Massacres et commandement dans le monde grec antique (vie-ive siècles av. J.-C.)

  • Massacres and Command in Ancient Greece (6th-4th Centuries BC)

DOI : 10.58335/hima.541

p. 09-80

Abstracts

Cet article examine la façon dont étaient décidés et ordonnés les massacres en contexte de guerre dans le monde grec antique, de ca 540 à 326 avant notre ère, en établissant une typologie précise des formes de massacres, en fonction du type d’opération militaire dans lequel ils s’inscrivent et des catégories auxquelles appartiennent les victimes. Il porte une attention minutieuse à la façon dont les auteurs anciens ont représenté l'initiative des violences et le commandement dans les récits de massacres, afin de mieux comprendre la décision du massacre et la part de responsabilité des multiples acteurs impliqués, à différents niveaux, dans son exécution (communautés politiques, coalitions de cités, chefs de guerre, soldats).

This article examines the way in which massacres perpetrated in the context of war were decided and ordered in Ancient Greece, from 540 to 326 BC, while establishing a precise typology of the forms of massacres, according to the type of military operation in which they were part and the categories to which the victims belonged. It pays close attention to the way in which ancient authors represented the initiative of violence and command in accounts of massacres, so as to understand the decision to massacre and the share of responsibility of the multiple actors involved, at different levels, in its execution (political communities, alliance of cities, officers and soldiers).

Outline

Editor's notes

Cet article a fait l’objet d'une rétroconversion dans le cadre du projet FNSO PEPSO-BFC, permettant ainsi une mise en ligne en accès libre de l’ensemble des numéros de la revue. La revue remercie les éditions des Belles Lettres qui ont donné leur accord pour cette mise en ligne gratuite. Pour cet article, la numérotation des notes de bas de page des tableaux dans l’annexe diffère de la numérotation d’origine, une différence due au système de rétroconversion.

Text

Lors de l’expédition des Dix Mille, lorsque les Grecs parviennent enfin aux rives du Pont-Euxin, au moment d’affronter les Colques, dernier peuple qui les sépare d’une cité grecque et de la possibilité de rentrer chez eux, Xénophon parcourt les rangs des soldats en les exhortant avec ces mots : « Camarades, ces gens que vous voyez sont les seuls qui nous empêchent encore d’atteindre le but où nous tendons depuis longtemps ; ceux-là, il faut, si nous pouvons, les avaler tout crus (ὠμοὺς δεῖ καταφαγεῖν). »1 Par la suite, dans l’attente de pouvoir embarquer pour la Grèce, lorsque les soldats se rendent coupables d’actes de cruauté et d’indiscipline, Xénophon les réprimande, les rappelle à l’ordre et chacun est jugé et puni pour ses fautes2. D’un côté, la parole du chef encourage la violence des soldats à l’encontre des ennemis, de l’autre elle l’encadre et lui impose le respect de certaines règles3.

Je souhaiterais apporter ici un éclairage spécifique sur le commandement militaire4 en lien avec l᾽accomplissement de la violence de guerre et en particulier l’une de ses formes les plus extrêmes : le massacre5. Plusieurs questions se posent, qui touchent à la fois aux pratiques et aux représentations. Les massacres procèdent-ils de l’initiative personnelle d’un chef de guerre ou bien d’une décision collective ? Sont-ils prémédités, ordonnés, prescrits, organisés par le commandement et donc exécutés de sang-froid ou bien procèdent-ils d’une violence spontanée qui surgit dans le feu de l’action ? Quels sont les facteurs qui contribuent à intensifier ou au contraire à limiter leur ampleur ? Comment les auteurs anciens ont-ils représenté l’initiative des violences et le commandement dans les récits de massacre ?

Par-delà l’apparente simplicité d’un ordre donné, le commandement est un processus complexe, depuis la prise de décision jusqu’à l’exécution, dans lequel interviennent de nombreux acteurs, à l’intersection entre pouvoir militaire et politique. L’exercice du commandement militaire pose en outre la question de la relative liberté d’initiative des chefs de guerre en campagne ainsi que celle du partage du commandement dans le cadre des magistratures collégiales et des alliances militaires entre différents belligérants6.

Je me suis fondée pour cette étude sur le corpus des massacres et des violences extrêmes établi dans le cadre de la constitution de la base de données du programme de recherche Parabainô7 en me concentrant sur les époques archaïque et classique jusqu᾽aux conquêtes d᾽Alexandre comprises8. L’inventaire élaboré collectivement en se fondant sur la relecture des sources anciennes9 et la bibliographie existante10 s’est avéré d’autant plus complexe qu’outre différentes formes de dissimulation, d’atténuation et de silence11 ou au contraire d’amplification et d᾽exagération présentes dans les sources grecques, la représentation des violences est largement tributaire des choix d’écriture de chaque auteur, des codes propres aux différents genres littéraires12 mais aussi de perceptions différenciées des degrés de la violence. Les topoi littéraires, les effets rhétoriques, les biais discursifs, les évocations lacunaires ou allusives des violences rendent souvent difficile la reconstitution historique précise des faits. Ces points sont illustrés dans la critique formulée par Plutarque à l’encontre de l’historien Douris de Samos13 à propos de la description du sort des prisonniers à l’issue du siège de Samos (M3)14 :

Douris de Samos ajoute des détails tragiques (ἐπιτραγῳδεῖ) : il accuse les Athéniens et Périclès d’une extrême cruauté dont ne font mention ni Thucydide, ni Éphore, ni Aristote. Il ne dit probablement pas la vérité (οὐδ’ ἀληθεύειν ἔοικεν), quand il prétend que Périclès conduisit les triérarques et les soldats de marine de Samos sur l’agora de Milet, où ils furent enchaînés à des planches durant dix jours : après quoi, alors qu’ils étaient dans un état lamentable, il ordonna de les achever en leur brisant la tête à coups de bâton, et de jeter leur corps, sans leur donner de sépulture. Même quand Douris n’est pas concerné personnellement par un événement, il n’a pas pour habitude de fonder ses récits sur la vérité (ἐπὶ τῆς ἀληθείας). Il a donc sûrement, en la circonstance, exagéré les malheurs de sa patrie (μᾶλλον ἔοικεν ἐνταῦθα δεινῶσαι τὰς τῆς πατρίδος συμφορὰς) pour accuser les Athéniens. (Plutarque, Vie de Périclès, 28.2-3, trad. A.-M. Ozanam)

Cependant l’intensité et la durée de la guerre (mai 440-décembre 440 ou janvier 439) ainsi que les revers connus par Athènes constituent un contexte propice au déploiement de la violence extrême. En outre, dans son récit, Diodore indique que Périclès redoublant les forces engagées s’est donné pour objectif de détruire entièrement la flotte des ennemis (βουλόμενος εἰς τέλος συντρῖψαι τὸν τῶν ἐναντίων στόλον, 12.28). Il mentionne aussi succinctement le châtiment des responsables de la défection (κολάσας δὲ τοὺς αἰτίους) après la prise de la cité (M84). Jean-Christophe Couvenhes, dans son étude de la pratique de l’apotympanismos, a montré que le châtiment rapporté par Douris, mis en regard avec la façon dont il était pratiqué à Athènes, paraît tout à fait vraisemblable, Périclès infligeant aux alliés qui ont trahi la peine réservée aux kakourgoi et aux traîtres, en vertu de ses pouvoirs coercitifs15.

La définition retenue pour l᾽identification des massacres en temps de guerre est la mise à mort d’ennemis en grand nombre qui ne sont pas en mesure de se défendre16. Il peut s’agir de non-combattants (civils ou militaires17) et de combattants mis hors d’état de combattre (soldats blessés ou malades18, soldats vaincus et désarmés, faits prisonniers ou détenus en otage mais également – avec des discussions – soldats surpris au repos et soldats en déroute19). Les combattants effectifs ou potentiels sont dans le monde grec tous les hommes en âge de porter les armes à l’exclusion donc des vieillards, des femmes et des enfants, auxquels s’ajoutent les personnes inaptes à la guerre (malades, infirmes)20.

Les massacres peuvent avoir lieu dans le contexte d’une bataille rangée (terrestre ou navale), d’une prise de ville ou d’une incursion en territoire ennemi (dans le cadre d’opérations de conquête, de pillage ou de représailles). Ils peuvent être accomplis dans le feu de l’action pendant les opérations militaires ou bien de sang-froid à la suite de la capture ou de la reddition des ennemis après un délai plus ou moins long. Ils peuvent avoir lieu dans le cadre des combats ou en marge de ceux-ci, voire lors d᾽une trêve ou en temps de paix dans le contexte d’une attaque surprise ou d᾽une trahison.

Comme cela a déjà été souligné, tant dans le monde grec que romain21, il n’existe pas de terme spécifique pour désigner un massacre. Les verbes employés ont soit le sens général de « tuer, détruire » soit font référence au mode d’exécution. Le choix du vocabulaire obéit avant tout à l’effet de sens et à la représentation de la tuerie que souhaite donner l’auteur. Il est également révélateur de perceptions différenciées du massacre.

Prenons l’exemple des massacres dans le contexte d’une bataille navale22 : le terme employé majoritairement est ἀποκτείνω, « tuer » (dix emplois), sauf dans six massacres où les verbes font référence au mode d’exécution ou bien confèrent une connotation négative à la tuerie. Les Tyrrhéniens ont lapidé (καταλεύω) leurs prisonniers (M1). Les Athéniens ont achevé leurs prisonniers (ἀναιρέω) après dix jours au pilori (M3). Les Corinthiens dans leur élan pour massacrer (φονεύω) les ennemis défaits plutôt que de les capturer vivants en sont venus à tuer dans la confusion leurs propres alliés (M5). Les Lacédémoniens exécutent (ἀποκτείνω) les équipages des navires marchands faits prisonniers. Thucydide commente : les Lacédémoniens massacraient (διαφθείρω) tous ceux qu’ils prenaient en mer comme s’ils étaient des ennemis (ὡς πολεμίους) (M46). Le navarque Alcidas fait égorger (ἀποσφάζω) les prisonniers capturés durant sa navigation (M8). Des ambassadeurs samiens se présentent pour dénoncer un tel massacre : « il n’était pas beau (οὐ καλῶς) de libérer la Grèce en massacrant des hommes (εἰ ἄνδρας διέφθειρεν) qui ne prenaient pas les armes contre lui, qui n’étaient pas ses ennemis mais qui étaient alliés des Athéniens par nécessité. » Le stratège Philoclès et les Athéniens faits prisonniers sont accusés d’avoir massacré (διαφθείρω) les équipages de deux navires en précipitant les hommes par-dessus bord (κατακρημνίζω)23 (M11). Les Lacédémoniens et leurs alliés décident de les exécuter (ἀποκτείνω), Philoclès est égorgé (ἀποσφάζω, σφαγή) le premier (M12).

Pour l’ensemble du corpus, le verbe le plus fréquemment employé est κτείνω (ἀποκτείνω ou κατακτείνω) (« tuer ») (48) tant pour l’exécution de prisonniers après un affrontement (12), l’exécution de tous les hommes en âge de combattre (9) et le massacre indistinct d’une population en contexte obsidional (7) ou dans le cadre d᾽une incursion en territoire ennemi (9). Viennent ensuite les termes de la famille de σφάζω (σφαγή, ἀποσφάζω, κατασφάζω, « égorger ») (22) (employés notamment pour l’exécution des prisonniers et en particulier de tous les hommes en âge de combattre en contexte obsidional), φονεύω (φόνος, καταφονεύω, « massacrer ») (22) (employés notamment pour le massacre indistinct et le massacre de soldats en déroute) et διαφθείρω (« détruire complètement ») (20) (sans lien particulier avec une forme de massacre spécifique).

L’ampleur de la tuerie24 est généralement exprimée par la mention de son caractère total indiqué avec l᾽adjectif πάντες sous sa forme simple (« tous ») ou sa forme renforcée ἅπαντες (« tous sans exception »), ou bien par le pronom relatif de quantité ὅσοι (« tous ceux qui »)25. Cette totalité correspond à la définition d’un groupe présenté comme exterminé dans son entièreté : tous les soldats constitués prisonniers à l’issue d’une bataille navale26, d’une bataille terrestre, d’opérations de maraudage ou de l’assaut d’un fortin27, tous les soldats en déroute entrés dans une propriété privée (M33), tous les soldats réfugiés dans un espace sacré (M26), tous les hommes des équipages de navires marchands saisis en mer (M46), tous les mercenaires d’un campement attaqués malgré une convention (M49), tous les citoyens d’une cité réunis en assemblée (M77), tout individu confondu dans le contexte d’une prise de ville28 ou d’une incursion en territoire ennemi29, tous les invalides abandonnés dans la fuite (M108), tous les hommes en âge de combattre en contexte obsidional30 ou dans le cadre d’une incursion en territoire ennemi31, ou enfin tous les ennemis tenus pour responsables32.

L’ampleur de la tuerie peut également être soulignée par l’emploi de l’adjectif πολύς. Les ennemis sont tués en grand nombre (πολλοί) ou dans leur grande majorité (οἱ πολλοί, οἱ πλέονες, οἱ πλεῖστοι), qu’il s’agisse de prisonniers constitués dans le cadre d’opérations navales ou terrestres, d’ennemis surpris au repos ou en déroute33, des hommes (M68) ou des habitants indistinctement dans le contexte d’une prise de ville (M65) ou d’une incursion en territoire ennemi34, ou enfin des ennemis tenus pour responsable35. Thucydide, Diodore et Arrien emploient également la figure de la litote (μέρος τι οὐκ ὀλίγον, οὐκ ὀλίγοι, « un nombre non négligeable »)36 et l’expression φόνος πολύς (πλεῖστος, τοσοῦτος, οὐκ ὀλίγος, « un énorme massacre ») pour les massacres de soldats en déroute37 et les massacres indistincts dans le contexte d’une prise de ville38 ou d’une incursion en territoire ennemi39.

La peinture de l’ampleur du massacre est parfois développée, notamment dans les récits de massacre indistinct de la population en contexte obsidional chez Diodore de Sicile. Celui-ci emploie le champ lexical de l’accumulation (γέμω, πληρόω) donnant à voir l’image concrète des corps qui s’amoncellent souvent corrélée à la représentation de l’extension spatiale de la tuerie (πᾶς τόπος, « en tout lieu »)40 : πᾶς δ’ ἦν τόπος αἵματος καὶ νεκρῶν πλήρης (« tout le sol était couvert de sang et de cadavres », M55), πᾶς τόπος ἔγεμε τῶν ἀναιρουμένων (« chaque recoin débordait de corps massacrés », M58), τῆς πόλεως κατὰ πάντα τόπον νεκρῶν πληρουμένης (« la ville était remplie de cadavres en chaque recoin », M59), τὴν πόλιν νεκρῶν ἐπλήρωσαν (« ils remplirent la ville de cadavres », M67)41.

Ce sont donc avant tout l’accent mis sur l’ampleur de la tuerie et la catégorie des victimes (qu’il n’est pas toujours évident d’identifier avec certitude, nous y reviendrons), qui nous ont servi de critère de sélection. Nous avons également relevé un certain nombre d’éléments descriptifs qualifiant les acteurs et la mise à mort qui peuvent contribuer à la représentation d’une tuerie comme étant celle d’un massacre, notamment la mention de son caractère indistinct et désordonné, d’une forme d’acharnement ou d’une volonté d’extermination, de sentiments comme l’absence de pitié, la cruauté, la haine ou la colère du côté des agresseurs, la panique ou la stupeur du côté des victimes. Nous avons également systématiquement répertorié les actes sacrilèges42, les violences de masse et les pratiques de cruauté43 qui peuvent accompagner les massacres.

Hormis certaines formes spécifiques de massacres que je n’ai pas prises en compte ici44, nous avons recensé plus d’une centaine de massacres impliquant des Grecs du côté des agresseurs ou des victimes et correspondant à la définition rappelée précédemment. Je propose en annexe une typologie de ces massacres classés en fonction du type d’opération militaire dans laquelle ils s’inscrivent et des catégories auxquelles appartiennent les victimes45.

Comme l’a souligné Pascal Payen, la guerre, si elle peut apparaître comme le lieu par excellence de l’irruption de la violence spontanée et incontrôlée, n’est pas un univers sans règles et il est possible de reconstituer la logique de la violence de guerre, d’analyser les formes de rationalité à l’œuvre dans l’accomplissement des destructions et de mettre en évidence des stratégies de la violence46. Comment donc étaient décidés et ordonnés les massacres ? Nous envisagerons tout d’abord les massacres ordonnés dans le contexte des batailles rangées, puis les massacres ordonnés dans le cadre d’une prise de ville et dans un troisième temps les massacres ordonnés dans le contexte d’incursions en territoire ennemi. Nous terminerons en examinant la représentation de l’initiative des violences et du commandement dans les récits de massacres47.

Les massacres perpétrés dans le contexte d’une bataille rangée [49]

La première catégorie concerne les massacres accomplis dans le contexte d’une bataille rangée, terrestre ou navale48.

Les massacres recensés sont principalement le fait des Grecs dans le cadre de guerres qui les opposent à d’autres Grecs [30] et des Macédoniens dans le contexte des conquêtes d’Alexandre [7]. Ils concernent uniquement des combattants qui tombent ou sont tombés aux mains de l’ennemi à l’exception de la dernière section, qui touche également des non-combattants dans le cadre d’opérations en marge des combats49 : attaque surprise d’un convoi de vivres (M44), d’un campement de mercenaires en dépit de la convention passée (M49)50, exécution des équipages des navires marchands athéniens et alliés capturés par les Lacédémoniens (M46)51.

Les combattants faits prisonniers dans le cadre d’opérations navales52 (M1-12) ou terrestres (M13-21)53 sont désignés par différents termes, certains avec un sens général qui ne les identifie pas en tant que tels, « les hommes » (τοὺς ἄνδρας54, τοὺς ἀνθρώπους55), « les ennemis » (τοὺς πολεμίους), d’autres plus spécifiques dénotant la capture (« les prisonniers », τοὺς αἰχμαλώτους, les verbes λαμβάνω, ἐγκαταλαμβάνω, capio)56. Les soldats au repos (M22-25) sont caractérisés par le fait qu’ils sont « sans armes » (ἀόπλους καὶ γυμνοὺς, M22, Polyen), « encore couchés » (ἔτι ἔν ταῖς εὐναῖς, M24, Thuc., M25, Arrien ; κοιμωμένοις, M23, Plu.) et « s’efforçant de ramasser leurs armes » (ἀναλαμβάνοντας τὰ ὅπλα, M24, Thuc.). Les ennemis peuvent « facilement » s’en saisir et les mettre à mort (εὐμαρῶς, M22, Polyen, M25, Arrien). Les soldats en déroute (M28-43), qui parfois jettent leurs armes (ῥίψαντες τὰς πανοπλίας, Diod., abiectis armis, Justin, M38), sont identifiés par l’emploi des termes de la famille de φεύγω, souvent associé au vocabulaire de la retraite (ἀποχωρέω), de la poursuite (ἕπομαι, ἐφέπομαι, διώκω, καταδιώκω), de la capture et de la panique (φόβος, ἐκπλήττω). Le verbe καταφεύγω, plus spécifique, est employé pour les soldats qui se réfugient dans un espace sacré (M26-27). Les non-combattants qui accompagnent l’armée sont caractérisés par le fait qu’ils ne sont pas armés (ἄνοπλοι)57.

Massacres de prisonniers de guerre à la suite d’une bataille navale [12] ou terrestre [9]

Les cas recensés (M1-21) s’étendent du milieu du vie siècle au milieu du ive siècle. Ils s’inscrivent principalement dans le contexte de la guerre du Péloponnèse et de la troisième guerre sacrée. De nombreux éléments montrent que dans la grande majorité des cas, le sort des prisonniers fait l’objet d’une délibération et le massacre est exécuté de sang-froid à l’issue d’une décision et la formulation d’un ordre donné par le chef de guerre, la décision étant prise le plus souvent directement à la suite du combat.

En effet, on peut observer que les vainqueurs opèrent parfois une sélection parmi les prisonniers, choisissant d’en exécuter certains et d’en épargner d’autres. Cette sélection est opérée en fonction de leur origine, de leur statut politique et militaire ou du rôle qu’ils ont joué dans la guerre. Au cap Leucimme en 435/4, les Corcyréens exécutent les prisonniers non corinthiens et gardent les Corinthiens en captivité (M4)58. Lors de la bataille de Naupacte en 429, les Athéniens exécutent les prisonniers mais en épargnent aussi certains (M7), comme les Péloponnésiens lors de la bataille d’Érétrie en 411 (M10) et les Phocidiens lors de la troisième guerre sacrée (M14). Après la bataille d’Aigos Potamos en 405, seuls les prisonniers athéniens sont exécutés. Parmi eux, un stratège est épargné pour s’être opposé au décret des mains coupées voté par les Athéniens (M12)59. Lors de la troisième guerre sacrée, Philomélos contraint certains prisonniers à se jeter du haut des falaises du Parnasse (M14). En 365, les Éléens exécutent leurs compatriotes exilés (φυγάδες) et mettent en vente les étrangers (ξένοι) (M13)60.

Deux cas montrent que dans le cadre d’une alliance, les prisonniers peuvent connaître un traitement différencié lorsqu’ils sont partagés entre les vainqueurs. À l’issue de la bataille d’Alalia, ca 540-535, les prisonniers sont répartis par le sort (διαλαγχάνω) entre les Carthaginois et les Étrusques et, semble-t-il, entre les différents alliés étrusques. Les Agylléens les lapident après les avoir emmenés (ἐξαγαγόντες κατέλευσαν). La suite du texte précise que les corps gisent près de chez eux, les prisonniers ont donc été amenés à Agylla, où il a été décidé de leur sort (M1). Après une expédition commune menée par les Éléens et les Arcadiens, les prisonniers sont partagés entre les vainqueurs (διαιρέω), les Arcadiens mettent en vente leurs prisonniers tandis que les Éléens égorgent les leurs, διὰ τὴν εἰς τὸ μαντεῖον παρανομίαν, « en raison du crime qu’ils avaient commis contre l’oracle ». La décision des vainqueurs obéit pour chacun à une logique propre (M15). Si elle peut être prise par chacun des alliés séparément, elle peut aussi faire l’objet d’une délibération collective comme dans le cas de la réunion des alliés convoquée par Lysandre après Aigos Potamos (M12) :

…Λύσανδρος ἁθροίσας τοὺς συμμάχους ἐκέλευσε βουλεύεσθαι περὶ τῶν αἰχμαλώτων… 32  Ἐλέγετο δὲ καὶ ἄλλα πολλά, καὶ ἔδοξεν ἀποκτεῖναι τῶν αἰχμαλώτων ὅσοι ἦσαν Ἀθηναῖοι πλὴν Ἀδειμάντου…

Après avoir rassemblé les alliés, Lysandre les invita à délibérer sur le sort des prisonniers… [de nombreuses accusations sont portées contre les Athéniens]. 32 On ajouta beaucoup d’autres choses et l’on décida d’exécuter tous les prisonniers qui étaient Athéniens à l’exception d’Adimante… (Xénophon, Helléniques, 2.1.31-32)

Dans les trois exemples d’exécution de prisonniers à la suite de l’assaut d’un fort (M19-21), celle-ci a été ordonnée par le commandement et accomplie immédiatement après la prise de la place forte61. Dans le premier exemple (M19), les mercenaires arcadiens et barbares (perses ou cariens) tenant un poste fortifié à Notion (port de Colophon) ont été attaqués par surprise (ἐξαπιναίως καὶ οὐ προσδεχομένων) dans le contexte d’une trêve en l’absence de leur commandant, l’Arcadien Hippias, convié par le stratège athénien Pachès à des négociations et retenu prisonnier. Après l’exécution de tous les combattants pris dans le fort, le chef des mercenaires est réintroduit dans la place et criblé de flèches62.

Dans le contexte de la troisième guerre sacrée, les mercenaires des Phocidiens capturés par les Béotiens durant des opérations de maraudage sont criblés de coups de javelot en application d’un jugement prononcé par les Amphictions (M17) : τούσδε τοὺς ἄνδρας οἱ Ἀμφικτύονες στρατευσαμένους μετὰ τῶν ἱεροσύλων θανάτῳ κολάζουσιν (« les Amphictions condamnaient à mort ces hommes pour avoir fait campagne avec les pilleurs du sanctuaire »). La condamnation à mort est portée à la connaissance des Phocidiens par l’entremise d’un héraut et immédiatement mise à exécution (εὐθὺ δὲ καὶ τῶν ἔργων τοῖς λόγοις ἀκολουθούντων ἅπαντας κατηκόντισαν). En guise de représailles, les mercenaires exigent du stratège Philomélos qu’il inflige aux ennemis faits prisonniers dans les mêmes conditions63 le même châtiment (παροξυνθέντες ἠξίουν τὸν Φιλόμηλον τῆς ὁμοίας τιμωρίας ἀξιῶσαι τοὺς πολεμίους, M18). Ils capturent alors de nombreux ennemis vivants afin qu’ils soient à leur tour exécutés de la même façon, i.e. criblés de coups de javelots (ἅπαντας ὁ Φιλόμηλος κατηκόντισε). « Par ce châtiment, ils firent en sorte que les adversaires renoncent à infliger avec mépris une terrible vengeance » (διὰ δὲ ταύτης τῆς κολάσεως τοὺς ἐναντίους ἐποίησαν μεθέσθαι τῆς ὑπερηφάνου καὶ δεινῆς τιμωρίας). Dans ce commentaire, Diodore met en évidence la mise en œuvre de la logique de la loi du talion en ce qu’elle vise à mettre un terme à la surenchère de la vengeance64.

Massacres de soldats surpris au repos [4] ou réfugiés dans un espace sacré [2]

Dans le cas des soldats surpris au repos (M22-25) ou réfugiés dans un espace sacré (M26-27), les massacres s’inscrivent également dans le cadre d’une stratégie décidée et ordonnée en tant que telle par le commandement. Ainsi, lors de la bataille de Sépéia, Cléomène donne à l’insu des ennemis l’ordre de s’armer au combat au moment du repas (παραγγέλλει σφι, Hér. ; Κλεομένης λάθρα παράγγελμα ἔδωκεν, Polyen) et lance l’attaque (ἐκ τοῦ κηρύγματος, « au signal du héraut », Hér.) (M21) puis il ordonne (κελεύει, Paus.) aux hilotes de mettre le feu au bois sacré dans lequel se sont réfugiés les Argiens (M26). Quant à la mort des 500 soldats phocidiens brûlés vifs dans le temple d’Apollon à Abai (M27), Diodore la présente comme un prodige (θεῖον), un juste châtiment infligé par la divinité : θείᾳ τινὶ προνοίᾳ τῆς προσηκούσης τοῖς ἱεροσύλοις τιμωρίας ἔτυχον, « par l’effet, en quelque sorte de la providence divine, ils reçurent le châtiment qui convenait à des pillards sacrilèges ». Le feu laissé allumé dans les tentes des fugitifs aurait embrasé la paille qui se trouvait en abondance autour du temple et déclenché un terrible incendie. Point de sacrilège commis par les Béotiens sous la plume de Diodore : τοῖς γὰρ ἱεροσύλοις ἔδοξε τὸ θεῖον μὴ διδόναι τὴν ἐκ τῆς ἱκεσίας συγχωρουμένην ἀσφάλειαν, « on estima que la Divinité n’accordait pas à des pillards sacrilèges l’immunité dont bénéficient les suppliants »65. Pausanias, lui, ne s’embarasse pas de piété : οἱ Θηβαῖοι τοὺς ἱκέτας καὶ τὸ ἱερόν […] ἔδοσαν πυρί, « les Thébains livrèrent aux flammes les suppliants et le sanctuaire »66.

Massacres de soldats en déroute [16]

Dans la mesure où le massacre des soldats en déroute a lieu dans la continuité immédiate des combats, se pose la question de l’articulation entre commandement et initiative spontanée des soldats dans le feu de l’action. Les mouvements de poursuite et d’arrêt des combats sont ordonnés par le commandement67. Lorsque les soldats se lancent dans la poursuite, ont-ils reçu des instructions précises concernant la capture ou l’exécution des fuyards dont ils parviennent à se saisir ? S’agit-il en règle générale de capturer vivant ceux qui se rendent et d’achever ceux qui résistent68 ? Dans l’élan du combat, les soldats ne sont-ils pas portés à aller plus loin que ce qui est ordonné ?

Les notations relatives au commandement sont rares et le plus souvent peu explicites. Lors du massacre des soldats en déroute sous le commandement de Nicias lors de la traversée du fleuve Assinaros (M35)69, le stratège athénien se rend au commandant lacédémonien et lui demande « de mettre fin au massacre (παύσασθαι φονεύοντας). Sur quoi Gylippe ordonne de faire désormais des prisonniers (ζωγρεῖν ἤδη ἐκέλευεν). Tous ceux par suite que les hommes ne firent pas disparaître – et il y en eut un grand nombre – furent emmenés vivants »70. Plutarque, qui dans son récit amplifie l’intensité du massacre, indique que l’ordre a été transmis avec lenteur (βραδέως δὲ τοῦ παραγγέλματος διικνουμένου) et que le nombre de tués fut donc beaucoup plus grand que celui des prisonniers épargnés. Dans son récit de la bataille d’Himère (M30), Diodore indique qu’il y eut un grand massacre de fuyards parce que Gélon avait donné l’ordre de ne capturer aucun ennemi vivant (τοῦ δὲ Γέλωνος παραγγείλαντος μηδένα ζωγρεῖν, πολὺς ἐγένετο φόνος τῶν φευγόντων), dans celui de la bataille de Cronion (M37), il décrit les Carthaginois, en proie au ressentiment (μνησικακούντων), poursuivant avec ardeur les ennemis en déroute et s’exhortant mutuellement à n’épargner personne (οἱ μὲν Καρχηδόνιοι φιλοτιμότερον καταδιώξαντες παρήγγελλον ἀλλήλοις μηδένα ζωγρεῖν).

Lors des batailles navales de Sybota (M5) et de Naupacte (M6), le massacre a lieu durant la déroute des navires ennemis : ceux-ci sont endommagés et leurs équipages pratiquement à la merci du vainqueur. À Sybota, Thucydide emploie le verbe φονεύω et le substantif ἄνθρωπος plutôt que le terme plus usuel ἀνήρ pour désigner les combattants. Surtout il souligne la volonté d’anéantissement qui anime les Corinthiens. Ceux-ci poursuivent les Corcyréens jusqu’au rivage pour les mettre à mort plutôt que les constituer prisonniers :

Τῆς δὲ τροπῆς γενομένης οἱ Κορίνθιοι τὰ σκάφη μὲν οὐχ εἷλκον ἀναδούμενοι τῶν νεῶν ἃς καταδύσειαν, πρὸς δὲ τοὺς ἀνθρώπους ἐτράποντο φονεύειν διεκπλέοντες μᾶλλον ἢ ζωγρεῖν, τούς τε αὐτῶν φίλους, οὐκ ᾐσθημένοι ὅτι ἥσσηντο οἱ ἐπὶ τῷ δεξιῷ κέρᾳ, ἀγνοοῦντες ἔκτεινον.

La déroute ainsi semée, les Corinthiens ne s’occupèrent pas de remorquer les coques des bâtiments ennemis à demi-coulés : tournant leur effort contre les hommes, ils s’ouvraient le passage jusqu’à eux, pour les exterminer, au lieu de les faire prisonniers ; et, comme ils n’avaient pas eu connaissance de la défaite subie à l’aile droite, ils tuaient leurs propres amis, sans les reconnaître. (Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, 1.50.1, trad. J. de Romilly)

À Naupacte, lorsque les Péloponnésiens surprennent la flotte athénienne qui longe la côte et la mettent en fuite, ils poursuivent les navires (ceux qui n’ont pas réussi à prendre le large) jusqu’au rivage, les détruisent et mettent à mort tous les Athéniens qui n’ont pas réussi à s’échapper à la nage (ὅσοι μὴ ἐξένευσαν αὐτῶν, Thuc., 2.90.5). Tandis qu’ils s’occupent ensuite de prendre en remorque les trières vides71, ils sont attaqués par les Messéniens arrivés en renfort (2.90.6).

Dans le cadre des opérations terrestres, dans la majorité des cas recensés, il n’est pas non plus question de prisonniers, l’objectif semble bien avoir été de tuer le plus grand nombre possible d’ennemis lors des combats et dans la fuite72. Cependant, lors de la bataille du Crocos (M38)73, 6 000 hommes ont été tués dans le combat et surtout dans la fuite, distingués des 3 000 hommes qui ont été faits prisonniers74. Lors de la poursuite par les Macédoniens des Illyriens en 335 (M39) et des Scythes en 329 (M43), Arrien et Quinte-Curce mentionnent à la fois un grand nombre de fuyards massacrés et un grand nombre d’ennemis faits prisonniers : οὐκ ὀλίγοι δὲ καὶ ζῶντες ἐλήφθησαν, « ils n’étaient pas en petit nombre non plus les soldats pris vivants », multis interfectis, pluribus captis, « beaucoup avaient été tués, un plus grand nombre encore faits prisonniers »75.

Massacres en marge des combats [6]

Les massacres en marge des combats recensés sont tous orchestrés par le commandement : les cavaliers sont envoyés par Mardonios à l’attaque du convoi de vivres (M44) ; l’exécution des prisonniers thébains obéit à une décision prise par les Platéens au sein de leur cité à la suite de la capture et d’une convention passée avec les Thébains (M45)76 ; les équipages des navires marchands athéniens et alliés saisis autour du Péloponnèse sont exécutés sur ordre des autorités spartiates (M46)77 ; le perse Arsace, lieutenant de Tissapherne, fait cerner par surprise au moment du déjeuner et tuer à coup de javelots les Déliens qui se sont joints à son armée en qualité d’amis et d’alliés (M47) ; le massacre des cavaliers macédoniens obéit à une opération concertée des Mémacéniens au sein de leur communauté (M48) et celui des mercenaires indiens au commandement d’Alexandre après une convention (M49). Dans le cas de l’attaque du convoi de vivres à Platées (M44) et celui du campement des mercenaires à Massaga (M49), on peut se demander néanmoins, comme pour le cas des soldats tués dans la déroute, dans quelle mesure le massacre obéit strictement à l’ordre donné ou au moins en partie à l’initiative spontanée des soldats dans le cours du massacre accompli à chaud.

Pour l’ensemble des massacres perpétrés dans le contexte d’une bataille rangée ou en marge des combats, se pose en outre la question de l’articulation entre l’initiative propre du commandant, les instructions données en amont et les interactions avec les différents acteurs sur le terrain, qui peuvent émettre conseils ou avertissements et jouer un rôle direct ou indirect dans la prise de décision. La décision militaire est en effet bien plus souvent collaborative qu’autoritaire et fait intervenir de nombreux acteurs. Pour autant, à l’exception de l’exécution des prisonniers athéniens après la défaite d’Aigos Potamos (M12)78, les sources font très peu apparaître les délibérations au sein des cités, des conseils des alliés ou des états-majors, préalables à l’exécution d’un massacre.

Ainsi, lorsqu’Alcidas ordonne d’exécuter les prisonniers à Téos (M8), obéit-il à des instructions données en amont ou agit-il de son propre chef ? Le fait qu’il renonce à massacrer le reste des prisonniers et les relâche après l’intervention d’ambassadeurs samiens semble indiquer qu’il évalue par lui-même l’opportunité d’une telle mesure et a agi de sa propre initiative, celle-ci apparaissant dans le même temps conforme à la politique spartiate d’exécution des équipages des navires capturés au début de la guerre du Péloponnèse (M46).

Lors de la troisième guerre sacrée, c’est le stratège Philomélos qui donne l’ordre d’exécuter les prisonniers béotiens mais à la demande des mercenaires qui réclament vengeance (ἠξίουν τὸν Φιλόμηλον τῆς ὁμοίας τιμωρίας ἀξιῶσαι τοὺς πολεμίους, « ils demandaient à Philomélos de condamner les ennemis au même châtiment » M18).

Dans le cas de l’attaque du convoi de vivres à Platées (M44), Mardonios reçoit le conseil d’un Thébain, celui de faire garder les débouchés des passes du Cithéron par où affluent les Grecs qui viennent renforcer l’armée grecque à Platées. C’est aussi l’occasion pour Hérodote de pointer du doigt le médisme des Thébains.

συνεβούλευσε Μαρδονίῳ τὰς ἐκβολὰς τοῦ Κιθαιρῶνος φυλάξαι… 39.  Ἡμέραι δέ σφι ἀντικατημένοισι ἤδη ἐγεγόνεσαν ὀκτώ, ὅτε ταῦτα ἐκεῖνος συνεβούλευε Μαρδονίῳ. Ὁ δὲ μαθὼν τὴν παραίνεσιν εὖ ἔχουσαν, ὡς εὐφρόνη ἐγένετο, πέμπει τὴν ἵππον…

Un Thébain […] donna le conseil à Mardonios de faire garder les passes du Cithéron […] 39. Depuis huit jours déjà les deux armées campaient face à face lorsqu’il donna ce conseil à Mardonios ; l’autre en reconnut la sagesse et, sitôt la nuit tombée, fit partir sa cavalerie… (Hérodote, Enquêtes, 9.38-39, trad. A. Barguet)

Mardonios décide d’envoyer la cavalerie mais ne participe pas à l’attaque du convoi. Quel rôle a alors joué le commandant de la cavalerie ? Avait-il simplement reçu l’ordre de se saisir du convoi ou bien de l’anéantir ? Notons que pour l’ensemble des massacres dans cette catégorie, c’est le seul cas où est souligné le caractère impitoyable du massacre (ἀφειδέως ἐφόνευον, « ils massacraient sans pitié »), un massacre accompli par un peuple « barbare » qui ne fait pas de distinction entre le combattant et le non-combattant, l’homme et l’animal (οὐ φειδόμενοι οὔτε ὑποζυγίου οὐδενὸς οὔτε ἀνθρώπου, « n’épargnant ni homme ni bête »). Ce type de caractérisation est bien plus fréquent pour la deuxième grande catégorie de massacres, ceux exécutés dans le contexte d’une prise de ville, lorsque la vie de l’ensemble d’une population se trouve entre les mains des vainqueurs79.

Les massacres perpétrés dans le contexte d’une prise de ville [42]

Massacres indistincts de la population [18]

Jusqu’à la prise de Thèbes en 335 et le massacre des Thébains par les Macédoniens et leurs alliés grecs [1], les massacres indistincts rapportés dans les sources sont majoritairement le fait de peuples non grecs : Perses [3], Thraces [1], Carthaginois [3], à l’exception de deux massacres sous le commandement de deux tyrans : Hippocrate, tyran de Géla, au début du ve siècle et Denys de Syracuse au début du ive siècle [2]. Ils sont par la suite le fait des Macédoniens sous la conduite d’Alexandre80 [8].

Les catégories de victimes sont le plus souvent explicites et la transgression des limites qui définissent le combattant par opposition au non-combattant est nettement exprimée : les ennemis sont massacrés indistinctement (ὁμοίως, passim), hommes et femmes quel que soit le sexe, enfants, adultes, vieillards quel que soit l’âge81, à l’extérieur ou à l’intérieur même des maisons (ἐν ταῖς οἰκίαις)82, réfugiés dans un espace sacré ou en dehors, en posture ou non de suppliant83, tout individu quel qu’il soit sur lequel un soldat met la main, tout individu qui apparaît successivement devant lui84. L’emploi de l’adverbe ἑξῆς associé à πάντες (« tous, les uns à la suite des autres ») donne un caractère systématique à la tuerie tandis que la mort des uns ou des autres est déterminée par le hasard des rencontres successives dans la trajectoire des soldats (ὅτῳ ἐντύχοιεν, τοὺς περιτυχόντας). Parfois, le massacre s’étend même aux animaux85. Certains massacres ont pour particularité d’opposer, en outre, des ennemis qui partagent une même origine, une même langue, qui peuvent même être parents, ce qui renforce dans les représentations leur caractère horrifique en leur donnant les couleurs d’un massacre en contexte de stasis86. Les victimes éliminées indistinctement, dans la plus grande confusion (οὐδενὶ κόσμῳ, « sans aucun ordre », M59 Arrien), alors qu’elles ne sont pas armées (inermes, M62 QC) ou ne résistent même plus (οὐδὲ ἀμυνομένους τοὺς Θηβαίους ἔτι, M59 Arrien), apparaissent comme un tout indéterminé et déshumanisé (ἐπὶ πᾶν, M60 Arrien).

Lorsque les catégories de victimes ne sont pas précisées, les expressions employées englobent l’ensemble des habitants de la ville prise, désignés par l’ethnique87, par une périphrase, « tous ou la plupart des habitants »88, « tous ceux pris par l’ennemi »89, « presque tous ceux qui ont été laissés dans la ville sans exception »90, « tous les suppliants » réfugiés sur l’Acropole (M52), « tous ceux qui se sont réfugiés dans la citadelle »91, ou bien par un simple pronom exprimant la totalité92.

Il convient néanmoins de rester prudent dans l’interprétation des expressions à valeur générale qui semblent englober l’ensemble de la population ou d’une catégorie de la population93. Elle doit être associée à une analyse précise du cotexte (syntagmes exprimant le caractère indistinct, transgressif, cruel ou impitoyable de la tuerie94), du contexte historique et des choix d’écriture de chaque auteur.

Lorsque Diodore décrit le sort des prisonniers platéens en 427 après la reddition de la cité aux Lacédémoniens (M88), il écrit : τοὺς ἐγκαταλειφθέντας ἅπαντας ἀνεῖλον (« ils massacrèrent tous ceux qui avaient été laissés dans Platées sans exception »)95, alors que selon le témoignage de Thucydide, c’est « au moins 200 Platéens » qui ont été condamnés à mort, les femmes ont été réduites en esclavage et leurs partisans épargnés (3.68.3), selon Démosthène, « tous les hommes en âge de porter les armes » ont été exécutés, « les femmes et les enfants » vendus comme esclaves, selon Isocrate, « absolument tous [les Platéens] excepté ceux qui ont réussi à s’échapper » ont été tués. Lorsqu’il évoque la prise de la place d’Hysiai en Argolide par les Lacédémoniens et leurs alliés en 417 (M72), Diodore indique qu’ils mirent à mort « les habitants » (τοὺς ἐνοικοῦντας) alors que Thucydide indique qu’ils exécutèrent τοὺς ἐλευθέρους ἅπαντας οὓς ἔλαβον « tous les hommes libres faits prisonniers sans exception »96.

En outre, la caractérisation des victimes varie aussi en fonction des auteurs. Dans le récit de la prise de Thèbes (M59) et de la capitale des Malles (M67), les catégories de non-combattants massacrées ne sont pas explicitement mentionnées par Diodore tandis qu’elles le sont dans les récits postérieurs de Quinte-Curce et Arrien97. Lors de la prise de Tyr (M60), Diodore n’évoque pas un massacre indistinct de la population, comme le suggèrent Quinte-Curce et Arrien, mais une résistance acharnée des Tyriens qui s᾽exhortent au combat, élèvent des barricades et tombent en combattant au nombre de plus de 7 000 (μαχόμενοι πλὴν ὀλίγων ἅπαντες κατεκόπησαν, ὄντες πλείους τῶν ἑπτακισχιλίων, 17.46.3)98. Dans le cas de la prise de Persépolis, qui a été livrée à Alexandre (M61), Diodore évoque le massacre de tous les hommes (τοὺς μὲν ἄνδρας πάντας φονεύοντες) et l’asservissement des femmes (τὰς δὲ γυναῖκας σὺν αὐτοῖς τοῖς κόσμοις πρὸς βίαν ἀπῆγον), tandis que les récits postérieurs de Quinte-Curce et Plutarque laissent entendre que ce sont tous les prisonniers indistinctement qui ont été massacrés99. Dans le récit par Diodore de la bataille livrée contre les Agalassiens, les survivants faits prisonniers dans les villes voisines où ils se sont réfugiés sont réduits en esclavage (17.96.3), tandis que chez Quinte-Curce, les hommes en âge de combattre sont exécutés et le reste des prisonniers vendu (M83). Enfin, lors de la prise de la grande ville où 20 000 indigènes se sont réfugiés, selon Diodore, la plupart des Indiens, après avoir résisté vigoureusement, périssent brûlés tous ensemble dans le feu allumé par Alexandre sous le coup de la colère (M65)100, tandis que dans le récit de Quinte-Curce ce sont les Indiens eux-mêmes qui sans espoir de salut mettent le feu à leurs demeures pour se donner la mort avec leurs femmes et leurs enfants dans un suicide collectif (9.4.6).

L’ensemble de ces massacres sont exécutés par des armées sous la direction du commandement101 au moment même de la prise de la ville102 et le plus souvent dans la continuité immédiate du siège, une fois que les assaillants ont fait irruption à l’intérieur des murs, que la plupart des combattants ont été tués et que la ville est en leur pouvoir103. La mention de la prise de la ville immédiatement avant la description du massacre le situe néanmoins dans une temporalité distincte de celle des combats104.

Dans trois cas, une rupture temporelle plus importante apparaît entre la prise de la ville par la force ou la reddition et l’exécution des prisonniers ordonnée dans un deuxième temps. Le général perse Artabaze fait conduire les habitants en dehors de la ville pour leur exécution (κατέσφαξε ἐξαγαγὼν ἐς λίμνην, « il les fit égorger après les avoir conduits à l’extérieur près du marais », M53). Persépolis a été livrée par le gouverneur perse Tiridate à Alexandre, la ville s’est rendue et les portes ouvertes aux soldats qui, procèdent alors au pillage et au massacre des prisonniers sous le commandement d’Alexandre (M61). Lors de l’attaque de la septième ville de Sogdiane prise au premier assaut (ἐξ ἐφόδου) (M63), selon le témoignage de Ptolémée rapporté par Arrien105, les habitants se sont rendus, Alexandre a réparti les prisonniers entre les soldats et a ordonné de les emmener enchaînés sous bonne garde jusqu’à ce qu’il ait quitté le territoire puis de les exécuter (καὶ τότε κτεῖναι)106 afin qu’aucun des artisans de la révolte ne soit laissé derrière (ὡς μηδένα ἀπολείπεσθαι τῶν τὴν ἀπόστασιν πραξάντων). Les prisonniers, désignés par le terme générique τοὺς ἀνθρώπους, ont-ils tous été exécutés indistinctement de sang-froid ou bien uniquement les hommes tenus pour responsables ?

La distinction entre les types de massacre suivants repose sur les différences de traitement entre les prisonniers. Les massacres ne concernent généralement que les hommes. Ils résultent d’un choix opéré par les vainqueurs, qui décident soit de massacrer tous les hommes en âge de combattre faits prisonniers soit une partie d’entre eux (notamment ceux qui sont tenus pour responsables, les dirigeants ou les opposants politiques)107 pour des raisons politiques et militaires.

Massacres de tous les hommes en âge de combattre [15] ou des ennemis tenus pour responsables [9]

Le sort de l’ensemble des habitants d’une ville est entre les mains des vainqueurs. Ceux-ci décident d’exécuter tous les hommes en âge de combattre et d’asservir les femmes et les enfants [16]. À l’exception des exemples de la prise de Milet par les Perses en 494 et de la prise d’Himère par les Carthaginois en 409 [2], l’ensemble des massacres de cette catégorie sont le fait des Grecs (Athéniens [5], Lacédémoniens [3], Thessaliens [1], Thébains [1], Macédoniens sous le commandement d’Alexandre après 335 [4]).

La majorité des récits indique de façon succincte et coordonnée le sort des hommes d’un côté, et de l’autre, celui des femmes et des enfants (τέκνα δὲ καὶ γυναῖκας108, παῖδας δὲ καὶ γυναῖκας109) ou du reste des prisonniers confondus (οἱ ἄλλοι, ceteri, reliqui)110. La catégorie des vieillards n’apparaît plus111. Les hommes en âge de combattre sont désignés par le nom générique, οἱ ἄνδρες, désignant les prisonniers de sexe masculin112, ou par un terme qui fait référence à l’âge propre au combat, notamment ceux de la famille de ἡβάω113 mais aussi l’adjectif νέοι et son équivalent en latin puberes114.

Durant le siège et la prise d’une ville une partie plus ou moins importante des combattants est tombée au combat115, sans doute aussi des civils qui ont participé à la défense de la cité mais qui sont très rarement mentionnés dans les sources116. La proportion des hommes en âge de combattre faits prisonniers est donc plus ou moins grande en fonction de la durée et de l’intensité du siège117. Dans le cas de la prise de Milet par les Perses en 494 (M68)118, « la plupart des hommes massacrés » évoqués par Hérodote peut faire référence à la fois aux Milésiens tombés au combat119 et à des prisonniers exécutés après la prise de la ville. Un certain nombre de Milésiens ont réussi à échapper aux Perses (6.22), d’autres ont également pu être asservis120.

Dans quatre cas, le sort des femmes et des enfants n’est pas précisé : lors de la destruction de Thyréa (brûlée et saccagée), à la frontière de l’Argolide et de la Laconie, par les Athéniens en 424, « tous les Éginètes qui ne sont pas tombés au combat » (τούς τε Αἰγινήτας, ὅσοι μὴ ἐν χερσὶ διεφθάρησαν) sont ramenés à Athènes121 et les Athéniens décident de mettre à mort « tous les Éginètes qu’ils ont faits prisonniers », Αἰγινήτας δὲ ἀποκτεῖναι πάντας ὅσοι ἑάλωσαν, M70122 ; lors de la prise d’Hysiai évoquée précédemment, l’armée s’en retourne « après avoir tué tous les hommes libres faits prisonniers » (M72) ; lors de la prise de Caryai en Laconie, en 367, par les Lacédémoniens, dont les forces sont renforcées par des troupes siciliennes de Denys de Syracuse, Archidamos « fit égorger tous ceux qu’il prit vivants » (ὅσους ζῶντας ἔλαβεν, M76)123 ; lors de l’attaque surprise du tyran thessalien Alexandre de Phères contre la cité de Scotoussa (M77), dans le récit de Diodore, la ville n’a pas été assiégée, le tyran, après avoir convoqué les Scotousséens à l’assemblée (τῇ πόλει τῶν Σκοτουσσαίων, ἐκάλεσεν αὐτοὺς εἰς ἐκκλησίαν) les a fait cerner par ses mercenaires et tous égorger sans exception (ἅπαντας ἀπέσφαξε), avant de jeter les corps dans une fosse en avant du rempart et de détruire la ville, dans le récit de Plutarque, le tyran a fait cerner par ses gardes la cité amie et alliée (en même temps que celle de Mélibée) au moment de la réunion de l’ecclésia et égorger les hommes en âge de porter les armes (ἡβηδὸν ἀπέσφαξε) ; enfin lors de la prise de Sangala par Alexandre, en 326 (M82), Polyen indique que les Cathéens en âge de combattre ont été tués (Καθαίους… ἡβηδὸν ἔκτεινε) et que la ville a été détruite (καὶ πόλιν αὐτῶν… κατέσκαψεν).

Si seuls les hommes en âge de combattre ont été exécutés, quel a été le sort des non-combattants ? Le reste de la population a pu être évacué avant l’affrontement124, être asservi125, prendre la fuite, être expulsé ou abandonné à lui-même126.

Dans d’autres cas [9], les vainqueurs décident d’exécuter ceux qui sont tenus pour responsables, généralement désignés par l’adjectif αἴτιος127 ou les principaux opposants politiques128. On choisit τοὺς αἰτιωτάτους (les plus coupables) selon l’appréciation des vainqueurs : les Barcéens considérés par Phérétimè comme responsables du meurtre de son fils, M84 ; les Thébains qui se sont rendus coupables de médisme livrés comme otages et exécutés, M85 ; les Mytiléniens jugés responsables de la défection par le stratège athénien aux commandes sur place (εἴ τις ἄλλος αὐτῷ αἴτιος ἐδόκει εἶναι…, οὓς ὁ Πάχης ἀπέπεμψεν ὡς αἰτιωτάτους ὄντας τῆς ἀποστάσεως), M87129 ; les Brahmanes tenus pour responsables par Alexandre des révoltes de Sambos et de Musicanos, M91 et M92. C’est le plus souvent une partie ou la totalité de l’élite politique qui est ainsi massacrée.

Ces massacres obéissent tous à une décision réfléchie des vainqueurs, qui mettent en œuvre un traitement différencié des prisonniers130.

Dans la majorité des cas, ils sont représentés comme ordonnés directement par le commandement après la prise ou la reddition de la ville131. Cependant, ils peuvent, notamment dans le cas des Athéniens durant la guerre du Péloponnèse, faire l’objet d’une délibération à l’ecclésia, avant ou après la prise de la ville132. Ce fut le cas pour Mytilène en 427133 (les Mytiléniens « les plus coupables » ont été amenés à Athènes, où l’on délibère de leur sort et de celui de l’ensemble de la population : γνώμας ἐποιοῦντο…, ἔδοξεν αὐτοῖς…, Κλέωνος γνώμῃ…, M69/87), Thyréa en 424 (les prisonniers sont amenés à Athènes et l’on délibère de leur sort, οἱ Ἀθηναῖοι ἐβουλεύσαντο, M70), Skionè en 421134 (les Athéniens votent un décret avant l’envoi de l’expédition : ψήφισμά τ’ εὐθὺς ἐποιήσαντο, Κλέωνος γνώμῃ πεισθέντες, Σκιωναίους ἐξελεῖν τε καὶ ἀποκτεῖναι, Thuc. ; ἐψηφίσαντο πάντας τοὺς Σκιωναίους, ὅταν ἁλῶσιν, ἡβηδὸν ἀποσφάξαι, Diod., M71)135 et Mélos en 415136 (selon la proposition d’Alcibiade, περὶ τῶν Μηλίων γνώμην, ps-And., τῷ ψηφίσματι συνειπών, Plu., M73)137.

À Thèbes, en 364, les cavaliers d’Orchomène, soupçonnés de préparer la défection de leur cité, sont arrêtés et déférés par les magistrats devant l’assemblée (εἰς τὴν ἐκκλησίαν) : les Thébains décrètent (ὁ δῆμος ἐψηφίσατο) l’exécution des cavaliers, la réduction en esclavage et la destruction d’Orchomène (τούτους μὲν ἀποσφάξαι, τοὺς δ’ Ὀρχομενίους ἐξανδραποδίσασθαι καὶ τὴν πόλιν κατασκάψαι, M78). Lorsque la ville est prise, les hommes sont exécutés, les femmes et les enfants réduits en esclavage.

Dans le cas de Platées (M88), qui se rend après trois ans de siège en 427 avec la promesse que seuls les coupables seraient punis (τούς τε ἀδίκους κολάζειν), cinq juges lacédémoniens (δικασταὶ πέντε ἄνδρες) sont envoyés sur place au bout de quelques jours (Thuc. 3.52.2-3). Sans porter d’accusations, ils se contentent de demander aux Platéens s’ils ont rendu quelque service aux Lacédémoniens dans la guerre en cours. Ils consentent finalement à entendre les Platéens et les Thébains (dont Thucydide reconstitue longuement les discours, 3.53-67), puis condamnent à mort un à un tous les Platéens qui reconnaissent ne leur avoir rendu aucun service dans un simulacre de procès (3.68). Thucydide souligne le fait que la décision des Spartiates a été « infléchie par le souci des Thébains, parce que, pour la guerre qui venait de s’engager, ils les jugeaient utiles » (3.68.4)138.

Les sentiments invoqués dans les sources pour expliquer de telles décisions délibérées sont la haine (souvent ancestrale) et la colère139 : haine ancienne des Athéniens à l’égard des Éginètes (διὰ τὴν προτέραν αἰεί ποτε ἔχθραν, M70 Thuc.), des Thébains à l’égard des Orchoméniens (ἐκ παλαιῶν γὰρ χρόνων… ἀλλοτρίως διέκειντο, M78 Diod.), colère des Athéniens à l’égard des habitants de Mytilène (ὑπὸ ὀργῆς, M69 Thuc.) et de Skionè (παροξυνθέντες, M71 Diod.), colère d’Alexandre qui fait mettre en croix 2 000 prisonniers tyriens le long du rivage (ira regis, M80), colère à l’encontre d’Arimaze, crucifié avec ses proches et ses plus nobles compatriotes après reddition (Arimazi superbiae infensus, M90)140.

Pour l’ensemble des massacres en contexte obsidional, lorsqu’ils paraissent ordonnés directement par un chef de guerre, il convient de se demander également s’ils obéissent à des instructions données au préalable ou si le chef de guerre ordonne le massacre de sa propre initiative. Ainsi Otanès a-t-il reçu l’ordre de Darius de ne faire aucun mal aux Samiens. Mais après l’attaque surprise contre les Perses, dans laquelle « les plus considérables » d’entre eux ont été tués, il ordonne le massacre indistinct des habitants en guise de représailles (M50)141 :

Ὀτάνης δὲ ὁ στρατηγὸς ἰδὼν πάθος μέγα Πέρσας πεπονθότας, ἐντολὰς μὲν τὰς Δαρεῖός οἱ ἀποστέλλων ἐνετέλλετο, μήτε κτείνειν μηδένα Σαμίων μήτε ἀνδραποδίζεσθαι ἀπαθέα τε κακῶν ἀποδοῦναι τὴν νῆσον Συλοσῶντι, τουτέων μὲν τῶν ἐντολέων μεμνημένος ἐπελανθάνετο, ὁ δὲ παρήγγειλε τῇ στρατιῇ πάντα τὸν ἂν λάβωσι καὶ ἄνδρα καὶ παῖδα ὁμοίως κτείνειν.

Devant la gravité du coup porté aux Perses le chef de l’expédition, Otanès, se souvint bien des ordres que lui avait donnés Darius à son départ : ne tuer aucun Samien, n’en réduire aucun en esclavage, et remettre l’île à Syloson sans y commettre aucun dégât, mais il n’en tint plus compte et donna l’ordre à ses troupes de massacrer tout ce qui leur tomberait sous la main, les enfants comme les hommes, indistinctement. (Hérodote, Enquêtes, 3.147, trad. A. Barguet)

C’est l’articulation entre les différentes instances décisionnaires dans la hiérarchie du commandement qui est ici en jeu. Elle se pose en particulier dans le cas des généraux subordonnés à un monarque ou des magistrats militaires qui agissent au nom de leur cité ou d’une coalition de cités. Dans le cas des otages thébains en 479 (M85), Pausanias, hégémon de la ligue hellénique, congédie les alliés avant de conduire les otages à Corinthe pour les faire exécuter afin de leur enlever toute possibilité d’être épargnés contre rançon (τὴν στρατιὴν τὴν τῶν συμμάχων ἅπασαν ἀπῆκε καὶ ἐκείνους ἀγαγὼν ἐς Κόρινθον διέφθειρε). Il semble agir de son propre chef. Lors de la prise d’Hysiai en Argolide par les Lacédémoniens et leurs alliés (M72), les belligérants paraissent agir de concert en tuant les prisonniers avant de se séparer et de rejoindre chacun leur cité (τοὺς ἐλευθέρους ἅπαντας οὓς ἔλαβον ἀποκτείναντες ἀνεχώρησαν καὶ διελύθησαν κατὰ πόλεις).

La prise de ville n’est pas le seul contexte où l’ensemble d’une population se trouve menacée. La dernière catégorie concerne les massacres exécutés dans le cadre d’incursions en territoire ennemi.

Les massacres perpétrés dans le contexte d’une incursion en territoire ennemi [18]

Le seul exemple d’un massacre de colons en territoire ennemi est donné par Thucydide. Il indique que 10 000 colons ont été anéantis par les Thraces à Drabescos en territoire édone alors qu’ils tentaient de s’avancer à l’intérieur des terres après s’être rendus maître d’Ennea Hodoi (M93)142.

Tous les autres massacres de cette catégorie sont perpétrés à l’encontre de populations indigènes au cours d’opérations de conquête, de pillage ou de représailles : deux massacres ont lieu dans le cadre d’une alliance entre des Grecs et des Thraces, en 416 et en 400 (M94 et M99), les quatorze autres dans le contexte des campagnes d’Alexandre. Ces massacres sont accomplis soit lors d’attaques ciblées, souvent à l’improviste, ce qui permet de surprendre une population non armée143, soit dans le cadre d’une invasion généralisée du territoire, qui est pillé et dévasté144, soit lors de l’évacuation des villes ou des villages abandonnés par leur population, à l’approche de l’ennemi145, au cours du siège146 ou bien au moment où la ville tombe aux mains de l’ennemi (M104).

À l’exception du massacre des Bithyniens opéré par les Chalcédoniens et les Byzantins, qui se sont alliés à des Thraces (παραλαβόντες Θρᾷκας), rapporté par Diodore, qui mentionne explicitement l’exécution des femmes et des enfants parmi les prisonniers147, et des menaces proférées par Alexandre à l’encontre des Mardes après la capture de son cheval148, le massacre des non-combattants reste implicite149.

Les victimes sont désignées par les mêmes expressions que celles employées dans le cadre des massacres de combattants : surprises dans leurs lits (ἔτι ἐν ταῖς εὐναῖς, M95), sans armes (ἄνοπλοι, M97), tenues pour responsables (ὅσους ξυναιτίους τῆς ἀποστάσεως, M102), en fuite, faisant retraite, cherchant refuge, poursuivies, capturées… Cependant, le contexte, le type d’opération militaire et un certain nombre d’indices dans la désignation des victimes suggèrent que c’est bien la population indistinctement qui tombe sous les coups des soldats.

Ainsi, Alexandre assaille à l’improviste les villages des Uxiens de nuit150, attaque par surprise les Malles sans armes à l’extérieur de leur ville151, organise l’invasion totale du territoire des Orites en divisant l’armée en trois corps, de telle sorte que la population n’a aucun moyen d’échapper à l’ennemi (M98), ou bien envoie ses soldats à la poursuite de populations dans leur ensemble, en fuite après avoir abandonné leurs villages, leur ville ou leur retranchement (M102-111), cherchant refuge dans les marais (M109), les bois (M111), les montagnes (M104, 105), par-delà les fleuves (M110). La désignation des victimes par l’ethnique ou par des termes généraux comme « le peuple », « les barbares » et « les habitants »152, sans être déterminante, peut également appuyer l’hypothèse d’un massacre indistinct de la population. Arrien mentionne en outre un massacre des individus les plus faibles de la population : après la prise de Sangala (326), les Indiens des villes voisines prennent la fuite, tous ceux qui, trop faibles, ont été laissés en arrière durant la retraite (ὅσοι δὲ κατὰ τὴν ἀποχώρησιν ἀσθενείᾳ ὑπελείποντο), sont cernés par l’armée (ἐγκαταληφθέντες πρὸς τῆς στρατιᾶς) et massacrés au nombre de 500 environ (M108)153.

Dans le cas de l’attaque menée par le Thrace Seuthès contre les Thynes (M99), Xénophon précise que les femmes, les enfants et les vieillards sont revenus dans la plaine et que seuls les combattants sont demeurés dans les villages attaqués au pied des montagnes. Ce sont donc des hommes en âge de porter les armes qui sont exécutés après avoir été faits prisonniers sur ordre du roi thrace. Ce massacre s’apparente aux cas d’exécution des combattants faits prisonniers déjà rencontrés. L’acte est ici qualifié d’« impitoyable » (ἀφειδῶς), un terme qui reflète la représentation grecque du peuple thrace comme un peuple barbare.

Dans le cas des massacres perpétrés par les Macédoniens, lorsque les auteurs indiquent un traitement différencié des victimes (massacre des hommes en âge de combattre ; exécution des uns, asservissement des autres), la comparaison entre les auteurs invite également à s’interroger sur l’extension du massacre et la catégorie des victimes. Lors des représailles après la défaite du Polytimète (M100), Arrien écrit : « [Alexandre] ravagea la contrée et mit à mort les barbares qui s’étaient réfugiés dans les forts parce qu’on lui avait signalé qu’eux aussi avaient pris part à l’attaque contre les Macédoniens » (ἐπόρθει τὴν χώραν καὶ τοὺς ἐς τὰ ἐρύματα καταπεφευγότας τῶν βαρβάρων ἔκτεινεν) tandis que Quinte-Curce précisait « [il] donna l’ordre de mettre le feu aux campagnes et de tuer les hommes en âge de combattre » (urique agros et interfici puberes). Lors du massacre des Cosséens après la mort d’Héphaestion (M101), Arrien rapporte : « Alexandre anéantit ce peuple » (Ἀλέξανδρος δὲ ἐξεῖλεν αὐτῶν τὸ ἔθνος), quand Plutarque précisait : « il soumit le peuple des Cosséens, ayant fait égorger tous ceux qui étaient en âge de combattre » (τὸ Κοσσαίων ἔθνος κατεστρέφετο, πάντας ἡβηδὸν ἀποσφάττων). Lors de la répression en Arie après la révolte de Satibarzanès (M102), d’après Arrien : « il tua les uns, réduisit les autres en esclavage » (τοὺς μὲν ἀπέκτεινε, τοὺς δὲ ἠνδραπόδισε), mais dans le récit de Quinte-Curce, ce sont à la fois les combattants (XIII milia armata) et les non-combattants (multitudinem inbellem) qui ont péri dans les flammes allumées par Alexandre : peu nombreux sont ceux qui ont été faits prisonniers à moitié brûlés (pauci semustulati uenere in potestatem)154.

Ces massacres ont tous été accomplis sur ordre du commandement, qu’ils aient été exécutés durant l’attaque, la poursuite dans le cas de populations en fuite, ou après la capture. Ils sont perpétrés dans le cadre de stratégies dûment élaborées qui, comme pour les massacres et les destructions en contexte obsidional, s’inscrivent dans une logique de domination, de représailles155 et d’exemplarité156.

Pour autant, dans l’ensemble du corpus, les notations relatives aux délibérations et aux commandements qui président aux massacres sont rares et la part de responsabilité des différents acteurs souvent difficile à saisir. À l’issue de la bataille d’Aigos Potamos (M12), dans la Vie d’Alcibiade de Plutarque et dans le portrait à charge brossé par Pausanias dans la Périégèse, Lysandre est présenté comme le seul responsable de l’exécution des prisonniers157, la réunion et la délibération du conseil des alliés sont passées sous silence158. Dans le récit de Diodore de la prise de Thèbes (M59)159, il apparaît que ce sont à la fois Alexandre qui décide d’anéantir la cité en amont du siège en raison de l’arrogance dont les Thébains font preuve160, les Thébains qui sont eux-mêmes les responsables de leur propre malheur en raison de leur jusque-boutisme161, les Macédoniens qui durant la prise de la ville sont collectivement portés au massacre en réaction à leurs provocations162, ainsi que certains de leurs alliés grecs qui trouvent là l’occasion de déployer leur haine personnelle à l’encontre des Thébains163, tandis qu’après la prise de la ville, Alexandre confie au conseil fédéral le soin de décider du châtiment à infliger à la cité164.

Il convient donc dans un dernier temps de se pencher plus précisément sur la représentation du commandement dans les récits de massacre, afin de mieux cerner l’articulation entre commandement et initiative collective ou spontanée des soldats et le rôle joué par chacun des acteurs165.

La représentation du commandement dans les récits de massacre

Quatre formes de représentation de l’initiative des massacres apparaissent dans les sources : le récit mentionne explicitement l’ordre donné par le chef de guerre (1), le massacre est représenté comme une action personnelle du chef de guerre (2), comme une action collective (3) ou comme une action sans agent (4).

Le récit mentionne explicitement l’ordre donné par le chef de guerre [16]

La mention explicite de l’ordre donné par le chef de guerre de massacrer l’ennemi vaincu est rare. J’ai relevé 17 occurrences correspondant à 16 massacres166. L’ordre est exprimé soit sous la forme d’un discours indirect introduit par un verbe comme παραγγέλλω, προστάττω, κελεύω, σύνθημα δίδωμι, jubeo, praecipio, soit sous la forme d’une incise qui mentionne l’ordre ou le signal donné aux soldats (dato signo (ut), οὕτως ἐξ Ἀλεξάνδρου προστεταγμένον). Dans certaines formulations passives, l’émetteur de l’ordre disparaît (phalanx iussa, « la phalange reçoit l’ordre de… », signo dato ut…, « une fois le signal donné de… »).

De tels ordres apparaissent principalement en contexte obsidional pour tous les types de massacre et sont en majorité placés dans la bouche d’Alexandre [11].

Avant cela, ca 519 à Samos, Otanès ordonne à l’armée de tuer indistinctement hommes et enfants (παρήγγειλε… ὁμοίως κτείνειν, Hér., M50) ; au début du ve siècle, Hippocrate, tyran de Géla, donne le signal aux Géléens et aux Camariniens de tuer indistinctement tous les Ergétins sans exception (σύνθημα… ἔδωκε κτείνειν ἀδεῶς, Polyen, M51) et en 480, lors de la bataille d᾽Himère, son successeur Gélon, donne l᾽ordre de n᾽épargner aucun soldat carthaginois dans la déroute (τοῦ δὲ Γέλωνος παραγγείλαντος μηδένα ζωγρεῖν, Diod., M30) ; ca 494, Cléomène, roi de Sparte, donne l᾽ordre aux hilotes d᾽entasser du combustible tout autour du bois sacré et d’y mettre le feu (ὁ Κλεομένης ἐκέλευε πάντα τινὰ τῶν εἱλωτέων περινέειν ὕλῃ τὸ ἄλσος, τῶν δὲ πειθομένων ἐνέπρησε τὸ ἄλσος, Hér., M26) ; en 439, Périclès donne l᾽ordre d᾽exécuter les prisonniers samiens mis au pilori sur l᾽agora de Milet et de jeter les corps sans sépulture (προσέταξεν ἀνελεῖν […] εἶτα προβαλεῖν ἀκήδευτα τὰ σώματα, Plutarque citant Douris, M3) ; en 405, Lysandre, qui a pris le contrôle de Thasos, donne l’ordre d’égorger les partisans d’Athènes après les avoir fait arrêter par surprise (προσέταξε συναρπασθέντας ἀποσφαγῆναι, Polyen, M89). L’ordre est placé dans la bouche d’un général perse, dans celles de deux tyrans grecs, dans celle d᾽un roi spartiate qui a perdu la raison (ἐν ἀλογίῃ ἔχων) et enfin dans celle d’un stratège athénien dans un discours réprobateur et d᾽un chef spartiate dont le pouvoir est assimilé dans les sources à celui d’un tyran167.

Tous les autres exemples sont des ordres donnés par Alexandre, qu᾽il s᾽agisse d᾽ordonner le massacre indistinct de la population, l’exécution de tous les hommes en âge de combattre ou des prisonniers tenus pour responsables.

À Tyr, Alexandre ordonne de massacrer tous les ennemis et de mettre le feu aux maisons (Alexander… omnes interfici ignemque tectis inici iubet, QC, M60). À Persépolis, Plutarque indique qu’« il se fit là un grand massacre de prisonniers » et précise qu’ « Alexandre lui-même écrit qu’il donna l’ordre de les égorger, parce qu’il pensait que tel était son intérêt » (ὡς νομίζων αὐτῷ τοῦτο λυσιτελεῖν, ἐκέλευεν ἀποσφάττεσθαι τοὺς ἀνθρώπους, Plu., M61). Lors de l’attaque contre la communauté des Branchides, la phalange reçoit l’ordre (iussa) de cerner les murs et, à un signal donné (dato signo), de mettre à sac la ville, repaire de traîtres, et de massacrer les ennemis jusqu’au dernier (ipsosque ad unum caedere, QC, M62). En Inde, lors de la première confrontation avec les Aspasiens, Alexandre « ordonne de n’épargner personne une fois incendiées les défenses de la ville assiégée » (praecipit, ne cui parceretur, QC, M64). Lors des opérations contre les Malles, il ordonne à Pithon et Démétrios de longer avec leurs troupes la rive du fleuve afin de tuer tous les Indiens réfugiés dans les bois qui ne consentent pas à se rendre (προσέταξε… τούτους κτείνειν, ὅσοι μὴ ἐθελονταὶ σφᾶς ἐνδιδοῖεν, Arrien, M111).

Lors du soulèvement de la Sogdiane et de la Bactriane168, après la prise de la première ville, les hommes sont massacrés, les femmes et les enfants asservis conformément aux ordres d’Alexandre (signoque ut puberes interficerentur dato, QC, οὕτως ἐξ Ἀλεξάνδρου προστεταγμένον, Arrien, M81)169. Après la prise de la septième ville, Alexandre ordonne d’emmener les prisonniers (τοὺς ἀνθρώπους) sous bonne garde et de les exécuter après avoir quitté la région (δεδεμένους κελεῦσαι φυλάσσεσθαι… καὶ τότε κτεῖναι, Arrien, d’après Ptolémée, M63). Après la défaite du Polytimète, Alexandre divise ses troupes et donne l’ordre de mettre le feu aux campagnes et de tuer les hommes en âge de combattre (interfici puberes iussit, QC, M100). Après la reddition d’Arimaze avec ses proches et ses compatriotes de haut rang, Alexandre donne l’ordre de les fouetter et de les mettre en croix au pied de la forteresse (crucibus iussit adfigi, QC, M90). Enfin, lors de la répression de la révolte de Musicanos, Alexandre donne l’ordre de pendre ce dernier sur son propre territoire (κρεμάσαι κελεύει), ainsi que tous les Brahmanes à l’origine de la défection (Arrien, M92).

Lorsque peu auparavant Arrien a évoqué le châtiment des Brahmanes dans le contexte de la révolte du roi Sambos, il a adopté une autre formulation : καὶ τῶν Βραχμάνων… ὅσοι αἴτιοι τῆς ἀποστάσεως ἐγένοντο ἀπέκτεινεν « et tous les Brahmanes qui étaient à l’origine de la défection, il les fit exécuter » (M91). C’est le deuxième cas de figure.

Le massacre est représenté comme une action individuelle du chef de guerre [39]

L’ordre est comme sous-entendu. Le verbe qui fait référence à l’action de massacrer a pour sujet singulier le chef : « il massacra ». C’est la personne du chef de guerre qui est ainsi mise en avant, son rôle et son initiative propre qui sont soulignés. Ce type de formulation est beaucoup plus fréquent et se retrouve pour toutes les catégories de massacre (j’ai relevé 53 occurrences correspondant à 39 massacres170). Dans le contexte d’une bataille rangée, cette formulation apparaît pour toutes les formes de massacre sauf le massacre de soldats en déroute – ce qui peut être lié sur le plan symbolique au prestige attaché, dans les représentations, à la figure du chef et sur le plan matériel à la dispersion des forces armées171. Dans le cadre d’une prise de ville ou d’une incursion en territoire ennemi, on la retrouve pour tous les types de massacre.

Dans le cas des massacres qui se déroulent pendant les combats ou leur continuité immédiate, une valeur métonymique est conférée à la figure du chef de guerre : il incarne l’ensemble de l’armée, en tant qu’il ordonne les troupes et les conduit à la bataille, dans la mesure où les soldats agissent sous son commandement et qu’il prend lui-même part à l’action. Les soldats sont comme inexistants dans la représentation donnée du massacre et dépourvus d’initiative propre. Ainsi, lors du massacre des Uxiens dont les villages sont attaqués de nuit par surprise (M95) :

Καὶ διελθὼν ὁδὸν τραχεῖαν καὶ δύσπορον ἐν μιᾷ ἡμέρᾳ ἐπιπίπτει ταῖς κώμαις τῶν Οὐξίων, καὶ λείαν τε πολλὴν ἔλαβε καὶ αὐτῶν ἔτι ἐν ταῖς εὐναῖς ὄντων πολλοὺς κατέκτεινεν∙ οἱ δὲ ἀπέφυγον ἐς τὰ ὄρη.

Après une seule journée172 de route par un chemin rocailleux et difficile, il tomba à l’improviste sur les villages des Uxiens, leur prit un butin considérable et, comme ils étaient encore dans leur lit, il en tua un grand nombre. Les autres s’enfuirent dans les montagnes. (Arrien, Anabase d’Alexandre, 3.17.3, trad. P. Savinel)

Le massacre est mis sur le même plan que les autres actions du chef de guerre. Cette formulation est topique des récits de bataille qui valorisent la figure du chef. Elle rappelle le caractère indispensable de sa présence sur le champ de bataille tandis qu’une armée privée de commandement est vouée à la défaite173.

Dans le cas des massacres exécutés après les combats, l’ordre est exprimé par la valeur factitive des verbes (« il fit empaler, il fit exécuter… »). Le chef délègue et en règle générale ne participe pas en personne au massacre. Les bourreaux (au sens de ceux qui exécutent les ordres et mettent à mort les captifs) ne sont pas représentés174. Ainsi, lors de l’exécution des prisonniers ordonnée par le navarque spartiate Alcidas (M8) :

Ἄρας δὲ ἐκ τοῦ Ἐμβάτου παρέπλει, καὶ προσσχὼν Μυοννήσῳ τῇ Τηίων τοὺς αἰχμαλώτους οὓς κατὰ πλοῦν εἰλήφει ἀπέσφαξε τοὺς πολλούς.

Quittant Embaton, il longea la côte et aborda à Myonnésos, possession de Téôs, où il fit égorger la plupart des prisonniers pris en route. (Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, 3.32.1, trad. J. de Romilly et R. Weil)

Dans nombre de récits, c’est donc la figure d’un chef singulier qui est représentée comme l’auteur et l’acteur principal du massacre. Et en effet, c’est lui qui initie le massacre et qui en détermine la forme.

Au travers de son discours aux soldats, il peut contribuer à attiser la violence du massacre en stimulant la colère des soldats, leur haine de l’ennemi, et ainsi leur ardeur au combat.

Lors de la prise de Persépolis (M61), Diodore écrit qu’Alexandre présente la cité aux Macédoniens comme leur pire ennemie parmi les villes d’Asie avant de la donner à piller à ses soldats (à l’exception du palais royal), qui l’envahissent et se livrent au massacre (ἀπέδειξε τοῖς Μακεδόσι πολεμιωτάτην τῶν κατὰ τὴν Ἀσίαν πόλεων καὶ τοῖς στρατιώταις ἔδωκεν εἰς διαρπαγὴν)175.

Le chef de guerre définit l’extension du massacre (tous les habitants, tous les hommes en âge de combattre, une partie des prisonniers…), son début et son terme.

À Sélinonte, prise par les Carthaginois, les soldats reçoivent l’ordre d’épargner les femmes et les enfants réfugiés dans les sanctuaires (ὅσας δὲ τῶν γυναικῶν μετὰ τέκνων εἰς τοὺς ναοὺς συμπεφευγυίας κατελάμβανον, παρεκελεύοντο μὴ φονεύειν, Diod., M55). Diodore explique que les Carthaginois n’agissent pas ainsi par pitié mais dans le but de préserver les richesses contenues dans les temples, craignant que les femmes qui y sont réfugiées ne déclenchent un incendie (cela se produit lors de la prise d’Agrigente, où les habitants sont arrachés des sanctuaires et massacrés, Diod., M57). Si cette indication est révélatrice des préoccupations matérielles des vainqueurs, il convient aussi de faire la part entre réalité et imaginaire dans cette peinture haut en couleur de la sauvagerie des Carthaginois176. À Himère, Hannibal met un terme au massacre indistinct des habitants en ordonnant que le reste des vaincus soit fait prisonnier (τοῦ δ’ Ἀννίβα ζωγρεῖν παραγγείλαντος ὁ μὲν φόνος ἔληξεν, « puis comme Hannibal avait donné l’ordre de faire des prisonniers, le massacre prit fin », Diod., M56). Le temps du pillage est venu. Les hommes au nombre de 3 000 sont exécutés ensuite de sang-froid et les femmes et les enfants asservis (M74)177.

Selon Quinte-Curce, à Tyr (M60), Alexandre ordonne de massacrer tous les habitants, sauf ceux réfugiés dans les temples (exceptis, qui in templa confugerant) : selon Arrien, il accorde la vie sauve aux hauts personnages réfugiés dans le sanctuaire d’Héraclès178 ; et à Persépolis, il met un terme au massacre indistinct de la population en donnant l’ordre d’épargner les femmes (tandem suos rex corporibus et cultu feminarum abstinere iussit, « enfin, le roi donna l’ordre à ses soldats d’épargner la personne et la parure des femmes », QC, M61) – il s’agit ici d’épargner principalement les femmes de haut rang (τὰς δὲ γυναῖκας σὺν αὐτοῖς τοῖς κόσμοις, « les femmes avec leurs parures », évoquées par Diodore)179.

Le commandant peut ainsi choisir d᾽imposer certaines limites au massacre. Il peut aussi décider d’interrompre les combats, donnant la possibilité aux ennemis de se rendre et éviter ainsi un massacre.

Lors de la bataille de Sphactérie en 425, les Lacédémoniens, inférieurs en nombre et physiquement affaiblis par le manque de nourriture, ne tiennent plus180. Les stratèges athéniens, Cléon et Démosthène, se rendant compte qu’ils risquent d’être anéantis par l’armée athénienne (διαφθαρησομένους αὐτοὺς ὑπὸ τῆς σφετέρας στρατιᾶς), donnent l’ordre aux soldats d’arrêter les combats (ἔπαυσαν τὴν μάχην καὶ τοὺς ἑαυτῶν ἀπεῖρξαν, « ils mirent fin au combat et arrêtèrent leurs hommes ») et appellent les Lacédémoniens à déposer les armes afin de les constituer prisonniers et les ramener vivants à Athènes (βουλόμενοι ἀγαγεῖν αὐτοὺς Ἀθηναίοις ζῶντας)181. Cette décision, qu᾽elle résulte de l᾽initiative propre des stratèges ou qu᾽elle obéisse à des instructions données en amont, répond à un intérêt militaire et politique : briser la résolution des Spartiates et ternir leur réputation (4.37.1, 4.40), prévenir une nouvelle invasion de l’Attique et négocier un accord avec Sparte (4.41.1)182.

En 408 à Sélymbria183, Alcibiade, qui s’est introduit par ruse dans la cité et se trouve en mesure d’imposer ses conditions sans combat, fait sortir les mercenaires thraces hors de la ville par crainte qu’ils ne la mettent à sac (ἔδεισε μὴ τὴν πόλιν οἱ Θρᾷκες διαρπάσωσιν).

En 370, à Eutaia (cité limitrophe d’Arcadie)184, Brasidas constate après la prise de la ville que seuls sont restés les femmes, les enfants et les hommes âgés tandis que les combattants (τοὺς δ᾽ ἐν τῇ στρατευσίμῳ ἡλικίᾳ) ont rejoint l’armée arcadienne. Cependant, il s’abstient de la moindre violence (ὅμως οὐκ ἠδίκησε τὴν πόλιν), les habitants sont laissés dans les maisons, leurs biens restitués et l’enceinte réparée.

En 334, lors du siège d’Halicarnasse, cité grecque tenue par les Perses (Arrien, M40), Alexandre sonne la retraite (ἀνεκαλέσατο τὸ στράτευμα) au moment où il estime que la ville est sur le point d’être prise. Il souhaite sauver la ville en donnant la possibilité aux habitants de capituler. La nuit venue, les Perses mettent le feu à la cité avant de prendre la fuite. Alexandre après avoir pénétré à l᾽intérieur avec son armée fait tuer les incendiaires (τοὺς μὲν ἔτι ἐμπιπράντας τὴν πόλιν ἔκτεινεν) et donne l’ordre à ses hommes de laisser la vie sauve à tous les habitants surpris dans leurs maisons (ὅσοι δὲ ἐν ταῖς οἰκίαις καταλαμβάνοιντο τῶν Ἁλικαρνασσέων, τούτους δὲ σώζειν παρήγγειλεν)185.

Les considérations qui conduisent les chefs de guerre à limiter le massacre sont avant tout d’ordre militaire, politique, économique et religieux, quand les massacres ne sont pas tout simplement interrompus par les circonstances (temporelles186, géographiques187) ou l’épuisement de la soif du massacre. Lors de la bataille de Gaugamèles en 331, Alexandre sonne la retraite (ἀνάκλησιν ἐσήμανεν) sous prétexte qu’il est rassasié de carnage (ὡς ἄδην ἔχων τοῦ φονεύειν) et que la nuit est tombée (καὶ σκότους ὄντος)188. L’expression ἄδην ἔχω est la même que celle employée par Hérodote au sujet des cavaliers perses qui arrêtent le massacre du convoi lorsqu’ils en ont assez de tuer (ὡς δὲ ἄδην εἶχον κτείνοντες, M44).

Quels que soient les limites et l’encadrement des violences posés par le commandement, il n’en reste pas moins qu’au travers de l’ordre du massacre, la parole du chef contribue à lever les règles coutumières et les barrières morales et sacrées qui encadrent la violence autorisée en temps de guerre et ouvrent un espace-temps dans lequel la transgression et le déploiement de la violence extrême se voient admis. On peut alors se demander dans quelle mesure des freins peuvent encore tenir et une certaine modération être respectée189. Lorsqu᾽Otanès ordonne de massacrer à la fois les hommes et les enfants (καὶ ἄνδρα καὶ παῖδα ὁμοίως κτείνειν), les soldats tuent indistinctement ceux qui sont à l᾽extérieur des sanctuaires et ceux qui s’y sont réfugiés (ἔκτεινον… ὁμοίως ἔν τε ἱρῷ καὶ ἔξω ἱροῦ) (Hér., M50). Par delà la mise en scène de la barbarie du massacre et de l’impiété des Perses, la variation dans les termes, soulignée par le parallélisme de construction, met en évidence les possibles écarts entre ordre formulé et exécuté. En tous cas, c’est bien Otanès qui, dans le récit d’Hérodote, porte la responsabilité du sacrilège et qui est puni par les dieux en conséquence190.

La représentation du massacre comme l’action individuelle d’un chef de guerre tend à masquer le rôle et l’initiative des différents acteurs impliqués, tant la violence spontanée des soldats, notamment dans le feu de l’action, que l’articulation entre les différentes instances décisionnaires, tout particulièrement dans le cas des chefs de guerre des cités grecques présentés comme étant à l’initiative du massacre, dans la mesure où ils ne disposent pas d’un pouvoir souverain et dépendent de la communauté civique ou de l’alliance des cités qui leur a confié leur commandement191. En outre, ils exercent une influence ou disposent d’une initiative propre plus ou moins grande en fonction de leur statut et de leur pouvoir personnel192.

Si c’est la figure du chef qui est ainsi valorisée par ce type de représentation, il faut aussi noter qu’elle peut permettre de lui faire porter seul la responsabilité d’un massacre jugé illégitime et le désolidariser de la communauté politique à laquelle il appartient. Ainsi, Cléomène est présenté comme le seul auteur et acteur du massacre des Argiens réfugiés dans le bois sacré du dieu Argos après la bataille de Sépéia (Hér., Paus., M26)193, en portant seul la responsabilité, quels qu’aient été les objectifs militaires définis collectivement par les Spartiates194 :

[75] […] ὡς δὲ Ἀργεῖοι, ὅτι ἐξ ἱροῦ αὐτῶν τοῦ Ἄργου Ἀργείων τοὺς καταφυγόντας ἐκ τῆς μάχης καταγινέων κατέκοπτε καὶ αὐτὸ τὸ ἄλσος ἐν ἀλογίῃ ἔχων ἐνέπρησε. […] [79] […] Κατὰ πεντήκοντα δὴ ὦν τῶν Ἀργείων ὡς ἑκάστους ἐκκαλεόμενος ὁ Κλεομένης ἔκτεινε. […] [80]  Ἐνθαῦτα δὴ ὁ Κλεομένης ἐκέλευε πάντα τινὰ τῶν εἱλωτέων περινέειν ὕλῃ τὸ ἄλσος∙ τῶν δὲ πιθομένων ἐνέπρησε τὸ ἄλσος […] [84]  Ἀργεῖοι μέν νυν διὰ ταῦτα Κλεομένεά φασι μανέντα ἀπολέσθαι κακῶς.

…selon les Argiens, parce qu᾽après avoir fait sortir du sanctuaire de leur héros Argos les Argiens qui s’y étaient réfugiés après la bataille, il les avait massacrés, et, dans un transport de démence, avait incendié le bois sacré lui-même. […] Ainsi, c’est près de cinquante Argiens, en les appelant l’un après l’autre, que Cléomène fit mettre à mort. […] Sur ce, Cléomène ordonna à chaque hilote d’entasser des fagots tout autour du bois sacré, et, une fois l’ordre exécuté, il mit le feu au bois sacré. […] C’est ainsi que les Argiens expliquent la folie et la mort misérable de Cléomène. (Hérodote, Enquêtes, 6.75-84)

Notons aussi que ce sont des hilotes qui exécutent ces ordres criminels. Le massacre des soldats attaqués à l’improviste au début de la bataille (Hér., M22), qui ne possède pas le même caractère transgressif, a, lui, été représenté par Hérodote comme une action collective des Lacédémoniens : « en effet, au signal du héraut, ils tombèrent sur les Argiens en train de prendre leur repas et ils en massacrèrent un grand nombre (ἄριστον γὰρ ποιευμένοισι τοῖσι Ἀργείοισι ἐκ τοῦ κηρύγματος ἐπεκέατο, καὶ πολλοὺς μὲν ἐφόνευσαν αὐτῶν) »195. C’est le troisième cas de figure.

Le massacre est représenté comme une action collective des soldats [54]

La représentation du massacre comme une action collective apparaît sous deux formes. Le plus souvent, l’action de massacrer a pour sujet collectif les soldats qui accomplissent le massacre (« ils massacrèrent »). Quelques fois, le verbe est à la voix passive avec un complément d’agent qui rappelle la figure des auteurs du massacre (« ils furent massacrés par »)196.

Ce type de formulation ne donne pas en elle-même d’indication sur l’initiative réelle des violences. C’est la responsabilité collective de la communauté politique en tant que telle qui est représentée, le sujet faisant référence le plus souvent au peuple qui exécute le massacre, plutôt qu’aux soldats ou à l’armée.

Elle est parfois associée à la représentation du commandement sous la forme d’un ordre explicite ou sous-entendu197. Dans le cas des accusations portées contre les Athéniens par les Lacédémoniens et leurs alliés après Aigos Potamos et qui leur valent d’être exécutés (M11 et 12), c’est la responsabilité collective des Athéniens et tout particulièrement la responsabilité individuelle de Philoclès qui sont soulignées :

…λαβόντες δύο τριήρεις, Κορινθίαν καὶ Ἀνδρίαν, τοὺς ἄνδρας ἐξ αὐτῶν πάντας κατακρημνίσειαν· Φιλοκλῆς δ᾽ ἦν στρατηγὸς τῶν Ἀθηναίων, ὃς τούτους διέφθειρεν.

…après avoir saisi deux trières, l’une de Corinthe, l’autre d’Andros, ils en avaient jeté à la mer tous les hommes : c’était Philoclès, le stratège des Athéniens, qui les avait fait massacrer. (Xénophon, Helléniques, 2.1.31)

Parfois l’action est décrite comme collective mais le nom des chefs qui dirigent les opérations est rappelé (οἱ δὲ ἀμφ᾽ Ἀλέξανδρον εἴχοντο τῶν φευγόντων ἔστε ἐπὶ τὰ ὄρη, καὶ φόνος πολὺς γίγνεται τῶν βαρβάρων, « les soldats d’Alexandre se mirent à poursuivre les fuyards jusqu’aux montagnes : il s’y déroule un grand massacre de barbares », Arrien, M105, οἱ ἀμφὶ Πτολεμαῖον προσέκειντο αὐτοῖς τοὺς ἀεὶ ἐκπίπτοντας διὰ τῶν ἁμαξῶν κατακαίνοντες, « les troupes de Ptolémée les assaillirent, abattant au fur et à mesure tous ceux qui cherchaient à se faufiler à travers les chars »198, Arrien, M107, οἱ ἀμφὶ Πείθωνά τε καὶ Δημήτριον ἀπέκτειναν, « les soldats de Pithon et de Démétrios les mirent à mort », Arrien, M111).

Le plus souvent seule l’action collective est représentée et l’initiative des violences doit être déduite du contexte. Si l’on prend l’exemple des massacres perpétrés par les Carthaginois (Diod., M55-57), leur représentation comme des actions collectives participe à la caractérisation des Carthaginois comme un peuple cruel et sanguinaire. À Agrigente (M57), l’action des soldats est en outre représentée comme étant en parfaite adéquation avec celle du commandant :

Ὁ δ’ Ἰμίλκας ἅμα τῷ φωτὶ τὴν δύναμιν ἐντὸς τῶν τειχῶν παρεισαγαγὼν σχεδὸν ἅπαντας τοὺς ἐγκαταλειφθέντας ἀνεῖλεν· ὅτε δὴ καὶ τοὺς ἐν τοῖς ναοῖς καταπεφευγότας ἀποσπῶντες οἱ Καρχηδόνιοι ἀνῄρουν.

Imilcar, après avoir fait entrer son armée à l’intérieur des murs au lever du jour, massacra pratiquement tous ceux qui avaient été abandonnés à l’intérieur, puisque même ceux qui s’étaient réfugiés à l’intérieur des temples, après les en avoir arrachés, les Carthaginois les massacraient. (Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, 13.90.1)

Inversement ce type de formulation peut aussi permettre de masquer la figure du chef et ainsi par un effet de style atténuer indirectement le poids de sa responsabilité dans le massacre. Dans le récit de Diodore de la prise de Persépolis (M61), Alexandre présente la cité à ses soldats comme leur pire ennemie puis il la leur donne à piller à l’exception des palais royaux (ἔδωκεν εἰς διαρπαγὴν χωρὶς τῶν βασιλείων). Il disparait ensuite du récit et ce sont les Macédoniens qui apparaissent sur le devant de la scène : οἱ Μακεδόνες ἐπῄεσαν τοὺς μὲν ἄνδρας πάντας φονεύοντες, τὰς δὲ κτήσεις διαρπάζοντες, « les Macédoniens l’envahirent, massacrant tous les hommes et pillant les richesses ». Dans le récit de Quinte-Curce, la figure d’Alexandre n’apparaît qu’après la description du massacre (trucidabant, caedebantur) pour donner l’ordre d’épargner les femmes (tandem suos rex corporibus et cultu feminarum abstinere iussit). On peut pourtant supposer que c’est bien Alexandre qui a initialement ordonné le massacre, conformément au témoignage de Plutarque199.

Si, de façon générale, même dans les cas où il est présenté comme une action collective, le massacre est exécuté sous le commandement général d’un chef de guerre, certains exemples montrent que le contrôle exercé par le chef de guerre sur l’armée dans le cadre du déploiement de la violence n’est pas total et en cas de défaillance peut facilement lui échapper.

Lors de la prise de Mendé par les Athéniens en 422, la ville en proie à la stasis leur a été livrée, mais les soldats s’engouffrent par les portes ouvertes et se livrent au pillage comme si la place avait été prise de vive force (ὡς κατὰ κράτος ἑλόντες). Dans ce déferlement de violence, Thucydide précise : καὶ μόλις οἱ στρατηγοὶ κατέσχον ὥστε μὴ καὶ τοὺς ἀνθρώπους διαφθείρεσθαι, « c’est à peine si les stratèges parvinrent à empêcher que les habitants soient également massacrés »200. Lors de la bataille entre les Macédoniens et les troupes de Porus sur les rives de l’Hydaspe, Arrien note que ce n’est pas « par l’effet d’un ordre reçu, mais parce qu’elle a été amenée à prendre cette formation dans le combat lui-même (οὐκ ἐκ παραγγέλματος, ἀλλὰ ἐν τῷ ἀγῶνι αὐτῷ ἐς τήνδε τὴν τάξιν καταστᾶσα) » que « toute la cavalerie d’Alexandre, regroupée désormais en un seul corps […] partout où elle s’abattait sur les rangs indiens, les disloquait en en faisant un grand massacre »201.

Dans quelques cas, le massacre paraît échapper complètement au commandement202. Il est alors représenté pleinement comme le fruit de l’initiative spontanée des soldats. On peut distinguer deux cas de figure, lorsque le commandement est défaillant d’une part, lorsqu’il est vacant d’autre part. Dans deux cas, le commandement paraît défaillant. Il s’agit de massacres indistincts en contexte obsidional qui font l’objet d’une forte condamnation morale.

Premièrement, en 413, le stratège Diitréphès a été chargé par les Athéniens de reconduire les mercenaires thraces et de mettre à profit le voyage pour causer des dommages à l’ennemi (M54)203. L’attaque surprise de la petite ville de Mycalessos (dont les portes sont ouvertes) est d’abord décrite comme l’action individuelle de Diitréphès (αἱρεῖ, ἐπιπεσὼν, Thuc. 7.29.2-3 ; ὁ Διιτρέφης εἷλε, Paus. 1.23.3). Puis dans un deuxième temps distinct, le massacre des habitants est décrit comme l’action collective des Thraces et paraît donc échapper totalement au commandement : ils se ruent dans la ville, pillent, massacrent, commettent les pires horreurs (Thuc. 7.29.4-5 ; Paus., οἱ Θρᾷκες… ἐφόνευσαν). En effet, commente Thucydide, « les Thraces, quand ils croient n’avoir rien à craindre, sont avides de sang, à l’égal des races barbares les plus sanguinaires »204, τὸ γὰρ γένος τὸ τῶν Θρᾳκῶν ὁμοῖα τοῖς μάλιστα τοῦ βαρβαρικοῦ, ἐν ᾧ ἂν θαρσήσῃ, φονικώτατόν ἐστιν. Comme pour les Carthaginois, cette description doit être envisagée avec recul tout comme le rôle réel de Diitréphès, dont la responsabilité est passée sous silence205, et l᾽on peut se demander si cet assaut n᾽a pas constitué une compensation206 au fait que les 1 300 peltastes thraces, qui devaient accompagner Démosthène en Sicile, ont été renvoyés par les Athéniens (ils se trouvaient alors en difficulté sur deux fronts, Décélie et Syracuse), car ils n’étaient pas en mesure de payer leur solde (7.27.1-2, 29.1)207.

Le deuxième exemple est celui de la prise de Motyé, colonie carthaginoise, par Denys de Syracuse en 397 (M58)208. La prise de la ville est présentée comme l’action de l’armée de Denys (ἡ δύναμις ἅπασα τοῦ Διονυσίου παρεισέπεσεν εἰς τὴν πόλιν) et le massacre comme l’action collective des Siciliotes (πάντας ἑξῆς ἀνῄρουν, ἁπλῶς οὐ παιδός, οὐ γυναικός, οὐ πρεσβύτου φειδόμενοι). C’est la volonté propre des Grecs de Sicile de se venger de la cruauté des Carthaginois par la cruauté qui est mise en avant (ὠμότητα ὠμότητι σπεύδοντες ἀμύνεσθαι)209. Diodore explique ensuite que Denys cherche à empêcher le massacre pour faire des prisonniers (τὸ μὲν πρῶτον ἀνεῖργε τοὺς στρατιώτας τοῦ φονεύειν τοὺς αἰχμαλώτους) mais ne parvient pas à se faire entendre de ses soldats. Il constate que leur ardeur (ὁρμή, qui exprime un élan violent et impétueux) est incontrôlable (ἀκατάσχετον, qui ne peut être contenu). Il exhorte donc les habitants à se réfugier dans les temples. C’est alors seulement que les soldats s’arrêtent d’eux-mêmes de massacrer pour se livrer au pillage (οὗ γενηθέντος οἱ μὲν στρατιῶται τοῦ φονεύειν ἔληγον, ἐπὶ δὲ τὴν τῶν κτήσεων διαρπαγὴν ὥρμησαν). Là où Hannibal a réussi (mettre un terme au massacre pour faire des prisonniers, M56, dont il décide ensuite du sort, M74), Denys paraît donc avoir échoué210.

Le deuxième cas de figure d’un massacre qui échappe au commandement est celui où le commandement en chef est vacant. En règle générale, lorsqu’une anarchia se produit sur le champ de bataille en raison le plus souvent de la mort du chef, les troupes sont défaites ou se retirent211. Dans les récits des conquêtes d’Alexandre, un phénomène inverse se produit. Les blessures d’Alexandre, qui le conduisent à se retirer des combats, stimulent l’ardeur de ses hommes.

Lors du massacre des fuyards de l’armée scythe (M43), Alexandre est blessé, il s’acharne à poursuivre les ennemis, à bout de forces, il donne l’ordre aux soldats de talonner les fuyards jusqu’à la tombée de la nuit (suis praecepit ut, donec lucis aliquid superesset, fugientium tergis inhaererent) et se retire. Mais les soldats portés par la colère vont bien au-delà (sed Macedonas ira longius prouexit). Ce n’est plus l’ordre d’Alexandre mais la fureur qui les anime qui les conduit par-delà les bornes de Bacchus (transierant iam Liberi patris terminos), franchissant une frontière à la fois géographique et symbolique. Et c’est seulement vers le milieu de la nuit qu’ils reviennent au camp après avoir tué beaucoup d’ennemis et fait encore plus de prisonniers (quippe media fere nocte in castra redierunt multis interfectis, pluribus captis).

La même colère inspirée aux soldats par leur chef blessé ou tenu pour mort apparaît de façon encore plus explicite dans les descriptions de la prise de la capitale des Malles chez Diodore, Quinte-Curce et Arrien (M67)212. Sous le coup de la colère et de la crainte inspirées par la blessure du roi (διὰ τὸν ὑπὲρ τοῦ βασιλέως θυμὸν, Diod. ; iustae irae, QC ; ὑπὸ σπουδῆς τε καὶ φόβου, Arrien), les Macédoniens se livrent au massacre indistinct de la population tandis que le corps d’Alexandre est porté à l’écart des combats :

Terruisset alios, quod illos incitavit. […] inrupere in urbem, Indosque plures fugientes quam congredi ausos ceciderunt. 20. Non senibus, non feminis, non infantibus parcitur: quisquis occurrerat, ab illo vulneratum regem esse credebant; tandemque internecione hostium iustae irae parentatum est.

Ce qui aurait affolé d’autres hommes, les exalta. […] ils firent irruption dans la ville, et ils massacrèrent les Indiens, plus nombreux à fuir qu’à oser se mesurer avec eux. 20. On n’épargna ni vieillards, ni femmes, ni enfants : ils se figuraient que tout individu qu’ils rencontraient avait blessé leur roi ; enfin, l’anéantissement des ennemis apaisa leur légitime colère. (Quinte-Curce, Histoires, 9.5.19-20, trad. H. Bardon)

Précédemment, dans le récit de la prise d’une ville des Aspasiens (M104), Arrien a appliqué le même schéma, expliquant le massacre de la population en fuite par la colère des soldats suscitée par les blessures d’Alexandre : « ceux que les Macédoniens prirent vivants, ils les passèrent tous par les armes dans leur rage de voir Alexandre blessé par eux »213, ὅσους δὲ ζῶντας ἔλαβον αὐτῶν, ξύμπαντας ἀποκτείνουσιν οἱ Μακεδόνες, ὅτι ἐτρώθη ὑπ᾽ αὐτῶν Ἀλέξανδρος ὀργιζόμενοι. Cependant, dans le récit de Quinte-Curce de la prise de la ville, c’est Alexandre qui a donné l’ordre de ne faire grâce à personne (M64)214.

Ainsi, que le commandement en chef soit défaillant ou vacant, lorsque l’initiative propre des soldats apparaît, c’est essentiellement sous la forme d’un élan intérieur nourri par la colère ou la crainte qu’elle est représentée (ὁρμή, θυμός, ὀργή, σπουδή, φόβος, incito, ira). Dans le quatrième et dernier cas de figure, tant la figure du chef que celle des soldats tendent à disparaître de la représentation.

Le massacre est représenté comme une action sans agent [34]

Le dernier cas de figure correspond à la représentation du massacre par une tournure passive sans complément d’agent (« ils étaient massacrés »), par un verbe signifiant « périr » (ἀποθνήσκω, ἀπόλλυμαι) ou par l’emploi de noms verbaux exprimant l’action de massacrer ou le fait de mourir215.

Ce type de formulation apparaît dans plusieurs cas de figure : d’une part, lorsque l’auteur mentionne indirectement le massacre en présentant le bilan des morts ou lorsqu’il le mentionne de façon très succincte, d’autre part, dans les descriptions plus développées, le plus souvent en corrélation avec des tournures personnelles actives ou la mention d’un ordre explicite dont elle présente les conséquences. Elle permet en effet de focaliser l’attention du lecteur sur les victimes du massacre et le spectacle de son résultat, comme peuvent l’illustrer les menaces proférées par Alexandre à l’encontre des Mardes chez Diodore (M96) : τήν τε χώραν εἰς τέλος ὄψονται κατεφθαρμένην τούς τ’ ἐνοικοῦντας πανδημεὶ κατεσφαγμένους, « ils verraient leur territoire complètement dévasté et les habitants égorgés en masse »216.

Elle se trouve employée en particulier dans les descriptions de massacres de soldats en déroute217 et de massacres indistincts218. Les auteurs des violences, chefs et soldats, sont sous-entendus et tendent à disparaître de la représentation, qui donne l’impression d’un massacre qui se déroule de lui-même219, quand les victimes ne deviennent pas elles-mêmes les agents de leur propre perte, en terrain ouvert, par la chute dans des précipices220 ou acculées dans un espace resserré, se jetant du haut des remparts221 ou piétinées par les soldats de leur propre camp222. L’horreur du massacre est déployée sous les yeux du lecteur au travers de la diversité des formes de morts qui sont évoquées223. Ainsi, dans le récit de Quinte-Curce de la prise de Persépolis (M61) :

6. Neque avaritia solum, sed etiam crudelitas in capta urbe grassata est: auro argentoque onusti vilia captivorum corpora trucidabant, passimque obvii caedebantur, quos antea pretium sui miserabilis fecerat. 7. Multi ergo hostium manus voluntaria morte occupaverunt pretiosissima vestium induti e muris semetipsos cum coniugibus ac liberis in praeceps iacientes. Quidam ignes, quod paulo post facturus hostis videbatur, subiecerant aedibus, ut cum suis vivi cremarentur.

6. Outre la cupidité, la cruauté aussi foula la ville prise : pliant sous l’or et l’argent, [ils] assassinaient les prisonniers, êtres sans valeur marchande ; de-ci, de-là, [étaient massacrés] au petit bonheur des gens qu’auparavant eût sauvés le prix de la rançon. 7. Beaucoup devancèrent le bras de l’ennemi en se donnant la mort ; ils revêtaient leurs plus précieux atours, et, du haut des murs, se jetaient dans le vide avec leurs femmes et leurs enfants. Quelques-uns, prévenant de peu ce que l’ennemi allait faire, avaient mis le feu à leurs demeures, afin de s’y brûler vif avec les leurs. (Quinte-Curce, Histoires, 5.6.6-7, trad. H. Bardon, modifiée)

La description du massacre se déploie au travers de deux propositions successives dont la première a pour thème les acteurs du massacre (auro argentoque onustitrucidabant) et la seconde les victimes (passimque obvii caedebantur). Elle est introduite par une première proposition fondée sur la personnification des deux émotions qui animent les agresseurs et qui sont élevées au rang d’agent à part entière (grassata est) : la cupidité (avaritia) et la cruauté (crudelitas). Cette tournure est dans le corpus étudié propre à Quinte-Curce. On la retrouve dans le récit de la crucifixion des prisonniers tyriens pour introduire le spectacle (spectaculum) du massacre accompli (M80) :

Triste deinde spectaculum victoribus ira praebuit regis: duo milia, in quibus occidendis defecerat rabies, crucibus adfixi per ingens litoris spatium pependerunt.

Ensuite la colère du roi offrit aux vainqueurs un spectacle funèbre : deux mille hommes, que la rage lassée des Macédoniens avait épargnés, [mis en croix, restèrent] pendus tout au long de l’immense littoral. (Quinte-Curce, Histoires, 4.4.17, trad. H. Bardon, modifiée)

Pour conclure, le commandement d’un massacre est un processus souvent bien plus complexe que ne le laissent apparaître les sources, qui privilégient trois grands types de représentations (le massacre comme action individuelle du chef de guerre, le massacre comme action collective d’un peuple et le massacre comme action sans agent). L’expression explicite de la décision ou de l’ordre du chef de guerre commandant un massacre est rare tout comme celle d’une délibération collective, qu’elle soit celle d’une cité, d’une coalition de cités ou d’un état-major. Pourtant dans la plus grande majorité des cas, les massacres obéissent bel et bien au commandement, ils relèvent d’une volonté préméditée, motivée et sont ordonnés en tant que tels.

Dans le contexte de batailles rangées, les massacres de prisonniers sont décidés par le commandement dans la suite immédiate des combats. Ils sont le plus souvent représentés comme des actions collectives sauf dans les cas où les sources entendent mettre en valeur l’action ou souligner la responsabilité d’un chef de guerre en particulier. Ils ont eu lieu en grande majorité dans la deuxième moitié du ve siècle, en particulier dans le contexte de la guerre du Péloponnèse, principalement à la suite de batailles navales, auxquelles il convient d’ajouter les exécutions de prisonniers à l’issue de l’assaut d’un fortin. À la suite de batailles terrestres et d’opérations de maraudage, les massacres de prisonniers attestés ont eu lieu principalement dans le contexte de la troisième guerre sacrée et sont très souvent inscrits explicitement dans une logique de représailles. Les massacres de soldats surpris au repos ou réfugiés dans un espace sacré correspondent à la mise en œuvre d’une stratégie décidée en amont par le commandement ou pendant les combats en fonction des opportunités du terrain. Enfin, les massacres de soldats en déroute, depuis les guerres médiques jusqu’aux conquêtes d’Alexandre, s’inscrivent dans une stratégie de la poursuite qui vise à anéantir le plus grand nombre possible d’ennemis. S’ils sont parfois décrits comme l’action collective des poursuivants, ils sont très souvent représentés sous la forme d’une action sans agent, mettant en relief l’ampleur du désastre et le malheur des vaincus.

En contexte obsidional, les massacres indistincts de populations assiégées attestés dans les sources sont en majorité perpétrés par des peuples non grecs (Perses, Thraces, Carthaginois), notamment dans le contexte des guerres médiques et de la deuxième guerre gréco-punique, et par les Macédoniens, dans le contexte des conquêtes d’Alexandre. Le massacre est accompli le plus souvent après la prise de la ville dans la continuité des combats sous la direction générale du commandement. S’ils sont tantôt représentés comme une action collective et spontanée, mettant l’accent sur la violence des soldats à laquelle est donné libre cours, tantôt comme une action sans agent, donnant à voir le malheur des vaincus, les sources font également mention de l’ordre explicite donné par le chef de guerre. Le massacre de tous les hommes en âge de combattre (associé à l’asservissement des femmes et des enfants) ou bien de tous les ennemis tenus pour responsables est majoritairement le fait des Grecs à l’encontre d’autres Grecs dans la seconde moitié du ve siècle et la première moitié du ive siècle, puis des Macédoniens à l’encontre de peuples non grecs durant les conquêtes d’Alexandre. Ils font l’objet d’une délibération en amont ou à l’issue du siège de la cité et sont exécutés de sang froid. Ils sont représentés comme l’action collective des cités ou comme l’action personnelle du chef de guerre. La décision extrême de massacrer les combattants et d’asservir les femmes et les enfants est très souvent expliquée dans les sources par les sentiments de colère ou de haine ancienne qui animent les vainqueurs. Ces massacres s’inscrivent dans une logique de domination et de représailles et visent à abattre durablement, voire à anéantir, la communauté politique vaincue, tout en démontrant la toute-puissance du vainqueur.

Dans le cadre d’incursions en territoire ennemi, les massacres attestés dans les sources s’inscrivent principalement dans le contexte des conquêtes d’Alexandre en Haute-Asie et en Inde. Ils sont perpétrés à l’encontre de populations indigènes attaquées à l’improviste sur leur territoire ou durant leur fuite et massacrées indistinctement, même si les catégories de victimes sont très rarement indiquées. Ils prennent parfois spécifiquement pour cible les hommes en âge de combattre ou les ennemis tenus pour responsables en s’inscrivant plus explicitement dans une logique de représailles. Ils sont accomplis dans le cadre de stratégies dûment élaborées visant à terroriser et assujettir durablement les populations vaincues.

La violence du massacre, aussi extrême qu’elle puisse paraître, se déploie dans le cadre globalement défini par le commandement et répond le plus souvent à des considérations d’ordre politique et militaire en s’inscrivant dans une logique de domination, d’extermination, de terreur ou de représailles. Dans le cas des massacres indistincts et des massacres de soldats en déroute, motivés par la colère ou la haine, l’autorisation du massacre donnée par le chef de guerre ouvre la porte au déploiement de la violence spontanée et collective des soldats portée par un élan qui peut échapper à tout contrôle.

Bibliography

Ampolo C. (1996), « Tra Greci e tra “barbari” e Greci: cronache di massacre e tipologia dell᾽eccidio nel mondo ellenico », QS, 22, 44, 1996, p. 5-28.

Ando V. (2010), « Cannibalismo e antropopoiesi nella poesia iliadica », dans Ando V., Cusumano N., Come bestie? Forme e paradossi della violenza tra mondo antico e disagio contemporaneo, Roma, Salvatore Sciascia Editore, p. 1-18.

Barrandon N. (2018a), « Les massacres de la République romaine : de l’exemplum à l’objet d’histoire (xvie-xxie siècles) », Anabases, 28, p. 13-45.

Barrandon N. (2018b), Les massacres de la République romaine, Paris, Fayard.

Barrandon N. (2021a), « Quelques réflexions sur le massacre, l’extermination et la transgression dans l’Antiquité », Séminaire du 15.10.2021, MSH Ange Guépin, Les Mots pour le dire… « massacre », « violence extrême » et « transgression » dans les mondes grec et romain (https://www.parabaino.com/2022/03/29/seminaire-3-parabaino-conference-de-n-barrandon/)

Barrandon N. (2021b), « Hostis et/ou inimicus : réflexions sur le “eux ou nous” dans la guerre romaine », dans Marco Simon F., Pina Polo F., Remesal Rodriguez J. (dir.), Enemistad y odio en el mundo antiguo, Barcelona, Universitat de Barcelona Edicions, p. 83-93.

Barrandon N., Pimouguet-Pédarros I. (dir.), La transgression en temps de guerre de l’Antiquité à nos jours, Rennes, Presses Universitaires de Rennes.

Beltrametti A. (2004), « Pensare, raccontare e rappresentare la violenza. Anche questo abbiamo imparato dai Greci? », QS, 30, 60, p. 5-45.

Bernand A. (1999), Guerre et violence dans la Grèce antique, Paris, Hachette.

Bernard N. (2000), À l’épreuve de la guerre : guerre et société dans le monde grec, ve et ive siècles avant notre ère, Paris, S. Arslan.

Bernard N. (2023), Être vieux dans le monde grec. De Solon à Philopoemen, vie-iie siècles a.C., Bordeaux, Ausonius.

Bickermann E. (1934), « Alexandre le Grand et les villes d’Asie », REG, 47-222, p. 346-374.

Bielman A. (1994), Retour à la liberté. Libération et sauvetage des prisonniers en Grèce ancienne, Athènes, École française d’Athène.

Bielman Sanchez A. (2012), « À propos de la guerre en Grèce ancienne : quelques non-dits éloquents », dans Ariffin Y., Bielman A., Qu’est-ce que la guerre ?, Presses Polytechniques et Universitaires Romandes.

Boëldieu-Trevet J. (1999), « Commandement et institutions dans les cités grecques à l’époque classique », Pallas, 51, p. 81-104.

Boëldieu-Trevet J. (2007), Commander dans le monde grec au ve siècle avant notre ère, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté.

Boëldieu-Trevet J. (2012), « Platées trois fois châtiée (480, 429-427, 373 av. n. è.) », dans Gilli P., Guilhembet J.-P. (dir.), Le châtiment des villes dans les espaces méditerranéens (Antiquité, Moyen Âge, Époque moderne), Turnhout, Brepols, p. 35-48.

Boëldieu-Trevet J. (2015), « Le sauvage en soi : violences extrêmes en temps de guerre dans le monde grec (ve-ive siècles) », Cahiers des études anciennes, 52, p. 149-172.

Boëldieu-Trevet J. (2016), « Les commandements alliés dans le monde grec de la deuxième guerre médique à la bataille de Chéronée », DHA, Suppl. 16, p. 67-95.

Boëldieu-Trevet J. (2020), « 335 avant notre ère : Thèbes “arrachée en un jour du sol de la Grèce” (Eschine, Contre Ctésiphon, 133) », conférence du 25 septembre 2020, SHD à Vincennes, journée d’étude, « Violences de masse, violences extrêmes : mise en perspective », programme PARABAINO (N°ANR-19-FGEN-0002-02), www.parabaino.fr

Bonnard J.-B. (2014), « Le traitement du corps des ennemis vaincus chez Hérodote », dans Allély A. (dir.), Corps au supplice et violences de guerre dans l’Antiquité. Actes de la journée d’études à l’université du Maine, Bordeaux, Ausonius, p. 16-25.

Bonnard J.-B. (2023), « Violences de masse et violences extrêmes en contexte de guerre dans l’Antiquité : introduction au dossier thématique », Kentron, 37, p. 17-34.

Brenez I. (2004), « Ambiguïté du massacre, faillite de la morale : les silences du corpus alexandrin au ive siècle », dans Nauroy G. (dir.), L’écriture du massacre en littérature entre histoire et mythe. Des mondes antiques à l’aube du xxie siècle, Berne, Peter Lang.

Breton Ph. (2015), Une brève histoire de la violence, Paris, J.C. Béhar.

Buckler J. (1989), Philip II and the Sacred War, Leiden, E.J. Brill.

Cahanier S. (2022), « L’armée meurtrie : défaite des armées romaines et violences extrêmes pendant les guerres d’Hispanie (219-133 av. J.-C.) », Kentron, 37, p. 111-148.

Canfora L. (1992), Tucidide e l’impero: la presa di Melo, Roma-Bari-Laterza.

Carlton E. (1994), Massacres: An Historical Perspective, Aldershot, Scolar press.

Cartledge P. (1979), Sparta and Lakonia: A Regional History, 1300-362 B.C., London-Boston (Mass.)-Henley, Routledge & Kegan Paul.

Compernolle R. Van (1983), « Femmes indigènes et colonisateur », dans Modes de contacts et processus de transformation dans les sociétés anciennes, Rome, Publications de l'École française de Rome, 67, p. 1033-1049.

Couvenhes J.-C. (2005), « De disciplina graecorum : les relations de violence entre les chefs militaires grecs et leurs soldats », dans Bertrand J.-M. (dir.), La violence dans les mondes grec et romain, Paris, Publications de la Sorbonne, p. 431-454.

Couvenhes J.-C. (2011), « Le décret des mains coupées et la mutilation des extrémités sur les prisonniers de guerre », dans Bodiou L., Mehl V., Soria M. (dir.), Corps outragés, corps ravagés de l’Antiquité au Moyen Âge, Turnhout, Brepols, p. 419-434.

Couvenhes J.-C. (2014), « L’exposition d’un condamné afin que mort s’ensuive : apotympanismos et anastaurosis dans le domaine militaire grec antique », dans Allély A. (dir.), Corps au supplice et violences de guerre dans l’Antiquité. Actes de la journée d’études à l’université du Maine, Bordeaux, Ausonius, p. 27-39.

Crowley J. (2020), « Surviving Defeat: Battlefield Surrender in Classical Greece », Ancient History, 8/1, p. 1-29.

Cumin D. (2007), « Qui est combattant ? », Inflexions, 5/1, p. 151-165.

Cusumano N. (2005), « Il massacro dei Selinuntini nel 409: alcune osservazioni », dans Spanò Giammellaro A. (dir.), Atti del V congresso internazionale di studi fenici e punici, Palermo-Marsala, vol. 2, Palermo, p. 823-828.

Cusumano N. (2011), « Gérer la haine, fabriquer l’ennemi. Grecs et Carthaginois en Sicile entre les ve et ive siècles av. J.-C. », DHA, Suppl. 6, Diodore d’Agyrion et l’histoire de la Sicile, p. 113-135 [trad. de « La passione dell’odio e la violenza correttiva: Greci e Cartaginesi in Sicilia (409-396 a.C.) », dans Ando V., Cusumano N., Come bestie? Forme e paradossi della violenza tra mondo antico e disagio contemporaneo, Roma, Salvatore Sciascia Editore].

Détienne M. (1972), « Entre bêtes et dieux », Nouvelle revue de psychanalyse, 6, p. 231-246.

D’Huys V. (1987), « How to Describe Violence in Historical Narrative: Reflections of the Ancient Greek Historians and Their Ancient Critics », Ancient Society, 18, p. 209-250.

Ducrey P. (1968), « Aspects juridiques de la victoire et du traitement des vaincus », dans Vernant J.-P. (dir.), Problèmes de la guerre en Grèce ancienne, Paris, EHESS, p. 231-243 (republié dans Polemica).

Ducrey P. (1985), Guerres et guerriers dans la Grèce antique, Fribourg, Office du livre.

Ducrey P. (1999), Le traitement des prisonniers de guerre dans la Grèce antique, des origines à la conquête romaine, Athènes, École française d᾽Athènes, Paris, de Boccard.

Ducrey P. (2002), « Armée et pouvoir dans la Grèce antique, d’Agamemnon à Alexandre », dans Chaniotis A., Ducrey P. (dir.), Army and power in the Ancient World, Stuttgart, F. Steiner, p. 51-60 (republié dans Polemica).

Ducrey P. (2019), Polemica. Études sur la guerre et les armées dans la Grèce ancienne, Paris, Les Belles Lettres.

Eck B. (2005), « Typologie des massacres en Grèce classique », dans El Kenz D. (dir.), Le massacre, objet d’histoire, Paris, Gallimard, p. 72-120.

Eck B. (2017), « Philippe de Macédoine a-t-il jeté à la mer trois mille prisonniers de l’armée phocidienne ? Remarques sur l’historiographie de la bataille du Champ de Crocus (353) », Erga-Logoi, 5, p. 7-27.

El Kenz D. (2005), « Présentation », dans El Kenz D. (dir.), Le massacre, objet d’histoire, Paris, Gallimard, p. 7-24.

Fachard S., Harris E. (2021), The Destruction of Cities in the Ancient Greek World, Integrating the Archeological and Literary Evidence, Cambridge, Cambridge University Press.

Fernandez Nieto F. J. (1990), « La competencia penal de los estragos », dans Nenci G., Thür G. (dir.), Akten der Gesellschaft für griechische und hellenistische Rechtsgeschichte. Symposion, Cologne-Vienne, Böhlau Verlag, p. 111-122.

Foulon E. (2008), « La critique du tragique en histoire par Polybe », dans Auger D., Peigney J. (dir.), Phileuripidès. Mélanges offerts à François Jouan, Paris, Presses universitaires de Paris 10, p. 687-701.

Fröhlich P. (1999), « Les magistrats de la guerre », dans Prost F. (dir.), Armées et sociétés de la Grèce classique. Aspects sociaux et politiques de la guerre aux ve et ive siècles av. J.-C., Paris, Errance, p. 108-136.

Fröhlich P. (2008), « Les magistrats militaires des cités grecques au ive siècle a.C. », RÉA, 110/1, p. 39-55 ; 110/2, p. 423-441.

Fromentin V. (2001), « L’histoire tragique a-t-elle existé ? », dans Billault A., Mauduit C. (dir.), Lectures antiques de la tragédie classique, Lyon-Paris, de Boccard, p. 77-92.

Gaillard-Goukowsky D., Goukowsky P. (éd.) (2023), Arrien, Anabase d'Alexandre, II, livres III-V, Paris, Les Belles Lettres.

Garbini G. (1993), « La caduta di Mozia », dans Studi sulla Sicilia Occidentale in onore di Vincenzo Tusa, Padova, Aldo Ausilio, p. 67-72.

Garlan Y. (1999), La guerre dans l᾽Antiquité, Paris, Nathan [3e éd. revue et augmentée].

Giovannini A. (2007), Les relations entre États dans la Grèce antique : du temps d’Homère à l’intervention romaine (ca. 700-200 av. J.-C.), Stuttgart, Franz Steiner Verlag.

Gomme A. W. (1963), A Historical Commentary on Thucydides, Oxford, Clarendon Press.

Graham A. J. (1980-1981), « Religion, Women and Greek Colonization », Atti CeRDAC, 11, p. 294-314.

Grangé N. (2022), « Penser / représenter le massacre : un tabou philosophique depuis l’Antiquité ? », Kentron, 37, p. 173-196.

Guilhembet J.-P. (2012), « Plutarque et le châtiment des villes dans les Vies parallèles », dans Le châtiment des villes dans les espaces méditerranéens (Antiquité, Moyen Âge, Époque moderne), Studies in European Urban History (1100-1800), 26, Turnhout, Brepols, p. 67-86.

Hamel D. (1998), The Athenian Generals: Military Authority in the Classical Period, Mnemosyne Suppl. 182, Leyde, Brill.

Hansen M. H., Nielsen T. H. (2004), An Inventory of Archaic and Classical Poleis, Oxford, Oxford University Press.

Hanson V. D. (1990), Le modèle occidental de la guerre, Paris, Les Belles Lettres.

Hunt P. (1998), Slaves, Warfare, and Ideology in the Greek Historians, Cambridge, Cambridge University Press.

Hutchinson G. (2000), Xenophon and the Art of Command, Londres, Greenhill Books.

Jouanno C. (1993), « Un épisode embarrassant de l’histoire d’Alexandre : la prise de Thèbes », Ktèma, 18, p. 245-258.

Konijnendijk R. (2018), Classical Greek Tactics. A Cultural History, Leiden-Boston, Brill.

Konstan D. (2007), « Anger, Hatred, and Genocide in Ancient Greece », Common Knowledge, 13/1, p. 170-187.

Krentz P. (1985), « Casualties in Hoplite Battles », GRBS, 26, p. 13-20.

Laffon A. (2016), L’ἀναρχία (anarchia) dans la Grèce antique, vol. 2, L’ἀναρχία : de l’absence d’ἄρχων à l’anarchie, thèse de doctorat, université Paris IV-Sorbonne.

Laffon A. (2023), « Ne pas trahir sa patrie : la résistance héroïque des Abydiens, Polybe, XVI, 28-34 », dans Engerbeaud M., Millot R. (dir.), Livrer sa patrie à l’ennemi : les leçons d’une trahison dans l’Antiquité, Aix-en-Provence, Presses Universitaires de Provence, p. 41-56.

Laffon A. (2024), « La représentation des tueries de soldats en déroute dans le monde grec (vie-ive siècles) », Kentron, 39, p. 19-40.

Lanni A. (2008), « The Laws of War in Ancient Greece », Law and History Review, 26/3, p. 469-489.

Lengauer W. (1979), Greek Commanders in the 5th and the 4th Centuries B.C. Politics and Ideology: A Study in Militarism, Varsovie, Wydawnictwa Uniwersytetu Warszawskiego.

Lohmann H. (2021), « Miletus After the Disaster of 494 B.C. Refundation or Recovery? », dans Fachard S., Harris E., The Destruction of Cities in the Ancient Greek World, Integrating the Archeological and Literary Evidence, Cambridge, Cambridge University Press, p. 50-69.

Longo O. (1986), « Strage a Micalesso (e altrove) », dans Studi in onore di A. Barigazzi, I, Roma, Edizioni dell’Ateneo, p. 363-377.

Lonis R. (1969), Les usages de la guerre entre Grecs et Barbares : des guerres médiques au milieu du ive s. avant J.-C, Paris, Les Belles Lettres.

Maffre F. (2012), « Les châtiments collectifs achéménides à l’encontre des cités, structures urbaines ou ethnies dans les satrapies occidentales (vie siècle-ive siècle a.C.) », dans Le châtiment des villes dans les espaces méditerranéens (Antiquité, Moyen Âge, Époque moderne), Studies in European Urban History (1100-1800), 26, Turnhout, Brepols, p. 253-278.

Marcinkowski A. (2011), « Pratique de la tête coupée en Grèce ancienne », dans Bodiou L., Mehl V., Soria M. (dir.), Corps outragés, corps ravagés de l’Antiquité au Moyen Âge, Turnhout, Brepols, p. 435-456.

Marconi C. (2021), « The Carthaginian Conquest and Destruction of Selinus in 409 B.C. Diodorus and Archaeology », dans Fachard S., Harris E., The Destruction of Cities in the Ancient Greek World, Integrating the Archeological and Literary Evidence, Cambridge, Cambridge University Press, p. 85-107.

Mariaud O. (2012), « Châtiments de villes en Grèce orientale à l᾽époque archaïque (700-500 av. n. è.) : “choc de civilisation” ou conflit de voisinage ? », dans Le châtiment des villes dans les espaces méditerranéens (Antiquité, Moyen Âge, Époque moderne), Studies in European Urban History (1100-1800), 26, Turnhout, Brepols, p. 233-252.

Mauduit C. (2006), La sauvagerie dans la poésie grecque d᾽Homère à Eschyle, Paris, Les Belles Lettres.

McKesson Camp J. (2021), « The Persian Destruction of Athens. Sources and Archaeology », dans Fachard S., Harris E., The Destruction of Cities in the Ancient Greek World, Integrating the Archeological and Literary Evidence, Cambridge, Cambridge University Press, p. 70-84.

Muller Y. (2014), « La mutilation de l’ennemi en Grèce classique : pratique barbare ou préjugé grec ? », dans Allély A. (dir.), Corps au supplice et violences de guerre dans l’Antiquité. Actes de la journée d’études à l’université du Maine, Bordeaux, Ausonius, p. 41-72.

Oliveira Gomes C. de (2012), « Juste châtiment ou bourreau des cités ? Le tyran grec archaïque entre deux interprétations », dans Gilli P., Guilhembet J.-P. (dir.), Le châtiment des villes dans les espaces méditerranéens (Antiquité, Moyen Âge, Époque moderne), Studies in European Urban History (1100-1800), 26, Turnhout, Brepols, p. 25-34.

Payen P. (2004), « Femmes, armées civiques et fonction combattante en Grèce ancienne (viie-ive siècle avant J.-C.) », Clio, 20, p. 15-41.

Payen P. (2005), « Le deuil des vaincues. Femmes captives dans la tragédie grecque », Les Études Classiques, 73, p. 3-26.

Payen P. (2012), Les revers de la guerre en Grèce ancienne : histoire et historiographie, Paris, Belin.

Payen P. (2018), La guerre dans le monde grec, viiie-ie siècles avant J.-C., Malakoff, Armand Colin.

Pillot W. (2012), « Les Carthaginois dans la Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile », Τεκμήρια, 11, p. 51-71.

Pimouguet-Pédarros I. (2021a), « Guerres, normes et transgressions dans le monde grec », dans Barrandon N., Pimouguet-Pédarros I. (dir.), La transgression en temps de guerre de l’Antiquité à nos jours, Rennes, PUR, p. 65-82.

Pimouguet-Pédarros I. (2021b), « Guerre de siège, genre et représentations dans le monde grec antique (Alexandre et la période hellénistique) », HiMA, 10, p. 145-176.

Pimouguet-Pédarros I. (2021c), « Guerre de siège, paroxysme et transgressions (Alexandre et les monarchies hellénistiques », dans Barrandon N., Pimouguet-Pédarros I. (dir.), La transgression en temps de guerre de l’Antiquité à nos jours, Rennes, PUR, p. 137-156.

Pimouguet-Pédarros I. (2022), « Des violences de masse et des femmes : enquête au temps des campagnes d’Alexandre en Grèce et en Orient », Kentron, 37, 2022, p. 59-109.

Pritchett K. W. (1991), The Greek State at War, V, Berkeley (Calif.)-Los Angeles-Oxford, University of California Press.

Pritchett K. W. (1994), Essays in Greek History, Amsterdam, J.C. Gieben.

Quinn T. J. (1995), « Thucydides and the Massacre at Mycalessus », Mnemosyne, 48/5, p. 571-574.

Radet G. (1927), « Notes sur l’histoire d’Alexandre. VII. La prise de Persépolis », RÉA, 29/1, p. 5-34.

Raina G. (2006), Dissimulazioni della violenza nella Grecia antica, Pavia, Ibis.

Ripoll F. (2009), « La prise du rocher d᾽Aornos chez Quinte-Curce (VIII, 11) : déformation historique, transposition épique, démonstration morale », Vita Latina, 180, p. 11-23.

Saou R. (2021), Les modèles grecs de la guerre : violence et pratiques combattantes dans l᾽espace égéen entre le début du ive et la fin du ier s. a.C., Thèse de doctorat, université Michel de Montaigne-Bordeaux III.

Schaps D. (1982), « The Women of Greece in Wartime », Classical Philology, 77/3, p. 193-213.

Sémelin J. (2005), Purifier et détruire : usages politiques des massacres et génocides, Paris, Seuil.

Vassallo S. (2018), « Le sepolture dei cittadini imeresi vittime della strage del 409 a.C. », dans Nizzo V. (dir.), Antropologia e archeologia a confronto: archeologia e antropologia della morte. 1. La regola dell’eccezione, Rome, Laura Pasquali Editorial Service System, p. 199-215.

Wees H. van (2004), Greek Warfare: Myths and Realities, London, Duckworth.

Wees H. van (2010), « Genocide in the Ancient World », dans Bloxham D., Dirk Moses A. (dir.), The Oxford Handbook of Genocide Studies, Oxford, Oxford University Press, p. 239-258.

Wees H. van (2011), « Defeat and Destruction: The Ethics of Ancient Greek Warfare », dans Linder M., Tausend L. (dir.), « Böser Krieg ». Exzessive Gewalt in der antiken Kriegsführung und Strategien zu deren Vermeidung, Graz, Grazer Universitätsverlag, p. 69-110.

Wees H. van (2016), « Genocide in Archaic and Classical Greece », dans Caston V., Weineck S.-M. (dir.), Our Ancient Wars: Rethinking War through the Classics, Ann Arbor (MI), University of Michigan Press, p. 19-37.

Wheeler E. L. (1991), « The General as Hoplite », dans Hanson V. D. (dir.), Hoplites. The Classical Greek Battle Experience, Londres, Routledge, p. 121-170.

Wood N. (1964), « Xenophon’s Theory of Leadership », C&M, 25, p. 33-64.

Appendix

Annexe : typologie des massacres (vie-ive siècles avant J.-C.)

Bataille rangée [49]

Massacre de prisonniers dans le cadre d’opérations navales [12]

 

Agresseurs

Victimes

Contexte

Sources

Vocabulaire

Ampleur du massacre

Temporalité et décision

M1

Étrusques (Agylléens) [punition divine, cérémonies expiatoires]

Phocéens

bataille d’Alalia, ca 540-535

Hér. 1.167

καταλεύω

πολλῷ πλείστους, le plus grand nombre de prisonniers, attribué par le sort aux Agylléens

après le combat
partage des prisonniers
sort différencié

M2

Histiéens
[représailles par les Athéniens]

Athéniens

ca 446

Plu. Pér. 23.4

ἀποκτείνω

ναῦν Ἀττικὴν αἰχμάλωτον λαβόντες ἀπέκτειναν τοὺς ἄνδρας, les hommes d’une trière

après le combat

M3

Périclès*
Athéniens
[πολλὴν ὠμότητα]

Samiens

439

Plu. Pér. 28.2-3

ἀναιρέω

τοὺς τριηράρχους καὶ τοὺς ἐπιβάτας τῶν Σαμίων, les triérarques et les hoplites embarqués

après le combat
prisonniers conduits sur l’agora de Milet
[ordre explicite]

M4

Corcyréens

Épidamniens et alliés des Corinthiens

bataille au cap Leucimme, 435

Thuc. 1.30.1
Diod. 12.31

ἀποκτείνω

τοὺς μὲν ἄλλους οὓς ἔλαβον αἰχμαλώτους, Thuc., les Corinthiens sont gardés en captivité

après le combat
une fois le trophée dressé
sort différencié

M5

Corinthiens
[volonté d’anéantissement]

Corcyréens, Athéniens

bataille de Sybota, 433

Thuc. 1.50.1

φονεύω
κτείνω

πρὸς δὲ τοὺς ἀνθρώπους ἐτράποντο φονεύειν διεκπλέοντες μᾶλλον ἢ ζωγρεῖν
[confusion entre ennemis et alliés]

pendant la déroute
(τῆς δὲ τροπῆς γενομένης)

M6

Lacédémoniens

Athéniens

bataille de Naupacte, 429

Thuc. 2.90.5

ἀποκτείνω

ὅσοι μὴ ἐξένευσαν αὐτῶν, tous ceux qui ne s’enfuirent pas à la nage (9 trières)

pendant le combat
(trières en fuite)

M7

Athéniens

Lacédémoniens

bataille de Naupacte, 429

Thuc. 2.92.2

ἀποκτείνω

ἄνδρας τε τοὺς μὲν ἀπέκτειναν, τινὰς δὲ καὶ ἐζώγρησαν (6 trières)

dans la suite immédiate
sort différencié

M8

Alcidas, navarque spartiate*

prisonniers

contexte du soulèvement de Mytilène, 427

Thuc. 3.32.1

ἀποσφάζω
διαφθείρω

τοὺς πολλοὺς, la plupart des hommes capturés durant la navigation, ἄνδρας

après la capture

M9a

Syracusains et leurs alliés

Athéniens

3e bataille de Syracuse, 413

Thuc. 7.53.3

ἀποκτείνω

τοὺς ἄνδρας πάντας, tous les hommes (18 trières)

dans la suite immédiate

M10

Péloponnésiens

Athéniens

411, bataille en avant du port d’Erétrie

Thuc. 8.95.7

ἀποκτείνω

ἄνδρας τοὺς μὲν ἀποκτείναντες, τοὺς δὲ ζωγρήσαντες (22 trières)

dans la suite immédiate, avant de dresser le trophée
sort différencié

M11

Philoclès*
Athéniens

Corinthe, Andros

avant 405

Xén. 2.1.31-32

διαφθείρω
κατακρημνίζω

τοὺς ἄνδρας ἐξ αὐτῶν πάντας, tous les hommes de 2 trières

après la capture

M12

Lysandre*, Lacédémoniens et leurs alliés

Athéniens

bataille d’Aigos Potamos, 405

Xén. 2.1.31-32
Plu. Lys. 13.1-2
Plu. Alc. 37.4
Paus. 9.32.9

ἀποκτείνω
ἀποσφάζω σφαγή

τῶν αἰχμαλώτων ὅσοι ἦσαν Ἀθηναῖοι (Xén.), tous les Athéniens faits prisonniers (au nombre de 3 000, Plu., ou 4 000, Paus.) (sauf Adimante)

après le combat
délibération des alliés
sort différencié
représailles

a. Le sort des équipages syracusains faits prisonniers par les Athéniens n’est pas indiqué par Thucydide (7.23.4, 7.25.4, 7.41.3).

Crédits/sources : A. Laffon

Massacre de prisonniers dans le cadre d’opérations terrestres [9]

Bataille rangée

 

Agresseurs

Victimes

Contexte

Sources

Vocabulaire

Ampleur du massacre

Temporalité et décision

M13

Éléens

Éléens exilés alliés à Pylos

365

Xén. 7.4.26

ἀποσφάζω

ὅσοι δὲ φυγάδες, tous les exilés éléens faits prisonniers, les étrangers sont vendus comme esclaves (total de 200 prisonniers)

après le combat
sort différencié
représailles

M14

Philomélos, stratège des Phocidiens*

Locriens d’Amphissa

3e guerre sacrée, 354

Diod. 16.28.3

κατὰ τῆς πέτρας… κατακρημνίζω

πολλοὺς μὲν ἀνεῖλε τῶν πολεμίων, οὐκ ὀλίγους δ’ ἐζώγρησε, τινὰς δὲ…

après le combat
sort différencié représailles

M15

Éléens

mercenaires de l’armée phocidienne

ca 342

Diod. 16.63.5

ἀποσφάζω

environ 4000 prisonniers partagés entre Arcadiens et Éléens, qui mettent à mort les leurs

après le combat
sort différencié
représailles (διὰ τὴν εἰς τὸ μαντεῖον παρανομίαν)

(M16)b

Lucaniens

mercenaires du roi de Sparte Archidamos

ca 338

Diod. 16.63.2

κατακοντίζω

après la mort du roi de Sparte qui s’est porté au secours de Tarente, ses mercenaires ont été tués à coups de javelots

après le combat (?)
représailles (μετεσχηκότες τῆς τοῦ μαντείου συλήσεως)

a. Le récit de Diodore ne permet pas de préciser les circonstances de leur mort. Après la mention de la mort au combat d’Archidamos III (ca 338), il indique que par la suite (ἔπειτα) ses mercenaires ont été criblés de coups de javelots par les Lucaniens avant de rapporter la mort de Phalaïcos en Crète (ca 342) et de ses mercenaires dans le Péloponnèse (M15).

Crédits/sources : A. Laffon

Maraudage

 

Agresseurs

Victimes

Contexte

Sources

Vocabulaire

Ampleur du massacre

Temporalité et décision

M17

Amphictions, Béotiens

mercenaires des Phocidiens

3e guerre sacrée, 354

Diod. 16.31.1

θανάτῳ κολάζω
κατακοντίζω

ἅπαντας, tous les mercenaires capturés en grand nombre (οὐκ ὀλίγους) sans exception

après le combat
représailles (στρατευσαμένους μετὰ τῶν ἱεροσύλων)

M18

Philomélos, stratège des Phocidiens*
[παροξυνθέντες]

Béotiens

3e guerre sacrée, 354

Diod. 16.31.2

κατακοντίζω

πολλοὺς… οὓς ἅπαντας, absolument tous les ennemis capturés en grand nombre

après le combat
représailles (à la demande des mercenaires)

Crédits/sources : A. Laffon

Assaut d’un fortin

 

Agresseurs

Victimes

Contexte

Sources

Vocabulaire

Ampleur du massacre

Temporalité et décision

M19

Pachès, stratège athénien*

mercenaires arcadiens et barbares

assaut d’un poste fortifié à Notion, port de Colophon, 427

Thuc. 3.34.3

Διαφθείρω
κατατοξεύω

τούς τε Ἀρκάδας καὶ τῶν βαρβάρων ὅσοι ἐνῆσαν, les Arcadiens et tous les Barbares qui étaient à l’intérieur

attaque surprise (ἐξαπιναίως καὶ οὐ προσδεχομένων) après la prise du fortin

M20

Brasidas, général spartiate*

Athéniens et leurs partisans

assaut du fortin de Lécythos près de Toroné, 424

Thuc. 4.116.1

διαφθείρω

ὅσους ἐγκατέλαβε, tous les ennemis pris à l’intérieur

après la prise du fortin où les ennemis se sont retranchés

M21

Gylippe, général spartiate*

Athéniens

assaut du fortin de Labdalon, 414/3

Thuc. 7.3.4

ἀποκτείνω

ὅσους ἔλαβεν ἐν αὐτῷ πάντας, tous les ennemis pris à l’intérieur

après la prise du fortin aux abords de Syracuse

Crédits/sources : A. Laffon

Massacre de soldats surpris au repos [4]

 

Agresseurs

Victimes

Contexte

Sources

Vocabulaire

Ampleur du massacre

Temporalité et décision

M22

Cléomène, roi de Sparte* Lacédémoniens

Argiens

bataille de Sépéia, ca 494

Hér. 6.78.2 Polyen 1.14

Φονεύω
ἀποκτείνω

πολλοὺς, Hér., un grand nombre

attaque à l’improviste au moment du repas
pendant le combat

M23

Cléomène, roi de Sparte*

Argiens

bataille de Sépéia, ca 494

Plu. Apopht. lac. 223a-b

ἀποκτείνω

κοιμωμένοις…τοὺς μὲν ἀπέκτεινε, τοὺς δ’αἰχμαλώτους ἔλαβεν

attaque de nuit
pendant une période de trêve

M24

Athéniens

Lacédémoniens

bataille de Sphactérie, 425

Thuc. 4.32.1

διαφθείρω

τοὺς μὲν πρώτους φύλακας, les hommes du premier poste encore dans leur lit

attaque de nuit de la garnison en avant-poste (λαθόντες τὴν ἀπόβασιν)
pendant le combat

M25c

Macédoniens

Illyriens

bataille à proximité de Pélion, 335

Arrien 1.6.10

Κατακτείνω
ἀποθνήσκω

πολλοὶ, un grand nombre de soldats encore dans leur lit ou tentant de fuir capturés et tués sur place

attaque de nuit du campement (ἀπροσδόκητοί)
pendant le combat

a. [Massacre de soldats en déroute, M39]

Crédits/sources : A. Laffon

Massacre de soldats réfugiés dans un espace sacré [2]

 

Agresseurs

Victimes

Contexte

Sources

Vocabulaire

Ampleur du massacre

Temporalité et décision

M26

Cléomène, roi de Sparte*
[ἐν ἀλογίῃ, Hér.] [ἐξώρμει γὰρ τὰ πολλὰ ἐκ τοῦ νοῦ, Paus.] [punition divine, folie furieuse, mort atroce]

Argiens

bataille de Sépéia, ca 494

Hér. 6.75, 79-80
Paus. 2.20.8
3.4.1

Κατακόπτω
κτείνω ἐμπίμπρημι
διαφθείρω
συγκατακαίω

les 50 Argiens sortis du bois sacré qui se sont rendus et tous ceux qui sont réfugiés à l’intérieur (6 000 morts au total, Hér. 7.148), ὅσοι δὲ ἐς τὸ ἄλσος τοῦ Ἄργου κατέφυγον (Paus.), οἱ ἱκέται, au nombre de 5 000 (Paus.)

après le combat (déroute)
[ordre explicite]

M27

Béotiens

Phocidiens

3e guerre sacrée, ca 347

Diod. 16.58.4
Paus. 10.35.3

ἀπόλλυμαι καταφλέγω πῦρ

500 soldats réfugiés dans le temple d’Apollon à Abai brûlés vifs, Φωκέων ἄνδρας… αὐτούς τε… τοὺς ἱκέτας καὶ τὸ ἱερόν (Paus.)

après le combat (déroute)
représailles (ἱεροσύλοις, Diod.)

Crédits/sources : A. Laffon

Massacre de soldats en déroute [16]

 

Agresseurs

Victimes

Contexte

Sources

Vocabulaire

Ampleur du massacre

Temporalité et décision

M28

Crotoniates [διὰ τὴν ὀργὴν ζωγρεῖν μὲν μηδένα βουληθέντων]

Sybarites

511/10

Diod. 12.10.1

ἀποκτείνω
κατακόπτω

πάντας δὲ κατὰ τὴν φυγὴν τοὺς ὑποπεσόντας ἀποκτεινόντων, οἱ πλείους κατεκόπησαν

durant la retraite (κατὰ τὴν φυγὴν)

M29

Athéniens

Perses

bataille de Marathon, 490

Hér. 6.113

Κόπτω
πῦρ

…καὶ ἐνίκων Ἀθηναῖοι. Φεύγουσι δὲ τοῖσι Πέρσῃσι εἵποντο κόπτοντες…

après la victoire

M30

Gélon de Syracuse
[τοῦ δὲ Γέλωνος παραγγείλαντος μηδένα ζωγρεῖν]

Carthaginois

bataille d’Himère, 480

Diod. 11.22.3-4 et 23.3
13.59.5

φόνος
κατακόπτω
ἀπόλλυμαι ἀναιρέω

πολὺς ἐγένετο φόνος τῶν φευγόντων, 150 000 hommes tués, dont Hamilcar, et pas moins de 150 000 prisonniers

durant la retraite [καταπλαγέντες καὶ τὴν νίκην ἀπογνόντες πρὸς φυγὴν ἐτράπησαν] [ordre explicite]

M31

Grecs

Perses

bataille de Platées, 479

Hér. 9.68-70

φονεύω

Οἳ μὲν δὴ νικῶντες εἵποντο τοὺς Ξέρξεω διώκοντές τε καὶ φονεύοντες ; πολλαὶ μυριάδες, 3 000 survivants sur une armée de 300 000 hommes (40 000 hommes en fuite)

après la victoire sur le champ de bataille et l’assaut du campement perse [πεφοβημένοι]

M32

Grecs

Perses

bataille du cap Mycale, 479

Hér. 9.106

κατεργάζομαι
ἐμπίμπρημι

τοὺς πολλοὺς, τοὺς μὲν μαχομένους, τοὺς δὲ καὶ φεύγοντας, la plupart dans le combat et aussi dans la fuite

après la victoire

M33

Athéniens

Corinthiens

bataille en Mégaride, 458

Thuc. 1.106

καταλεύω

τι αὐτῶν μέρος οὐκ ὀλίγον, un groupe assez conséquent de soldats en fuite qui se sont égarés et réfugiés dans une propriété privée, cernés, tous ceux qui sont entrés sont lapidés (πάντας τοὺς ἐσελθόντας), le gros des troupes rentre dans ses foyers

après la victoire, durant la retraite (οἱ δὲ νικώμενοι ὑπεχώρουν)

M34

Étoliens

Athéniens et leurs alliés

combats en Étolie, 426

Thuc. 3.98

Διαφθείρω
εἰσακοντίζω
πῦρ
περιπίμπρημι
ὄλεθρος

πολλοὺς μὲν αὐτοῦ ἐν τῇ τροπῇ κατὰ πόδας αἱροῦντες… τοὺς δὲ πλείους, beaucoup sont tués dans leur fuite… la plupart périssent dans les flammes

durant la retraite dans les ravins et la forêt (οὕτω δὴ τραπόμενοι ἔφευγον) (ἐν τῇ τροπῇ)

M35

Syracusains, Péloponnésiens
[Plu. πρὸς ὕβριν καὶ μετ’ ὀργῆς ; ὠμότατος]

Athéniens et leurs alliés (Nicias)

4e bataille dans la rade de Syracuse, 413

Thuc. 7.84-85
Plu. Nic. 27

βάλλω
κατακοντίζω
διαφθείρω
σφάζω
κεῖμαι
φονεύω
ἀποθνήσκω
φόνος

Thuc., νεκρῶν τε πολλῶν ἐπ’ ἀλλήλοις ἤδη κειμένων ἐν τῷ ποταμῷ καὶ διεφθαρμένου τοῦ στρατεύματος Μέρος δέ τι οὐκ ὀλίγον καὶ ἀπέθανεν· πλεῖστος γὰρ δὴ φόνος οὗτος… ; Plu., πλεῖστος ἐνταῦθα φόνος ἦν καὶ ὠμότατος ; πολλῷ τῶν φονευθέντων ἐλάττονες οἱ διασωθέντες 

durant la retraite, après plusieurs jours de marche harcelés par l’ennemi, dans le plus grand dénuement, lors de la traversée du fleuve Assinaros (beaucoup de prisonniers sont dérobés par les soldats, beaucoup réussissent à s’échapper)

M36

Lacédémoniens, Corinthiens exilés

Argiens

combats autour de Corinthe, 392

Xén. 4.4.11-12

Διαφθείρω
ἀποθνήσκω
ἀποπνίγω
ἀποκτείνω
ἀπόλλυμι
πίπτω

πολλοὶ, un grand nombre d’ennemis en déroute

durant la retraite vers la ville (πρὸς τὴν πόλιν ἀπεχώρουν)
[πολεμίων πλῆθος πεφοβημένον, ἐκπεπληγμένον]

M37

Carthaginois [παρήγγελλον ἀλλήλοις μηδένα ζωγρεῖν ; μνησικακούντων]

Grecs de Sicile (Denys)

bataille de Cronion, 383/2

Diod. 15.17.3-4

ἀναιρέω
φόνος

πάντων τῶν περικαταλαμβανομένων ἀναιρουμένων, πᾶς ὁ πλησίον τόπος νεκρῶν ἐπληρώθη. Tοσοῦτος δ’ ἐγένετο φόνος… (14 000 morts)

durant la retraite (τροπῆς δὲ παντελοῦς γενομένης)
[κατεπλάγησαν]

M38

Philippe II, roi des Macédoniens*

Phocidiens et mercenaires

bataille du Crocos en Thessalie, ca 353/2

Dém. Amb. 319
Diod. 16.35.5-6, 61.2
Justin 8.2

διαφθείρω φόνος
ἀναιρέω
κατακόπτω κρεμάννυμι σταυρόω καταποντίζω caedes

πολὺς… φόνος, Diod., un grand massacre d’ennemis en déroute (Onomarchos est à la tête de 20 000 fantassins et 500 cavaliers, 6 000 ennemis tués en tout, 3 000 faits prisonniers, Diod.)

après la victoire (ἐνίκησεν ὁ Φίλιππος, Diod.), durant la fuite vers la mer, abandon des armes (οἱ γὰρ φεύγοντες ῥίψαντες τὰς πανοπλίας, Diod. ; territi abiectis armis fugam capessunt, Justin)
représaillesd (ὡς ἱεροσύλους, Diod.)
M39e

Macédoniens

Illyriens

attaque près de Pélion, 335

Arrien 1.6.10

ἀποθνήσκω

πολλοὶ, un grand nombre de soldats capturés dans leur fuite

attaque à l’improviste, fuite immédiate (ἐν τῇ ἀποχωρήσει ἀτάκτῳ καὶ φοβερᾷ γενομένῃ)

M40

Macédoniens

Perses, mercenaires grecs

sortie lors du siège d’
Halicarnasse, 334

Arrien 1.22.3-6

φόνος
ἀποθνήσκω
διαφθείρω
καταπα
έω βάλλω

φόνος οὐκ ὀλίγος… πολλοὺς…, ὁ πλεῖστος δὲ φόνος… πολλοὺς…, un grand massacre d’ennemis en déroute sous les remparts (1000 ennemis tués en tout)

durant la retraite vers la ville (ἔφυγον ἐς τὴν πόλιν…, ἐν τῇ ἀποχωρήσει)

M41

Alexandre, Cratère, Macédoniens

Uxiens

combats contre les Uxiens, 330

Arrien 3.17.5

ἀποθνήσκω
ἀπόλλυμι

οἱ μὲν…, πολλοὶ δὲ…, οἱ πλεῖστοι δὲ, un grand nombre de soldats en déroute

fuite immédiate (ἐκπλαγέντες…ἔφυγον οὐδὲ εἰς χεῖρας ἐλθόντες)

M42

Macédoniens

troupes perses Ariobarzanès

combats aux Portes persiques, 330

Arrien 3.18.8-9

ἀπόλλυμαι

οἱ μὲν πλεῖστοι… la plupart sont tués en combattant, οἱ δὲ καὶ… d’autres aussi périssent dans leur fuite

fuite immédiate (οὐδὲ ἐς χεῖρας ἐλθόντες ἔφυγον ; ἐν τῇ φυγῇ φοβερᾷ γενομένῃ)

M43

Alexandre, Macédoniens [ira]

Scythes

combats sur les rives du Tanaïs, 329

QC 7.9

interficio

multis interfectis, pluribus captis, beaucoup de soldats sont tués, encore plus faits prisonniers

durant la retraite (capessunt fugam)

a. Voir Eck 2017, p. 16-17 et la défaite subie peu auparavant par Philippe face à Onomarchos (Diod. 16.35.2 ; Polyen 2.38.2).
b. [Massacre de soldats surpris au repos, M25].

Crédits/sources : A. Laffon

Massacres en marge des combats [6]

 

Agresseurs

Victimes

Contexte

Sources

Vocabulaire

Ampleur du massacre

Temporalité et décision

M44

Perses
[ἀφειδέως]

Grecs

attaque d’un convoi de vivres pris en embuscade, 479

Hér. 9.39

φονεύω
κτείνω

οὐ φειδόμενοι οὔτε ὑποζυγίου οὐδενὸς οὔτε ἀνθρώπου, n’épargnant ni bête ni homme

ordre de Mardonios sur les conseils du Thébain Timagénidas

M45

Platéens

Thébains

attaque surprise des Thébains à Platées en temps de paix, 431

Thuc. 2.5-6, 3.56, 3.66
Dém. 59,101
Polyen 6.19.1

ἀποκτείνω
διαφθείρω
κτείνω
θάνατος

τοὺς ἄνδρας, les 180 prisonniers pris dans Platées (Thuc.) ; τοὺς ἄνδρας oὓς ἔλαβον αὐτῶν ἐν τῇ μάχῃ, Dém. ; τοὺς αἰχμαλώτους, Polyen

décision prise par les Platéens au sein de la cité après reddition
représailles

M46

Lacédémoniens
[représailles par les Athéniens]

Athéniens, alliés, neutres

début de la guerre du Péloponnèse

Thuc. 2.67.4

ἀποκτείνω
ἐς φάραγγας εἰσβάλλω
διαφθείρω

τοὺς ἐμπόρους οὓς ἔλαβον, …ὅσους λάβοιεν ἐν τῇ θαλάσσῃ ὡς πολεμίους, tous ceux qu’ils prenaient en mer

capture des équipages des navires marchands qui contournent le Péloponnèse

M47

Arsace, commandant perse*

Déliens habitant Atramytteion

attaque surprise contre des alliés, ca 411

Thuc. 8.108.4

κατακοντίζω

les meilleurs des Déliens (αὐτῶν τοῖς βελτίστοις) partis en campagne en qualité d’amis et alliés d’Arsace

traîtrise, cernés au moment du déjeuner (ἀριστοποιουμένους)

M48

Mémacéniens

Macédoniens

massacre de
cavaliers accueillis en hôtes, 329

QC 7.6.17-18

interficio

les 50 cavaliers

traîtrise, cavaliers assaillis et massacrés en pleine nuit

M49

Alexandre* (Macédoniens)
[τὴν ἀλλοτριότητα, Diod.]

mercenaires indiens à Massaga

attaque surprise d’un camp de mercenaires en dépit d’une convention, 326

Diod. 17.84.1-6
Plu. Alex. 59.6-7
Arrien 4.27.4

φόνος, παντοῖαι διαθέσεις θανάτων
κατακόπτω ἀποκτείνω

πολὺν… φόνον…, πάντες μετὰ τῶν γυναικῶν, Diod. ; ἅπαντας, Plu., tous sans exception

traîtrise, mercenaires attaqués par surprise (ἄφνω, Diod.), encerclés de nuit (περιστήσας τῆς νυκτὸς, Arrien)

Crédits/sources : A. Laffon

Prise de ville [43]

Massacre indistinct de la population – hommes, femmes, enfants, vieillards, suppliants, animaux… [18]

 

Agresseurs

Victimes

Date

Sources

Vocabulaire

Ampleur du massacre

Temporalité et décision

M50

Otanès*, Perses
[maladie, songe,
repeuplement de l’île]

Samiens

ca 519

Hér. 3.147

κτείνω

πάντα τὸν ἂν λάβωσι καὶ ἄνδρα καὶ παῖδα ὁμοίως… πάντα τὸν ἐμποδὼν γινόμενον ὁμοίως ἔν τε ἱρῷ καὶ ἔξω ἱροῦ, tout individu

pendant la prise de la ville [ordre explicite]
représailles

M51

Hippocrate, tyran de Géla*
[ἀδεῶς]

Ergétins

ca 495

Polyen 5.6

κτείνω

ἀδεῶς Ἐργετίνους ἅπαντας, absolument tous les Ergétins sans restriction

pendant la prise de la ville attaquée par surprise [ordre explicite]

M52

Perses

Athéniens

480

Hér. 8.53

ῥίπτω
διαφθείρω
φονεύω
καταστρώννυμι

τοὺς ἱκέτας… πάντες, tous les suppliants réfugiés sur l’Acropole

après la prise de la ville abandonnée, lors de l’assaut de l’Acropole

M53

Artabaze, commandant perse*

Bottiéens habitant Olynthe

479

Hér. 8.127

κατασφάζω

Βοττιαῖοι

après la prise de la ville (ἐπεὶ δὲ σφέας εἷλε πολιορκέων)

M54

Thraces (stratège athénien Diitréphès)
[γένος…φονικώτατoν]

Mycalessos

413

Thuc. 7.29.4-5
Paus. 1.22.3

Φονεύω
κτείνω
ὄλεθρος κατακόπτω
ἀποκτείνω

φειδόμενοι οὔτε πρεσβυτέρας οὔτε νεωτέρας ἡλικίας, ἀλλὰ πάντας ἑξῆς, ὅτῳ ἐντύχοιεν, καὶ παῖδας καὶ γυναῖκας, tout individu confondu, καὶ ὑποζύγια καὶ ὅσα ἄλλα ἔμψυχα, tout être vivant, πάντας, tous les enfants d’une école, Thuc. ; οὐ μόνον τὸ μάχιμον… ἀλλὰ καὶ γυναῖκας… καὶ παῖδας…, Μυκαλησσίοις…πᾶσιν, Paus.

pendant la prise de la ville attaquée par surprise (αἱρεῖ ἀφυλάκτοις τε ἐπιπεσὼν καὶ ἀπροσδοκήτοις, Thuc.)

M55

Carthaginois [οὐδεμίαν συμπάθειαν]

Sélinonte

409

Diod. 13.57

σφάζω
συγκατακαίω
φονεύω

τῶν δὲ ἐγκαταληφθέντων σωμάτων… οὐ διακρίνοντες οὔτε φύσιν οὔθ’ ἡλικίαν, ἀλλ’ ὁμοίως παῖδας νηπίους, γυναῖκας, πρεσβύτας, tout individu confondu, πᾶς δ’ ἦν τόπος αἵματος καὶ νεκρῶν πλήρης (16 000 morts, 5 000 esclaves, 2 600 rescapés trouvent refuge à Agrigente)

après la prise de la ville et le massacre de tous les combattants sur l’agora

M56

Carthaginois
[ἀσυμπαθῶς]

Himère

409

Diod. 13.62.3

φονεύω
ὁ φόνος

πάντας… τοὺς καταλαμβανομένους, tous les ennemis pris dans la ville

après la prise de la ville (κατὰ κράτος οὖν ἁλούσης τῆς πόλεως)
représailles (M30)

M57

Carthaginois, Imilcar*

Agrigente

406

Diod. 13.90

ἀναιρέω

σχεδὸν ἅπαντας τοὺς ἐγκαταλειφθέντας, presque tous les habitants laissés dans la ville, τοὺς ἐν τοῖς ναοῖς καταπεφευγότας, même ceux réfugiés dans les temples

après la prise de la ville abandonnée

M58

Siciliotes (Denys de Syracuse) [ὠμότητι ; ὁρμὴν ἀκατάσχετον]

Motyé, colonie carthaginoise

397

Diod. 14.53.1-4

ἀναιρέω
φονεύω

πᾶς τόπος ἔγεμε τῶν ἀναιρουμένων…, πάντας ἑξῆς… ἁπλῶς οὐ παιδός, οὐ γυναικός, οὐ πρεσβύτου φειδόμενοι, tout individu

après la prise de la ville et plusieurs jours de combats acharnés
représailles

M59

Macédoniens et alliés grecs
[περιαλγὴς, ὑπερβάλλουσαν ὀργὴν, ἀποθηριωθεὶς τὴν ψυχὴν, 17.9.6 ; ἀφειδῶς ; πικρότερον ἢ πολεμικώτερον ; τὴν ὠμότητα ; τῶν ἀλλοτρίως διακειμένων ; τὴν ἰδίαν ἔχθραν ; ἀνηλεῶς, Diod.] [ὀργῇ ; παλαιὰς ἀπεχθείας, Arrien] [τὸν θυμόν ; ὠμοτάτῳ καὶ σκυθρωποτάτῳ, Plu. Alex. 13.2]

Thèbes

335

Diod. 17.13.5-6
Arrien 1.8, 1.9.6

φόνος
κτείνω
ἀναιρέω
φονεύω

πολλοῦ δὲ φόνου γενομένου καὶ τῆς πόλεως κατὰ πάντα τόπον νεκρῶν πληρουμένης, Diod. (plus de 6 000 morts et 30 000 prisonniers vendus, Diod., Plu. Alex. 11.12, Ael. 13.7) ; οὐδενὶ κόσμῳ… τοὺς δὲ καὶ πρὸς ἱεροῖς ἱκετεύοντας, οὔτε γυναικῶν οὔτε παίδων φειδόμενοι…, ὁ φόνος <ὁ> πολύς, Arrien (Hégésias de Magnésie, FGrH 142F15 Jacoby, 10 000 morts)

après la prise de la ville (τῆς δὲ πόλεως… καταλαμβανομένης, Diod. ; ἐς τοσόνδε ἡ φυγὴ φοβερὰ ἐγίγνετο, Arrien)
représailles

M60

Alexandre, Macédoniens
[rabies] [ὀργῇ ; ἀχθόμενοι]
[χαλεπῶς ἐνέγκαντος, Diod. 17.40.3]

Tyr (7 mois de siège)

332

QC 4.4.13-17
Arrien 2.24

Interficio
ignis
φόνος
χωρέω

omnes, QC ; φόνος πολύς…, ἐπὶ πᾶν, Arrien (7 000 Tyriens tombés en combattant, Diod. 17.46.3 ; 6 000 combattants tués à l’intérieur des murs, QC ; 8 000 morts, Arrien)

après la prise de la ville (ἐχόντων ἤδη τὴν πόλιν) [ordre explicite, QC] représailles

M61

Alexandre, Macédoniens [crudelitas]

Persépolis

330

Diod. 17.70
QC 5.6.6-8
Plu. Alex. 37.3

φονεύω
trucido
caedo
φόνος
ἀποσφάζω

τοὺς μὲν ἄνδρας πάντας, tous les hommes, Diod., captivorum corpora, passimque obvii, tout invidu qui se présente, QC, φόνον…πολὺν τῶν ἁλισκομένων…, τοὺς ἀνθρώπους, Plu.

après la reddition (la ville a été livrée par Tiridate) [ordre explicite, Plu.] représailles

M62

Alexandre (Macédoniens) [crudelitas]

Branchides

329?

QC 7.5.32-33

caedo
trucido

ad unum…, inermes passim, tout invidu indistinctement

pendant la prise de la ville attaquée par surprise [ordre explicite] représailles

M63f

Alexandre*

ville de Sogdiane

329

Arrien 4.3.5

ἀποκτείνω
κτείνω

Aristobule : πάντας τοὺς καταληφθέντας ἐν αὐτῇ, tous les ennemis pris à l’intérieur ; Ptolémée : τοὺς ἀνθρώπους, les habitants sont emmenés enchaînés hors de la région avant d’être exécutés afin de ne laisser derrière aucun des artisans de la révolte (τῶν τὴν ἀπόστασιν πραξάντων)

après la prise de la ville au premier assaut (reddition selon Ptolémée ; aussi prise de vive force, βίᾳ καὶ ταύτην ἐξεῖλε, selon Aristobule) [ordre explicite] représailles

M64g

Alexandre (Macédoniens)
[saevitum est]

ville des Aspasiens

326

QC 8.10.5-6

trucido

ne cui parceretur…, omnibus incolis, tous les habitants sans épargner personne

après la prise de la ville (cepit tamen oppidum) [ordre explicite]

M65

Alexandre*
[διὰ τὴν ὀργὴν]

ville des Agalassiens

326

Diod. 17.96.5

συγκατακαίω

τοὺς πλείστους (τῶν ἐγχωρίων/τῶν ᾿Ινδῶν), la plupart des habitants du pays

après la prise de la ville (κατὰ κράτος εἷλε)

M66

(Alexandre, Macédoniens)

citadelle des Malles

326/5

Arrien 6.6.5

ἀποθνήσκω

οἱ ξυμφυγόντες ἐς αὐτὴν πάντες, tous ceux qui se sont réfugiés dans la citadelle après la prise de la ville – au nombre de 2 000 environ

après la prise de la ville (ἥ τε ἄκρα κατὰ κράτος ἑάλω)

M67

Macédoniens [διὰ τὸν ὑπὲρ τοῦ βασιλέως θυμὸν, Diod.] [incitavit ; iustae irae, QC] [ὑπὸ σπουδῆς τε καὶ φόβου, Arrien]

capitale des Malles

326/5

Diod. 17.99.4
QC 9.5.19-20 Arrien 6.11

ἀναιρέω
ἀποκτείνω
cado
internecione hostium

πάντας τοὺς περιτυχόντας…, τὴν πόλιν νεκρῶν ἐπλήρωσαν, Diod. ; Indosque plures fugientes…, non senibus, non feminis, non infantibus parcitur, QC ; τοὺς Ἰνδούς…γε πάντας οὐδὲ γυναῖκα ἢ παῖδα ὑπελείποντο, Arrien

après la prise de la ville (τῆς δὲ πόλεως ἁλούσης κατὰ κράτος, Diod.)

a. Il pourrait s’agir de la ville des Mémacéniens mentionnée par Quinte-Curce : Alexandre, furieux (infestus) de la traîtrise des Mémacéniens (M48), blessé durant le siège et animé par la colère (ira), prend la ville de vive force et ordonne sa destruction (uictorque urbem dirui iussit), 7.6.21-23. Cependant cette ville n’est pas prise au premier assaut comme chez Arrien mais au terme d’un siège long et difficile (cf. munitiorem quam ut primo impetu capi posset, 6.6.19, fortius obsidionem tulit, 22).
b. [M104 Massacre indistinct d’une population en fuite].

Crédits/sources : A. Laffon

Massacre de tous les hommes en âge de combattre et asservissement des femmes et des enfants [16]

 

Agresseurs

Victimes

Date

Sources

Vocabulaire

Ampleur du massacre

Temporalité et décision

M68

Perses

Milet

494

Hér. 6.19

κτείνω

ἄνδρες μὲν οἱ πλεῦνες…, γυναῖκες δὲ καὶ τέκνα

après la prise de la ville

M69

Athéniens
[ὑπὸ ὀργῆς ; ὁρμῆς]

Mytilène

427

Thuc. 3.36.2

ἀποκτείνω
διαφθείρω

τῶν ἀνδρῶν… τοὺς ἅπαντας Μυτιληναίους ὅσοι ἡβῶσι, παῖδας δὲ καὶ γυναῖκας

après la prise de la ville, délibération civique (décret annulé) représailles

M70

Athéniens
[διὰ τὴν προτέραν αἰεί ποτε ἔχθραν]

Thyréa habitée par les Eginètes

424

Thuc. 4.57.3-4

ἀποκτείνω

τούς τε Αἰγινήτας, ὅσοι μὴ ἐν χερσὶ διεφθάρησαν…, Αἰγινήτας… πάντας ὅσοι ἑάλωσαν

après la prise de la ville, prisonniers conduits à Athènes, délibération civique, sort différencié, représailles

M71

Athéniens
[ὀργὴν ποιούμενοι ; ὀργισθέντες, Thuc.] [παροξυνθέντες, Diod.]

Skionè

421

Thuc. 4.122.5-6, 5.32.1
Diod. 12.72.7, 76.3
Isoc. 4, 100

ἀποκτείνω
ἀποσφάζω
κατασφάζω
ὄλεθρον

Σκιωναίους ; τοὺς ἡβῶντας, παῖδας δὲ καὶ γυναῖκας, Thuc. ; τὸν Σκιωναίων ὄλεθρον, Isoc. ; πάντας τοὺς Σκιωναίους, ὅταν ἁλῶσιν, ἡβηδὸν…, πάντας ἡβηδὸν, παῖδας μὲν καὶ γυναῖκας, Diod.

après la prise de la ville, délibération civique, représailles

M72

Lacédémoniens et leurs alliés

Hysiai
χωρίον, Thuc., Diod.
φρούριον, Diod.

417/6

Thuc. 5.83.2
Diod. 12.81.1

ἀποκτείνω

τοὺς ἐλευθέρους ἅπαντας οὓς ἔλαβον, Thuc. ; τοὺς ἐνοικοῦντας, Diod.

après la prise de la ville (Ὑσιὰς χωρίον τῆς Ἀργείας λαβόντες, Thuc.), sur place

M73

Athéniens

Mélos

415

Thuc. 5.116.4
Diod. 12.80.5
Plu. Alc. 16.6

ἀποκτείνω
ἀποσφάζω

Μηλίων ὅσους ἡβῶντας ἔλαβον, παῖδας δὲ καὶ γυναῖκας, Thuc. ; ἡβηδὸν…, παῖδας δὲ καὶ γυναῖκας, Diod. ; τοὺς Μηλίους ἡβηδὸν, Plu.

après la prise de la ville, délibération civique, ps-And., C. Alc., 22

M74

Hannibal* (Carthaginois)

Himère

409

Diod. 13.62.4

κατασφάζω

τῶν δ’ αἰχμαλώτων γυναῖκας καὶ παῖδας…, τῶν δ’ ἀνδρῶν τοὺς ἁλόντας… πάντας (au nombre de 3 000)

après la prise de la ville, représailles (M30)

M75

Lysandre, général spartiate*

Iasosh

405

Diod. 13.104.7

ἀποσφάζω

τοὺς μὲν ἡβῶντας (au nombre de 800)…, παῖδας δὲ καὶ γυναῖκας

après la prise de la ville (κατὰ κράτος αὐτὴν εἷλε Ἀθηναίοις συμμαχοῦσαν)

M76

Archidamos, roi de Sparte*

Caryai

367

Xén. 7.1.28

ἀποσφάζω

ὅσους ζῶντας ἔλαβεν, tous ceux qu’il prit vivants

après la prise de la ville (Καρύας μὲν ἐξαιρεῖ κατὰ κράτος)

M77

Alexandre de Phères, tyran thessalien*

Scotoussa Mélibéei

367/6

Diod. 15.75.1
Plu. Pél. 29.7 Paus. 6.5.2-3
ἀποσφάζω
κατακοντίζω καταφονεύω

ἅπαντας, tous les citoyens à l’assemblée sans exception, Diod., Paus. ; τὸ ἄλλο ὅσον ἐν ἡλικίᾳ…, γυναῖκας δὲ… καὶ παῖδας, , tout le reste en âge de combattre, Paus. ; ἡβηδὸν, Plu.

pendant et après la prise de la ville attaquée par surprise en temps de paix

M78

Thébains
[ἐκ παλαιῶν γὰρ χρόνων… ἀλλοτρίως διέκειντο]

Orchomène

364

Diod. 15.79.6

ἀποκτείνω

τοὺς μὲν ἄνδρας…, τέκνα δὲ καὶ γυναῖκας

après la prise de la ville, délibération civiquej, représailles

M79

Charès, stratège athénien*

Sestos

353/2

Diod. 16.34.3

ἀποσφάζω

τοὺς μὲν ἡβῶντας…, τοὺς δ’ ἄλλους

après la prise de la ville (Σηστὸν πόλιν ἑλὼν)

M80

Alexandre* [ira regis, QC]

Tyr

332

Diod. 17.46.4
QC 4.4.17
Justin 18.3.18

κρεμάννυμι
crucibus adfigo
pendo

τέκνα μὲν καὶ γυναῖκας…, τοὺς δὲ νέους πάντας, au nombre de 2000 au moins, Diod. (plus de 13 000 prisonniers) ; duo milia in quibus occidendis defecerat rabies, QC ; omnes qui proelio superfuerant, Justin (Arrien, 2.24.5, 30 000 Tyriens vendus et des étrangers)

après la prise de la ville, représailles (une grande partie de la population a été transportée à Carthage, Diod.)

M81

Alexandre, Macédoniens

villes de Sogdiane (Gaza)

329

QC 7.6.16
Arrien 4.2.4

ἀποκτείνω
interficio

puberes… reliqui, QC, τοὺς μὲν δὴ ἄνδρας πάντας… γυναῖκας δὲ καὶ παῖδας, Arrien (à Gaza et dans la ville suivante)

après la prise de la ville, [ordre explicite, QC, Arrien] représailles

M82k

Alexandre*
[φήμη πονηρὰ… φονικῶς καὶ βαρβαρικῶς πολεμοῦντος]

Sangala (Cathéens)

326

Polyen 4.3.30

κτείνω

Καθαίους… ἡβηδὸν (QC 9.1.17, 8 000 morts dans le combat qui précède le siège ; Arrien 5.24.5, 17 000 Indiens tués durant la prise de la ville, 70 000 faits prisonniers)

(?)

M83

(Alexandre, Macédoniens)

villes des Agalassiens

326

QC 9.4.5

interficio

puberes… ceteri

après la prise de la ville

a. Iasos avait déjà été prise, pillée et remise entre les mains de Tissapherne par les Péloponnésiens en 412 (Thuc. 8.28-29).
b. Mélibée a subi le même sort selon Plutarque, qui est le seul à la mentionner.
c. Auparavant les cavaliers d’Orchomène suspectés d’ourdir une sédition ont été arrêtés et les Thébains ont décidé de les exécuter (ἀποσφάζω), de réduire les Orchoméniens en esclavage et de raser leur cité.
d. [M107 Massacre indistinct d’une population en fuite].

Crédits/sources : A. Laffon

Massacre des prisonniers tenus pour responsables ou des opposants politiques [9]

 

Agresseurs

Victimes

Date

Sources

Vocabulaire

Ampleur du massacre

Temporalité et décision

M84

Phérétimè, reine de Cyrène*
[mort épouvantable, punition divine]

Barcéens

ca 512

Hér. 4.202

ἀνασκολοπίζω

τοὺς μὲν αἰτιωτάτους τῶν Βαρκαίων, les Barcéens les plus coupables

après la prise de la ville, représailles

M85

Pausanias, régent de Sparte*

Thébains

479

Hér. 9.88

διαφθείρω

principaux partisans des Perses livrés aux Lacédémoniens et leurs alliés en contrepartie de la levée du siège

après le siège, otages conduits à Corinthe

M86l

Périclès, stratège athénien*

Samiens

439

Diod. 12.28

κολάζω

τοὺς αἰτίους, les responsables de la défection

après le siège de plus de 8 mois (κύριος ἐγένετο τῆς Σάμου)

M87

Athéniens

Mytilèniens

427

Thuc. 3.35.1, 3.36.1-2, 3.49.4, 3.50.1

ἀποκτείνω
διαφθείρω
διαχράομαι

εἴ τις ἄλλος αὐτῷ αἴτιος ἐδόκει εἶναι τῆς ἀποστάσεως…, τοὺς δ᾽ ἄλλους ἄνδρας οὓς ὁ Πάχης ἀπέπεμψεν ὡς αἰτιωτάτους ὄντας τῆς ἀποστάσεως, les responsables de la défection, un peu plus de 1 000

après la prise de la ville, prisonniers conduits à Athènes, délibération civique

M88

Lacédémoniens
Thébains

Platéens

427

Thuc. 3.68.2
Dém. 59, 103
Isoc. 12, 93
Diod. 12.56
Arrien, 1.9.7

ἀποκτείνω
διαφθείρω
καταγιγνώσκω θάνατον
ἀναιρέω
σφαγή
ἀποσφάζω

pas moins de 200 Platéens et 25 Athéniens, οἳ ξυνεπολιορκοῦντο· γυναῖκας δὲ…, Thuc. ; πάντες οἱ ἡβῶντες, παῖδες δὲ καὶ γυναῖκες…, Dém. ; ἅπαντας… πλὴν τῶν ἀποδρᾶναι δυνηθέντων, Isoc. ; πάντων, tous les Platéens, τοὺς ἐγκαταλειφθέντας ἅπαντας, tous ceux restés dans la ville sans exception, Diod. ; τοῦ παντελοῦς ἀνδραποδισμοῦ τῆς πόλεως τῶν παραδόντων σφᾶς Λακεδαιμονίοις, ceux qui se sont rendus, Arrien

après reddition des assiégés, condamnés un à un par un tribunal de 5 juges lacédémoniens (Thuc.)
après la prise de la ville (ἁλούσης τῆς πόλεως κατὰ κράτος, Dém. ; ἐκπολιορκήσαντες, Isoc.) (au cours d’une trêve, Arrien)
représailles

M89m

Lysandre, général spartiate

Thasiens

405

Polyen, 1.45.4

ἀποσφάζω

ἀττικίζοντες πολλοὶ, les nombreux partisans des Athéniens (démasqués par ruse)

après la prise de la ville (ἐκράτησε Θασίων) [ordre explicite]

M90

Alexandre [Arimazi superbiae infensus] Sogdiens

328

QC 7.11.28

crucibus adfigo

Ariamazes… cum propinquis nobilissimisque gentis suae, Arimaze et ses proches

siège de la roche d’Arimaze, après reddition [ordre explicite]

M91n

Alexandre*

Brahmanes

325

Diod. 17.102.7
Plu., Alex. 59.8, 64.1
Arrien 6.16.5

κολάζω
ἀποκτείνω
κρεμάννυμι

τοὺς αἰτιωτάτους, les principaux responsables, après la reddition des survivants avec des rameaux de suppliants, Diod. ; πολλοὺς, beaucoup de Brahmanes, Plu. ; τῶν Βραχμάνων… ὅσοι αἴτιοι τῆς ἀποστάσεως, tous les Brahmanes responsables de la défection, après la prise d’une des villes qui a fait défection, Arrien

après la mise à sac du royaume de Sambos
représailles

M92o

Alexandre

Brahmanes

325

Arrien 6.17.2

κρεμάννυμι

Musicanos et tous les responsables de la défection, τῶν Βραχμάνων ὅσοι αἴτιοι τῆς ἀποστάσεως

après la soumission du royaume de Musicanos
[ordre explicite] représailles

a. [M3 Massacre des prisonniers à l’issue d’une bataille navale].
b. Le texte de Cornélius Népos, Lysandre (VI), 2.2-3, est lacunaire.
c. Le royaume de Sambos a été mis à sac, la population réduite en esclavage, les villes prises et détruites. Diodore, 17.102.6 et Quinte-Curce (d’après Clitarque), 9.8.15, donnent le chiffre de 80 000 Indiens tués ; [Massacre indistinct].
d. Diodore 17.102.5, et Quinte-Curce 9.8.16, évoquent plus brièvement la répression de la défection de Musicanos confiée à Pithon, la soumission de son royaume et l’exécution du roi remis par Pithon entre les mains d’Alexandre.

Crédits/sources : A. Laffon

Incursion en territoire ennemi [19]

Massacre de colons [1]

 

Agresseurs

Victimes

Date

Sources

Vocabulaire

Ampleur du massacre

Temporalité et décision

M93

Thraces

Athéniens et alliés, colonie d’Ennea Hodoi

464

Thuc. 1.100.3, 4.102.2

διαφθείρω

10 000 colons

durant une expédition à l’intérieur des terres près de Drabescos en pays édone

Crédits/sources : A. Laffon

Massacre indistinct de la population indigène [5]

 

Agresseurs

Victimes

Date

Sources

Vocabulaire

Ampleur du massacre

Temporalité et décision

M94

Chalcédoniens, Byzantins, Thraces [πράξεις ὠμότητι διαφερούσας]

Bithynie

416

Diod. 12.82

ἀποσφάζω

πολλῶν γὰρ αἰχμαλώτων… ἀνδρῶν τε καὶ γυναικῶν καὶ παίδων ἅπαντας, tous les nombreux prisonniers indistinctement

après les combats, la dévastation du territoire et la prise de nombreuses petites villes

M95

Alexandre*

Uxiens

330

Arrien 3.17.3

κατακτείνω

πολλοὺς, des Uxiens en grand nombre

durant l’attaque surprise des villages de nuit (ἔτι ἐν ταῖς εὐναῖς)

M96

Alexandre* [ὁ δ´ ἤνεγκεν οὐ μετρίως, Plu.] [δυσφορήσας, Diod.] [ira simul ac dolore stimulatus, QC]

Mardes

330

Diod. 17.76.5-8 QC 6.5.19 Plu. Alex.
44.3-5
Arrien 5.19.6

ἀποκτείνω
κατασφάζω

τούς τ’ ἐνοικοῦντας πανδημεὶ, Diod., les habitants en masse ; neminem esse victurum (aucun survivant), QC ; πάντας… μετὰ τέκνων καὶ γυναικῶν, Plu., tous avec femmes et enfants ; πάντας Οὐξίους, tous les Uxiens, Arrien

menaces de représailles après la capture de son cheval, Bucéphale, chez les Mardes en Hycarnanie (Diod., Plu.), chez les Uxiens (Arrien), mises à exécution chez Diod.

M97

Alexandre*

Malles

326

Arrien 6.6.3

ἀποκτείνω

τοὺς μὲν πολλοὺς… αὐτῶν οὐδὲ ἐς ἀλκὴν οἷα δὴ ἀνόπλους τραπέντας, des Malles en grand nombre

durant l’attaque surprise (οὐ προσδοκήσασιν) des habitants, qui se trouvent pour la plupart (οἱ πολλοὶ) sans armes (ἄνοπλοι) hors de la ville

M98

Macédoniens

Orites

325

Diod. 17.104.6-7

φόνος
ἀναιρέω
ἀπώλεια

πολλῶν φόνων…, τῶν δ’ ἀναιρεθέντων σωμάτων ἀριθμὸς ἐγένετο πολλῶν μυριάδων (plusieurs dizaines de milliers)…, τῇ δὲ τῶν ἐθνῶν τούτων ἀπωλείᾳ

durant la dévastation du territoire pillé et incendié dans sa totalité

Crédits/sources : A. Laffon

Massacre des hommes en âge de combattre [3]

 

Agresseurs

Victimes

Date

Sources

Vocabulaire

Ampleur du massacre

Temporalité et décision

M99

Seuthès II, roi thrace* (soldats grecs) [ἀφειδῶς]

Thynes

400

Xén. An. 7.4.6

κατακοντίζω

ὅσους δὲ ἔλαβε, tous les combattants faits prisonniers

fuite immédiate de la plupart des combattants à l’arrivée des ennemis dans les villages au lever du jour

M100

Alexandre*, Macédoniens

Sogdiens

329

QC 7.9.22 Arrien 4.6.5

Interficio
κτείνω

puberes, QC, τοὺς ἐς τὰ ἐρύματα καταπεφευγότας τῶν βαρβάρων, Arrien

expédition de représailles après la défaite du Polytimète, dévastation générale du territoire [ordre explicite, QC]

M101

Alexandre* (Ptolémée)

Cosséens

324

Plu. Alex. 72.4
Arrien 7.15.3

ἀποσφάζω
ἐξαιρέω

πάντας ἡβηδὸν, tous les hommes en âge de combattre, Plu., τὸ ἔθνος, le peuple des Cosséens, Plu., Arrien

expédition de représailles après la mort d’Héphaestion [τοῦ δὲ πένθους παρηγορίᾳ τῷ πολέμῳ χρώμενος, Plu.]

Crédits/sources : A. Laffon

Massacre indistinct d’une population en fuite [10]

 

Agresseurs

Victimes

Date

Sources

Vocabulaire

Ampleur du massacre

Temporalité et décision

M102

Alexandre*

Ariens

330

Arrien 3.25.7
QC 6.6.22

ignis
caedes
praecipito se
ἀποκτείνω

multitudinem inbellem, une multitude de non-combattants, XIII milia armata, 13 000 hommes armés, QC
ὅσους ξυναιτίους τῆς ἀποστάσεως…, τοὺς μὲν…, τοὺς δὲ…, poursuite acharnée de tous ceux qui ont pris part à la révolte, les uns sont massacrés, les autres asservis, Arrien

durant la fuite
attaque surprise
répression de la révolte de Satibarzanès
représailles

M103

(Macédoniens)

Sogdiens

329

Arrien 4.2.5-6

κατακόπτω

(τοὺς ἀνθρώπους τοὺς ἔνδον ; οἱ τὰς δύο τὰς οὔπω ἑαλωκυίας πόλεις ἔχοντες τῶν βάρβαρῶν) οἱ πλεῖστοι, la plupart des fuyards

durant la fuite (deux villes voisines abandonnées à l’approche de l’ennemi)

M104p

Macédoniens [ὀργιζόμενοι]

Aspasiens

326

Arrien 4.23.4-5

ἀποθνήσκω
ἀποκτείνω

οἱ βάρβαροι… οἱ μὲν ἐν τῇ φυγῇ…, ὅσους δὲ ζῶντας ἔλαβον αὐτῶν, ξύμπαντας, tous les fuyards pris vivants (la plupart parvient à s’échapper, οἱ πολλοὶ)

durant la fuite (hors de la ville prise)

M105

(Alexandre, Macédoniens)

Aspasiens

326

Arrien 4.24.2

φόνος

φόνος πολὺς… τῶν βαρβάρων (un certain nombre parvient à s’échapper)

durant la fuite (ville abandonnée à l’approche de l’ennemi)

M106

Macédoniens (Alexandre)

Assacènes

printemps 326

Arrien 4.30.4

ἀποκτείνω
κατὰ τῶν κρημνῶν ῥίπτω
ἀποθνήσκω

(οἱ Ἰνδοί) τοὺς ἀποχωροῦντας τῶν βαρβάρων…, πολλοὺς μὲν αὐτῶν ἐν τῇ φυγῇ…, οἱ δὲ καὶ πεφοβημένως ἀποχωροῦντες…

durant la fuite (évacuation du rocher d’Aornos assiégé) [πεφοβημένως ἀποχωροῦντες]

M107q

Macédoniens
Alexandre Ptolémée

Cathéens (Sangala)

326

Arrien 5.23.4-24.3

Κατακόπτω
κατακαίνω

(οἱ Ἰνδοὶ) la plupart des assiégés (οἱ πολλοὶ αὐτῶν) sortent précipitamment, les premiers sont massacrés par la cavalerie (οἱ μὲν πρῶτοι αὐτῶν), le reste se replie ; (οἱ βάρβαροι) la nuit suivante, ils tentent de rejoindre le lac et sont assaillis par les troupes de Ptolémée, ils se replient à nouveau, 500 tués dans la retraite

durant la fuite (deux tentatives nocturnes d’évacuation de la ville assiégée) [φοβεροὶ γενόμενοι]

M108

(Macédoniens)

Cathéens (villes voisines)

326

Arrien 5.24.6-8

ἀποθνήσκω

(τοῖς ἔχουσι τὰς πόλεις) la plupart ont eu le temps de fuir excepté ὅσοι δὲ κατὰ τὴν ἀποχώρησιν ἀσθενείᾳ ὑπελείποντο, tous ceux qui trop faibles ont été abandonnés dans la retraite au nombre de 500 environ

fuite des habitants des villes voisines de Sangala

M109

Perdiccas*

Malles

hiver 326/5

Arrien 6.6.6

κατακόπτω

οἱ ἐνοικοῦντες…, τῶν φευγόντων… ὅσοι γε μὴ ἔφθασαν ἐς τὰ ἕλη ξυμφυγόντες, tous ceux qui ne réussissent pas à s’échapper

durant la fuite (ville abandonnée à l’approche de l’ennemi)

M110

Alexandre*

Malles

hiver 326/5

Arrien 6.7.1-2

διαφθείρω
ἀποκτείνω

τῶν Μαλλῶν…, πολλοὺς μὲν, beaucoup sont tués durant et après la traversée (τοὺς δὲ, d’autres sont pris vivants, la plupart parvient à s’échapper, οἱ πλείους δὲ)

durant la fuite (traversée du fleuve Hydraotès)

M111

Alexandre, Macédoniens Pithon et Démétrios

Malles

hiver 326/5

Arrien 6.8.3

κτείνω ἀποκτείνω

εἴ τισι περιτυγχάνοιεν τῶν ἐς τὰς ὕλας ξυμπεφευγότων…, ὅσοι μὴ ἐθελονταὶ σφᾶς ἐνδιδοῖεν, tous ceux qui ne veulent pas se rendre, πολλοὺς, beaucoup sont tués

durant la fuite (villes abandonnées à l’approche de l’ennemi) [ordre explicite]

a. [M64, massacre indistinct de la population en contexte obsidional]. Gaillard-Goukowsky, Goukowsky  2023, note ad loc., il pourrait s’agir de la ville de Silicé mentionnée par l’Épitomé de Metz, 35, qui évoque le massacre de tous les hommes en âge de combattre (oppidum expugnavit puberesque omnes, ut metum iniceret, occidit).
b. [M82, massacre des hommes en âge de combattre].

Crédits/sources : A. Laffon

Notes

1 Xénophon, Anabase, 4.8.14, trad. P. Chambry. Sur la pratique de l’anthropophagie dans l’histoire, Breton 2015, p. 5-16 ; dans l’Antiquité grecque, Detienne 1972 (le cannibalisme est évoqué par les Grecs aux confins du monde « civilisé », dans un état primitif de l’humanité ou bien associé à la figure du tyran, cf. Hér. 4.106 (les Androphages de Scythie, voir aussi Strabon 7.3.9 citant Éphore), 3.25 (l’armée de Cambyse en proie à la famine), Thuc. 3.94 (les Eurytanes omophages du nord de l’Étolie), Aristote, EN, 7.1148b19-25, Pol., 8.1338b19-22 (les tribus sauvages du Pont), Platon, Lois, 782b6-c2, République, 572c, 619b-c, Porphyre, De Abstinentia, 2.57 (mercenaires phéniciens et Libyens réduits à la famine et éliminés par Hamilcar Barca) ; il est affecté d’un signe positif ou négatif dans les mouvements en rupture avec les valeurs de la cité, le Pythagorisme, l’Orphisme, le Dionysisme et le Cynisme) ; dans la poésie grecque, Mauduit 2006, p. 123-124, 310-311, sur l’omophagie et le glissement sémantique vers la cruauté, p. 59-71, 104-106, 300-309 ; dans l’Iliade, Andò 2010. Return to text

2 Xénophon, Anabase, 5.7.13-35, voir Boëldieu-Trevet 2015, p. 163-165. Return to text

3 Sur les discours d’exhortation des chefs de guerre aux soldats, cf. Pritchett 1994, p. 27-109 ; sur la discipline militaire, cf. Couvenhes 2005. Return to text

4 Sur le commandement militaire en Grèce ancienne du point de vue pratique et théorique, cf. Wood 1964 ; Lengauer 1979 ; Hanson 1990, p. 147-157 ; Fernandez Nieto 1990 ; Wheeler 1991 ; Hamel 1998 ; Garlan [1972] 1999, p. 166-173 ; Hutchinson 2000 ; Boëldieu-Trevet 1999 ; 2007 ; Fröhlich 1999 ; 2008. Return to text

5 Cet article est issu d’une communication (« Violences spontanées, violences sur commande, ordres et contre-ordres (réflexions sur l’initiative des violences et l’attribution des responsabilités) ») présentée lors de la Table ronde du programme Parabainô (ANR-19FGEN-0002) « Violences de masse et violences extrêmes en contexte de guerre dans l’antiquité » qui s’est tenue à l’université de Caen et au Mémorial de Caen, les 8 et 9 mars 2022, cf. Bonnard 2023. La question du commandement et de l’exécution des massacres a été étudiée par Nathalie Barrandon pour le cas des massacres de la République romaine, cf. Barrandon 2018b, p. 195-238, 249-276 et 345-351. Return to text

6 Sur l’articulation entre pouvoir militaire et pouvoir politique dans le monde grec, cf. Ducrey 2002 et en particulier sur la question d’une autonomisation du commandement militaire au ve siècle, Boëldieu-Trevet 2007, p. 239-254. Sur le caractère collégial des magistratures militaires, cf. Fröhlich 1999 ; 2008 ; Boëldieu-Trevet 2007, p. 56-78. Sur le partage du commandement dans le cadre d’une symmachia, cf. Boëldieu-Trevet 2007, p. 79-82 ; 2016. Return to text

7 La base de données constituée dans le cadre du programme ANR Parabainô (www.database.parabaino.com) recense l’ensemble des sources relatives aux massacres et aux violences extrêmes dans l’Antiquité grecque et romaine. Ce programme, porté par I. Pimouguet-Pédarros, s’inscrit dans le cadre d’un appel à projets spécifique portant sur « Génocides et violences de masse » et développe une approche comparée avec les sciences contemporaines. Return to text

8 Sauf mention contraire toutes les dates sont entendues avant J.-C. Return to text

9 Les sources citées de façon abrégée dans le présent article sont Hér. = Hérodote, Enquêtes ; Thuc. = Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse ; Xén. = Xénophon, Hell. = Helléniques, An. = Anabase ; ps-And. C. Alc. = Ps.-Andocide, Contre Alcibiade ; Dém. 59 = Ps.-Démosthène, Contre Nééra ; Dém. Amb. = Démosthène, Sur l’ambassade infidèle ; Isoc. 4 = Isocrate, Panégyrique ; Isoc. 12 = Panathénaïque ; Diod. = Diodore de Sicile, Bibliothèque historique ; Strabon = Géographie ; QC = Quinte-Curce, Histoires ; Plu. = Plutarque ; Arrien = Anabase ; Polyen = Ruses et stratagèmes ; Paus. = Pausanias, Périégèse ; Ael. = Élien, Histoire variée ; Justin = Abrégé des Histoires Philippiques. Pour les sources latines du ive siècle apr. J.-C. relatant la conquête de l’Empire perse par Alexandre, cf. Brenez 2004, qui analyse les formes d’occultation des massacres. Les éditions utilisées sont celles des Belles Lettres ; pour le livre XIII de la Bibliothèque historique, l’édition de la Loeb Classical Library, 1950 ; pour les livres VI et VII de l’Anabase d’Arrien, l’édition de F. Sisti, A. Zambrini (Fondazione Lorenzo Valla, Arnoldo Mondadori, 2001-2004) ; pour les Stratagèmes de Polyen, l’édition de K. Brodersen (Walter de Gruyter, 2017) ; pour le livre X de la Périégèse de Pausanias, l’édition de la Loeb Classical Library, 1935. Return to text

10 Sur les massacres dans le monde grec, cf. Ducrey [1968] 1999, p. 51-69, 73-74, 107-130, 159-170, 201-204 ; Lonis 1969, p. 31-47 ; Ducrey 1985, p. 221-223, 227-229, 234 ; Hanson 1990, p. 249-263 ; Pritchett 1991, p. 203-223 ; Carlton 1994, p. 31-32, 35-36, 38-42 ; Ampolo 1996 ; Bernand 1999, p. 250-273 (Grecs), 286-289 (Carthaginois), 291-292 (Thraces) ; Bernard 2000, p. 62-66 ; Hansen, Nielsen 2004, p. 120 ; Eck 2005 ; Giovannini 2007, 206-207, 211-217 ; Lanni 2008, p. 479-482 ; Wees 2004, p. 148-149, 215, 225 ; 2010 ; 2011 ; 2016 ; Mariaud 2012 ; Maffre 2012 ; Bielman Sanchez 2012, p. 129-130 ; Payen 2012, p. 119-127, 169-172 ; 2018, p. 221-228, 240-247 ; Ducrey 2019, p. 85-89, 173-175, 363-365, 379, 385-398 ; Crowley 2020, p. 11, 24-25 ; Pimouguet-Pédarros 2022, p. 63-70. Sur l’emploi du concept de génocide dans les études anciennes, cf. Barrandon 2018b, p. 311-340. Return to text

11 Cf. Beltrametti 2004 (republié dans Raina 2006), p. 13-14 ; Couvenhes 2011, p. 434. Return to text

12 Dans cette perspective, cf. D’Huys 1987, sur la représentation de la violence dans l’historiographie grecque ; Boëldieu-Trevet 2015, qui analyse les représentations de la violence extrême dans les œuvres épiques et tragiques, les récits historiques et les discours ; Ripoll 2009, qui compare les différents récits de la prise du rocher d’Aornos par Alexandre ; Wees 2011, p. 85-87, qui compare les mentions de massacres de prisonniers en contexte de bataille navale dans l’historiographie grecque ; Guilhembet 2012, qui analyse le traitement plutarquéen du châtiment des villes dans les Vies parallèles. Pour une confrontation entre sources littéraires et sources archéologiques, cf. Fachard, Harris 2021. Return to text

13 On peut penser également à la tragédie de Phrynichos, La Prise de Milet, interdite de représentation par les Athéniens ca 493 (Hér. 6.21) ou aux critiques émises par Polybe à l’encontre de l’histoire contaminée par la tragédie et des effets d’amplification déployés par certains historiens (2.56-61 ; 7.7 ; 15.36 ; 29.12 ; cf. Fromentin 2001 ; Foulon 2008) ; voir aussi Diod. 19.8.4 ; Strabon 7.3.9 citant Éphore ; Photius, Bibibliothèque, VII, 250.21, 446a-447b, citant Agatharchide, Sur la Mer Rouge. Return to text

14 Les indications M1, 2, 3… renvoient à la numérotation des massacres dans les tableaux en annexe. Return to text

15 Couvenhes 2014, p. 34-37 (aussi Pritchett 1991, p. 211 et Wees 2011, p. 84). Dans le cadre de la justice athénienne (p. 28-34), l’apotympanismos, attesté du viie siècle au ive siècle, était une peine d’exposition infligée au condamné à mort, parfois précédée d’une promenade infamante et qui se prolongeait après la mort par la privation d’honneurs funèbres ou de sépulture. Elle était appliquée aux criminels pris en flagrant délit, les malfaiteurs (kakourgoi, i.e. les voleurs, les homicides et les adultères – sans autre forme de procès à condition que le criminel avoue devant les Onze ; en cas de contestation, l’affaire était portée devant un tribunal) et les traîtres (notamment les soldats pris en flagrant délit d’entente avec l’ennemi – la peine relevant alors du pouvoir coercitif du stratège en campagne). Return to text

16 Sur la définition du « massacre », cf. Sémelin 2005, p. 21, 352, 505-508, 511-512 ; El Kenz 2005, p. 8-9 ; Barrandon 2018a ; 2018b, p. 11-17, 310-312, 355-356 ; 2021a ; Pimouguet-Pédarros 2022, p. 61, 63-64 ; Grangé 2022, p. 184-193 ; Laffon 2024. Le « massacre » entendu au sens de « meurtre en grand nombre de personnes sans défense » (El Kenz 2005, p. 8) se distingue d’une « tuerie » ou « carnage » de combattants sur le champ de bataille, cf. Sémelin 2005, p. 506-507 n. 2 ; Barrandon 2018b, p. 13-14, 17 ; Cahanier 2022, p. 117 (qui interroge les différences entre les systèmes de représentation antique et moderne, p. 116-122). Return to text

17 Les « civils » désignent les personnes qui ne participent pas directement au conflit avec le statut de combattant, de combattant hors de combat (blessés, prisonniers) ou de non-combattant (services des armées). Sur les distinctions entre « militaires » et « civils », « combattants » et « non combattants », « combattants réguliers » et « irréguliers », « légaux » et « illégaux », dans le droit international applicable aux conflits armés à l’époque contemporaine, cf. Cumin 2007. Return to text

18 Sur les invalides de guerre, qui apparaissent très peu dans les sources anciennes, cf. Bielman Sanchez 2012, p. 126-129. Return to text

19 Cf. Laffon 2024. Return to text

20 Cf. Longo 1986, p. 368-369, sur les différentes catégories de population pensées par les Grecs en contexte militaire en fonction de l’âge, du sexe ou de la capacité militaire (οἱ ἡβῶντες, οἱ πρεσβύτεροι, οἱ ἀχρεῖοι, αἱ γυναῖκες, οἱ παῖδες ou τὰ τέκνα). Sur la présence d’esclaves dans les armées et les flottes grecques et leur statut de combattants ou d’auxiliaires, cf. Hunt 1998 ; Ducrey 1985, p. 185-189, 197-200 ; 2019, p. 113-116 ; Bernard 2000, p. 27-34, 53-54 ; Wees 2004, p. 68-71, 104-105. Return to text

21 Cf. Pritchett 1991, p. 205-206 ; Eck 2005, p. 119 ; Barrandon 2018b, p. 11-12 ; Pimouguet-Pédarros 2022, p. 63-64. Return to text

22 Sur l’exécution des équipages de navires ennemis faits prisonniers, cf. Ducrey 1999, p. 66-67, 175, 315-316 ; Wees 2011, p. 77, 82-89 (je ne retiens pas Thuc. 2.84.4, 7.23.4 et 7.41.4, donnés comme exemples de massacres de prisonniers, p. 83). Return to text

23 Sur ce mode d’exécution, cf. Couvenhes 2011, p. 422-423. Return to text

24 Les indications chiffrées sont rares et à considérer avec précaution, M12 (3 000 ou 4 000 prisonniers exécutés après Aigos Potamos), M26 (5 000 soldats argiens réfugiés dans le bois sacré d’Argos), M27 (500 soldats réfugiés dans un temple d’Apollon), M37 (14 000 morts à la bataille de Cronion), M38 (6 000 morts à la bataille du Crocos et 3000 prisonniers), M45 (180 prisonniers thébains pris dans Platées), M48 (50 cavaliers macédoniens reçus en hôte), M55 (16 000 morts lors de la prise de Sélinonte), M59 (6 000 ou 10 000 morts lors de la prise de Thèbes), M60 (6 000, 7 000 ou 8 000 morts lors de la prise de Tyr), M66 (2 000 individus réfugiés dans une citadelle), M74 (3 000 hommes en âge de combattre après la prise d’Himère), M75 (800 après la prise d’Iasos), M80 (2 000 après la prise de Tyr), M82 (17 000 Indiens tués lors de la prise de Sangala), M88 (200 Platéens et 25 Athéniens après la prise de Platées), M93 (10 000 colons), M108 (500 invalides abandonnés dans la retraite). Elles contribuent à la représentation de l’ampleur de la tuerie avec parfois une dimension hyperbolique en particulier dans les récits des guerres entre Grecs et non Grecs (cf. Eck 2005, p. 86) et dans les sources tardives (M30, 150 000 morts et autant de prisonniers lors de la bataille d’Himère, Diod. ; M31, 3 000 survivants sur 300 000 hommes, dont 40 000 en fuite, à Platées, Hér. ; M98, lors de la mise à sac du territoire des Orites, « le nombre de prisonniers massacrés s’éleva à plusieurs dizaines de milliers », Diod.). Return to text

25 Quinte-Curce emploie aussi l’expression ad unum (jusqu’au dernier, M62). Return to text

26 M6, 9, 11, 12. Return to text

27 M13, 17-21, 37. Return to text

28 M50, 51, 52, 56-58, 60, 61, 63, 64, 66, 67, 88. Return to text

29 M94, 96, 102, 104, 109, 111. Return to text

30 M69-74, 76, 77, 80, 81, 88. Return to text

31 M99, 101. Return to text

32 M88, 91, 92, 102. Return to text

33 Prisonniers : M1, 8, 14, 18, ennemis surpris au repos : M22, 25, ou en déroute : M32, 34-36, 39-41, 43. Return to text

34 M94, 95, 97, 102, 103, 106, 110, 111. Return to text

35 M89, 91. Return to text

36 Massacre d’ennemis en déroute : M33 et 35 (Thuc.), M40 (Arrien) ; de prisonniers : M17 (Diod.). Return to text

37 M30 (Diod.), 35 (Thuc., Plu.), 37 (Diod.), 38 (Diod.), 40 (Arrien). Return to text

38 M59 (Diod., Arrien), 60 (Arrien), 61 (Plu.). Return to text

39 M98 (au pluriel πολλῶν φόνων), 105. Cette expression n’est pas propre à un massacre, elle est aussi employée pour évoquer un carnage de combattants sur le champ de bataille (par exemple, à Tanagra en 457, φόνος ἐγένετο ἀμφοτέρων πολύς, Thuc. 1.108 ; lors de la bataille d’Himère en 480, πολλοῦ δὲ γενομένου φόνου (durant le combat), Diod. 11.22.3, et πολὺς ἐγένετο φόνος τῶν φευγόντων (durant la déroute), 11.22.4 (cf. Hér. 7.166-167) ; à la bataille de Mantinée en 418, πολὺν ἐποίουν φόνον, Diod. 12.79.4). Sur l’estimation d’un nombre de morts au combat relativement restreint dans le cadre des batailles hoplitiques entre 479 et 371, voir Krentz 1985. Return to text

40 L’extension spatiale du massacre est exprimée chez Quinte-Curce par l’adverbe passim, signifiant à la fois « indistinctement » et « de toutes parts », M61, 62. Return to text

41 Cette formulation est employée également mais plus rarement pour décrire un carnage de soldats dans le contexte d’une bataille rangée, terrestre ou navale, au plus fort des combats (17.34.4 et 6, bataille d’Issos, 333 ; 19.108.6, attaque surprise du camp carthaginois par Agathocle, 311/10) et durant la déroute : πάντων τῶν περικαταλαμβανομένων ἀναιρουμένων, πᾶς ὁ πλησίον τόπος νεκρῶν ἐπληρώθη. Tοσοῦτος δ᾽ ἐγένετο φόνος…, « comme tous les soldats encerclés étaient abattus, l’espace environnant fut tout entier rempli de cadavres. Le massacre fut si grand que… », M37 ; voir aussi 14.60.6 (deuxième guerre gréco-punique, 396/5), 17.34.9 (bataille d’Issos, 333) et 19.109.4 (déroute de l’armée d’Agathocle, 311/10). Return to text

42 Sur la notion de violence extrême et de transgression des normes et des usages en temps de guerre, cf. Beltrametti 1996, p. 28-29 ; Sémelin 2005, p. 352 ; Lanni 2008 ; Wees 2011 ; Boëldieu-Trevet 2015 ; Barrandon, Pimouguet-Pédarros 2021, en particulier Pimouguet-Pédarros 2021b. Return to text

43 Il s’agit des pratiques de déportation et asservissement de masse (M50, 59, 68-83, 91, 102, 110), dépeuplement et destruction de la ville ennemie (M28, 59, 62, 64, 70, 78, 81, 82, 88, 104), mutilations (M55, 84), supplices précédant l’exécution (M3, 56, 74, 90), viols et autres sévices (M55, 59). Cf. Pimouguet-Pédarros 2021c, p. 140-141 et 2022, p. 77-78. Sur les pratiques de mutilation, d’exposition des corps et de décapitation en Grèce ancienne, cf. Couvenhes 2011 ; 2014 ; Bielman Sanchez 2012, p. 130-131 ; Marcinkowski 2011 ; Bonnard 2014 ; Muller 2014. Sur la destruction des cités, Hansen, Nielsen 2004, p. 121-123 ; Boëldieu-Trevet 2015, p. 165-171 ; Fachard, Harris 2021. Return to text

44 Il s’agit de l’immolation de prisonniers (Lonis 1969, p. 43-44 ; Pritchett 1991, p. 208-209 ; Ducrey 1999, p. 56, 204-206) ; le sacrifice d’une partie des troupes (jugée sans valeur) (cf. Hér. 3.154-158, siège de Babylone) ; le sacrifice d’une partie des membres de sa propre communauté pour faire face à l’ennemi (cf. Hér. 3.150.2, 159.2, idem) ou pour prendre la fuite (cf. QC 5.6.15, campagne d’Alexandre en Perse, 330) ; les suicides collectifs (cf. Pritchett 1991, p. 219-223 ; Laffon 2023, n. 27 p. 47 pour la bibliographie) et le massacre de citoyens dans un contexte de stasis, qui peut s’inscrire dans un conflit aux proportions plus vastes avec une imbrication étroite entre polemos et stasis (Ducrey 1999, p. 69-72 ; Ampolo 1996 ; Eck 2005, p. 97-107 ; Bernard 2012, p. 131-132). Il convient de tenir compte aussi du sort des prisonniers gardés en captivité dans des conditions (notamment la privation des moyens de subsistance) qui conduisent à la mort (pour le cas des prisonniers enfermés dans les Latomies syracusaines en 413, cf. Thuc. 7.86-87, au nombre de plus de 7 000 ; Diod. 13.19.4-33.1 ; Plu., Nicias, 28-29 ; Paus. 1.29.12 ; Ducrey 1999, p. 76-80 ; 2019, p. 396-397 ; Bielman 1994, p. 5-7 ; Eck 2005, p. 81 ; Payen 2012, p. 129-131). Return to text

45 Le classement est parfois ambigu, par exemple M68 (Milet, 494, entre massacre de tous les hommes en âge de combattre et asservissement général de la population), M88 (Platées, 427, entre exécution de tous les hommes en âge de combattre et exécution des prisonniers tenus pour responsables), M59 (Thèbes, 335, entre massacre indistinct et asservissement général de la population), M102 (répression de la révolte de Satibarzanès, 330, entre massacre indistinct d’une population en fuite et massacre des ennemis tenus pour responsables), M63 (ville de Sogdiane, 329, entre massacre indistinct des prisonniers et massacre des prisonniers tenus pour responsables), M91 et 92 (mise à sac des royaumes de Sambos et Musicanos, 325, entre massacre indistinct et massacre des prisonniers tenus pour responsables). Return to text

46 Payen 2018, p. 221. Sur l’analyse en termes politiques des violences extrêmes, cf. Boëldieu-Trevet 2015, p. 171-172. Sur l’analyse du massacre à l’époque contemporaine, cf. Sémelin 2005. Return to text

47 Je me suis appuyée pour cette analyse sur les repérages opérés dans la base de données sous la rubrique « initiative des violences ». Nous y avons distingué les violences qui relèvent de l’initiative spontanée des agresseurs, les violences qui obéissent à un ordre donné par un chef de guerre (dont « ordre explicite ») et les violences qui obéissent à une décision collective (dont « décret officiel »). Return to text

48 Je n’ai pas retenu les récits où tous les combattants ennemis sont massacrés (jusqu’au dernier) dans le cadre même des combats (par exemple, Diod. 16.67.3, qui mentionne une troupe de 1 000 hoplites entièrement massacrée par les Carthaginois). Sur l’expédition conduite par les Athéniens à Égine au vie siècle pour remporter les statues d’Épidaure, cf. Eck 2005, p. 83-84. Dans les deux versions rapportées par Hérodote, 5.85-86, un seul survivant est revenu à Athènes : dans la version athénienne, les Athéniens se sont entretués, frappés d’égarement par la divinité, dans la version éginète et argienne, ils ont été massacrés par les Argiens appelés en renfort (le récit ne permet pas de préciser s’ils sont tous tombés durant les combats ou s’ils ont été en partie exécutés, une fois constitués prisonniers). Return to text

49 La dernière section (M44-49) regroupe les opérations qui ont eu lieu en marge des combats, dans le contexte d’une trêve ou en temps de paix (voir aussi le massacre ordonné par Pachès, M19), oui bien ordonnées par traîtrise à l’encontre de ses propres alliés (M47). Return to text

50 Diodore indique que les femmes prennent part au combat avec ou sans armes (ἄνευ ὅπλων) et que tous les mercenaires sont massacrés avec les femmes (πάντες μετὰ τῶν γυναικῶν). Cf. Pimouguet-Pédarros I., « Double transgression à Massaga », www.parabaino.com, mis en ligne le 20/11/2021 ; Pimouguet-Pédarros 2022, n. 25 p. 65. Return to text

51 Parmi les prisonniers de sexe masculin (ἄνδρας) exécutés par le navarque Alcidas (M8), capturés, souvent par surprise, au cours de sa navigation depuis le Péloponnèse, en passant par Délos, Ikaros, Mykonos, Embaton (Erythrées) jusqu’à Myonnessos (Téos), il se trouvait peut-être également des civils. Return to text

52 Les sources ne font guère de distinction entre les rameurs et les hoplites embarqués sur les trières. À Samos (M3), il est précisé que ce sont les triérarques et les épibates qui sont conduits sur l’agora de Milet pour être mis au pilori et exécutés. Return to text

53 J’ai intégré ici à la fois les batailles rangées et les assauts contre des fortins tenus essentiellement par des combattants qui ne sont pas comparables à l’assaut d’une ville lors duquel toute la population est menacée. Se pose tout de même la question de la présence et du sort de non-combattants dans ces fortins. Return to text

54 Le terme ἀνήρ désigne généralement un individu de sexe masculin par opposition à γυνή. Il est employé dans les textes étudiés pour désigner : des prisonniers ou des otages de sexe masculin (Hér. 9.87-88 M85 ; Thuc. 2.5.3, 5.7, 6.2-3 M45, 3.32.2-3 M8, 3.35.1, 36.1-2, 50.1 M87 ; Xén. 2.1.31 M11 ; Plu., Pér., 23.4 M2 ; Diod. 16.31.1 M17) (cf. Ducrey 1999, p. 22-23) ; des combattants tombés dans la déroute (Thuc. 3.98.3 M34) ; les hommes tués mis en regard avec le sort des femmes et des enfants asservis (Hér. 6.19.3 M68 ; Diod. 13.62.4 M74, 15.79.6 M78, 17.70 M61 ; Arrien 4.2.4 M81 – dans ce contexte il désigne essentiellement les hommes en âge de combattre, cf. infra p. 19) ; les hommes massacrés avec leurs femmes et leurs enfants (Diod. 12.82 M94, 17.84.5 M49). Cependant, le terme peut aussi avoir un sens plus général, par exemple, en 13.90.3 M57, Diodore l’emploie pour désigner l’ensemble de la population d’Agrigente. Dans l’emploi par Hérodote 3.147.1, coordonné à παῖς, le trait sémantique prédominant est celui de l’âge (καὶ ἄνδρα καὶ παῖδα, M50). Return to text

55 Le terme ἄνθρωπος désigne généralement un homme au sens d’être humain : hommes et animaux formant le convoi de vivres envoyé à Platées, Hér. 9.39 M44 ; la foule d’individus pressée dans le campement perse, 9.70 M31 ; la population de Mycalessos massacrée, Thuc. 7.29.4 M54 ; la population de Mendè menacée d’être massacrée, 4.130.4 ; la chasse à l’homme engagée contre la tribu des Cosséens (ὥσπερ ἐπὶ θήραν καὶ κυνηγέσιον ἀνθρώπων ἐξῆλθε), Plu., Alex., 72.4 M101 ; les prisonniers massacrés lors de la prise de Persépolis, Alex., 37.3 M61 ; les habitants de la 4e et de la 5e ville de Sogdiane qui prennent la fuite, Arrien 4.2.5 M103 ; les habitants de la 7e ville de Sogdiane faits prisonniers et emmenés, Arrien 4.3.5 M63. Cependant le terme peut faire référence à des individus de sexe masculin uniquement, cf. Thuc. 1.50 M5, les équipages des trières à Sybota ; Plu., Alc.,37.4 M12, les prisonniers de la bataille d’Aigos Potamos. Return to text

56 Cf. Ducrey 1999, sur l’emploi des termes αἰχμάλωτος, p. 16-20, λαμβάνω et ἔχω, p. 34-36. Return to text

57 Leur sort est rarement mentionné. Après le massacre indistinct des mercenaires à Massaga, Alexandre emmène avec lui la foule des non-combattants (τόν τε ἀχρεῖον καὶ ἄνοπλον ὄχλον) et les femmes survivantes (Diod. 17.84.6 M49). Lors de la bataille de Gaugamèles (331), les non-combattants à l’arrière de l’aile gauche de l’armée macédonienne (τὰ σκευοφόρα ; ἀνόπλοις τοῖς πολλοῖς καὶ οὐ προσδοκήσασιν) sont menacés contre toute attente d’être massacrés par les Perses et les Indiens (Arrien 3.14.4-5). Return to text

58 Il convient de dinstinguer deux terrains d’opération. À l’issue de la reddition d’Épidamne assiégée par les Corcyréens, le traité stipule que les étrangers (τοὺς μὲν ἐπήλυδας) seraient vendus comme esclaves (cf. 1.26.3, l’arrivée de nouveaux colons et d’un corps de garnison constitué de Corinthiens, d’Ambraciotes et de Leucadiens) et les Corinthiens gardés en captivité jusqu’à nouvel ordre (1.29.5). À l’issue de la bataille navale (15 navires corinthiens sur 75 ont été détruits), les prisonniers corinthiens sont gardés en captivité et le reste des prisonniers exécutés (1.30.1), il doit donc s’agir des alliés de Corinthe qui ont pris part à la bataille (cf. 1.29.1). Selon Gomme 1963, ad loc. et Ducrey 1999, p. 61, ces prisonniers auraient été exécutés parce qu’ils n’avaient pas le statut de belligérant régulier. Return to text

59 La réalité de ce massacre et le nombre de prisonniers exécutés sont discutés, cf. Eck 2005, p. 109-110 ; 2017, p. 21 ; Wees 2011, p. 82-83 et n. 35 ; Roussel, Étienne éd. 2018 (Classiques Garnier), note ad loc. Return to text

60 Sur le sort des prisonniers épargnés (gardés en otages, rendus contre rançon, échangés contre d’autres prisonniers, vendus comme esclaves, libérés), cf. Ducrey 1999, p. 229-270 ; Bielman 1994. Sur le choix de constituer prisonniers ou d’exécuter les équipages pris à l’issue d’une bataille navale, cf. Crowley 2020, p. 11-12 et n. 50. Return to text

61 Pour les cas où les combattants pris dans un fort ont été épargnés et constitués prisonniers, cf. Crowley 2020, p. 11 et n. 49. Return to text

62 Cf. Ducrey 1968 ; 1999, p. 274. Return to text

63 Les ennemis sont capturés dans les deux cas lors d’expéditions de ravitaillement, au cours desquelles les soldats étaient particulièrement vulnérables en raison de leur dispersion : κατὰ τὰς προνομὰς ζωγρήσαντες οὐκ ὀλίγους τῶν μισθοφόρων, « comme en fourrageant ils avaient capturé un nombre non négligeable de mercenaires » et πολλοὺς τῶν κατὰ τὴν χώραν πλανωμένων παρὰ τοῖς πολεμίοις ζωγρήσαντες, « comme ils avaient capturé un grand nombre d’ennemis dispersés à travers la campagne ». Return to text

64 Sur cet épisode, cf. Buckler 1989, p. 43 (le massacre perpétré par les Béotiens devait aussi constituer une vengeance pour les prisonniers locriens précédemment exécutés comme sacrilèges par Philomélos en les précipitant du haut des rochers, M14). À l’issue de la troisième guerre sacrée, après le retrait de Phalaïcos et la reddition des Phocidiens (346), les Œtéens proposent que les hommes en âge de combattre soient précipités du haut des rochers (τοὺς ἡβῶντας ὠθεῖν κατὰ τοῦ κρημνοῦ, Eschine, Sur l’Ambassade, 142). Return to text

65 Trad. P. Goukowsky. Return to text

66 Cf. Buckler 1989, p. 111-112. Return to text

67 Lors de la prise du rocher d’Aornos par Alexandre, οὗτοι ἐπὶ τοὺς ἀποχωροῦντας τῶν βαρβάρων τραπόμενοι ἀπὸ ξυνθήματος, πολλοὺς μὲν αὐτῶν ἐν τῇ φυγῇ ἀπέκτειναν, « à un signal donné, se retournant contre les Barbares en train d’évacuer, ils en tuèrent un grand nombre dans leur fuite… » (Arrien 4.30.4 M106). Return to text

68 Lors des opérations contre les Malles, Alexandre ordonne à Pithon et Démétrios (προσέταξε) de longer avec leurs troupes la rive du fleuve afin de tuer les Indiens réfugiés dans les bois s’ils ne consentent pas à se rendre (ὅσοι μὴ ἐθελονταὶ σφᾶς ἐνδιδοῖεν, Arrien 6.8.3 M111). Lors de la mise à sac du territoire des Orites (M98), d’après Arrien, « tous ceux d’entre eux qui résistèrent par les armes furent massacrés par la cavalerie, et beaucoup furent pris vivants » (6.21.5, trad. P. Savinel). Thucydide, 3.58.3, 3.67.5, mentionne l’usage par lequel un soldat pouvait implorer la vie sauve en tendant les mains en avant. Sur la reddition des soldats défaits sur le champ de bataille, cf. Crowley 2020. Sur le choix entre la mise à mort du fuyard ou sa capture pour le constituer prisonnier, cf. Crowley 2020, p. 12-15, 20-23 ; Saou 2021, p. 415-419. Return to text

69 Cf. Ducrey 1999, p. 76-80 ; Boëldieu-Trevet 2015, p. 161-163, analyse la stratégie de la poursuite mise en œuvre pour empêcher le départ de l’armée hors de Sicile et l’acharnement des Syracusains à « détruire l’ennemi pour anéantir sa puissance ». Return to text

70 Thuc. 7.85.1-2, trad. J. de Romilly, L. Bodin, R. Weil. Return to text

71 Thucydide précise que seule une trière a été capturée d’emblée avec son équipage. Elle a donc, semble-t-il, échappé au massacre. Return to text

72 M28 (ζωγρεῖν μὲν μηδένα), 29 (φεύγουσι δὲ τοῖσι Πέρσῃσι εἵποντο κόπτοντες), 30 (μηδένα ζωγρεῖν), 31 (εἵποντο τοὺς Ξέρξεω διώκοντές τε καὶ φονεύοντες), 32, 33, 34, 36, 37 (μηδένα ζωγρεῖν), 40, 41, 42. Sur le massacre comme objectif principal de la poursuite, cf. Konijnendijk 2018, p. 202 ; Crowley 2020, p. 16-17 ; Saou 2021, p. 402. Return to text

73 Cf. Buckler 1989, p. 74-75. Return to text

74 Eck 2017 montre que, contrairement à l’opinion communément admise, ce ne sont pas les 3 000 prisonniers mais les soldats morts au combat et dans la fuite qui ont été jetés à la mer afin de les priver de sépulture, tandis qu’Onomarchos a été pendu. Sur les différentes versions de la mort d’Onomarchos, les châtiments infligés et la construction de la figure de Philippe comme vengeur d’Apollon, cf. Buckler 1989, p. 76-77 ; Eck 2017, p. 13-20. Sur les trois formes du châtiment infligé aux pilleurs de temples rapportées par Eusèbe, Préparation évangélique, 8.14.33, cf. Eck 2017, p. 22 (être précipité d’un lieu élevé, dans la mer ou dans les flammes, κατακρημνίζεσθαι ἢ καταποντοῦσθαι ἢ καταπίμπρασθαι). Return to text

75 Voir aussi, Arrien, 1.2.7, lors de la déroute des Triballes en 335, καὶ ἀποθνήσκουσι μὲν τρισχίλιοι ἐν τῇ φυγῇ, ζῶντες δὲ ὀλίγοι καὶ τούτων ἐλήφθησαν, ὅτι ὕλη τε δασεῖα πρὸ τοῦ ποταμοῦ ἦν καὶ νὺξ ἐπιγενομένη τὴν ἀκρίβειαν τῆς διώξεως ἀφείλετο τοὺς Μακεδόνας, « trois mille périrent dans la déroute, mais peu d’entre eux furent faits prisonniers, parce qu’il y avait un bois épais en avant du fleuve et que la nuit qui tombait empêcha les Macédoniens de les poursuivre de façon efficace » (trad. P. Savinel). Return to text

76 Cf. Ducrey 1999, p. 60-64 ; Bernand 1999, p. 253 ; Wees 2011, p. 77-78 ; Boëldieu-Trevet 2012, p. 40-41. Return to text

77 Cf. Ducrey 1999, p. 66, 175. Return to text

78 Voir aussi la longue reconstitution par Diodore, 13.19.4-32.6, des délibérations sur le sort des prisonniers athéniens et alliés à l’issue de la déroute athénienne en Sicile en 413 (M35). Cf. Wees 2011, p. 79-80. Return to text

79 Sur l’expression dans les sources grecques du droit des vainqueurs sur les vaincus, cf. Xén., Cyropédie, 2.3.2, 4.2.26, 7.5.73, Mémorables, 4.2.15, Anabase, 5.6.32 ; Platon, Lois, I, 626b ; Aristote, Politiques, 1.6.1, 1255a6-7. Return to text

80 Sur les violences de masse perpétrées à l’encontre des femmes sous Alexandre, cf. Pimouguet-Pédarros 2022. Return to text

81 Les auteurs énumèrent alors les catégories de non-combattants (femme, enfant, vieillard) qui n’échappent pas au massacre, le plus souvent au travers d’une formule qui souligne en même temps son caractère impitoyable (φειδόμενοι οὔτε…οὔτε…, « n’épargnant ni…ni… ») : M50 (καὶ ἄνδρα καὶ παῖδα ὁμοίως κτείνειν, Hér., Samos), M54 (φειδόμενοι οὔτε πρεσβυτέρας οὔτε νεωτέρας ἡλικίας, Thuc., Mycalessos), M55 (οὐ διακρίνοντες οὔτε φύσιν οὔθ’ ἡλικίαν, ἀλλ’ ὁμοίως παῖδας νηπίους, γυναῖκας, πρεσβύτας, Diod., Sélinonte), M58 (ἁπλῶς οὐ παιδός, οὐ γυναικός, οὐ πρεσβύτου φειδόμενοι, Diod., Motyé), M59 (οὔτε γυναικῶν οὔτε παίδων φειδόμενοι, Arrien, Thèbes), M67 (οὐδὲ γυναῖκα ἢ παῖδα ὑπελείποντο, Arrien, non senibus, non feminis, non infantibus parcitur, QC, capitale des Malles). Return to text

82 M54 Thuc. (Mycalessos), M55 Diod. (Sélinonte), M59 Arrien (Thèbes). Return to text

83 M50 Hér. (ὁμοίως ἔν τε ἱρῷ καὶ ἔξω ἱροῦ, Samos) ; M52 Hér. (τοὺς ἱκέτας, Athènes) ; M57 Diod. (καὶ τοὺς ἐν τοῖς ναοῖς καταπεφευγότας, Agrigente) ; M59 Arrien (τοὺς δὲ καὶ πρὸς ἱεροῖς ἱκετεύοντας, Thèbes) ; M62 QC (supplicum velamentis precibusque, Branchides). Return to text

84 M50 Hér. (πάντα τὸν ἂν λάβωσι, πάντα τὸν ἐμποδὼν γινόμενον, Samos) ; M54 Thuc. (πάντας ἑξῆς ὅτῳ ἐντύχοιεν, Mycalessos) ; M58 Diod. (πάντας ἑξῆς, Motyé) ; M67 Diod. (πάντας τοὺς περιτυχόντας, capitale des Malles) ; M61 QC (passimque obvii, Persépolis) ; M62 QC (passim, Branchides) ; M67 QC (Malles, quisquis occurrerat). Return to text

85 M54 Thuc. (καὶ προσέτι καὶ ὑποζύγια καὶ ὅσα ἄλλα ἔμψυχα ἴδοιεν, Mycalessos) qui fait écho à Hér., M44. Cf. Longo 1986, p. 370-371, les mentions de massacres d’animaux sont rares et signes pour les Grecs de la cruauté barbare ou de la folie – incarnée notamment par Ajax. Cf. Thuc. 4.128.4, lors de la seconde expédition contre le roi Arrhabaïos en territoire lynceste (423/2), les soldats péloponnésiens conduits par Brasidas, rendus furieux (ὀργιζόμενοι) par la retraite précipitée de leurs alliés macédoniens conduits par Perdiccas, se mettent d’eux-mêmes (αὐτοὶ) à dételer et abattre tous les bœufs abandonnés par l’armée en fuite rencontrés sur leur route (ὅσοις ἐνέτυχον κατὰ τὴν ὁδὸν ζεύγεσιν αὐτῶν βοεικοῖς… τὰ μὲν ὑπολύοντες κατέκοπτον). Return to text

86 M59 Thèbes, Diod. (῞Ελληνες γὰρ ὑφ’ ῾Ελλήνων ἀνηλεῶς ἀνῃροῦντο καὶ συγγενεῖς ὑπὸ τῶν κατὰ γένος προσηκόντων ἐφονεύοντο, μηδεμίαν ἐντροπὴν τῆς ὁμοφώνου διαλέκτου παρεχομένης, « impitoyablement, des Grecs étaient mis à mort par des Grecs et, malgré la parenté de race, ils étaient massacrés par leurs proches, sans que la communauté de langue fît éprouver à ces derniers la moindre honte », trad. Paul Goukowsky), Arrien (οἷα δὴ ἐξ ὁμοφύλων τε καὶ παλαιὰς ἀπεχθείας ἐπεξιόντων, « comme il fallait s’y attendre de la part des gens de même race assouvissant de vieilles haines », trad. P. Savinel), cf. Pimouguet-Pédarros 2021c, p. 142-143 ; M62 Branchides, QC (commercio linguae). Return to text

87 M51 (Ἐργετίνους ἅπαντας), M53 (Βοττιαῖοι… σφέας), M65 (τῶν Ἰνδῶν, ville des Agalassiens). Return to text

88 M64 (omnibus incolis, ville des Aspasiens), M65 (τῶν ἐγχωρίων… τοὺς πλείστους, ville des Agalassiens). Return to text

89 M56 (πάντας… τοὺς καταλαμβανομένους, Himère), M63 (πάντας τοὺς καταληφθέντας ἐν αὐτῇ ; τοὺς ἀνθρώπους, 7e ville de Sogdiane). Return to text

90 M57 (σχεδὸν ἅπαντας τοὺς ἐγκαταλειφθέντας, Agrigente). Return to text

91 M66 (οἱ ξυμφυγόντες ἐς αὐτὴν πάντες, citadelle des Malles). Return to text

92 M60 (omnes, QC, ἐπὶ πᾶν, Arrien, Tyr). Return to text

93 Pour le cas des massacres romains, Barrandon 2018b, p. 227, souligne le caractère stéréotypé de la formule indiquant l’exécution de tous les hommes en âge de combattre, alors que les récits plus détaillés montrent que l’imperator opère une sélection parmi les prisonniers. Return to text

94 Le caractère impitoyable des massacres indistincts est souligné notamment par Diodore, dans le cas des Carthaginois (M55, οὐδεμίαν συμπάθειαν, « sans la moindre compassion » ; M56, ἀσυμπαθῶς, « sans pitié », voir aussi 13.111.4), et des Macédoniens et leurs alliés grecs lors de la prise de Thèbes (M59, ἀφειδῶς, ἀνηλεῶς, « sans pitié »). Les Thraces sont dépeints par Thucydide comme « un peuple des plus sanguinaires » (M54, γένος… φονικώτατον). Le caractère cruel est souligné par Diodore à propos des Chalcédoniens et Byzantins alliés aux Thraces en Bithynie (M94), des Siciliotes à Motyé (M58, ὠμότητα ὠμότητι σπεύδοντες ἀμύνεσθαι, « cherchant à se venger de la cruauté par la cruauté ») et des Macédoniens et leurs alliés grecs à Thèbes M59, πικρότερον ἢ πολεμικώτερον, « plus durement qu’un ennemi ordinaire », τὴν ὠμότητα τῆς τιμωρίας, « la cruauté de la vengeance », caractérisation que l’on retrouve chez Plutarque, ὠμοτάτῳ καὶ σκυθρωποτάτῳ ; et par Quinte-Curce, à propos des Macédoniens (crudelitas, « la cruauté », M61 et 62, etiam in tecta saevitum est, « la cruauté n’épargne même pas les maisons », M64). Cette caractérisation est plus rare pour les autres formes de massacre, on la trouve chez Plutarque, en corrélation avec les modalités extrêmes de la mise à mort, dans la description du traitement infligé aux prisonniers samiens (πολλὴν ὠμότητα, M3, cf. supra p. 3) et aux soldats en déroute, « égorgés au moment même où ils étaient en train de boire dans le fleuve », lors de la traversée de l’Assinaros (φόνος… ὠμότατος, M35). Return to text

95 Thucydide en 2.6.4 et 78.3 a indiqué qu’avant le début du siège, les Platéens ont transféré à Athènes les femmes, les enfants, les vieillards et le grand nombre de personnes inaptes à la guerre (πλῆθος τὸ ἀχρεῖον τῶν ἀνθρώπων), et qu’il reste à l’intérieur de la ville 400 Platéens, 80 Athéniens et 110 femmes chargées de la cuisine (γυναῖκες… σιτοποιοί). Une partie des Platéens a également évacué la ville pendant le siège et s’est réfugiée à Athènes (cf. Thuc. 3.20-24 ; Dém. 59, 103 ; Polyen 6.19.3). Return to text

96 Certains comprennent l’ensemble de la population libre, femmes et enfants compris (cf. Cartledge 1979, p. 258 ; Payen 2018, p. 245, qui traduit « tous les individus libres qu’ils prirent »), mais selon Ducrey 1999, p. 125, 287, il s’agit plus probablement de prisonniers de sexe masculin uniquement. Sur les différences de traitement entre hommes libres et esclaves, cf. Ducrey 1999, p. 284-288 ; 2019, p. 27-28, 98-99, 112-113 (n. 5-6 p. 27 pour les références épigraphiques) ; Bielman 1994, p. 323. Chez Thucydide, l’expression οἱ ἐλεύθεροι peut faire référence à des captifs de sexe masculin uniquement comme dans le cas des équipages des trières de Chios en 8.15.2 mais aussi à toutes les personnes libres capturées en contexte obsidional (τὰ ἀνδράποδα πάντα καὶ δοῦλα καὶ ἐλεύθερα, 8.28.4 ; τῶν ἐλευθέρων, 8.41.2 ; σκεύη μὲν καὶ ἀνδράποδα… τοὺς ἐλευθέρους, 8.62.2) comme chez Xénophon dans les Helléniques (τοὺς μὲν ἐλευθέρους… τὰ ἀνδράποδα τὰ δοῦλα πάντα, 1.6.15 ; τὰ δὲ ἐλεύθερα σώματα πάντα, 2.1.19 ; τῶν ἐλευθέρων, 2.3.6). Return to text

97 Concernant la prise de Thèbes, le reste des sources met davantage l’accent sur la mise à sac et la destruction de la ville ou l’asservissement général de la population, cf. Hypéride, Oraison funèbre, 17 ; Eschine, Contre Ctésiphon, 133, 156-157 ; Polybe, 5.10.6-8, qui, louant la magnanimité d’Alexandre, indique que le conquérant s’est gardé de tout acte sacrilège à Thèbes comme en Asie ; Plu., Alex., 11.10-12 (cf. Guilhembet 2012, p. 69, 79-80) ; Ael., 13.7 ; Justin 11.3-4. Cf. Boëldieu-Trevet 2015, p. 169-171 ; 2020 ; Pimouguet-Pédarros  2021c, p. 139-143. Return to text

98 Quinte-Curce donne le chiffre de 8000 morts. Cf. Ampolo 1996, p. 23-24. Return to text

99 Plu., τῶν ἁλισκομένων (repris en anaphore par le syntagme τοὺς ἀνθρώπους), QC, captivorum corpora. Arrien, 3.18.11-12, évoque seulement la destruction par le feu du palais royal. Sur la prise de Persépolis, cf. Radet 1927. Return to text

100 Les habitants du pays (τῶν ἐγχωρίων, τῶν Ἰνδῶν) se sont rassemblés au nombre de 20 000 dans une grande ville prise de vive force par Alexandre. La plupart (τοὺς πλείστους) périssent brûlés, environ 3000 personnes, qui se sont réfugiées dans la citadelle, sont épargnées. Return to text

101 Pour les mentions d’un ordre explicite, cf. infra, section 4 p. 26. Return to text

102 Dans le cas du massacre des Samiens (M50), les Perses ont été attaqués par surprise, malgré l’accord passé, à l’intérieur de la ville (qu’ils sont venus remettre au pouvoir de Syloson), ils répliquent par le massacre indistinct de la population sur l’ordre du général Otanès. Dans le cas de Mycalessos (M54), la ville est prise par surprise au lever du jour, les habitants ne sont pas sur leurs gardes (ἀφυλάκτοις τε ἐπιπεσὼν καὶ ἀπροσδοκήτοις) et les Thraces s’engouffrent par les portes ouvertes. Dans le cas du massacre des Branchides (M62), dont l’historicité est discutée (cf. Ducrey 1999, p. 167), la ville est également attaquée par surprise : Alexandre a été reçu dans la cité avec les troupes légères, la phalange reçoit l’ordre de cerner la ville et de la mettre à sac, les Branchides sont massacrés alors qu’ils ne sont pas armés (inermes). Return to text

103 M51, τὴν πόλιν… κατελάβετο, la ville des Ergétins est attaquée par Hippocrate alors que ses défenseurs, qui combattent à sa solde, sont absents de la cité (καταλιπόντες ἔρημον τὴν πόλιν ; τὴν πόλιν αὐτῶν ἔρημον οὖσαν), ce sont donc principalement des vieillards, des femmes et des enfants qui ont été massacrés, la guerre est déclarée après la prise de la ville ; M52, Athènes a été évacuée par ses habitants avant l’arrivée des Perses, les victimes sont principalement des non-combattants (intendants du temple et pauvres gens) réfugiés sur l’Acropole prise d’assaut par les Perses ; M55, Sélinonte, τῆς πόλεως καταλαμβανομένης, et après avoir tué tous les combattants repliés sur l’agora, οὗτοι μὲν ἐνταῦθα μαχόμενοι πάντες ἀνῃρέθησαν ; M56, Himère, κατὰ κράτος οὖν ἁλούσης τῆς πόλεως ; M57, Agrigente, après un siège de huit mois, la cité est évacuée par ses habitants, qui se réfugient à Géla (13.89.1-3, 13.91.1), les ennemis pénètrent dans la ville et massacrent presque tous ceux abandonnés à l’intérieur, principalement des malades (οἱ μὲν γὰρ ἐν ἀρρωστίαις) et des vieillards (οἱ δὲ ταῖς ἡλικίαις ἤδη προβεβηκότες ὑπὸ τῆς τοῦ γήρως ἀσθενείας), 13.89.2 ; M58, Motyé, après un siège et plusieurs jours de combats acharnés à l’intérieur de la ville même, Diod., 14.49-53.1 (μόγις οἱ Σικελιῶται τῷ πλήθει κατεπόνησαν τοὺς ἀνθεστηκότας. Εὐθὺς δὲ καὶ διὰ τοῦ χώματος ἡ δύναμις ἅπασα τοῦ Διονυσίου παρεισέπεσεν εἰς τὴν πόλιν, καὶ πᾶς τόπος ἔγεμε τῶν ἀναιρουμένων, « c’est à grand peine que les Siciliotes écrasèrent leurs adversaires sous le nombre. Sur le champ, par la jetée, l’armée entière de Denys se rua dans la ville, et partout ce ne fut plus que massacre », trad. M. Bonnet, E. R. Bennett) ; M59, Thèbes, τῆς δὲ πόλεως τοῦτον τὸν τρόπον καταλαμβανομένης (Diodore et Plutarque, Alex., 11.9-10, évoquent une résistance acharnée des Thébains tandis qu’Arrien décrit la déroute des combattants avant le massacre) ; M60, Tyr, victi, QC, ἐχόντων ἤδη τὴν πόλιν, Arrien, les combats se poursuivent autour des sanctuaires (les Tyriens ont décidé d’envoyer enfants, femmes et vieillards à Carthage mais n’ont eu le temps d’en évacuer qu’une partie, Diod. 17.41.1-2, QC 4.3.20 ; au moment de la prise de la ville, les Sidoniens évacuent en secret 15 000 hommes, QC 4.4.15) ; M63, ville de Sogdiane, βίᾳ καὶ ταύτην ἐξεῖλεν ; M64, ville des Aspasiens, cepit tamen oppidum ; M65, ville des Agalassiens, κατὰ κράτος εἷλε, le combat continue à l’intérieur des murs jusqu’au moment où Alexandre ordonne de mettre le feu à la ville ; M66, citadelle des Malles, ἥ τε ἂκρα κατὰ κράτος ἑάλω ; M67, capitale des Malles, τῆς δὲ πόλεως ἁλούσης κατὰ κράτος, Diod., inrupere in urbem, QC, ἀνεπέτασαν ταύτῃ τὴν ἄκραν, Arrien. Return to text

104 Voir aussi la différence notée par Plutarque entre Marcellus d’une part, qui « dans bien des cités qu’il soumit […] fit couler le sang » et Pélopidas et Épaminondas d’autre part, qui « ne tuèrent jamais un seul homme après l’avoir emporté et ne réduisirent pas les cités en esclavage » (Μάρκελλος μὲν ἐν πολλαῖς πόλεσιν ὑποχειρίοις γενομέναις σφαγὰς ἐποίησεν, Ἐπαμεινώνδας δὲ καὶ Πελοπίδας οὐδένα πώποτε κρατήσαντες ἀπέκτειναν οὐδὲ πόλεις ἠνδραποδίσαντο, Comparaison de Pélopidas et de Marcellus, 1.1, trad. A.-M. Ozanam). Return to text

105 Selon le témoignage d’Aristobule, également rapporté par Arrien, la ville a été prise de vive force et tous les ennemis pris à l’intérieur exécutés sur place. Return to text

106 L’indication καὶ τότε κτεῖναι n’est présente que dans le manuscrit C et omise dans les manuscrits A, B, D, cf. Gaillard-Goukowsky D., Goukowsky P. éd. 2023 (CUF). Si Alexandre a déplacé les prisonniers, son intention n’était peut-être pas initialement de les exécuter. Return to text

107 Sur l’idée de ne pas faire peser sur tous, mais seulement sur les responsables des différends, le poids du conflit, cf. Eschine, Sur l’Ambassade, 117, 142 ; Platon, République, 5, 471a-b. Return to text

108 M68 Hér., M78 et M80 Diod. Return to text

109 M69, 71, 73 Thuc., M71, 73, 74, 75 Diod., M77 Paus, M81 Arrien. Return to text

110 M79 Diod., M81 et 83 QC. Return to text

111 Ils étaient probablement abandonnés sur place, cf. Longo 1986, p. 369 ; Bernard 2023, p. 324. Par exemple, Eschine, dans le Contre Ctésiphon, 157, évoque les hommes âgés et les vieilles femmes réfugiés à Athènes après la prise de Thèbes. Sur le sort des vieillards dans la guerre, en particulier en contexte obsidional, cf. Bernard 2000, p. 53 ; 2023, p. 319-328 (évacués ou abandonnés sur place à l’approche de l’ennemi, massacrés ou délaissés par l’ennemi). Return to text

112 M68 Hér., M69 Thuc., M74, 78 Diod., M81 Arrien. Return to text

113 Cf. τοὺς ἡβῶντας (M71 Thuc., M75, 79 Diod.) ; τοὺς ἅπαντας… ὅσοι ἡβῶσι (M69, Thuc.), ὅσους ἡβῶντας ἔλαβον (M73, Thuc.) ; (πάντας) ἡβηδὸν (M71, 73 Diod., M73, 77 Plu., M82, Polyen) ; mais aussi τὸ ἄλλο ὅσον ἐν ἡλικίᾳ (M77, Paus.). Return to text

114 Cf. τοὺς νέους πάντας (M80, Diod.) et puberes (M81 et 83, QC). Return to text

115 Voir la résistance acharnée des assiégés lors de la prise de Sélinonte par les Carthaginois (M55), de Thèbes (M59) et de Tyr par Alexandre (M60). Lors de la prise de vive force de Gaza par Alexandre en 332 après un siège de deux mois (Diod. 17.48.7), selon Arrien, 2.27.5-7, tous les combattants meurent à l’emplacement qui leur a été assigné et Alexandre réduit en esclavage les femmes et les enfants. Selon Quinte-Curce, 7.6.21, lors du siège de Cyropolis, l’opiniâtreté des habitants attise la colère d’Alexandre, qui fait détruire la ville. Selon Polyen, les Cathéens ont résisté à Alexandre en désespérés (μοῖραν Ἰνδῶν ἐξ ἀπονοίας ἀντιστᾶσαν, M82). Return to text

116 Voir la mobilisation des femmes après le massacre des Argiens par Cléomène (Plu., Apopht. lac., 223b-c.4-5, Polyen 8.33, Paus. 2.20.9, M22, 23, 26), lors de l’intrusion des Thébains dans Platées en 431 (Thuc. 2.4.2, M45) et lors du siège de Sélinonte (Diod. 13.55, M55). Sur la place des femmes dans la guerre, cf. Schaps 1982 ; Bernard 2000, p. 34-44, 51-53 ; Payen 2004 ; 2005 ; 2012, p. 227-231 ; Pimouguet-Pédarros 2021b ; 2022. Return to text

117 Lors du siège d’Himère par les Carthaginois, les hommes faits prisonniers et exécutés sont au nombre de 3 000 selon Diodore (M74) – certains historiens ont souligné la dimension sacrificielle de ce massacre, cf. Lonis 1969, n. 26 p. 47. Lors de la prise d’Iasos par Lysandre, il indique que les hommes en âge de combattre faits prisonniers et exécutés sont au nombre de 800 (M75), lors de la prise de Tyr par Alexandre, au moins 2 000 (M80). Return to text

118 Cf. Maffre 2012, p. 261, 263, 265, 267 ; Lohmann 2021, sur l’ampleur de la destruction et la reconstruction. Return to text

119 Il convient de rappeler également que juste avant la prise de la ville, la flotte grecque (qui comptait 80 navires milésiens, Hér. 6.8) a été vaincue à la bataille de Ladè. Return to text

120 En 6.18, Hérodote évoque la réduction en esclavage de la cité (τὴν πόλιν) dans son ensemble après la prise de la ville et en 6.20 la déportation à Suse des prisonniers (οἱ ζωγρηθέντες τῶν Μιλησίων). Les menaces d’asservissement généralisé de la population des cités rebelles, de castration des jeunes garçons et de déportation des jeunes filles proférées par les généraux perses avant les combats (6.9) sont mises à exécution dans le reste des îles (6.32, en 493-492). Lors de la prise d’Érétrie en 490, la population est réduite en esclavage conformément aux ordres de Darius (τοὺς ἀνθρώπους ἠνδραποδίσαντο κατὰ τὰς Δαρείου ἐντολάς, 6.101). Return to text

121 À mon sens, la précision ἐν χερσὶ restreint la perspective aux combattants, ceux qui sont tombés au combat par opposition à ceux qui ont été pris vivants sur le champ de bataille et constitués prisonniers (comme chez Justin, à propos du siège de Tyr (M80), l’expression omnes qui proelio superfuerant « tous ceux qui avaient survécu au combat » fait référence aux 2 000 hommes en âge de combattre crucifiés par Alexandre mentionnés par Diodore et Quinte-Curce et non à tous les survivants de la ville prise – Diodore précise que les femmes et les enfants ont été asservis). Return to text

122 Dans la Vie de Nicias, Plutarque indique que le stratège « ramena à Athènes ceux qu’il prit vivants » mais n’indique pas le sort qui leur est réservé. Dans le récit de Diodore, la ville est détruite et la population réduite en esclavage (Θυρέας… ἐκπολιορκήσας ἐξηνδραποδίσατο καὶ κατέσκαψε), les Éginètes qui y vivent (τοὺς δ’ ἐν αὐτῇ κατοικοῦντας Αἰγινήτας) sont envoyés à Athènes et gardés en captivité avec le reste des prisonniers (12.65.9). Des Éginètes sont réinstallés par Lysandre à Égine en 404 (Xén., Hell., 2.2.9 ; Plu., Lys., 14.4). Return to text

123 Cf. Eck 2005, n. 41 p. 431, une démonstration de force s’expliquant par la situation géographique de Caryai à la frontière de la Laconie. Return to text

124 Sur les évacuations partielles des cités dans la perspective d’un siège, cf. Bernard 2000, p. 49. Return to text

125 Dans la version de Pausanias du massacre de Scotoussa, Alexandre de Phères a surpris les Scotousséens réunis en assemblée régulière dans le théâtre (ἔτυχε γάρ σφισι καὶ ἐκκλησία τηνικαῦτα οὖσα), les a fait cerner par ses peltastes et ses archers et tous percer de traits sans exception (ἅπαντας κατηκόντισε). Il ajoute qu’il a ensuite fait exécuter le reste des hommes en âge de combattre (τὸ ἄλλο ὅσον ἐν ἡλικίᾳ) et vendu les femmes et les enfants pour payer ses mercenaires. Peu nombreux sont ceux qui ont échappé à ces violences de masse (ὀλίγον τε ἔμενε τὸ διαφυγὸν τῶν Σκοτουσσαίων). Dans le récit de Diodore du siège de Sangala, il indique que 17 000 Indiens sont morts et 70 000 faits prisonniers (5.24.5). Return to text

126 On peut citer l’exemple des Agrigentins, qui évacuent la cité sur le point de tomber aux mains de l’ennemi en 406 (M57, cf. supra n. 102), et des Platéens, lors du siège de leur cité en partie évacuée avant et pendant le siège en 429-427 (M88, cf. supra n. 94) et expulsés par les Thébains en 373 : ils se voient condamnés à l’exil et à la pauvreté après la destruction de leur cité, cf. Boëldieu-Trevet 2012, p. 46 ; 2015, p. 166. Return to text

127 M84, 86, 87, 91, 92. Return to text

128 M85 (les Thébains partisans des Perses), M88 (les Platéens partisans des Athéniens et les Athéniens pris dans la ville), M89 (les Thasiens partisans des Athéniens). Voir aussi, dans un contexte de stasis, le massacre des démocrates à Milet avec l’appui de Lysandre (Diod. 13.104.5-6 ; Plu., Lys., 8.1-3 (démocrates démasqués par ruse), 19.3 ; Polyen 1.45.1, cf. Ampolo 1996, p. 14-15 ; Eck 2005, p. 96-97), les exactions de Cléarque (assimilé à un tyran) à Byzance (Diod. 14.12.3-4) et la répression des troubles à Héraclée Trachis sous le commandement d’Euripidas en 399 (Diod. 14.38, les auteurs du soulèvement sont massacrés au nombre de 500, cf. Bernand  1999, p. 262 ; Eck 2005, p. 110-115). Return to text

129 Cf. Gomme 1963, ad loc. ; Ducrey 1999, n. 1 p. 119 (le massacre a dû viser les partisans de l’oligarchie). Return to text

130 Cf. Eck 2005, p. 93-95. En outre, le choix de la pendaison, souvent réservée aux personnages de haut rang, confère au châtiment infligé à l’ennemi un caractère spectaculaire et exemplaire durable, en inscrivant visuellement dans l’espace le châtiment du criminel, voir le corps d’Onomarchos pendu par Philippe II (M38), les Barcéens empalés par Phérétimè (M84), Daïménès et quelques-uns des Grecs alliés aux Carthaginois mis en croix par Denys après la prise de Motyé (ἀνασταυρόω, Diod. 14.53.4, M58), les 2 000 Tyriens en âge de combattre (M80), les Sogdiens de haut rang (M90) et les Brahmanes (M91-92), crucifiés par Alexandre. Cf. Ducrey 1999, p. 208-215 ; Wees 2011, p. 80-81 ; Bonnard 2014 ; Couvenhes 2014 ; Pimouguet-Pédarros 2021c, p. 144, sur la théâtralisation de l’horreur par les pratiques de cruauté, en vue de susciter la stupeur et l’effroi des vaincus et des peuples voisins. Return to text

131 Phérétimè à Cyrène (les Barcéens les plus coupables lui ont été livrés par les Perses, M84), Pausanias à Thèbes (après avoir transporté les otages à Corinthe, M85), Périclès à Samos (après 10 jours au pilori à Milet, M86), Hannibal à Himère (M74), Lysandre à Iasos (M75) et à Thasos (après quelques jours, ὀλίγας ἡμέρας, afin de démasquer les partisans des Athéniens et de gagner leur confiance, M89), Archidamos à Caryai (M76), Charès à Sestos (M79), Alexandre après la prise de Tyr, des villes de Sogdiane, des Agalassiens, des Cathéens et des royaumes de Sambos et de Musicanos (M80, 81, 83, 90-92). Pour le cas de Milet (M68), cf. supra p. 19 et n. 119. Dans le cas d’Alexandre de Phères à Scotoussa, le massacre des hommes en âge de combattre est perpétré d’emblée (M77). Dans le cas de Sangala (M82), Polyen donne peu de précisions sur les circonstances du massacre mais l’expression employée, ἡβηδὸν ἔκτεινε, fait généralement référence à l’exécution après la prise de la ville des hommes en âge de combattre faits prisonniers. Return to text

132 Sur les négociations de paix et la réunion de l’assemblée à Sparte pour décider du sort des Athéniens assiégés en 405, cf. Xén., Hell., 2.2.19-20. Return to text

133 Ampolo 1996, p. 19-20 ; Bernand 1999, p. 253-254. Return to text

134 Cf. Bernand 1999, p. 258-259. Return to text

135 Les femmes et les enfants de Skionè et de Mendè ont été évacués à Olynthe par Brasidas (Thuc. 4.123.4 ; Diod. 12.76.7 ; sur la contradiction avec Thuc. 5.32.1, cf. Canfora 1992, p. 169-171). Mendè, prise par les Athéniens, a été livrée au pillage, les défenseurs n’ont pas été massacrés (Thuc. 4.130.6-7). À Toronè, les femmes et les enfants ont été réduits en esclavage, les 700 défenseurs survivants ont été envoyés à Athènes et libérés par la suite (Thuc. 5.3.4). Return to text

136 Cf. Canfora 1992 ; Bernand 1999, p. 259-260. Return to text

137 Le rôle d’Alcibiade dans le massacre de Mélos, qui apparaît dans le Contre Alcibiade attribué à Andocide et la Vie de Périclès de Plutarque, n’est pas mentionné par Thucydide, qui indique de façon très succincte le sort des habitants. Des Méliens sont réinstallés par Lysandre après 404 (Xén., Hell., 2.2.9 ; Plu., Lys., 14.4). Return to text

138 Trad. J. de Romilly et R. Weil. Cf. Ampolo 1996, p. 18-19 ; Bernand 1999, p. 254-255 ; Wees 2011, p. 91-92 ; Boëldieu-Trevet 2012, p. 42-44.  Return to text

139 Pour une réflexion sur le rôle de la haine et de la colère comme catalyseurs ou comme justifications du massacre dans le monde grec, cf. Konstan 2007. Sur l’usage de la haine (odium) dans les récits de la guerre romaine et en particulier la guerre d’anéantissement, cf. Barrandon 2021b. Sur la mention du ressentiment (M37) ou de la colère (M28, 35, 43) des poursuivants dans le contexte d’un massacre de soldats en déroute, cf. Laffon 2024, p. 28-29. Return to text

140 Outre la colère et la haine, le ressentiment se manifeste parfois sous la forme de la douleur provoquée par une offense ou une perte outrageante (M59, 60, 96, 101) ou de la crainte d’une possible perte (M67). Lors de la prise de Tyr (M60), Arrien explique que les Macédoniens tuent indistinctement les ennemis sous le coup de la colère (ὀργῇ) parce qu’ils sont exaspérés (ἀχθόμενοι) par la durée du siège (τῆς τε πολιορκίας τῇ τριβῇ – il a duré de janvier à août 332) et par le traitement infligé précédemment par les Tyriens à certains des leurs (καὶ ὅτι λαβόντες τινὰς αὐτῶν οἱ Τύριοι πλέοντας ἐκ Σιδῶνος ἐπὶ τὸ τεῖχος ἀναβιβάσαντες, ὅπως ἄποπτον εἴη ἀπὸ τοῦ στρατοπέδου, σφάξαντες ἔρριψαν εἰς τὴν θάλασσαν, « et aussi parce que les Tyriens, ayant fait prisonniers des Macédoniens qui revenaient de Sidon par mer, les avaient fait monter sur le rempart, pour qu’ils fussent bien vus du camp et, après les avoir égorgés, les avaient jetés à la mer », trad. P. Savinel). Voir aussi chez Quinte-Curce, 4.2.15 et 17, le massacre des ambassadeurs invoqué pour justifier le siège. Return to text

141 Cf. Mariaud 2012, p. 144 ; Maffre 2012 p. 259, 263, 270. Return to text

142 Thuc. 1.100.3 (μυρίους οἰκήτορας αὐτῶν καὶ τῶν ξυμμάχων), 4.102.2 (ἐποίκους μυρίους σφῶν τε αὐτῶν καὶ τῶν ἄλλων τὸν βουλόμενον). La question de la présence de non-combattants (et en particulier de femmes et d’enfants) se pose. Sur le point discuté de la participation des femmes aux expéditions de colonisation, cf. Graham 1980-1981 ; Compernolle 1983. Sur le rapprochement avec le passage d’Isocrate, Sur la paix, 86, qui mentionne la mort de 10 000 hoplites à Daton (ou dans le Pont) durant la guerre de Décélie, cf. Pritchett 1991, p. 209-210. Return to text

143 M95, 97, 99, 102. Return to text

144 M94, 98, 100. Return to text

145 M103, 105, 108-111. Return to text

146 M106, 107. Return to text

147 M94 (πολλῶν γὰρ αἰχμαλώτων κρατήσαντες ἀνδρῶν τε καὶ γυναικῶν καὶ παίδων ἅπαντας ἀπέσφαξαν). Return to text

148 M96 (τούς τ’ ἐνοικοῦντας πανδημεὶ κατεσφαγμένους, Diod. ; neminem esse victurum, QC ; πάντας ἀποκτενεῖν μετὰ τέκνων καὶ γυναικῶν, Plu. ; πάντας ἀποκτεινεῖν Οὐξίους, Arrien). Return to text

149 Cf. Pimouguet-Pédarros 2022, p. 62, sur l’effacement des catégories de personnes dans l’évocation des violences de masse, en particulier hors du monde grec des cités. Return to text

150 M95 (ἐπιπίπτει ταῖς κώμαις τῶν Οὐξίων). Return to text

151 M97 (ἔξω τε τῆς πόλεως, τούτοις μὲν δὴ οὐ προσδοκήσασιν ἐπιπεσὼν τοὺς μὲν πολλοὺς ἀπέκτεινεν αὐτῶν οὐδὲ ἐς ἀλκὴν οἷα δὴ ἀνόπλους τραπέντας). Return to text

152 Cf. τὸ ἔθνος, M98, 101 ; οἱ ἐνοικοῦντες, M96, 109 ; οἱ βάρβαροι, M103-106 ; τοὺς ἀνθρώπους τοὺς ἔνδον, M103 ; οἱ τὰς πόλεις ἔχοντες, M103, 108 ; τῶν Οὐξίων, M95, 96 ; οἱ Ἰνδοί, M106 ; τῶν Μαλλῶν, M110. Return to text

153 Dans d’autres cas, ils ont pu être mis à mort par leur propre peuple, ainsi en Perse en 330, à l’approche de l’armée macédonienne, Quinte-Curce indique que les indigènes « tuèrent ceux qui ne pouvaient les accompagner dans leur fuite et gagnèrent des montagnes écartées » (5.6.15, trad. H. Bardon). Return to text

154 Le récit de Diodore, 17.78.3-4, est très bref : Alexandre assiège ceux qui se sont réfugiés sur une grande et forte roche et les contraint à se rendre puis soumet (κατακτησάμενος) toutes les villes d’Arie en trente jours. Return to text

155 Cf. M96 (capture de Bucéphale par les Mardes), M102 (révolte de Satibarzanès), M100 (défaite du Polytimète), M101 (mort d’Héphaestion). Sur le choix de la clémence ou de la rigueur par Alexandre et la logique des représailles, cf. Bickermann 1934, p. 358-360, 366-367 ; Ducrey 1999, p. 165-167, 169-170. Return to text

156 La logique de l’exemplarité du châtiment visant à terroriser les survivants et les peuples voisins et briser toute velléité de résistance ou de défection est soulignée par les auteurs tardifs dans le cas du massacre de Skionè (M71, Diod. 12.76.3), de la destruction de Thèbes (M59, Polybe, 4.23.8, Diod. 17.9.4-6, 14.4, Plu., Alex., 11.11), de la prise de Gaza lors de la conquête de la Sogdiane (M81, QC 7.6.16) et de la ville des Aspasiens (M64, QC 8.10.5, voir aussi le sommaire du livre XVII de Diodore, « invasion de l’Inde ; extermination (ἀναίρεσις ἄρδην) de la première peuplade rencontrée, afin de terroriser (πρὸς κατάπληξιν) les autres », trad. P. Goukowsky), du massacre des Mardes (M96, Diod. 17.76.8) et des Orites (M98, Diod. 17.104.7). Cette logique est aussi soulignée par Diodore dans son récit de la prise de Sidon par Artaxerxès, 16.45.2. Return to text

157 Plu., Alc., 37.4, τῶν δ’ ἀνθρώπων τρισχιλίους ἑλὼν ζῶντας ἀπέσφαξεν ὁ Λύσανδρος, « trois mille hommes furent pris vivants et égorgés, sur l’ordre de Lysandre », trad. A.-M Ozanam ; Paus. 9.32.9, Φιλοκλέα γὰρ Ἀθηναῖον ἐν Αἰγὸς ποταμοῖς καὶ αὐτὸν στρατηγοῦντα καὶ Ἀθηναίων τῶν ἄλλων ὅσον τετρακισχιλίους αἰχμαλώτους ὄντας ἀπέκτεινεν ὁ Λύσανδρος, « en effet, il fit exécuter l’Athénien Philoclès, l’un des stratèges à Aigos Potamoi et tous les autres Athéniens faits prisonniers au nombre de quatre mille ». Return to text

158 Xén., Hell., 2.1.31-32 ; Plu., Lys., 13.1. Dans le cas des actes de cruauté à l’encontre des prisonniers samiens, Plu., Pér., 28.1-3, M3, ce sont à la fois les Athéniens et Périclès qui sont pointés du doigt par Douris de Samos (πολλὴν ὠμότητα τῶν Ἀθηναίων καὶ τοῦ Περικλέους κατηγορῶν) mais Périclès qui est décrit ensuite comme l’auteur des maltraitances et l’ordonnateur du massacre (καταγαγὼν… προσδήσας… προσέταξεν ἀνελεῖν…). Selon Couvenhes 2014, p. 27, 34-36, infliger le châtiment de l’apotympanismos pouvait relever des pouvoirs coercitifs du stratège en campagne à l’encontre de ses soldats ou de ses alliés. Return to text

159 Cf. Jouanno 1993, sur l’ambivalence de la figure d’Alexandre dans le traitement de l’épisode de la prise de Thèbes dans les sources historiographiques et rhétoriques, le Roman d’Alexandre et ses recensions ultérieures. Return to text

160 Cf. Diod. 17.9.4, « en fait, quand il se rendit compte que les Thébains le méprisaient, il décida d’anéantir la ville et d’arrêter ainsi dans leur élan, par cet acte de terrorisme, les audacieux qui songeaient à la révolte. » Νῦν δὲ δόξας ὑπὸ τῶν Θηβαίων καταφρονεῖσθαι διέγνω τὴν πόλιν ἄρδην ἀνελεῖν καὶ τῷ φόβῳ τούτῳ τὰς ὁρμὰς τῶν ἀφίστασθαι τολμώντων ἀποτρέψαι ; 17.9.6, « Alexandre en fut profondément blessé. Au comble de la colère, il décida d’infliger aux Thébains les pires châtiments. C’est ainsi que, dans un accès de sauvagerie, il réunit des machines de siège et prépara tout le reste en vue de la guerre. » Ὅθεν ᾿Αλέξανδρος περιαλγὴς γενόμενος εἰς ὑπερβάλλουσαν ὀργὴν προῆλθεν καὶ πάσῃ τιμωρίᾳ τοὺς Θηβαίους μετελθεῖν ἔκρινεν. Οὗτος μὲν οὖν ἀποθηριωθεὶς τὴν ψυχὴν μηχανάς τε πολιορκητικὰς συνεστήσατο καὶ τἄλλα πρὸς τὸν κίνδυνον παρεσκευάζετο, trad. P. Goukowsky. Cf. Plu., Alex, 13.2-3. Dans le récit d’Arrien, Alexandre est réticent à engager le combat, c’est Perdiccas qui prend l’initiative d’attaquer sans en avoir reçu l’ordre (1.8.1), suivi par Amyntas, et enfin Alexandre pour éviter que les Macédoniens ne soient mis en péril (1.8.2). Return to text

161 Diod. 17.10.1-6, « c’était elle-même qui, par témérité et irréflexion, s’était vouée à une destruction qui ne faisait de doute pour personne (διὰ τὸ προπετῶς καὶ ἀβούλως εἰς ὁμολογουμένην ἀπώλειαν ἑαυτὴν δεδωκέναι). » Sans tenir compte des avertissements des dieux, « dans leur exaltation, les Thébains se ruèrent donc, avec plus de courage que de prudence, vers la ruine générale de leur patrie. » Οἱ μὲν οὖν Θηβαῖοι τοῖς παραστήμασιν ἀνδρειότερον μᾶλλον ἢ φρονιμώτερον χρησάμενοι προέπεσον εἰς πάνδημον τῆς πατρίδος ὄλεθρον, trad. P. Goukowsky. Idem, Arrien 1.7.11 et 1.9.6. Return to text

162 Diod. 17.13.1, « en raison de leur arrogante proclamation, les Macédoniens traitaient en effet les Thébains plus durement qu’un ennemi ne le fait d’ordinaire. » Οἱ μὲν γὰρ Μακεδόνες διὰ τὴν ὑπερηφανίαν τοῦ κηρύγματος πικρότερον ἢ πολεμικώτερον προσεφέροντο τοῖς Θηβαίοις, trad. P. Goukowsky. Return to text

163 Diod. 17.13.5, « des Grecs faisaient campagne aux côtés du roi […]. Ils avaient eux aussi fait irruption dans la ville et, devant l’infortune de ces malheureux, ils montraient ouvertement leur haine personnelle », συστρατευόμενοι τῷ βασιλεῖ συνεισέπεσον εἰς τὴν πόλιν καὶ τὴν ἰδίαν ἔχθραν ἐν τοῖς τῶν ἠτυχηκότων ἀκληρήμασιν ἐναπεδείκνυντο, trad. P. Goukowsky. Idem, Arrien 1.8.8 et 1.9.6-8. Sur les haines suscitées par la politique thébaine, cf. Boëldieu-Trevet 2015, p. 170. Return to text

164 Diod. 17.14.1, « puis il réunit les délégués des Grecs et confia au Conseil fédéral le soin de décider quel traitement on devait faire subir à Thèbes », τοὺς δὲ συνέδρους τῶν ῾Ελλήνων συναγαγὼν ἐπέτρεψε τῷ κοινῷ συνεδρίῳ πῶς χρηστέον τῇ πόλει τῶν Θηβαίων, trad. P. Goukowsky. Idem, Arrien 1.9.9. Return to text

165 Dans la deuxième colonne des tableaux en annexe sont indiqués les auteurs des massacres tels qu’ils sont reportés dans les sources. Return to text

166 La mention [ordre explicite] est indiquée dans la dernière colonne des tableaux en annexe. Return to text

167 Par exemple, Plu., Lys., 8.3. Sur les massacres et assassinats politiques perpétrés par des tyrans, cf. Eck 2005, p. 115-117 ; Oliveira Gomes 2012. Return to text

168 D’après le sommaire du livre XVII de Diodore, c’est plus de 120 000 Sogdiens qui ont été massacrés (κατέσφαξεν αὐτῶν πλείους τῶν δώδεκα μυριάδων). Return to text

169 Les prisonniers de la deuxième ville sont traités de la même façon, τοὺς ἁλόντας τὰ αὐτὰ ἔπραξεν (Arrien, M81). Return to text

170 Ils sont indiqués dans la deuxième colonne des tableaux en annexe par une étoile qui suit le nom du chef de guerre. Return to text

171 Pour le cas de la bataille du Crocos (M38), Démosthène, qui emploie la troisième personne du singulier avec pour sujet Philippe, n’évoque pas la déroute (ὅτε γὰρ Φωκέας ἐκράτησε τὸ πρῶτον καὶ διέφθειρε τοὺς ξένους αὐτῶν καὶ τὸν ἡγούμενον καὶ στρατηγοῦντ’ Ὀνόμαρχον, « quand il avait vaincu pour la première fois les Phocidiens et massacré leurs mercenaires avec leur chef et général Onomarchos », trad. G. Mathieu). Return to text

172 Gaillard-Goukowsky D. et Goukowsky P. éd. 2023 (CUF) adoptent la correction de Schmieder ἅμα (au lever du jour) à la place de ἐν μιᾷ des manuscrits (en un seul jour). Return to text

173 Hanson 1990, p. 149-155 ; Pritchett 1994, p. 133-136 ; Laffon 2016, p. 9-19, 167-175. Return to text

174 Dans le récit de Xénophon, Hell., 2.1.32, de l’exécution des prisonniers de la bataille d’Aigos Potamos, Lysandre interroge Philoclès sur la peine qu’il mérite pour avoir fait jeter à la mer les équipages des deux trières puis « le fait égorger » (P. Chambry) plutôt que « l’égorge de sa propre main » (J. Hatzfeld), cf. Couvenhes 2011, p. 420-421 (M12). Return to text

175 Cf. QC, 5.6.1, « Alexandre convoque les généraux, et les avertit qu’il n’y avait pas de ville plus hostile (nullam infestiorem) aux Grecs… » (trad. H. Bardon). Return to text

176 Cf. Eck 2005, p. 87-90 ; Cusumano 2005 ; 2011 ; Pillot 2012. Sur la destruction de Sélinonte et la mise en perspective du récit de Diodore avec les sources achéologiques, cf. Marconi 2021, en particulier p. 99-100, pour ce qui est du massacre. Return to text

177 Sur les corps mutilés ou sévèrement blessés disposés de façon désordonnée dans un secteur de la nécropole d’Himère, cf. Vassallo 2018. Return to text

178 Voir également Justin, qui mentionne la famille de Straton comme la seule épargnée par Alexandre (18.3.19). Return to text

179 Cf. Pimouguet-Pédarros 2022, p. 75-77, sur le traitement différencié des captives en fonction de leur statut social, et p. 81-82, sur les limites imposées par Alexandre à l’exercice de la violence extrême à l’encontre des femmes. Return to text

180 Thuc. 4.36.3. Cf. Bernand 1999, p. 256-257. Return to text

181 Thuc. 4.37. Return to text

182 « À l’arrivée des prisonniers, les Athéniens décidèrent de les garder aux fers jusqu’à la conclusion d’un accord avec Sparte. Si, d’ici là, les Péloponnésiens envahissaient encore l’Attique, ils les tireraient de leur prison pour les mettre à mort » (trad. D. Roussel). Sur la restitution mutuelle des prisonniers en 421 : 5.18.7, 5.24.2, 7.86.3 (où il apparaît également que ramener prisonniers dans sa cité les chefs ennemis est source de gloire pour le général vainqueur). Return to text

183 Plu., Alc., 30.9-10. Return to text

184 Xén., Hell., 6.5.12. Return to text

185 On peut penser également au rôle attribué à Alexandre lors du massacre à Éphèse dans un contexte de stasis lié à la libération de la domination perse : selon Arrien, il empêche les massacres et les supplices de s’étendre (τοὺς δὲ ἄλλους διεκώλυσεν Ἀλέξανδρος προσωτέρω ἐπιζητεῖν καὶ τιμωρεῖσθαι, 1.17). Lorsque, dans une ville indienne assiégée par Alexandre, les habitants se donnent la mort en se jetant du haut des murs ou en mettant le feu à leur demeure, Quinte-Curce, 9.4.7, décrit une inversion des rôles qu’il attribue aux comportements contre-nature favorisés par la guerre. Quod cum ipsi augerent, hostes extinguerent, nova forma pugnae erat : delebant incolae urbem, hostes defendebant. Adeo etiam naturae iura bellum in contrarium mutat. « Ils cherchaient à accroître l’incendie, et les Macédoniens à l’éteindre : combat d’un nouveau genre. Les indigènes détruisaient leur ville, les ennemis la défendaient : tant la guerre amène de contradictions dans le comportement naturel de l’homme » (trad. H. Bardon). Sur le développement de ce motif dans les sources latines du ive siècle, où Alexandre est présenté comme celui qui rétablit l’ordre dans le chaos du massacre provoqué par les victimes elles-mêmes, cf. Brenez 2004. Return to text

186 Dans le récit de Diodore du massacre des Grecs en déroute lors de la bataille de Cronion (M37), les survivants qui parviennent à se réfugier dans leur camp ont été sauvés grâce à l’arrivée de la nuit (οἱ δὲ περιλειφθέντες καταφυγόντες εἰς τὴν παρεμβολὴν τῆς νυκτὸς ἐπιγενομένης διεσώθησαν). Lors de la déroute des Triballes en 335, c’est l’obscurité d’une forêt épaisse et de la nuit tombante qui empêche les Macédoniens de continuer la poursuite (Arrien 1.2.6-7). Pour d’autres exemples, cf. Konijnendijk 2018, p. 191 et n. 39. Return to text

187 Lors du massacre des soldats de Nabis par les Achéens près du camp de Pyrrhos en 192 dans le contexte de la guerre lacédémonienne, « beaucoup furent tués et pris dans cette fuite. Dans le camp aussi, la terreur aurait régné, si Philopoemen n’avait donné l’ordre de sonner la retraite, redoutant davantage un terrain qui, partout où ses soldats se risqueraient, était irrégulier et défavorable, que l’ennemi » (Tite-Live, Histoire romaine, 35.29.7, trad. R. Adam). Return to text

188 Plu., Alex., 33.11. Return to text

189 Cf. Sémelin 2000, p. 384-385, sur l’analyse du dispositif du passage à l’acte en lien avec la hiérarchie du commandement et le sentiment d’impunité corrélatif ; Barrandon 2018b, p. 197-198, 204, 211-218, 224-226, sur l’autorisation donnée au déploiement de la violence et l’encadrement du massacre par le commandement, p. 202-204, sur le problème de la compétence du chef à maîtriser la temporalité et contrôler ses hommes. Return to text

190 Hér. 3.149 (en 1.105, ce sont tous les Scythes qui ont participé au pillage du temple d’Ascalon qui sont frappés par la divinité). La mention d’un châtiment divin qui frappe les auteurs d’un massacre se trouve à plusieurs reprises dans l’œuvre d’Hérodote, cf. M1 (les Agylléens, massacre des prisonniers à l’issue d’une bataille navale), 26 (Cléomène, massacre des soldats réfugiés dans un espace sacré incendié), 50 (Otanès, massacre indistinct de la population à l’intérieur et à l’extérieur des sanctuaires), 84 (Phérétimè, massacre des prisonniers tenus pour responsables et actes de cruauté). Return to text

191 Ducrey 2019, p. 173, souligne également l’importance du rôle, peu visible dans les sources, de l’état-major, des officiers et des compagnons, sur lesquels s’appuie le commandement suprême d’Alexandre. Return to text

192 Pour Sparte, il s’agit des rois Cléomène et Archidamos, du régent Pausanias (qui est aussi général en chef de l’alliance des cités grecques), des généraux Brasidas, Alcidas, Gylippe et Lysandre, à Athènes, des stratèges Périclès, Pachès, Philoclès et Charès, chez les Phocidiens, du stratège Philomélos. Sur le pouvoir personnel des commandants militaires spartiates et l’évaluation de leur part de responsabilité dans les massacres, cf. Ducrey 1999, p. 67-68, 126-127 ; 2002, p. 56-57 ; Eck 2005, p. 96-97, qui estime également que Lysandre porte seul la responsabilité du massacre à Iasos. Sur l’influence qu’ont pu avoir certains stratèges athéniens dans les prises de décision de l’ecclésia, cf. Ducrey 1999, p. 121, 124, 126. Return to text

193 Cf. Boëldieu-Trevet 2015, p. 158. Return to text

194 L’action de Cléomène est à replacer dans le cadre de la volonté politique plus large des Spartiates de réduire une puissante cité voisine. D’ailleurs Cléomène est poursuivi par la suite à Sparte non pas en raison de cet acte criminel mais pour n’avoir pas saisi l’occasion de prendre Argos. Cf. Ducrey 1999, p. 59-60. Return to text

195 Dans le récit de la ruse rapportée par Plutarque dans les Apophtegmes laconiens, c’est la troisième personne du singulier qui est employée (κοιμωμένοις… ἐπέθετο· καὶ τοὺς μὲν ἀπέκτεινε τοὺς δ´ αἰχμαλώτους ἔλαβεν). Ce sont les actions personnelles et les propos du roi qui intéressent Plutarque et l’accent est mis sur sa perfidie : ἀνοχὰς δὲ ἑφθημέρους πρὸς Ἀργείους ποιησάμενος, « alors qu’il avait conclu une trêve de sept jours avec les Argiens », il les surprend endormis « parce qu’ils se fiaient à l’accord » (διὰ τὸ πεποιθέναι ταῖς σπονδαῖς), il viole son serment (τῇ παραβάσει τῶν ὅρκων) et se place au-dessus de la justice (δίκης ὑπέρτερον). Cf. n. 1 p. 192 ad loc. dans l’édition de la CUF pour les sources qui évoquent dans d’autres contextes l’emploi d’une telle ruse. Return to text

196 M16 (ὑπὸ τῶν Λευκανῶν κατηκοντίσθησαν), M41 (ὑπὸ τῶν ἀμφ’ Ἀλέξανδρον… ἀπέθανον, […] ἐμπίπτουσιν ἐς τοὺς ἀμφὶ Κράτερον καὶ ὑπὸ τούτων ἀπώλοντο), M49 (κατακοπέντες ὑπὸ τοῦ πλήθους, Diod.), M52 (σφι πάντες κατέστρωντο), M59 (῞Ελληνες γὰρ ὑφ’ ῾Ελλήνων ἀνηλεῶς ἀνῃροῦντο καὶ συγγενεῖς ὑπὸ τῶν κατὰ γένος προσηκόντων ἐφονεύοντο), M93 (διεφθάρησαν ἐν Δραβησκῷ τῇ Ἠδωνικῇ ὑπὸ τῶν Θρᾳκῶν ξυμπάντων ; διεφθάρησαν ἐν Δραβήσκῳ ὑπὸ Θρᾳκῶν), M107 (κατεκόπησαν πρὸς τῶν ἱππέων). Return to text

197 Les Perses sous le commandement d’Otanès à Samos (M50), les Carthaginois, d’Imilcar à Agrigente (M57), les Madéconiens, d’Alexandre à Persépolis (M61), à Gaza (M81) et contre les Malles (M111). À Sangala, Arrien expose précisément les stratégies élaborées et mises en œuvre par Alexandre pour bloquer et massacrer la population, qui tenterait d’évacuer la ville pendant la nuit (5.23.4-24.3, M107). Return to text

198 Trad. P. Savinel. Return to text

199 Cf. supra p. 27. Return to text

200 Thuc. 4.130.6. Les stratèges Nicias et Nicostratos ont sous leur commandement 50 navires, 1 000 hoplites, 600 archers, 1 000 mercenaires thraces et des peltastes fournis par les alliés (4.129.2). Return to text

201 Arrien 5.17.4, trad. P. Savinel. Return to text

202 Pour les mentions de destructions ou de massacres perpétrés sans en avoir reçu l’ordre d’aucun général dans le monde romain ou en leur absence, voir par exemple Tite-Live, Histoire romaine, 9.25.9 ; Plu., Sylla, 16.8 ; Tacite, Histoires, 3.71.1. Return to text

203 Cf. Ampolo 1996, p. 20-21 ; Bernand 1999, p. 261. Return to text

204 Trad. J. de Romilly, L. Bodin et R. Weil. Sur la représentation du peuple thrace dans les sources grecques, cf. Longo 1986, p. 373-374 ; Eck 2005, p. 90-91 et n. 61 p. 433. Return to text

205 Cf. Longo 1986, p. 375 (le récit masque tant la responsabilité de l’assemblée que celle du stratège ; sur le personnage de Diitréphès, p. 377) ; Quinn 1995 (l’auteur voit dans le silence de Thucydide une critique indirecte de la conduite du stratège) ; Ampolo 1996, p. 21-23 ; Eck 2005, n. 62 p. 433. Return to text

206 Cf. Longo 1986, p. 364, 375-376. Return to text

207 Cf. Barrandon 2018b, p. 214-215, 217-218, qui met en évidence une corrélation entre exécution des massacres et défaillance du pouvoir. Return to text

208 Sur la prise de Motyé, cf. Garbini 1993 et sur le massacre, Bernand 1999, p. 263 ; Eck 2005, p. 88-90 ; Cusumano 2011, p. 122-128. Return to text

209 Cf. Diod. 14.46.2-4, sur la cruauté des Carthaginois, qui incite les Siciliotes à s’engager volontiers dans la guerre conduite par Denys et à infliger aux prisonniers les pires traitements par vengeance et par haine. Return to text

210 Par la suite, il fait mettre en croix Daïménès et quelques Grecs pour s’être alliés avec les Carthaginois (14.53.4). Return to text

211 M34, 37. Return to text

212 Cf. Ducrey 1999, p.166. La blessure d’Alexandre chez les Malles est mentionnée également par Plutarque, Sur la fortune et la vertu d’Alexandre, 341c et Strabon 15.33 (687). Return to text

213 Trad. P. Savinel. Return to text

214 Dans le récit d’Arrien, il s’agit de la ville prise avant celle d’Andaka, dans le récit de Quinte-Curce de la ville prise avant celle de Nysa. Return to text

215 M12 (Aigos Potamos, Plu., πρῶτος ἐπὶ τὴν σφαγὴν ἡγεῖτο τοῖς πολίταις), M30 (bataille d’Himère, Diod., πολὺς ἐγένετο φόνος τῶν φευγόντων), M34 (Étolie, πᾶσά τε ἰδέα κατέστη τῆς φυγῆς καὶ τοῦ ὀλέθρου τῷ στρατοπέδῳ τῶν Ἀθηναίων), M37 (bataille de Cronion, Diod., τοσοῦτος δ’ ἐγένετο φόνος), M38 (bataille du Crocos, πολὺς ἐγένετο φόνος τῶν Φωκέων), M40 (Halicarnasse, Arrien, φόνος ταύτῃ οὐκ ὀλίγος ἐγένετο… ὁ πλεῖστος δὲ φόνος περὶ ταῖς πύλαις αὐταῖς ξυνέβη), M54 (Mycalessos, Thuc., ἰδέα πᾶσα καθειστήκει ὀλέθρου), M59 (Thèbes, Diod., πολλοῦ δὲ φόνου γενομένου καὶ τῆς πόλεως κατὰ πάντα τόπον νεκρῶν πληρουμένης ; Arrien, ὁ φόνος <ὁ> πολύς), M60 (Tyr, Arrien, φόνος ἦν πολύς), M61 (Persépolis, Plu., φόνον μὲν οὖν ἐνταῦθα πολὺν τῶν ἁλισκομένων γενέσθαι συνέπεσε), M67 (capitale des Malles, QC, internecione hostium), M71 (Skionè, Isoc., τὸν Σκιωναίων ὄλεθρον), M98 (Orites, Diod., πολλῶν φόνων… Τῇ δὲ τῶν ἐθνῶν τούτων ἀπωλείᾳ…), M102 (Ariens, QC, varia igitur caede consumpti sunt), M105 (Aspasiens, Arrien, φόνος πολὺς γίγνεται τῶν βαρβάρων). Return to text

216 La même tournure peut être observée dans la peinture du malheur des Thébains (M59) par Eschine dans le Contre Ctésiphon, 157, introduite également par le verbe ὁράω suivi d’une énumération de participes à la voix passive. Return to text

217 Soldats surpris au repos qui tentent de fuir : M25 (Arrien, τοὺς μὲν ἔτι ἐν ταῖς εὐναῖς κατέκτεινον, τοὺς δὲ φεύγοντας εὐμαρῶς αἱροῦντες, ὥστε πολλοὶ μὲν αὐτοῦ ἐγκατελήφθησαν καὶ ἀπέθανον, πολλοὶ δὲ ἐν τῇ ἀποχωρήσει ἀτάκτῳ καὶ φοβερᾷ γενομένῃ, « ils tuaient les uns encore dans leur lit, les autres tandis qu’ils fuyaient en les saisissant facilement, de sorte que beaucoup furent pris et périrent sur place, beaucoup dans une retraite survenue dans le désordre et la panique ») ; soldats réfugiés dans un espace sacré : M26 (dans la réécriture de Pausanias, ἀπώλοντο) et M27 (ἀπώλοντο, ζῶντας καταφλεχθῆναι) ; soldats en déroute : M28, 30, 34-43. Return to text

218 M49, 54, 58-62, 64, 66, 67, 96, 98, 102, 103, 105, 106, 108. Return to text

219 Ces tournures ne sont guère employées pour les exécutions de prisonniers. Dans le cas des prisonniers thébains exécutés par les Platéens (ἀπέκτειναν τοὺς ἄνδρας, M45), la tournure passive permet de traduire le spectacle qui s’offre aux yeux du héraut envoyé par les Athéniens (ὁ δὲ κῆρυξ ἀφικόμενος ηὗρε τοὺς ἄνδρας διεφθαρμένους). Dans le Contre Nééra, 103, l’emploi du passif pour décrire le massacre des hommes en âge de combattre et l’asservissement des femmes et des enfants (ἀπεσφάγησαν πάντες οἱ ἡβῶντες, παῖδες δὲ καὶ γυναῖκες ἐξηνδραποδίσθησαν, M88) participe de la construction de leur statut de victime dans un discours qui vise à souligner le malheur des Platéens, en centrant le récit du siège sur leurs actions désespérées au moment où la ville est sur le point d’être prise puis sur le traitement subi par ceux qui y sont demeurés. Hormis cet exemple, dans les mentions d’exécutions des hommes en âge de combattre, seul Quinte-Curce emploie des tournures passives ou de sens passif (M80, crucibus adfixi… pependerunt, M81, signoque ut puberes interficerentur dato, M83, puberes interfecti sunt, M90, crucibus iussit adfigi, M100, interfici puberes iussit), le plus souvent comme complément d’un ordre donné (aussi Polyen, M89, προσέταξε συναρπασθέντας ἀποσφαγῆναι, et Arrien, M92, τοῦτον κρεμάσαι κελεύει). Return to text

220 On trouve ce motif dans la description du massacres de soldats en déroute chez Thucydide : M34, ἐσπίπτοντες ἔς τε χαράδρας ἀνεκβάτους καὶ χωρία ὧν οὐκ ἦσαν ἔμπειροι διεφθείροντο ; Arrien : M41, πολλοὶ δὲ καὶ κατὰ τὴν ὁδὸν κρημνώδη οὖσαν ; M42, κατὰ τῶν κρημνῶν αὑτοὺς ῥίψαντες ἀπώλοντο (associé à la mention de la panique) ainsi que dans la description du massacres de populations en fuite qui cherchent refuge dans des terrains escarpés et impraticables dans le contexte des conquêtes d’Alexandre, chez Quinte-Curce et Arrien : M102, alii petris praecipitauere se ; M106, κατὰ τῶν κρημνῶν ῥίψαντες σφᾶς ἀπέθανον (associé à la mention de la panique). La frontière entre chute involontaire d’une hauteur dans un élan de panique et choix délibéré du suicide est parfois mince. Sur la chute dans un précipice comme mode d’exécution, cf. M14, et n. 64 p. 15 supra. Return to text

221 Cf. M52, les Athéniens qui se jettent d’eux-mêmes par-dessus les remparts de l’Acropole assaillie par les Perses (οἳ μὲν ἐρρίπτεον ἑωυτοὺς κατὰ τοῦ τείχεος κάτω καὶ διεφθείροντο, Hér. 8.53) ; ou encore les Thébains poursuivis dans Platées qui montés sur les remparts périssent en se jetant à l’extérieur (M45, οἱ μέν τινες αὐτῶν ἐπὶ τὸ τεῖχος ἀναβάντες ἔρριψαν ἐς τὸ ἔξω σφᾶς αὐτοὺς καὶ διεφθάρησαν οἱ πλείους, Thuc. 2.4.4) ; et les Argiens qui sautent du rempart après avoir escaladé des échelles (M36, οἱ μὲν κατὰ τὰς κλίμακας ἀναβαίνοντες ἥλλοντο κατὰ τοῦ τείχους καὶ διεφθείροντο). Return to text

222 Cf. M35,lors de la déroute de l’Assinaros, les soldats tombaient les uns sur les autres et se piétinaient (ἐπέπιπτόν τε ἀλλήλοις καὶ κατεπάτουν, Thuc.) et M36, sous les murs de Corinthe, « d'autres aussi, comme ils se piétinaient les uns les autres, périssaient étouffés » (οἱ δὲ καὶ καταπατούμενοι ὑπ᾽ ἀλλήλων ἀπεπνίγοντο, Xén.). Ce motif est repris par Arrien dans la description du massacre des soldats en déroute sous les murs d’Halicarnasse, M40, στενοτέρας τε ἢ κατὰ τὸ πλῆθος αὐτῶν τῆς παρόδου οὔσης, « le passage étant trop étroit pour le nombre qu’ils étaient », 1.22.3, τοὺς μὲν ὑπὸ σφῶν καταπατηθέντας διαφθαρῆναι, « les uns périrent piétinés par les leurs », 1.22.5. Cf. Hanson 1990, p. 240, 242, pour les exemples de soldats d’un même camp qui dans la confusion du combat s’entretuent ou se piétinent. Return to text

223 Le motif des morts variées, fréquent dans la représentation des massacres en contexte de stasis ou des suicides collectifs, apparaît dans la description d’un massacre indistinct en contexte obsidional chez Thucydide (ἰδέα πᾶσα καθειστήκει ὀλέθρου, M54 Mycalessos), dans le cas du massacre indistinct des mercenaires indiens à Massaga chez Diodore (παντοῖαι διαθέσεις θανάτων καὶ τραυμάτων, M49) et dans le récit du massacre d’une population en fuite chez Quinte-Curce (varia igitur caede consumpti sunt, M102 Ariens). Return to text

a Le sort des équipages syracusains faits prisonniers par les Athéniens n’est pas indiqué par Thucydide (7.23.4, 7.25.4, 7.41.3). Return to text

b Le récit de Diodore ne permet pas de préciser les circonstances de leur mort. Après la mention de la mort au combat d’Archidamos III (ca 338), il indique que par la suite (ἔπειτα) ses mercenaires ont été criblés de coups de javelots par les Lucaniens avant de rapporter la mort de Phalaïcos en Crète (ca 342) et de ses mercenaires dans le Péloponnèse (M15). Return to text

c [Massacre de soldats en déroute, M39] Return to text

d Voir Eck 2017, p. 16-17 et la défaite subie peu auparavant par Philippe face à Onomarchos (Diod. 16.35.2 ; Polyen 2.38.2). Return to text

e [Massacre de soldats surpris au repos, M25]. Return to text

f Il pourrait s’agir de la ville des Mémacéniens mentionnée par Quinte-Curce : Alexandre, furieux (infestus) de la traîtrise des Mémacéniens (M48), blessé durant le siège et animé par la colère (ira), prend la ville de vive force et ordonne sa destruction (uictorque urbem dirui iussit), 7.6.21-23. Cependant cette ville n’est pas prise au premier assaut comme chez Arrien mais au terme d’un siège long et difficile (cf. munitiorem quam ut primo impetu capi posset, 6.6.19, fortius obsidionem tulit, 22). Return to text

g [M104 Massacre indistinct d’une population en fuite]. Return to text

h Iasos avait déjà été prise, pillée et remise entre les mains de Tissapherne par les Péloponnésiens en 412 (Thuc. 8.28-29). Return to text

i Mélibée a subi le même sort selon Plutarque, qui est le seul à la mentionner. Return to text

j Auparavant les cavaliers d’Orchomène suspectés d’ourdir une sédition ont été arrêtés et les Thébains ont décidé de les exécuter (ἀποσφάζω), de réduire les Orchoméniens en esclavage et de raser leur cité. Return to text

k [M107 Massacre indistinct d’une population en fuite]. Return to text

l [M3 Massacre des prisonniers à l’issue d’une bataille navale]. Return to text

m Le texte de Cornélius Népos, Lysandre (VI), 2.2-3, est lacunaire. Return to text

n Le royaume de Sambos a été mis à sac, la population réduite en esclavage, les villes prises et détruites. Diodore, 17.102.6 et Quinte-Curce (d’après Clitarque), 9.8.15, donnent le chiffre de 80 000 Indiens tués ; [Massacre indistinct]. Return to text

o Diodore 17.102.5, et Quinte-Curce 9.8.16, évoquent plus brièvement la répression de la défection de Musicanos confiée à Pithon, la soumission de son royaume et l’exécution du roi remis par Pithon entre les mains d’Alexandre. Return to text

p [M64, massacre indistinct de la population en contexte obsidional]. Gaillard-Goukowsky, Goukowsky  2023, note ad loc., il pourrait s’agir de la ville de Silicé mentionnée par l’Épitomé de Metz, 35, qui évoque le massacre de tous les hommes en âge de combattre (oppidum expugnavit puberesque omnes, ut metum iniceret, occidit). Return to text

q [M82, massacre des hommes en âge de combattre]. Return to text

References

Bibliographical reference

Amarande Laffon, « Massacres et commandement dans le monde grec antique (vie-ive siècles av. J.-C.) », HiMA : revue internationale d'Histoire Militaire Ancienne, 13 | 2024, 09-80.

Electronic reference

Amarande Laffon, « Massacres et commandement dans le monde grec antique (vie-ive siècles av. J.-C.) », HiMA : revue internationale d'Histoire Militaire Ancienne [Online], 13 | 2024, 15 April 2024 and connection on 30 May 2026. Copyright : Le texte seul, hors citations, est utilisable sous Licence CC BY 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.. DOI : 10.58335/hima.541. URL : https://preo.ube.fr/hima/index.php?id=541

Author

Amarande Laffon

Professeur agrégé, UMR 8167, Antiquité classique et tardive, France

Author resources in other databases

  • IDREF

Copyright

Le texte seul, hors citations, est utilisable sous Licence CC BY 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.