Manuel Rodrigues de Oliveira, Sparte contre Athènes, 510-354

p. 394-395

Référence(s) :

Manuel Rodrigues de Oliveira, Sparte contre Athènes, 510-354, Paris, Passés/composés, 2024, 365 p., 23 €, ISBN 9791040401551.

Texte

L’auteur propose une relecture de l’affrontement qui opposa Sparte et Athènes à l’époque classique en remettant en cause le principe issus d’une lecture thucydidéenne selon lequel Sparte était une cité impérialiste qui, pour préserver sa position dominante, fut contrainte de s’attaquer à Athènes, puissance émergente. Cette lecture a fait florès, notamment à travers des clichés modernes qui, depuis le xixe siècle, ont parfois cristallisé le discours en une opposition entre la Sparte autoritaire et l’Athènes démocratique. L’auteur rappelle à juste titre qu’entre 477 et 432 ce n’est pas Sparte qui s’attaque à Athènes, mais bien l’inverse : profitant du tremblement de terre de 465, Athènes prend pied dans le Péloponnèse, jusqu’alors chasse gardée de Sparte.

L’étude débute en 510 avec l’intervention de Cléomène Ier dans la vie politique athénienne, contre Hippias, puis contre Clisthène et pour Isagoras. L’auteur voit dans cette ingérence mal vécue le point de départ de l’affrontement auquel Sparte et Athènes vont se livrer par la suite. L’ouvrage s’achève sur l’année 354, que l’auteur identifie avec la fin de la Guerre des alliés alors que les manuels retiennent le plus souvent la date de 355. Les dates de dissolution de la Ligue du Péloponnèse ou celle de la seconde bataille de Mantinée auraient pu être une autre option. Un court épilogue portant sur la période postérieure à 354 se termine de manière un peu moralisatrice par : « Pour ne pas avoir observé l’une des célèbres maximes de Delphes, mêden agan, “rien de trop”, qui prône la modération en toute chose et rejette la démesure, Athènes et Sparte se trouvent désormais, à l’issue de ce duel sans vainqueurs, confrontés à un monde devenu trop vaste ». La logique du duel, que souligne également la couverture, n’est en réalité pas la seule à avoir prévalu durant toute cette période. Les Athéniens (voire certains Athéniens) et les Spartiates (et sans doute aussi certains Spartiates) ont entretenu ensemble des rapports d’alliance, désirés ou contraints, durant toute cette période.

Certes, l’auteur a souhaité non pas seulement traiter de Sparte contre Athènes, mais aussi mettre en relation Sparte et Athènes dans une histoire qu’il qualifie de « comparée ». En réalité plutôt que comme une étude d’histoire comparée, l’ouvrage apparaît davantage comme une étude de géopolitique ou plus simplement de relations internationales entre Sparte et Athènes de 510 à 354. En toile de fond, apparaît tout autant le monde grec que le Péloponnèse, qui était pourtant le thème de la thèse de doctorat soutenue en 2022 sous le titre : Les Péloponnésiens et Sparte : relations internationales et identités régionales (510-146 avant J.-C.) dont est issu ce livre, largement remanié. Les nombreuses cartes de synthèse de l’ouvrage sont de très bonne facture. Elles sont un des éléments très réussis du travail, synthétisant de manière efficace le discours.

Le découpage chronologique est original, la guerre de Péloponnèse étant scindée dans deux parties différentes : première partie « l’hégémonie de Sparte sur le monde grec à la constitution de la Ligue de Délos (510-477) » ; deuxième partie : « Bloc contre bloc : de la guerre froide à l’affrontement (477-416) ; troisième partie : « De la gloire de Sparte à la revanche d’Athènes : la fin des Blocs (416-354) ». Le livre se lit agréablement. Les notes en fin d’ouvrages sont relativement peu nombreuses et renvoient le plus souvent soit à des références d’auteurs anciens, soit à d’excellents manuels universitaires où l’on trouvera des détails bibliographiques. Les références à des études universitaires – trop peu nombreuses en note même si elles apparaissent en bibliographie – sont maîtrisées lorsqu’elles sont utilisées. La société apparaît finalement peu. Le livre se présente comme un récit historique qui doit donner envie au lecteur – public cultivé ou étudiants de premier cycle – d’approfondir tel ou tel point.

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Référence papier

Jean-Christophe Couvenhes, « Manuel Rodrigues de Oliveira, Sparte contre Athènes, 510-354 », HiMA : revue internationale d'Histoire Militaire Ancienne, 14 | 2025, 394-395.

Référence électronique

Jean-Christophe Couvenhes, « Manuel Rodrigues de Oliveira, Sparte contre Athènes, 510-354 », HiMA : revue internationale d'Histoire Militaire Ancienne [En ligne], 14 | 2025, . Droits d'auteur : Le texte seul, hors citations, est utilisable sous Licence CC BY 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.. URL : https://preo.ube.fr/hima/index.php?id=2541

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Jean-Christophe Couvenhes

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