ne préfigurant pas ce qui va suivre. Dès le départ, le lecteur connait l’objectif du livre, mais pas l’approche méthodologique. La suite montre bien que l’absence de cette description dans l’introduction ou le premier chapitre reflète la principale difficulté du livre : l’absence de méthode. Que ce soit dans la structure du livre, dans la construction de chaque chapitre, même dans les notes de bas de pages et la bibliographie, l’A. manque de méthode. Un exemple : la bibliographie n’est pas classée par ordre chronologique et les écrits datant de la même année sont rarement distingués par des lettres minuscules ajoutées à l’année. Les notes de bas de pages sont une suite de citations sans hiérarchie : par exemple, l’A. ne distingue pas l’editio princeps d’un texte ancien traduit des articles qui traitent du même texte.

Le livre se compose de cinq chapitres pour un total de 491 pages, suivis d’une bibliographie de 66 pages et d’un index de 14 pages. La longueur des chapitres est très inégale : avec 281 pages, le chapitre 4 constitue presque trois cinquièmes du livre, tandis que le chapitre 1 compte 23 pages, et que les chapitres 2 et 3 couvrent respectivement 69 et 64 pages, le chapitre 5, 39 pages, et la conclusion 3 pages seulement. La longueur des chapitres n’est pas en soi un facteur décisif et peut dépendre des sources disponibles. Mais dans cet ouvrage, cette disparité dépend de sa construction même, qui réserve à la divination relative à la guerre une place prépondérante, comme le prouve l’importance numéraire du chapitre 4.

Le chapitre 1 vise à expliquer l’importance de la guerre en Mésopotamie et en Grèce. Que l’A. ait utilisé 23 pages pour le faire est déjà acrobatique. Nous ne sommes pas surpris par les simplifications extrêmes qu’un tel exercice lui a coûté. L’A. semble pourtant ignorer le débat actuel sur l’existence de la guerre au Néolithique. De même, il ignore l’architecture militaire qui constitue une source historique, au même titre que la documentation textuelle, pour l’étude de la guerre antique. De plus, en distinguant deux types de guerre (« juste » et « impérialiste »), il insère dangereusement un point de vue éthique contemporain dans la guerre ancienne. L’approche émique est loin d’être présente dans ce livre. L’aspect le plus déroutant et anti-historique du chapitre est l’absence de contextualisation de la guerre dans les sections consacrées à la Mésopotamie et à la Grèce. Par exemple, au lieu d’expliquer les changements intervenus dans l’armée et la guerre grecques, en particulier au viie s. avec la reforme hoplitique, l’A. commence par Alexandre le Grand (p. 26), poursuit avec la Grèce archaïque (p. 27, sic), la Grèce classique (p. 28), Polybe (p. 28), Strabon (p. 28) et Sargon d’Akkad (p. 28). Sur la page 28, 2300 ans d’histoire se côtoient… Je laisserai de côté les idées obsolètes de l’historiographie grecque, comme l’idée que Sparte serait le seul État à s’intéresser à l’entraînement militaire, ou les généralisations comme celle sur le butin (les Grecs ne seraient pas différents des Assyriens).

Le chapitre 2 est consacré à la divination mésopotamienne et le chapitre 3 à la grecque. La construction de ces deux chapitres renforce la méfiance du lecteur à l’égard de ce livre, car elle est similaire : une introduction, suivie d’une histoire de la divination (chap. 2) ou des principes liés à la divination (chap. 3), complétée par une partie finale plus thématique. Les problèmes sont trop nombreux ; je ne mentionnerai que les principaux. L’introduction du chapitre 2 prétend faire un état de l’art, mais se présente comme une série de citations – extraites de leur contexte d’origine et donc déformées et banalisées – de différents chercheurs qui se sont intéressés à la divination. Ces citations ne sont pas classées par ordre chronologique, alphabétique, ou thématique (par ex., Oppenhaiem 1977 vient après Frahm 2010 et Pongratz-Leisten 2014, suivis par Rochberg 2003) : aucune logique ne les relie sinon le hasard des lectures de l’A., qui se garde bien de donner son propre point de vue. L’histoire de la divination mésopotamienne s’arrête à la fin du IIe millénaire avant J.-C. sans aucune justification. Dans la partie thématique du chapitre 2, la succession logique des thèmes traités fait défaut : d’abord sont traités les dieux Šamaš et Sin liés à la divination (p. 53-69), puis les incantations magiques Namburbi pour conjurer le mal, ensuite on retourne au dieu de la divination, Ea (p. 74-75) et enfin, on parle des devins qui auraient un statut particulier entre les dieux et les humains (p. 76-103). L’introduction du chapitre 3 est une série de citations d’auteurs grecs et romains (sic) qui ont formulé des opinions sur la divination, mêlés à des chercheurs contemporains. Les auteurs ne sont pas classés par ordre chronologique, et voici l’ordre des auteurs mentionnés : Xenophon, Homère, Cicéron, Strabon, Cicéron, historiens grecs du ive-iiie s. avant J.-C., Flower 2008, Hérodote, Xenophon, Johnston 2008, Hérodote, Homère, Trampedach 2008, Homère, Platon. Au passage, toujours dans cette partie introductive, l’A. mentionne l’origine égyptienne de la divination selon les auteurs grecs, ce qui ne semble pas lui poser de problème. Puis, au lieu de parler de divination, un tiers du chapitre est dédié au sacrifice, et le reste aux devins grecs. La seule section intéressante est celle consacrée à la relation entre divination et politique, qui fait l’objet d’étude pour la seule Grèce.

Le chapitre 4 est tout aussi discutable, puisque l’A. ne fournit aucune explication sur les choix qu’il a faits pour classer les différents paragraphes qui composent le chapitre, ni sur la sélection des présages des différentes séries ominales. Il aurait en effet été impossible de traiter tous les présages relatifs à la guerre dans un chapitre ; un autre plan du livre aurait été nécessaire. L’A. semble avoir commencé par les présages les plus fréquents (extispicine), mais en réalité les apodoses des présages tétralogiques sont très abondamment liées au devenir de l’État plus qu’au domaine privé. Le chapitre se compose d’une introduction (12 p.), et treize paragraphes de longueur inégale. L’introduction, surtout la première page, manque de logique : les blocs de phrases sont assemblés au hasard. Il est difficile de comprendre pourquoi cette longue introduction est nécessaire, étant donné que le début de chaque paragraphe est consacré à une explication du type de présage et parfois à un bref historique du texte. De plus, certains types de divination sont expliqués en une phrase, tandis que d’autres bénéficient d’une explication plus substantielle, sans qu’on en sache les raisons.

Certains paragraphes n’ont que peu ou pas de rapport avec la Mésopotamie (clédonomancie) ou pas du tout (éternuements, signes de la nature). D’autres paragraphes ne concernent pas la Grèce : le premier paragraphe, consacré à l’extispicine et le plus long (p. 180-309), ne s’intéresse pas à la Grèce. Le deuxième (divination par les astres) ne mentionne que très brièvement la Grèce, même si l’A. veut démontrer que les Grecs ont hérité de la Mésopotamie la tradition astrologique, importée à l’époque d’Alexandre le Grand. Le troisième paragraphe (« présages tirés des catastrophes naturelles ») mentionne d’abord les présages grecs, puis les présages mésopotamiens. En réalité, l’A. cherche la mention de tremblements de terre chez Hésiode ou Strabon pour confirmer que les séismes étaient vécus en Grèce, comme en Mésopotamie, comme un signe de mauvais augure. En résumé, il n’y a aucun parallèle strict entre les présages mésopotamiens relatifs à la guerre et ceux de la Grèce. De plus, l’absence du texte grec empêche de comprendre si la comparaison proposée par l’A. est justifiée ou exagérée. Ce qui est certain, c’est que tout au long de ce chapitre, les présages mésopotamiens cités en traduction ne sont ni analysés ni commentés.

Le chapitre 5 est le plus décevant : au lieu de montrer les similitudes des pratiques et même de certains présages mésopotamiens et grecs, au lieu de soulever la question égyptienne de la divination fournie par les auteurs grecs, au lieu d’aborder les relations étroites entre politique, divination et sort des devins, d’ailleurs magistralement étudiées par Pierre Villard pour la Mésopotamie (oublié dans la bibliographie de l’A.), le chapitre vise les seuls moyens de ces contacts. Il aurait dû au moins justifier son approche. La structure logique des arguments avancés fait souvent défaut et l’A. ne traite pas spécifiquement de la divination (le titre du chapitre est donc trompeur), mais des rapports littéraires, commerciaux, maritimes et militaires entre le Proche-Orient et la Grèce.

Malgré l’idée centrale du livre, je ne peux m’empêcher d’exprimer un sentiment général de grande perplexité. D’après le titre choisi, l’auteur aurait dû faire la part belle aux présages relatifs à la guerre. Or, ceux-ci ne représentent que 25 % du livre (126 pages sur 491), qui est en fait plus largement dédié à la divination. La question qui devrait imprégner tout l’ouvrage – à savoir les rapports que la divination grecque a entretenu avec la divination proche-orientale, notamment pour la guerre, et les moyens de ces rapports –, n’est abordée que dans le chapitre 5 (8 % du livre). L’absence de méthode, l’absence même d’une logique de raisonnement capable de hiérarchiser les idées pour aboutir à une démonstration, sans parler des approximations, généralisations, et simplifications, dont l’A. n’est pas avare tout au long du livre, font regretter qu’une maison d’édition sérieuse comme Brill ait pu publier ce livre, qui dans son contenu et sa forme actuels, n’aurait jamais dû être publié.

Citer cet article

Référence papier

Laura Battini, « Krzysztof Ulanowski, Neo-Assyrian and Greek Divination in War », HiMA : revue internationale d'Histoire Militaire Ancienne, 14 | 2025, 385-388.

Référence électronique

Laura Battini, « Krzysztof Ulanowski, Neo-Assyrian and Greek Divination in War », HiMA : revue internationale d'Histoire Militaire Ancienne [En ligne], 14 | 2025, . Droits d'auteur : Le texte seul, hors citations, est utilisable sous Licence CC BY 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.. URL : https://preo.ube.fr/hima/index.php?id=2532

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Laura Battini

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