Lignes capturées, lignes en fuite : les dispositifs de navigation urbaine à l’épreuve de l’infra-ordinaire

  • Captured Lines, Lines of Flight: Urban Geolocation Devices Put to the Test of the Infra-Ordinary

DOI : 10.58335/epistemocritique.1331

Résumés

Cet article interroge les dispositifs de navigation urbaine, GPS et applications de cartographie, non comme de simples instruments d’aide à la mobilité, mais comme des opérateurs de transformation des régimes de spatialité. À partir d’un croisement entre les approches de Claude Raffestin, Tim Ingold et la perspective de Gilles Deleuze et Félix Guattari, il montre comment ces dispositifs reconfigurent les structures territoriales, les dynamiques de circulation et les formes d’expérience. En produisant des trajectoires optimisées, ils tendent à substituer au cheminement une logique d’exécution, où l’espace est anticipé et calculé en amont de l’expérience. Cette transformation affecte également les régimes d’énonciation. Relue à partir de la notion de littérature mineure, la navigation algorithmique apparaît comme une forme d’énonciation collective distribuée, dans laquelle les trajectoires individuelles sont immédiatement captées et réinjectées dans le système, contribuant à une régulation des comportements spatiaux. Toutefois, cette capture demeure incomplète. En mobilisant le contrepoint proposé par Georges Perec, l’article met en évidence la persistance de l’infra-ordinaire. Hésitations, ajustements et conflits entre prescription algorithmique et environnement matériel constituent les points où l’espace résiste à sa réduction calculatoire. Le régime algorithmique de la spatialité apparaît ainsi comme une forme de capture toujours inachevée.

This article examines urban navigation technologies, GPS and mapping applications, not as simple tools for mobility, but as operators that transform regimes of spatiality. Drawing on the work of Claude Raffestin, Tim Ingold, and the Deleuzian framework developed by Gilles Deleuze and Félix Guattari, the article shows how these devices reconfigure territorial structures, circulation dynamics, and forms of experience. By producing optimized trajectories, they tend to replace wayfaring with a logic of execution, in which space is anticipated and calculated in advance of lived experience. This transformation also affects regimes of enunciation. Reinterpreted through the concept of “minor literature”, algorithmic navigation appears as a form of distributed collective enunciation, in which individual trajectories are immediately captured, aggregated, and reintegrated into the system, contributing to the regulation of spatial behaviors. However, this capture remains incomplete. Drawing on the counterpoint proposed by Georges Perec, the article highlights the persistence of the infra-ordinary as an irreducible dimension of spatial experience. Hesitations, adjustments, and tensions between algorithmic prescription and material environment mark the points at which space resists its computational reduction. The algorithmic regime of spatiality thus emerges as a form of capture that is always unfinished.

Plan

Texte

Introduction

La circulation urbaine connaît aujourd’hui un déplacement majeur : d’un régime d’organisation fondé sur les infrastructures et la signalisation routière, elle s’est orientée définitivement vers des formes de pilotage portées par l’usage massif des outils de géolocalisation (GPS, Google Maps, Waze). Loin de constituer de simples instruments d’assistance à la navigation, il nous semble que ces dispositifs interviennent désormais dans la structuration même des mobilités, en redistribuant les flux et en reconfigurant les hiérarchies spatiales.

Leur fonctionnement repose sur des principes bien identifiés, calcul du trajet optimal, ajustement en temps réel, agrégation de données issues des usagers, qui contribuent à une fluidification apparente des déplacements. Toutefois, ces mécanismes ne sont pas sans effets sur les formes effectives d’organisation de l’espace. Autrement dit, en privilégiant des critères d’efficacité, les dispositifs de navigation ont tendance surtout à reconfigurer les usages des lieux, souvent en décalage avec les logiques locales d’aménagement et les régulations instituées1 (sens interdit, zones à trafic limité, panneaux contextuels de quartiers ou de zones spécifiques, accès riverains, etc.).

Il s’agit dès lors d’interroger la portée de ces transformations : dans quelle mesure les outils de navigation participent-ils à l’émergence d’un régime spatial spécifique, au sein duquel les trajectoires ne sont plus seulement empruntées mais calculées, ajustées et anticipées ? Cette question conduit à formuler l’hypothèse selon laquelle ces dispositifs s’inscrivent dans des dynamiques conjointes de déterritorialisation et de reterritorialisation, susceptibles d’affecter la pluralité des expériences territoriales. Calculer le trajet le plus rapide, détourner les flux, fluidifier la circulation ; derrière cette optimisation, les GPS et les autres outils de navigation ne font en effet que redessiner la ville selon leurs propres critères, souvent en court-circuitant la vocation symbolique des espaces. Reste à savoir si cette reconfiguration peut véritablement se déployer sans résidu, ou si quelque chose, dans l’expérience même du déplacement, échappe à cette logique de calcul.

1. L’émergence d’un espace piloté

Ce que nous proposons de désigner désormais comme un régime algorithmique de la spatialité produit d’ores et déjà des effets perceptibles dans l’espace urbain. La multiplication des zones 30, des ralentisseurs et des dispositifs de modération du trafic en offre un indicateur particulièrement saillant. Officiellement justifiés par des impératifs de sécurité, ces aménagements, à l’examen, apparaissent en réalité comme des réponses à des transformations plus profondes des flux de circulation. Sous l’effet des outils de navigation, des rues résidentielles deviennent des axes de transit, tandis que des carrefours secondaires accèdent à une centralité fonctionnelle qu’aucune planification n’avait anticipée. Selon ce que nous posons, cette reconfiguration des usages ne relève pas d’un simple ajustement local, elle s’inscrit dans une dynamique plus large, que l’on peut qualifier triplement d’indirecte, de circulaire et de conflictuelle. C’est du moins ce que révèlent les tensions de plus en plus fréquentes entre les communes et ces nouvelles configurations de l’espace urbain. Il suffit pour cela d’une revue de presse même rapide pour s’en apercevoir : « Quand l’application Waze perturbe la tranquillité publique2 », « Waze, comment les utilisateurs et les mairies s’affrontent pour gagner la bataille des itinéraires3 », « Un outil pour transformer l’arrêté de circulation en données utilisables par les GPS4 », « Waze et Google Maps rendent les gens neuneu : À quel point faire confiance aux Apps sur la route ? 5 », « Les élus locaux contraints de prolonger leur bataille pour les datas des applis GPS6 », etc.

Cette dynamique est d’abord indirecte, en ce qu’en première approche, les dispositifs de navigation n’opèrent pas de fait comme produisant eux-mêmes les aménagements ; ils en déplacent les conditions d’apparition. Les réactions observées dans différents contextes en témoignent : aux États-Unis, certaines municipalités ont choisi de restreindre l’accès à certaines rues aux seuls riverains à des horaires définis, assortissant ces mesures de sanctions financières, afin de limiter les effets de ces détournements de circulation ; en France, des communes comme Lieusaint dans la Seine-et-Marne (77) ont mis en place des feux tricolores, instauré des sens uniques et abaissé les limitations de vitesse pour tenter de reprendre la maîtrise de flux devenus difficilement contrôlables.

Cette dynamique est également circulaire, dans la mesure où les transformations induites par les algorithmes appellent des réponses d’aménagement qui viennent, en retour, reconfigurer les calculs des systèmes de navigation. Dans notre petite revue de presse, l’exemple de la commune d’Eslettes, en Seine-Maritime (76), est à cet égard éclairant : confrontée à un trafic de transit généré par les itinéraires proposés par Waze, la municipalité a expérimenté différents dispositifs, rétrécissement de chaussée, ralentisseurs, réflexion sur la fermeture de certains axes, tout en constatant que chaque intervention tend à déplacer le problème plutôt qu’à le résoudre. Les modifications introduites dans l’espace sont intégrées dans les données des applications et participent à une reconfiguration continue des trajectoires.

Enfin, cette dynamique est profondément conflictuelle, car elle met en tension deux rationalités difficilement conciliables. D’un côté, une logique algorithmique orientée vers l’optimisation des flux et l’ajustement en temps réel, de l’autre, une logique territoriale et politique soucieuse de sécurité, de qualité de vie et de préservation des usages locaux. Les dispositifs de modération du trafic, ralentisseurs, zones 30, restrictions d’accès, peuvent alors être interprétés comme des tentatives de réintroduire de la friction là où les systèmes de navigation tendent précisément à l’effacer.

C’est au regard de ces tensions que l’apport de certains cadres théoriques permet d’éclairer plus finement la nature des transformations à l’œuvre, allant de Claude Raffestin à Gilles Deleuze et Félix Guattari, en passant par Tim Ingold, ainsi que les apports de Georges Perec.

2. Lignes de fuites : calcul et reterritorialisation

Les propositions de Claude Raffestin7, au cœur desquelles se trouve la notion d’invariants territoriaux, offrent une première grille de lecture pour comprendre comment ces redistributions de flux affectent l’articulation entre ces derniers, mailles, nœuds et réseaux, en déplaçant les équilibres qui structurent les territoires. Selon le géographe suisse, les mailles désignent les unités de découpage qui confèrent au territoire sa cohérence (communes, quartiers, régions) ; les nœuds correspondent aux points de convergence des flux, à la fois matériels et symboliques (places, carrefours, marchés) ; les réseaux, enfin, assurent la circulation entre ces points et garantissent la continuité de l’ensemble (routes, infrastructures, flux d’information). L’intérêt de cette grille projetée par Raffestin tient à son caractère dynamique. Selon lui, ces invariants ne sont pas figés, ils se recomposent selon les formes historiques de territorialisation.

Raffestin montre notamment que les sociétés humaines ont successivement privilégié l’un ou l’autre de ces invariants. Les sociétés nomades reposaient sur une logique de circulation entre des espaces balisés, où la maîtrise des limites conditionnait la survie même du groupe. Les sociétés productrices traditionnelles ont, quant à elles, accordé une importance centrale à la maille, en développant des structures de protection et de stockage. Avec les sociétés urbaines pré-industrielles, le nœud devient structurant, et la ville s’impose comme centre organisateur, en concentrant ressources et circulations. Enfin, les sociétés contemporaines se caractérisent par la primauté du réseau, puisque l’autonomie territoriale dépend désormais de la maîtrise des flux informationnels, énergétiques, logistiques et de leur signalisation.

Or, c’est précisément cet équilibre, historiquement construit, que les dispositifs de navigation viennent perturber. Leur capacité à redistribuer les flux en temps réel tend à désarticuler les relations entre les mailles, les nœuds et les réseaux. En seulement quelques années, des mailles résidentielles se trouvent traversées par des circulations exogènes, des nœuds secondaires acquièrent une centralité fonctionnelle inattendue et les réseaux se recomposent selon des logiques d’optimisation globales, largement indépendantes des contraintes locales. En d’autres termes, le territoire s’est totalement transformé, cessant d’être structuré prioritairement par des formes d’organisation situées pour devenir un espace traversé par des calculs.

L’exemple des pratiques de navigation via Waze est à cet égard éclairant, puisque l’itinéraire ne se construit plus à partir d’un plan préexistant, mais selon une agrégation continue d’informations produites par les usagers eux-mêmes8. Le lien au territoire devient alors instable, voire secondaire, réduit à une simple référence cartographique sans véritable prise sur l’action. La navigation s’effectue ainsi moins dans un espace structuré que dans un champ de données en constante actualisation.

Une telle transformation peut être rapprochée de ce que Gilles Deleuze et Félix Guattari désignent comme des lignes de fuite9, entendues comme des trajectoires qui échappent aux segmentations établies et participent d’un processus de déterritorialisation. Les parcours générés par les dispositifs de navigation en offrent une illustration concrète, dans la mesure où, pour reprendre les catégories de Raffestin, ils traversent les mailles, contournent les nœuds institués et reconfigurent les réseaux en fonction de l’état instantané des flux. Toutefois, la spécificité de ces lignes de fuite semble tenir surtout à leur caractère profondément ambivalent. Si elles ouvrent effectivement de nouvelles possibilités de circulation et d’usage en permettant une mobilité plus fluide, adaptative et collaborative, elles contribuent simultanément à fragiliser les repères qui structuraient l’expérience territoriale. Chez Deleuze et Guattari, la ligne de fuite ne se réduit en effet pas à une simple échappée, mais constitue aussi une puissance de transformation susceptible de produire des formes inédites comme de dissoudre les cadres existants10.

C’est précisément cette ambivalence que les dispositifs de navigation rendent visible. D’un côté, ils participent d’une ligne de fuite créatrice, en ouvrant des trajectoires inédites et en redistribuant les usages de la ville. De l’autre, ils engagent une ligne de fuite captée, dans laquelle les parcours sont anticipés, calculés et réinscrits dans des logiques d’optimisation, au risque de réduire le territoire à une grille abstraite. La déterritorialisation qu’ils produisent s’accompagne ainsi d’une reterritorialisation algorithmique, qui tend à marginaliser les mailles, à déplacer les nœuds et à subordonner les réseaux à une logique de calcul.

Cette analyse peut être prolongée en déplaçant cette fois la focale du plan des structures territoriales vers celui de l’expérience du déplacement. À cet égard, les travaux de Tim Ingold permettent d’introduire un niveau d’intelligibilité complémentaire. Dans Une brève histoire des lignes11, Ingold distingue plusieurs types de lignes qui organisent l’expérience humaine, à savoir les lignes de cheminement (wayfaring lines)12, qui se tissent dans la durée de la marche et engagent une relation sensible au monde, les lignes de cartographie13, qui traduisent les déplacements en tracés abstraits, stabilisés et mesurables ainsi que les lignes d’écriture ou de filiation14, qui condensent et transmettent la mémoire symbolique des pratiques.

Dans cette perspective, les dispositifs de navigation apparaissent comme les opérateurs d’un basculement décisif entre ces régimes de lignes. Là où le cheminement impliquait une inscription progressive du parcours dans l’espace et dans le temps, faite d’ajustements, de bifurcations et de rencontres, les GPS tendent à substituer à cette dynamique une trajectoire préalablement calculée, abstraite et standardisée. L’expérience ne disparaît pas, mais elle se trouve reconfigurée, elle devient l’exécution d’un parcours optimisé plutôt qu’un processus d’exploration.

Ce déplacement s’inscrit lui aussi dans un mouvement profondément ambivalent. D’un côté, la puissance de calcul ouvre des possibilités inédites avec une fluidification des circulations, une adaptation en temps réel aux aléas et une accessibilité accrue à des informations autrefois réservées à des usagers expérimentés. Les dispositifs de navigation participent ainsi d’une forme de mobilité augmentée, fondée sur l’agrégation des contributions individuelles. De l’autre, cette ouverture s’accompagne d’un processus de réduction dans lequel la mémoire des parcours, l’épaisseur des lieux, les micro-événements qui composent la texture du quotidien urbain tendent à être neutralisés. Le territoire, en tant qu’espace vécu, se trouve progressivement recodé en un espace anticipé, calculé et programmé.

3. Exécuter l’espace : trajectoires, agencements et énonciation

Mais plus fortement encore, ce qui se joue ici ne concerne pas seulement les formes du déplacement, mais les modalités mêmes d’engagement dans l’espace. Autrement dit, ce n’est pas seulement la manière de circuler qui se transforme, mais la manière d’entrer en relation avec le monde. À ce titre, les dispositifs de navigation peuvent être compris comme des agencements qui reconfigurent les régimes d’interaction en orientant les pratiques vers des formes de plus en plus programmées.

De ce point de vue, les analyses du sociosémioticien Éric Landowski15 offrent un cadre particulièrement opératoire pour qualifier ce déplacement. En distinguant différents régimes d’interaction, notamment la programmation et l’ajustement, ses propositions permettent de saisir la transformation en cours comme un basculement d’un mode de relation ouvert et sensible vers un mode de relation anticipé et contraint. En des termes plus précis, là où l’expérience ordinaire du déplacement, telle que la décrit Tim Ingold, relevait d’un régime d’ajustement, fondé sur l’attention aux variations du milieu, sur la capacité à bifurquer, à improviser et à composer avec l’environnement, les dispositifs de navigation tendent à instaurer une relation programmée à l’espace. Le parcours n’y est plus le lieu d’une co-construction située, mais l’exécution d’un tracé préalablement défini.

Dans ce mouvement, ce que Landowski désigne comme des « interactions risquées », c’est-à-dire des situations d’exposition à l’altérité, à l’imprévisible, à ce qui échappe au contrôle, se trouve progressivement marginalisé. L’espace cesse d’être un champ d’ajustement pour devenir un environnement où l’incertitude est réduite au profit de la prévisibilité. Dès lors, le déplacement ne consiste pas seulement à sécuriser les trajectoires : il participe d’une capture du risque. Les itinéraires ne sont plus explorés mais anticipés ; les parcours ne se construisent plus dans l’interaction, mais se déploient comme l’exécution d’un script. L’ajustement cède la place à la programmation, emportant avec lui la possibilité d’un rapport ouvert au monde. En ce sens, le régime algorithmique de la spatialité peut être compris comme le passage d’un espace parcouru, traversé par des lignes de fuite, à un espace piloté, dans lequel ces lignes sont immédiatement réinscrites dans des logiques de calcul.

C’est précisément à ce niveau que l’analyse de Tim Ingold entre en résonance avec la perspective deleuzo-guattarienne : les lignes produites par les dispositifs numériques, que l’on peut dès lors qualifier de lignes de fuite algorithmiques, ouvrent des trajectoires inédites tout en en organisant la capture. La fuite devient trajectoire, et la trajectoire, calcul. Cela dit, ce processus de capture ne se limite pas à une seule reconfiguration des trajectoires, mais engage simultanément les formes d’intelligibilité à travers lesquelles l’espace est perçu, interprété et pratiqué. En redéfinissant les lignes de parcours, les dispositifs de navigation transforment les systèmes de signes qui structurent l’expérience urbaine. C’est dans cette perspective que la notion de littérature mineure, élaborée à partir de l’œuvre de Franz Kafka par Gilles Deleuze et Félix Guattari16, offre un cadre particulièrement heuristique, non comme un simple modèle à appliquer, mais comme une grille permettant de saisir les déplacements en cours.

En premier lieu, les dispositifs de navigation opèrent une forme de déterritorialisation de la « langue urbaine ». Les signes qui organisaient traditionnellement l’espace, sens interdits, priorités, indications locales, voient leur fonction se transformer : ils ne valent plus seulement comme normes à interpréter, mais comme données à intégrer dans un calcul. Un « sens interdit », par exemple, ne constitue plus uniquement une prescription symbolique, mais devient une variable dans un processus de recalcul d’itinéraire. La signification du signe se déplace ainsi de la norme vers l’opérativité.

Dans le même mouvement, la distinction entre individuel et collectif se trouve profondément redéfinie. Le choix d’un itinéraire optimisé peut apparaître comme une décision individuelle, gagner du temps, éviter un embouteillage, mais il s’inscrit aussi immédiatement dans une dynamique de redistribution des flux à l’échelle du territoire. Les situations où des rues résidentielles sont transformées en axes de transit sous l’effet des recommandations d’applications comme Waze en offrent une illustration particulièrement éclairante, dans la mesure où l’action individuelle y produit des effets collectifs tangibles, qu’ils soient politiques, sociaux ou affectifs.

Enfin, ces dispositifs reposent sur une forme d’énonciation collective distribuée. Les informations produites par les usagers, signalements d’accidents, de ralentissements ou de contrôles, sont agrégées, traitées et réinjectées dans le système, orientant en retour les trajectoires de l’ensemble des conducteurs. Toutefois, ce collectif ne relève pas d’une communauté au sens classique : il s’agit d’un collectif calculé, dont les contributions sont immédiatement captées et intégrées dans un dispositif d’optimisation.

C’est donc de ce point de vue que les dispositifs de navigation peuvent être envisagés comme les supports d’une forme d’« écriture mineure » de la ville : ils déterritorialisent les codes spatiaux, connectent les actions individuelles à des effets collectifs et produisent une énonciation distribuée. Toutefois, à la différence de la littérature mineure telle que la conçoivent Gilles Deleuze et Félix Guattari, cette écriture tend à être captée par des logiques de calcul qui en orientent et en limitent les effets.

On observe ainsi que l’articulation entre transformation des lignes (Ingold) et reconfiguration des régimes d’énonciation (Kafka) permet en effet de caractériser un régime algorithmique de la spatialité dans lequel les parcours sont à la fois produits, vécus et interprétés à travers des dispositifs qui en organisent l’anticipation. Or de l’autre côté, une telle mise en cohérence, si elle rend compte de la puissance de ces dispositifs, tend simultanément à reconduire l’hypothèse implicite d’un espace intégralement calculable, dont les variations pourraient être entièrement anticipées et maîtrisées.

Nous faisons l’hypothèse qu’il est essentiel d’interroger une telle présupposition. Car si les dispositifs de navigation capturent et re-déploient les lignes de parcours, épuisent-ils pour autant entièrement l’expérience ? Autrement dit, l’espace ici en est-il définitivement à être réduit aux uniques logiques de calcul qui prétendent l’organiser ? C’est à partir de cette tension, entre capture et irréductibilité, que la perspective ouverte par Georges Perec nous semble utile, non pas comme un simple correctif, mais comme une mise à l’épreuve de cette prétention à la totalisation.

4. Ce qui échappe : l’infra-ordinaire comme force de désajustement

Dans Tentative d’épuisement d’un lieu parisien17, Georges Perec s’attache à décrire les occurrences les plus banales – passages de bus, gestes de passants, déplacements de nuages – pour faire apparaître ce qu’il nomme l’infra-ordinaire, cette trame discrète, souvent négligée, qui constitue pourtant la texture même de l’espace vécu. Là où les dispositifs de navigation privilégient la continuité des flux et l’efficacité des trajectoires, Perec révèle la discontinuité, les micro-variations et les résistances du réel.

Or, les situations contemporaines liées à l’usage des GPS donnent à voir, de manière presque expérimentale, ce que devient cet infra-ordinaire lorsqu’il est ignoré, mais aussi lorsqu’il revient perturber la fluidité attendue. Aventurons-nous encore à notre petite revue de presse. Dans le village de Santa Pau18, en Catalogne, des automobilistes s’engagent régulièrement dans des rues manifestement impraticables, guidés par les recommandations de Google Maps. Les véhicules s’y retrouvent bloqués, obligeant les habitants à intervenir pour les dégager. De tels épisodes ne relèvent pas de simples erreurs techniques : ils signalent un décrochage entre la modélisation algorithmique et la réalité vécue.

Mais ce décrochage ne se manifeste pas seulement dans ces situations spectaculaires. Il apparaît aussi, de manière plus diffuse, dans des micro-séquences d’hésitation : ralentissements à l’approche d’une intersection, regards vers l’écran, ajustements tardifs de trajectoire, doutes quant à l’interprétation des indications. Ces moments, souvent imperceptibles, marquent une suspension du geste, une indécision entre ce que prescrit le dispositif et ce que donne à voir l’environnement immédiat.

C’est précisément dans ces hésitations que se manifeste la persistance de l’infra-ordinaire. Là où l’algorithme tend à produire une continuité sans faille, l’expérience réintroduit de la disjonction et de l’incertitude. Le conducteur n’exécute pas immédiatement la trajectoire prescrite, il interprète, vérifie, ajuste. Autrement dit, l’espace ne se laisse pas entièrement réduire à sa modélisation ; il résiste à travers ces micro-décalages qui réinscrivent l’action dans une temporalité vécue. Les rues trop étroites, les conditions météorologiques, les usages locaux, mais aussi ces moments d’hésitation se trouvent partiellement neutralisés dans les logiques de calcul, jusqu’à produire des situations d’absurdité ou de tension pratique. Mais ce faisant, ils en révèlent les limites, ce sont les points où le réel déborde le modèle. Ainsi, pour le souligner plus fortement, là où l’algorithme tend à stabiliser l’espace sous la forme de trajectoires optimisées, l’infra-ordinaire réintroduit de l’imprévisibilité et de l’inadéquation. Il ne constitue pas un simple résidu, mais ce par quoi l’espace échappe à sa réduction. Les dysfonctionnements comme les hésitations, blocages, erreurs d’itinéraire, moments de doute, peuvent ainsi être interprétés comme des manifestations de cette résistance, où l’espace redevient expérience.

Le contraste est alors décisif : là où Perec inscrit l’espace dans une logique d’attention, d’ouverture et d’inachèvement, les dispositifs de navigation tendent à en proposer une version anticipée, continue et finalisée. L’espace n’est plus ce qui se découvre, mais ce qui s’exécute, jusqu’à ce que l’infra-ordinaire en vienne en suspendre l’évidence.

Il ne s’agit pas, dès lors, d’opposer deux régimes de spatialité, mais de montrer l’impossibilité pour l’un de subsumer entièrement l’autre. Loin de se laisser absorber, l’infra-ordinaire travaille de l’intérieur le régime algorithmique, en en perturbant la continuité. Ce qui se donne à voir n’est pas la victoire du calcul, mais la persistance d’un excès qui en empêche la clôture. Si les dispositifs de navigation participent bien d’une capture des structures territoriales, des dynamiques de circulation, des formes d’expérience et des régimes d’énonciation, cette capture demeure fondamentalement inachevée, non par défaut, mais parce qu’elle se heurte à l’irréductible contingence de l’expérience.

Pour conclure

Au terme de cette analyse, les dispositifs de navigation apparaissent moins comme de simples instruments d’aide à la mobilité que comme des opérateurs de capture des régimes de spatialité. En reconfigurant la circulation, ils ne se contentent pas d’affecter les structures territoriales, les dynamiques de déplacement, les formes d’expérience et les modalités d’énonciation, ils tendent à les subsumer sous un même régime de calcul en imposant une continuité là où prévalaient des hétérogénéités.

Relus à partir de la grille de Claude Raffestin, ces dispositifs ne relèvent pas seulement d’une reterritorialisation, mais d’un régime de production relationnelle où la spatialité elle-même devient dérivée d’opérations informationnelles. Les mailles, nœuds et réseaux ne sont plus simplement reconfigurés, ils sont recalculés en continu selon des protocoles qui excèdent toute inscription locale et substituent à la territorialité une topologie dynamique gouvernée par la circulation des données.

Dans une perspective deleuzo-guattarienne, cela implique un renversement du statut même des lignes de fuite. Celles-ci ne fonctionnent plus comme vecteurs d’indétermination ou d’ouverture, mais comme des virtualités déjà intégrées à des régimes de préemption. La capture devient coextensive à l’émergence de la fuite. Autrement dit, la variation se trouve anticipée comme paramètre, tandis que l’écart lui-même fait l’objet d’une modélisation. Ce que l’on pourrait appeler une « gouvernementalité algorithmique » absorbe alors la contingence en la traduisant en probabilité opératoire. Avec Tim Ingold, ce déplacement apparaît comme une transformation du statut même du parcours. Là où le cheminement engageait une inscription progressive dans l’espace, les dispositifs de navigation produisent des trajectoires déjà écrites que le sujet n’a plus qu’à actualiser. La mobilité ne disparaît pas, elle est rabattue sur un régime d’exécution.

L’éclairage apporté par la notion de littérature mineure, telle qu’élaborée par Gilles Deleuze et Félix Guattari à partir de Franz Kafka, permet de qualifier la forme d’énonciation à l’œuvre dans les dispositifs de navigation. En mettant au jour une structure d’énonciation collective distribuée où l’individuel est immédiatement pris dans un agencement qui le dépasse, cette notion rend intelligible le fait que chaque trajectoire singulière fonctionne comme une unité minimale de production de sens, aussitôt captée, agrégée et réinjectée dans le système. Les dispositifs de navigation instituent ainsi une forme d’énonciation collective distribuée, où le parcours individuel n’existe qu’en tant qu’il contribue à une totalité corrélative. C’est toutefois en tant qu’opérateur critique que cette référence prend toute sa portée. Là où, dans le régime mineur, l’énonciation collective ouvrait un devenir politique par déterritorialisation, le collectif ainsi produit relève ici d’un agencement de capture. Il donne lieu à une mise en corrélation généralisée où l’énonciation devient un opérateur de régulation, intégrée à une logique d’anticipation et de contrôle.

C’est précisément à ce point de saturation que se laisse entrevoir la limite interne du dispositif. Le contrepoint ouvert par l’expérimentation littéraire de Georges Perec non seulement réhabilite l’infra-ordinaire, il en révèle la fonction critique comme opérateur de désajustement. Ce que les dispositifs de navigation tendent à lisser et à neutraliser – hésitations, bifurcations, micro-décisions, conflits d’orientation – revient comme autant de points de résistance où le calcul échoue à se fermer sur lui-même. L’infra-ordinaire ne subsiste pas en marge, comme un résidu négligeable du système, il en constitue une dimension interne, irréductible qui travaille le dispositif de l’intérieur, en y réintroduisant de la discontinuité, de l’indécidable, de l’inassignable.

On peut alors reformuler l’enjeu en termes de régime d’intelligibilité. Ce qui est en jeu n’est pas seulement une optimisation fonctionnelle des conditions de circulation, mais une transformation de la manière dont l’espace est saisi et organisé. D’un espace habité, structuré par des lignes hétérogènes, ouvertes, qualitativement différenciées, on tend vers un espace piloté, où la variabilité est intégrée comme paramètre et la différence rabattue sur des écarts calculables. Pourtant, cette homogénéisation demeure constitutivement inachevée, non pas en raison de limites techniques contingentes, mais parce qu’elle se heurte à une dimension de l’expérience qui excède toute formalisation, toute modélisation.

Les dispositifs de modération du trafic prennent alors une signification particulière. Ralentisseurs, zones 30 ou restrictions de circulation ne constituent pas uniquement des instruments de régulations. Ils témoignent aussi de la difficulté à maintenir à l’idéal d’une circulation entièrement fluide. Ils fonctionnent comme autant de micro-dispositifs de friction qui, paradoxalement, viennent contrarier la logique même du calcul en réinscrivant de la discontinuité là où prévaut une exigence de continuité. Autrement dit, là où le pilotage algorithmique vise à lisser les parcours, ces aménagements réintroduisent des seuils, des ralentissements, des points d’intensité qui réouvrent, fût-ce minimalement, la possibilité d’une expérience située.

La question dépasse largement le seul domaine des mobilités. Que devient un espace lorsque les trajectoires qui le parcourent sont de plus en plus anticipées avant même d’être effectuées ? Et, plus radicalement encore, que peut signifier habiter un territoire dès lors que celui-ci tend à se refermer sur un ensemble de trajectoires calculées ? À ce point l’enjeu n’est peut-être plus seulement descriptif mais critique : il s’agit de penser, au cœur même de ces dispositifs, les conditions toujours précaires d’une ligne qui échappe, non pas comme extériorité absolue, mais comme puissance immanente de désajustement, irréductible à sa capture.

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Boero Alexandre, « Waze, comment les utilisateurs et les mairies s’affrontent pour gagner la bataille des itinéraires » (dans Clubic, publié le 01 mai 2024). En ligne : [https://www.clubic.com/actualite-525684-waze-comment-les-utilisateurs-et-les-mairies-s-affrontent-pour-gagner-la-bataille-des-itineraires.html] (consulté le 23 mars 2026).

Cessieux Baptiste, « Un outil pour transformer l’arrêté de circulation en données utilisables par les GPS » (dans La gazette des communes, publié le 29 avril 2024). En ligne : [https://www.lagazettedescommunes.com/930012/un-outil-pour-transformer-larrete-de-circulation-en-donnees-utilisables-par-les-gps/] (consulté le 23 mars 2026).

Clerc Lara, Léa Kebdani, « “Attention, Google Maps se trompe” : les automobilistes coincés systématiquement dans une ruelle d'un village à cause… de leur GPS » (sur TF1 le 3 mars 2026 à 18 h). En ligne : [https://www.tf1info.fr/international/attention-google-maps-se-trompe-les-automobilistes-coinces-systematiquement-dans-une-ruelle-d-un-village-a-cause-de-leur-gps-2427896.html] (consulté le 23 mars 2026).

Debon Marie-Ange, « Les élus locaux contraints de prolonger leur bataille pour les datas des applis GPS » (dans La lettre, publié le 3 mars 2022). En ligne : [https://www.lalettre.fr/fr/medias_plateformes/2022/03/03/les-elus-locaux-contraints-de-prolonger-leur-bataille-pour-les-datas-des-applis-gps,109737729-evg] (consulté le 23 mars 2026).

Pascanet Lucile, Tanguy Clavelloux, « Waze et Google Maps rendent les gens neuneu : À quel point faire confiance aux Apps sur la route ? » (dans rmc.fmtv.com, publié le 22 août 2025). En ligne : [https://rmc.bfmtv.com/actualites/societe/transports/waze-et-google-maps-rendent-les-gens-neuneu-a-quel-point-faire-confiance-aux-applis-sur-la-route_AV-202508220298.html] (consulté le 23 mars 2026)

Notes

1 Voir par exemple Bruno Latour, « Where Are the Missing Masses? The Sociology of a Few Mundane Artifacts », in Wiebe E. Bijker, John Law (éds), Shaping Technology/Building Society, Cambrige, Mass, MIT Press, 1992, p. 227-228. Retour au texte

2 Alexandre Basquin, « Quand l’application Waze perturbe la tranquillité publique » (dans senat.fr, publié le 25 décembre 2025). En ligne : [https://www.senat.fr/questions/base/2025/qSEQ251207156.html] (consulté le 23 mars 2026). Retour au texte

3 Alexandre Boero, « Waze, comment les utilisateurs et les mairies s’affrontent pour gagner la bataille des itinéraires » (dans Clubic, publié le 01 mai 2024). En ligne : [https://www.clubic.com/actualite-525684-waze-comment-les-utilisateurs-et-les-mairies-s-affrontent-pour-gagner-la-bataille-des-itineraires.html] (consulté le 23 mars 2026). Retour au texte

4 Baptiste Cessieux, « Un outil pour transformer l’arrêté de circulation en données utilisables par les GPS » (dans La gazette des communes, publié le 29 avril 2024). En ligne : [https://www.lagazettedescommunes.com/930012/un-outil-pour-transformer-larrete-de-circulation-en-donnees-utilisables-par-les-gps/] (consulté le 23 mars 2026). Retour au texte

5 Lucile Pascanet, Tanguy Clavelloux, « Waze et Google Maps rendent les gens neuneu : À quel point faire confiance aux Apps sur la route ? » (dans rmc.fmtv.com, publié le 22 août 2025). En ligne : [https://rmc.bfmtv.com/actualites/societe/transports/waze-et-google-maps-rendent-les-gens-neuneu-a-quel-point-faire-confiance-aux-applis-sur-la-route_AV-202508220298.html] (consulté le 23 mars 2026). Retour au texte

6 Marie-Ange Debon, « Les élus locaux contraints de prolonger leur bataille pour les datas des applis GPS » (dans La lettre, publié le 3 mars 2022). En ligne : [https://www.lalettre.fr/fr/medias_plateformes/2022/03/03/les-elus-locaux-contraints-de-prolonger-leur-bataille-pour-les-datas-des-applis-gps,109737729-evg] (consulté le 23 mars 2026). Retour au texte

7 Claude Raffestin, « Repères pour une théorie de la territorialité humaine », Cahier/Groupe Réseaux, 7, 1987, p. 6-7. Retour au texte

8 Voir Didier Tsala Effa, « Naviguer avec l’application Waze », in Jacques Fontanille, Nedret Öztokat Kılıçeri, Bülent Çağlakpınar (éds), Langages et sens de la ville/Languages anf meaning of the city, Istanbul, Istanbul University Press, 2021, p. 136. En ligne : [10.26650/B/AA04.2021.001-3.07] (consulté le 23 mars 2026). Retour au texte

9 Gilles Deleuze, Félix Guattari, Capitalisme et schizophrénie 2. Mille plateaux, Paris, Minuit, 1980. Retour au texte

10 Ibid., p. 14-15. Retour au texte

11 Tim Ingold, Une brève histoire des lignes, Paris, Zones sensibles, 2011. Retour au texte

12 Ibid., p. 101. Retour au texte

13 Ibid., p. 112. Retour au texte

14 Ibid., p. 120-125. Retour au texte

15 Landowski distingue en effet plusieurs manières d’entrer en relation avec le monde : le régime de la programmation, fondé sur la prévisibilité et la régularité des comportements ; celui de la manipulation, qui implique une intention stratégique ; celui de l’ajustement qui repose sur une co-présence sensible et une adaptation réciproque ; et enfin celui de l’accident, marqué par l’imprévisibilité. Voir Éric Landowski, « Les interactions risquées », Nouveaux Actes sémiotiques, n° 101-103, 2005, p. 6-107. Retour au texte

16 Gilles Deleuze, Félix Guattari, Kafka. Pour une littérature mineure, Paris, Minuit, 1975. Retour au texte

17 Georges Perec, Tentative d’épuisement d’un lieu parisien, Paris, Christian Bourgois, 1975. Retour au texte

18 Chronique de Léa Kebdani par Lara Clerc sur TF1 (le 3 mars 2026 à 18 h). En ligne : [https://www.tf1info.fr/international/attention-google-maps-se-trompe-les-automobilistes-coinces-systematiquement-dans-une-ruelle-d-un-village-a-cause-de-leur-gps-2427896.html] (consulté le 23 mars 2026). Retour au texte

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Référence électronique

Didier Tsala Effa, « Lignes capturées, lignes en fuite : les dispositifs de navigation urbaine à l’épreuve de l’infra-ordinaire », Épistémocritique [En ligne], 28 | 2026, publié le 15 juillet 2026 et consulté le 22 septembre 2026. Droits d'auteur : Le texte seul, hors citations, est utilisable sous Licence CC BY 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.. DOI : 10.58335/epistemocritique.1331. URL : https://preo.ube.fr/epistemocritique/index.php?id=1331

Auteur

Didier Tsala Effa

Laboratoire VieSanté (UR 24134), Université de Limoges, France

Professeur de sémiotique et communication (Laboratoire VieSanté, Université de Limoges) Didier Tsala Effa développe ses recherches autour de la sémiotique du quotidien. Il interroge tant les situations que les objets et les usages de la vie courante afin d’en saisir l’eccéité ainsi que les formes singulières. Ses dernières publications : (avec Rossana de Angelis, co-éditrice) Generativity in language, cognition, and artificial intelligence: Theoretical convergences and emerging paradigms, 2026, https://punctum.gr/ ; (avec Rossana de Angelis co-autrice) « From linguistic generativity to projective generativity: Natural language, generative AI, and the circulation of meaning », in Rossana de Angelis (éd.), Generativity in language, cognition, and artificial intelligence: Theoretical convergences and emerging paradigms, 2026. https://punctum.gr/ ; « Les personnes très âgées et leurs objets : pour une sémiotique des restes » avec Affia Thand (co-autrice), in Federico Bellentani, Massimo Leone (éds), Segni del tempo. Il volto anziono nell’era digitale, « I Saggi di Lexia 64 »(Aracne, 2026).

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