La géocritique, de Perec à Lefebvre ?

  • Geocriticism, from Perec to Lefebvre?

DOI : 10.58335/epistemocritique.1343

Résumés

Quand il théorise la géocritique, Bertrand Westphal se réfère principalement à Gilles Deleuze et Félix Guattari. En passant d’abord par Georges Perec, il s’agit ici de montrer que l’œuvre de Henri Lefebvre y joue aussi un rôle important, et offre des perspectives critiques fécondes en termes notamment de puissance différentiante et de décentrement.

When theorizing geocriticism, Bertrand Westphal refers mainly to Gilles Deleuze and Félix Guattari. By first going through Georges Perec, the aim here is to show that the work of Henri Lefebvre also plays an important role in it, and offers fruitful critical perspectives notably in terms of differentiating power and decentering.

Plan

Texte

En 2000, l’article manifeste de Bertrand Westphal « Pour une approche géocritique des textes1 » s’ouvrait sur cette citation de Georges Perec, placée en épigraphe, extraite de l’avant-propos d’Espèces d’espaces2 : « Bref, les espaces se sont multipliés, morcelés et diversifiés. Il y en a aujourd'hui de toutes tailles et de toutes sortes, pour tous les usages et pour toutes les fonctions. Vivre, c’est passer d’un espace à un autre, en essayant le plus possible de ne pas se cogner. » S’il n’est plus question de Perec dans la suite, sinon une seule fois aux côtés de Gracq, Nabokov, Butor, Calvino, Pynchon « et bien d’autres », à titre d’exemples d’écrivains ayant pensé la relation entre ville et livre3, c’est de cette citation et c’est de Perec que je voudrais partir, leur accordant de ce fait une importance que cette position en épigraphe me semble malgré tout autoriser4. Cela, parce que je voudrais, à partir d’eux, mettre au jour, et déployer, une référence en quelque sorte souterraine dans le texte : la référence à Henri Lefebvre. Quand bien même dans l’article de 2000, Bertrand Westphal procédait surtout des concepts de déterritorisalisation et de reterritorialisation inventés par Gilles Deleuze et Félix Guattari en 1972 dans L’Anti-Œdipe5, puis repris en 1980 dans Mille plateaux6, en tant que ceux-ci constituaient à ses yeux « une théorie qui, mieux que d’autres, rendait compte de la complexité de toute saisie des espaces humains7 », il est permis de se demander si la pensée de Lefebvre – convoquée une seule fois dans le corps du texte8 mais trois fois en note9 – n’a pas joué un rôle important elle aussi dans la définition de la géocritique. Bien mieux, il est permis de se demander si elle ne recèle pas aujourd’hui, 25 ans plus tard, une puissance critique plus grande, plus opérante : critique, non pas au sens seulement où il en va de critique littéraire, ou culturelle, mais au sens également où, depuis Max Horkheimer10, on parle de théorie critique.

1. De Perec à Lefebvre

Mais je brûle les étapes et il me faut d’abord revenir au point de départ, c’est-à-dire à Georges Perec. Dans l’article de 2000, celui-ci joue un rôle de témoin de ce que « [j]amais sans doute la perception de l’espace n’aura été aussi complexe que depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale11 ». Un témoin certes par excellence : une grande partie de l’œuvre de Perec tourne autour de cette question de l’espace, des lieux. À l’intérieur de celle-ci, Espèces d’espaces occupe à cet égard une place singulière. Il ne s’agit pas d’un roman ni d’un récit, mais d’un genre d’essai. Partant de l’espace de la page, sans doute parce qu’il est pour lui le plus proche, le plus concret, Perec explore ou re-déploie peu à peu à partir de là ce qui l’entoure, jusqu’au plus lointain et au plus abstrait : le lit, la chambre, l’appartement, l’immeuble, la rue, le quartier, la ville, la campagne, le pays, le monde, l’espace, dans une démarche, une écriture qu’on pourrait qualifier de phénoménologique, mais peut-être plus au sens où Hegel en parle12 qu’au sens de Husserl. Chemin faisant, les ordonnant par là comme différents aspects d’une même préoccupation, Perec évoque différents projets sur lesquels il travaille, dont certains aboutiront, comme Tentative d’épuisement d’un lieu parisien13, en 1975, ou La Vie mode d’emploi14, en 1978, et dont d’autres resteront à l’état de projets, interrompus par la mort de l’auteur, comme Lieux15 ou encore Lieux où j’ai dormi. Les deux dernières pages d’Espèces d’espaces méritent d’être largement citées, l’auteur y énonçant ce qui le travaille au fond, le pourquoi de cette mise en question de l’espace, et ce qui le fait écrire, au sens de ce qu’il attend de l’écriture :

J’aimerais qu’il existe des lieux stables, immobiles, intangibles, intouchés et presque intouchables, immuables, enracinés ; des lieux qui seraient des références, des points de départ, des sources :
Mon pays natal, le berceau de ma famille, la maison où je serais né, l’arbre que j’aurais vu grandir (que mon père aurait planté le jour de ma naissance), le grenier de mon enfance empli de souvenirs intacts…
De tels lieux n’existent pas, et c’est parce qu’ils n’existent pas que l’espace devient question, cesse d’être évidence, cesse d’être incorporé, cesse d’être approprié16.

Et plus loin :

Mes espaces sont fragiles : le temps va les user, va les détruire : rien ne ressemblera plus à ce qui était, mes souvenirs me trahiront, l’oubli s’infiltrera dans ma mémoire, je regarderai sans les reconnaître quelques photos jaunies aux bords tout cassés. Il n’y aura plus écrit en lettres de porcelaine blanche collées en arc de cercle sur la glace du petit café de la rue Coquillière : « Ici, on consulte le Bottin » et « Casse-croûte à toute heure ».
L’espace fond comme le sable coule entre les doigts. Le temps l’emporte et ne m’en laisse que des lambeaux informes :
Écrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose, de faire survivre quelque chose : arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse, laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes17.

Conçue comme tentative de « retenir », de « faire survivre », l’écriture chez Perec procède de cette expérience, celle de la perte, de la disparition des espaces, usés, détruits par le temps et qu’échoue à sauvegarder la mémoire. Une expérience qu’on pourrait dire assez banale, mais qui acquiert chez Perec une acuité particulière à cause d’une autre expérience, fondatrice et traumatique, celle de la perte d’enracinement. Si Perec est si sensible à la disparition de ses espaces, tels que le petit café de la rue Coquillière, c’est parce qu’il a irrémédiablement perdu ces lieux-sources à partir desquels on se construit, à partir desquels on s’oriente : « [m]on pays natal, le berceau de ma famille, la maison où je serais né, l’arbre que j’aurais vu grandir […], le grenier de mon enfance empli de souvenirs intacts ». Tout cela a été anéanti par la Shoah. Perec est né de deux parents juifs polonais, arrivés en France dans les années 1920. Né à Paris en 1936, il a quatre ans lorsque son père, engagé volontaire dans la Légion étrangère, est tué au combat, en 1940 et il en a six, en 1942, lorsque sa mère l’envoie en zone libre à Villard-de-Lans, dans le Vercors, où s’est refugiée une partie de la famille paternelle. Perec n’apprendra qu’après la guerre que sa mère a été déportée et assassinée en 1943 à Auschwitz. Revenus à Paris après-guerre, c’est son oncle et sa tante qui l’élèveront18. Bertrand Westphal a raison de souligner, dans « Pour une approche géocritique des textes », l’impact d’Auschwitz et de la guerre dans cette perte d’évidence de l’espace, tout à coup perçu complexe comme jamais19. D’autant plus si on y inclut la Conférence de Yalta, l’avènement d’un nouvel ordre mondial qui entraîne l’effondrement de l’ancien ordre colonial20. Westphal rappelle aussi à juste titre le rôle de la reconstruction dans ses aspects architecturaux et urbanistiques21. Il faudrait y ajouter encore le plan Marshall et ses conséquences, à savoir le développement de la société de consommation de masse en Europe, sur le modèle américain, un phénomène dont Perec s’est également emparé dès son premier livre publié, Les Choses, en 196522. Par son expérience personnelle traumatique, Perec est, pour le dire autrement, le témoin privilégié d’un changement, d’un bouleversement qui dépasse néanmoins le cas particulier d’un enfant français d’origine juive dont la famille et les repères ont été abîmés.

À la même époque, quelqu’un d’autre, au parcours très différent, mais à peu près de la même génération, né en 1931, il est de cinq ans son ainé, Guy Debord dira quelque chose d’assez proche. Dès les années 1950, les recherches et prises de positions de l’Internationale lettriste puis de l’Internationale situationniste23 sur l’urbanisme et sur la vie quotidienne proviennent aussi de là : le sentiment que tout est en train de changer, de se transformer comme jamais. En 1978, dans le film In girum imus nocte et consumimur igni, Debord ira même jusqu’à proclamer que Paris n’existe plus, qu’elle a été détruite24. En ce sens, il est remarquable que, chez ces deux auteurs qu’on associe toujours à la question de l’espace, ce qui fait le fond c’est la question du rapport de l’espace au temps qui passe, c’est-à-dire la question du temps lui-même. L’espace et le temps sont toujours chez eux le temps et l’espace perçus, vécus, l’espace-temps comme milieu de la vie, au sens de la vie quotidienne. L’adjectif « quotidien » apparaît deux fois dans Espèces d’espaces, dans la partie consacrée à l’appartement25, et le substantif « quotidienneté » figure dans le « Prière d’insérer » qui ouvre le volume26. Il est remarquable, enfin, que Debord et Perec furent tous deux en lien avec Henri Lefebvre.

Les rapports entre Debord et Lefebvre sont assez bien connus : depuis la lecture par Debord de La Somme et le reste et de La critique de la vie de quotidienne, de Lefebvre, en 1960, leur rencontre, la même année, leur amitié jusqu’à leur rupture en 196327. Si Éric Brun parle d’un « patronage » de Lefebvre à l’égard de Debord28, étant donnée la place clairement identifiée que Lefebvre, déjà âgé de 59 ans en 1960, occupait dans le champ intellectuel français, c’est pour souligner en même temps sa dimension stratégique29, pour l’un comme pour l’autre. La plupart des idées clés de Debord sont en place dès avant 1960. Lefebvre, parmi d’autres, comme « Socialisme ou barbarie », ne lui servira guère qu’à approfondir sa connaissance du marxisme. De sorte qu’il serait exagéré de parler d’une influence de Lefebvre sur Debord, tout comme il le serait d’ailleurs de parler d’une influence de Debord sur Lefebvre. Il s’agit plutôt d’un échange, mutuellement profitable et fécond. Il n’en va pas de même s’agissant de Perec pour qui la rencontre avec Lefebvre a lieu beaucoup plus tôt dans sa trajectoire, à une époque où il se cherche encore. Mais cette rencontre et l’influence, réelle et durable, que Lefebvre a exercée sur Perec sont aussi moins connues.

Jean Duvignaud, le premier, a souligné, quoique de manière allusive, l’influence de Lefebvre sur Perec, dans Perec ou la cicatrice, en 199330. Il était certes bien placé pour le faire, comme on va le voir. Professeur de philosophie de Perec en terminale, à Étampes, au cours de l’année 1953-195431, Duvignaud prend le jeune homme sous sa protection. Après une année d’hypokhâgne, Perec commence, sans grande conviction, des études d’histoires. En 1955, Duvignaud lui donne l’occasion de publier des comptes rendus de lecture dans la Nouvelle Nouvelle Revue Française puis l’année suivante dans Les Lettres nouvelles32. Perec, en qui s’affermit peu à peu l’ambition de devenir écrivain et qui a entre-temps arrêté ses études, est appelé sous les drapeaux en 1958. Il choisit de faire son service militaire dans les parachutistes et se retrouve caserné à Pau. Duvignaud l’adresse alors à l’un de ses amis, le philosophe Henri Lefebvre, qui possède une maison de famille à une cinquantaine de kilomètres de là, à Navarrenx. Au cours de l’été 1958, Perec rencontre ainsi Lefebvre chez qui il passe plusieurs week-ends33. Dans une petite chambre mise à sa disposition, il travaille à son roman, Gaspard et profite au moment des repas de la conversation de son hôte34. Lefebvre, qui est membre du PCF depuis 1928, mais qui a toujours été en délicatesse avec celui-ci, est alors en pleine rupture avec le Parti dont il critique le stalinisme, persistant même après 1956, et le dogmatisme. Il vient d’en être suspendu, le 13 juin 1958, et commence ce jour-là à écrire La Somme et le reste35, une espèce d’autobiographie de 788 pages dans laquelle il entreprend de rappeler le sens de son parcours intellectuel et politique, c’est-à-dire de son adhésion au marxisme, pour le reprendre et poursuivre désormais en toute liberté et toute radicalité. Après avoir publié, la même année, une version augmentée du premier tome de la Critique de la vie quotidienne36, il travaille aussi au deuxième tome, qui paraîtra en 196137. Vie quotidienne, aliénation, théorie des moments, temps social et espace social : sans les y réduire pour autant, il n’y a sans doute pas de hasard, comme le souligne David Bellos38, si les principaux thèmes qui occupent Lefebvre se retrouveront dans nombre d’écrits à venir de Perec. Celui-ci ne cache pas son enthousiasme à l’égard du philosophe39, dans une période qui fut capitale dans sa maturation en tant qu’écrivain40. Lefebvre, du reste, ne perdra pas de vue Perec après sa période paloise. En 1960, il le recommande comme enquêteur pour une étude de l’IFOP sur le comportement de la communauté minière41 ; Perec en tirera un exposé pour le groupe d’étude sur la vie quotidienne dirigé par Lefebvre42. À la même époque, le projet de revue Ligne Générale, porté par Perec et Roger Kleman, révèle clairement l’influence du philosophe : ils envisagent par exemple de consacrer un numéro spécial à la question du romantisme révolutionnaire43, reprenant précisément les termes de l’article publié par Lefebvre en 1957 dans La Nouvelle Nouvelle Revue Française44. Au-delà cette période particulièrement intense, les deux hommes continueront de se fréquenter amicalement jusque dans les années 1970.

2. La production de l’espace

À partir de Perec, convoqué comme témoin dans « Pour une approche géocritique des textes », il est donc possible de remonter la piste jusqu’à Lefebvre. C’est peut-être même nécessaire. Lorsque Bertrand Westphal définit pour la première fois la géocritique, « dont l’objet serait non pas l’examen des représentations de l’espace en littérature, mais plutôt celui des interactions entre espaces humains et littérature, et l’un des enjeux majeurs une contribution à la détermination/indétermination des identités culturelles45 », c’est, en effet, pour renvoyer en note à un livre de Lefebvre, La production de l’espace, paru en 1974, et à un passage où Lefebvre s’interroge sur l’opportunité d’« une connaissance (science) de l’usage des espaces [...] liée à l’analyse des rythmes, à la critique efficace des espaces représentatifs et normatifs46 », qu’il envisage d’appeler « spatio-analyse47 » ou « spatio-logie48 ». La géocritique aurait-elle quelque chose à voir avec une telle « spatio-analyse » ou une telle « spatio-logie » ? Bertrand Wesphal souligne en tout cas qu’elle « tente d’apporter une réponse49 » à la question ainsi soulevée par Lefebvre.

Le constat qui ouvre La production de l’espace n’est pas très différent de celui qui ouvre « Pour une approche géocritique des textes », à savoir que l’espace, jadis cantonné au concept géométrique de l’espace, s’est de plus en plus imposé désormais comme une question qui déborde ce concept. Mais une question, souligne Lefebvre, encore en attente d’une science ou d’une connaissance qui toujours « se cherche50 ». Jusque-là, explique-t-il, les recherches sur l’espace ont suivi deux tendances : soit elles ont constitué une pseudo-unité de celui-ci en le repliant uniquement sur l’espace mental51, soit elles ont abouti au contraire « à des fragmentations et découpages de l’espace52 ». Ce faisant, elles ont toutes deux manqué une vraie connaissance de l’espace dans sa réalité et sa complexité. Pour échapper à cette fausse alternative, il convient de changer de méthode, de sortir de « la pensée réflexive » et de passer à « la pratique sociale » : pour cette raison, avance Lefebvre, que « [l]a pensée réflexive tantôt confond, tantôt sépare les “niveaux” que la pratique sociale discerne, posant ainsi la question de leurs rapports53. » Pour prendre un exemple, tandis que la pensée réflexive sépare l’habitat, qui concerne l’architecture, la ville, qui relève de l’urbanisme, et le territoire (régional, national ou mondial), qui relève encore d’une autre autorité, économique ou politique54, la pratique sociale, elle, les dialectise55. Elle dialectise la notion d’espace « dans un rapport pratique et dans une interaction des “sujets” avec leur espace, avec leurs alentours56 ».

Or si l’espace, depuis l’après-guerre, est devenu une question à ce point centrale qu’elle rend nécessaire, voire urgente, la connaissance de l’espace à partir de la pratique sociale que propose La production de l’espace, c’est justement parce que ce rapport pratique, cette interaction des sujets avec leur espace s’est perdue. Le capitalisme et, à partir de 1945, le néo-capitalisme57 ont produit un nouvel espace, abstrait. Le néo-capitalisme en particulier constitue à cet égard un « bond58 » : « beaucoup plus qu’autrefois59 », les forces productives sont désormais capables de modifier l’espace, de le transformer. Lefebvre rapporte en avoir d’abord été alerté, en observant ce qui se passait près de Navarrenx :

À côté du village où je passe depuis mon enfance plusieurs mois par an, on avait fondé une ville nouvelle, à Lacq, le pétrole, le gaz, le soufre… J’ai vu passer les bulldozers sur la forêt, j’ai vu poser les premières pierres de la ville nouvelle, devenue un petit laboratoire. J’ai commencé à étudier les questions urbaines in vivo, in statu nascendi. […] [J]e soupçonnais que cette irruption de l’urbain dans une réalité paysanne traditionnelle n’était pas un simple hasard local, mais qu'elle était liée à l’urbanisation, à l’industrialisation, phénomènes mondiaux60.

Paradoxalement, indique Lefebvre, cette industrialisation et cette urbanisation à l’échelle mondiale signifient en même temps que, dans ce nouvel espace, la ville, dont la Toscane pré-moderne (à Florence ou à Sienne) offre aux yeux de Lefebvre le modèle61, elle-même « berceau de l’accumulation, lieu de la richesse, sujet de l’histoire, centre de l’espace historique, a éclaté62 ». Et avec elle disparaît l’équilibre qui avait été trouvé, alors, entre « l’espace perçu », celui de la vie quotidienne, « l’espace conçu », celui des savants, que Lefebvre désigne encore comme les représentations de l’espace, et « l’espace vécu » à travers l’imaginaire, les images et les symboles, c’est-à-dire les espaces de représentations63. Le nouvel espace que met en forme le néo-capitalisme n’a quant à lui d’autre but que de contenir « le “monde de la marchandise”, sa “logique” et ses stratégies à l’échelle mondiale64 ». « [L]’espace planétaire se réorganise en fonction de la division du travail à l’échelle mondiale65 » : tandis que les industries polluantes sont délocalisées vers les pays sous-développés, le pourtour de la méditerranée devient espace de loisir66. Espace spécialisé, donc, ou fonctionnel, cet espace est aussi un espace homogène : comme le note Lefebvre, « [i]l n’est pas besoin d’examiner longtemps les villes modernes, et les banlieues, et les constructions nouvelles, pour constater que tout se ressemble67 ». Tout est conçu pour la production et la consommation, pour le flux des marchandises, au rang desquelles figurent les travailleurs. Le nouvel espace « s’appuie sur les énormes réseaux des banques, des centres d’affaires, des grandes unités de production. Et aussi sur l’espace des autoroutes, des aérodromes, des réseaux d’information68 » . Bref, avec le néo-capitalisme, la marchandise a changé l’espace à son image. Faut-il s’étonner si, dans de telles conditions, les sujets s’y retrouvent plus ? C’est bien là ce dont parlaient, chacun à leur manière, Perec ou Debord. Devenu étranger à ses usagers, l’espace est, pour Lefebvre, le lieu par excellence où se concrétise l’aliénation. Le néo-capitalisme y impose son rythme, au détriment « des rythmes de la vie quotidienne69 ».

Mais cet espace abstrait n’est pas dénué de contradictions. C’est pourquoi, en même temps qu’il est un lieu d’aliénation, il ouvre aussi la possibilité d’une émancipation. Expropriés de leur espace, les sujets n’en conçoivent que mieux le projet de se le réapproprier. En ce sens, rappelle Lefebvre, « [e]n mai 1968 en France, l’occupation et la prise en charge de leur espace par les étudiants d’abord, par la classe ouvrière ensuite, ont annoncé quelque chose de nouveau […]70 ». De fait, souligne Lefebvre, « [l]a lutte des classes, aujourd’hui plus que jamais, se lit dans l’espace. À vrai dire, seule elle empêche l’espace abstrait de s’étendre à la planète en gommant littéralement les différences ; seule elle a une capacité différentiante, celle de produire des différences […]71 ». Contre cet espace abstrait, conçu d’en-haut, fonctionnel et homogène, Lefebvre défend le projet d’un « espace différentiel » où les lieux particuliers seraient autogérés, d’en bas, par les sujets qui les habitent, selon leurs rythmes. Dans une telle perspective, ces lieux pourraient devenir, ou redevenir, des œuvres : des œuvres collectives et anonymes créées par leurs usagers.

3. La géocritique comme théorie critique et comme stratégie

Et la géocritique, dira-t-on, dans tout ça ? Par-delà l’examen « des interactions entre espaces humains et littérature72 », le projet de celle-ci n’est-il pas précisément d’ouvrir « vers une perception plurielle de l’espace, ou vers la perception d’espaces pluriels73 » ? N’est-elle pas corollaire de la prise de conscience d’un infini culturel74 dont, pour paraphraser le Livre des XXIV philosophes75 ou Giordano Bruno76, le centre est partout et la circonférence nulle part ? Si tant est que l’on ne veuille pas faire de la géocritique une théorie traditionnelle, attachée seulement à décrire les objets qu’elle se donne depuis une neutralité dont on se demande bien d’où elle procéderait, mais que l’on veuille au contraire en faire une théorie critique, au sens où la définissait Horkheimer en 1937, autrement dit une théorie qui ne se conçoit plus comme une activité soustraite à l’histoire, mais comme une partie prenante de cette dernière, déterminée par elle et capable du même coup de la déterminer, on a tout intérêt, alors, à souligner, à réinvestir et à prolonger les jeux d’échos qu’elle entretient avec la pensée de Lefebvre.

Cette dernière demeure aujourd’hui largement méconnue. La plupart du temps, on ne retient de Lefebvre, qu’un petit nombre de textes et de thèmes, au premier rang desquels La production de l’espace ou encore Le Droit à la ville77. Il passe souvent pour un géographe ou pour un sociologue, tant il est vrai que sa principale postérité se situe actuellement de ce côté-là : dans les travaux par exemple d’Edward Soja78 ou de David Harvey79. Pourtant, dès le milieu des années 1970, Lefebvre rejetait une telle réduction de sa pensée, conséquence selon lui d’une perception fragmentée de celle-ci. Il confiait en 1975 à Claude Glayman : « Il arrive souvent qu’on isole – même mes amis le font – dans ce que j’ai écrit et publié, des secteurs80 ». Or, soulignait-il, « un mouvement continu traverse l’ensemble81 ».

La pensée de Lefebvre s’origine dans le sentiment de l’effondrement civilisationnel que représente la Première Guerre mondiale – né en 1901, Lefebvre a 17 ans en 1918 – et dans le refus surtout que tout redevienne comme avant, comme si de rien n’était, au lendemain du conflit82. Étudiant en philosophie à la Sorbonne, c’est ce sentiment et ce refus qui l’amènent à se détourner des maîtres à penser que sont alors Léon Brunschvicg ou Henri Bergson pour chercher d’autres voies. Il rejoint d’abord le groupe « Philosophies », fondé en 1924 par Pierre Morhange, Norbert Guterman et Georges Politzer, qui prône une renaissance de l’Esprit aux accents à la fois mystiques et politiques83, se rapproche ensuite du groupe surréaliste, notamment d’André Breton, chez qui il retrouve la même aspiration qu’il a en lui à changer le monde et la vie84, avant de rallier finalement le marxisme en 1928. Mais un marxisme tout sauf dogmatique. En compagnie de Norbert Guterman, Lefebvre traduit et commente, dès les années 1930, les textes de jeunesse de Marx85, publiés à Moscou par David Riazanov, ainsi que des morceaux choisis de Hegel, encore peu diffusé en France à cette époque86. Il prend connaissance de l’œuvre de Lukacs, dont Histoire et conscience de classe87 (1923) est aujourd’hui considéré comme l’un des livres fondateurs du marxisme critique, au même titre que Marxisme et philosophie de Karl Korsch88. Il échange avec les membres de l’École de Francfort : participe en 1937 à la Zeitschrift für Sozialforschung89, lit les textes de Horkheimer ou de Herbert Marcuse90, est cité par Walter Benjamin91. Mais ce qui le singularise surtout, tant dans le paysage du marxisme français que dans celui de la philosophie française, c’est qu’il prend au sérieux et tire toutes les conséquences du projet de dépassement de la philosophie énoncé par Marx en 1845, dans la onzième thèse sur Feuerbach : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, mais ce qui importe, c’est de le transformer92 ». Un tel projet redistribue les rapports entre theoria, praxis et poïesis. Toute prétention, toute illusion de philosophia (ou scientia) perennis vole ici en éclats. Les temps ne sont plus à quelque grande et belle théorie. De la pensée réflexive, il faut passer à pratique sociale, ou mieux, la pensée réflexive doit passer par la pratique sociale. Le philosophe doit se mêler au monde, dont il participe, sans surplomb possible ni possible neutralité. Lefebvre se fera ainsi militant, journaliste, traducteur. Il dénoncera le fascisme, étudiera le mécanisme de l’aliénation (et les possibilités d’émancipation) dans la vie quotidienne, examinera les mutations du capitalisme, abordera les questions de la campagne, de la ville et de l’espace. Il se fera sociologue ou géographe. Mais c’est bien toujours le même « mouvement continu » qui « traverse l’ensemble » : une même fidélité à la pensée de Marx, qui pour Lefebvre n’exclut pas – c’est même tout le contraire – un nécessaire « aggiornamento […] dans un monde qui a beaucoup changé en un siècle93 ». Pour désigner cette démarche qui décentre la philosophie en l’enracinant dans la pratique concrète des luttes, Lefebvre parle parfois de stratégie, au sens où celle-ci mêle pratique et théorie94. Il parle aussi et surtout de « métaphilosophie ». Le livre ainsi intitulé qu’il publie en 196595 sera toutefois éclipsé par la parution la même année de deux autres ouvrages, qui soutiennent quant à la théorie une option très éloignée, sinon opposée : Pour Marx96 et Lire Le Capital97, de Louis Althusser.

Quoi qu’il en soit, le geste métaphilosophique (épistémologique et politique) de Lefebvre demeure malgré tout, qui l’apparente à la théorie critique formulée par Horkheimer. À la géophilosophie qui est encore de la philosophie, centrée et occidentalocentrée, il est alors permis de préférer la métaphilosophie de Lefebvre. Décidément, oui, c’est dans un tel dispositif critique et stratégique que la géocritique trouve pleinement sens, elle, différentiante, qui s’exerce dans l’infini culturel.

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Lefebvre Henri, Le Droit à la ville, Paris, Anthropos, 1968.

Lefebvre Henri, La Production de l’espace, Paris, Anthropos, 1974.

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Lukacs Georg, Histoire et conscience de classe [1923], trad. Kostas Axelos et Jacqueline Bois, Paris, Minuit, 1960.

Marx Karl, Thèses sur Feuerbach [1845], in Friedrich Engels, Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande [1888], trad. Gilbert Badia, Paris, Éditions Sociales, 1966, p. 87-91.

Marx Karl, Morceaux choisis, traduction et introduction d’Henri Lefebvre et Norbert Guterman, Paris, Gallimard, 1934.

Perec Georges, Les Choses, Paris, Julliard, 1965.

Perec Georges, Espèces d’espaces, Paris, Galilée, 1974.

Perec Georges, « Tentative d’épuisement d’un lieu parisien », Cause commune, n° 1, Paris, 10/18, 1975.

Perec Georges, La Vie mode d’emploi, Paris, Hachette, 1978.

Perec Georges, L.G., une aventure des années soixante, éd. Claude Burgelin, Paris, Seuil, 1992.

Perec Georges, Lieux, éd. Jean-Luc Jolly, Paris, Seuil, 2022.

Perec Georges, Jacques Lederer, « Cher, très cher, admirable et charmant ami… » (Correspondance), Paris, Flammarion, 1997.

Soja Edward, Postmodern Geographies: The Reassertion of Space in Critical Social Theory, London, Verso, 1989.

Trebitsch Michel, « Le groupe “Philosophies”, de Max Jacob aux surréalistes (1924-1925) », Les Cahiers de l’Institut d’Histoire du Temps Présent, n° 6, novembre 1987, p. 29-38.

Westphal Bertrand, « Pour une approche géocritique des textes », in Bertrand Westphal, La géocritique mode d’emploi, Limoges, PULIM, 2000.

Westphal Bertrand, L’Infini culturel, Leyde, Brill, 2023.

Zeitschrift für Sozialforschung n° 6, 1937, Heft 3.

Notes

1 Bertrand Westphal, « Pour une approche géocritique des textes », in Bertrand Westphal (dir.), La géocritique mode d’emploi, Limoges, PULIM, 2000, p. 9-40. Retour au texte

2 Georges Perec, Espèces d’espaces, Paris, Galilée, 1974, p. 15-16. Retour au texte

3 Ibid., p. 11. Retour au texte

4 Le titre du volume dans lequel « Pour une approche géocritique des textes » se trouve édité, La Géocritique mode d’emploi, confirme cette importance de Perec qui réitère la référence, cette fois à son roman de 1978, La Vie mode d’emploi. Retour au texte

5 Gilles Deleuze, Félix Guattari, Capitalisme et schizophrénie 1. L’Anti-Œdipe, Paris, Minuit, 1972. Retour au texte

6 Gilles Deleuze, Félix Guattari, Capitalisme et schizophrénie 2. Mille plateaux, Paris, Minuit, 1980. Retour au texte

7 Bertrand Westphal, « Pour une approche géocritique des textes », art. cit., p. 14. Retour au texte

8 Ibid., p. 26. Retour au texte

9 Ibid., notes 15, 30, 34. Retour au texte

10 Max Horkheimer, « Théorie traditionnelle et théorie critique » [1937], in Max Horkheimer, Théorie traditionnelle et théorie critique, trad. Claude Maillard et Sibylle Muller, Paris, Gallimard, 1974, p. 15-82. Retour au texte

11 Bertrand Westphal, « Pour une approche géocritique des textes », art. cit., p. 9. Retour au texte

12 La Phénoménologie de l’Esprit de Hegel a été traduite en français par Jean Hyppolite et publiée chez Aubier en 1939. Retour au texte

13 Georges Perec, « Tentative d’épuisement d’un lieu parisien », Cause commune, n° 1, Paris, 10/18, 1975, p. 59-108. Repris en volume, en 1982, chez Christian Bourgeois. Retour au texte

14 Georges Perec, La Vie mode d’emploi, Paris, Hachette, 1978. Retour au texte

15 Lieux a été publié à titre posthume : Georges Perec, Lieux, éd. Jean-Luc Jolly, Paris, Seuil, 2022. Retour au texte

16 Georges Perec, Espèces d’espaces, op. cit., p. 179. Retour au texte

17 Ibid., p. 179-180. Retour au texte

18 À ce propos voir David Bellos, Georges Perec, une vie dans les mots, trad. Françoise Cartano, Paris, Seuil, 1994. Retour au texte

19 Bertrand Westphal, « Pour une approche géocritique des textes », art. cit., p. 9. Retour au texte

20 Ibid., p. 10. Retour au texte

21 Ibid., p. 9. Retour au texte

22 Georges Perec, Les Choses, Paris, Julliard, 1965. Retour au texte

23 Les deux mouvements dont Debord fut l’un des principaux fondateurs et animateurs. Retour au texte

24 Guy Debord, In girum imus nocte et consumimur igni, in Debord, Œuvres, éd. Jean-Louis Rançon, Paris, Gallimard, 2006, p. 1360. Retour au texte

25 Georges Perec, Espèces d’espaces, op. cit., p. 59 et 63. Retour au texte

26 Ibid., p. 9. Retour au texte

27 Voir par exemple : Éric Brun, Les situationnistes. Une avant-garde totale, Paris, CNRS Éditions, 2014, p. 331-342 et Jean-Marie Apostolidès, Debord. Le naufrageur, Paris, Flammarion, 2015, p. 223-227. Retour au texte

28 Éric Brun, Les situationnistes. Une avant-garde totale, op. cit., p. 331. Retour au texte

29 Ibid., p. 335. Retour au texte

30 Jean Duvignaud, Perec ou la cicatrice, Arles, Actes Sud, 1993, p. 18, 27 et 44. Retour au texte

31 David Bellos, Georges Perec, une vie dans les mots, op. cit., p. 148. Retour au texte

32 Claude Burgelin, Album Perec, Paris, Gallimard, 2017, p. 45. Retour au texte

33 La correspondance de Perec et Jacques Lederer atteste au moins de deux séjours : les 2 et 3 août et les 17 et 18. « Cher, très cher, admirable et charmant ami… ». Correspondance Georges Perec & Jacques Lederer, Paris, Flammarion, 1997, p. 319 et 355. Retour au texte

34 David Bellos, Georges Perec, une vie dans les mots, op cit., p. 213. Retour au texte

35 Publié en 1959 aux Éditions La Nef de Paris, le texte est daté du 13 juin-4 octobre 1958. Rééd., Henri Lefebvre, La Somme et le reste, Paris, Anthropos, 2008, p. 771. Retour au texte

36 Henri Lefebvre, Critique de la vie quotidienne, t. 1, Introduction [1947], Paris, L’Arche, 1958. Retour au texte

37 Henri Lefebvre, Critique de la vie quotidienne, t. 2, Fondements d’une sociologie de la quotidienneté, Paris, L’Arche, 1961. Retour au texte

38 David Bellos, Georges Perec, une vie dans les mots, op. cit., p. 212. Retour au texte

39 « Cher, très cher, admirable et charmant ami… », op. cit., p. 329. Retour au texte

40 David Bellos, Georges Perec, une vie dans les mots, op. cit., p. 215. Retour au texte

41 Ibid., p. 255. Retour au texte

42 Ibid., p. 256. Retour au texte

43 Ibid., p. 239. Sur Ligne Générale, voir aussi Georges Perec, L.G., une aventure des années soixante, éd. Claude Burgelin, Paris, Seuil, 1992. Retour au texte

44 Henri Lefebvre, « Vers un Romantisme révolutionnaire », NRF, n° 58, Paris, Gallimard, le 2 octobre 1957, p. 644-672. Retour au texte

45 Bertrand Westphal, « Pour une approche géocritique des textes », art. cit., p. 17. Retour au texte

46 Henri Lefebvre, La production de l’espace, Paris, Anthropos, 1974, p. 412. Retour au texte

47 Ibid. Retour au texte

48 Ibid., p. 465. Retour au texte

49 Bertrand Westphal, « Pour une approche géocritique des textes », art. cit., p. 17, note 15. Retour au texte

50 Henri Lefebvre, La production de l’espace, op. cit., p. 13. Retour au texte

51 Ibid., p. 12. Retour au texte

52 Ibid., p. 14. Retour au texte

53 Ibid., p. 19. Retour au texte

54 Ibid. Retour au texte

55 Voir Ibid., p. 26 Retour au texte

56 Ibid. Retour au texte

57 Je reprends l’orthographe de Lefebvre, voir par exemple, Ibid., p. 41. Retour au texte

58 Henri Lefebvre, Le Temps des méprises, Paris, Stock, 1975, rééd. numérique, p. 258. Retour au texte

59 Ibid. Retour au texte

60 Ibid., p. 261-262. Retour au texte

61 Henri Lefebvre, La production de l’espace, op. cit., p. 94-96. Retour au texte

62 Ibid., p. 66. Retour au texte

63 Ibid., p. 48-49. Retour au texte

64 Ibid., p. 65. Retour au texte

65 Henri Lefebvre, Le Temps des méprises, op. cit., p. 262. Retour au texte

66 Henri Lefebvre, La production de l’espace, op. cit., p. 71. Retour au texte

67 Ibid., p. 91. Retour au texte

68 Ibid., p. 65. Retour au texte

69 Henri Lefebvre, Le Temps des méprises, op. cit., p. 274. Retour au texte

70 Henri Lefebvre, La production de l’espace, op. cit., p. 68. Retour au texte

71 Ibid. Retour au texte

72 Bertrand Westphal, « Pour une approche géocritique des textes », art. cit., p. 17. Retour au texte

73 Ibid., p. 18. Retour au texte

74 Bertrand Westphal, L’infini culturel, Leyde, Brill, 2023. Retour au texte

75 Le Livre des XXIV philosophes, éd. et trad. Françoise Hudry, Grenoble, Millon, 1989. Celui-ci indique (2e définition) : « Dieu est une sphère infinie, dont le centre est partout et la circonférence nulle part. » Retour au texte

76 Giordano Bruno, De la cause, du principe et de l’un (1584), trad. Luc Hersant, Paris, Les Belles Lettres, 1996. Giordano Bruno transfère la définition hermétique de Dieu à l’univers, dont il est ainsi le premier à souvenir qu’il est infini : « le centre de l’univers est partout et sa circonférence nulle part » (5e dialogue, p. 276). Retour au texte

77 Henri Lefebvre, Le Droit à la ville, Paris, Anthropos, 1968. Retour au texte

78 Edward Soja, Postmodern Geographies: The Reassertion of Space in Critical Social Theory, London, Verso, 1989. Retour au texte

79 David Harvey, « The Right to the City », New Left Review, n° 53, septembre-octobre 2008. Retour au texte

80 Henri Lefebvre, Le Temps des méprises, op. cit., p. 9. Retour au texte

81 Ibid. Retour au texte

82 Voir Henri Lefebvre, « 1925 », NRF, n° 172, 1er avril 1967, p. 127-129. Retour au texte

83 Voir Michel Trebitsch, « Le groupe “Philosophies”, de Max Jacob aux surréalistes (1924-1925) », Les Cahiers de l’Institut d’Histoire du Temps Présent, n° 6, novembre 1987, p. 29-38. Retour au texte

84 Voir Henri Lefebvre, « 1925 », op. cit., p. 133 sq. Retour au texte

85 Karl Marx, Morceaux choisis, traduction et introduction d’Henri Lefebvre et Norbert Guterman, Paris, Gallimard, 1934. Retour au texte

86 Friedrich Hegel, Morceaux choisis, traduction et introduction d’Henri Lefebvre et Norbert Guterman, Paris, Gallimard, 1939. Retour au texte

87 Georg Lukacs, Histoire et conscience de classe [1923], trad. Kostas Axelos et Jacqueline Bois, Paris, Minuit, 1960. Retour au texte

88 Karl Korsch, Marxisme et philosophie [1923], trad. Claude Orsoni, Paris, Minuit, 1964. Retour au texte

89 Zeitschrift für Sozialforschung, n° 6, 1937, Heft 3, p. 668-669. Retour au texte

90 Les archives d’Henri Lefebvre, conservées à l’IMEC, contiennent un dossier (16.1) présentant des notes et commentaires de Lefebvre sur les textes de Horkheimer et de Herbert Marcuse. Détenues par Catherine Régulier, la veuve de Lefebvre, depuis la mort de celui-ci en 1991, les archives d’Henri Lefebvre ont été transférées à l’IMEC en 2021 par mes soins et ceux de Claire Revol. Après un premier dépouillement effectué par Claire Revol, elles y sont toujours en cours de traitement. Merci à Armelle Lefebvre qui m’a permis de les consulter avant leur ouverture. Retour au texte

91 Walter Benjamin, « Edward Fuchs, collectionneur et historien » [1937], in Benjamin, Œuvres, III, trad. Maurice de Gandillac, Rainer Rochlitz et Pierre Rusch, Gallimard, 2000, p. 210. Retour au texte

92 Karl Marx, Thèses sur Feuerbach [1845], in Engels, Friedrich, Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande [1888], trad. Gilbert Badia, Paris, Éditions sociales, 1966, p. 91. Retour au texte

93 Henri Lefebvre, Le Temps des méprises, op. cit., p. 9. Retour au texte

94 Henri Lefebvre, La production de l’espace, op. cit., p. 73. Comme sur bien des points, Lefebvre et Debord ici se rejoignent. Voir Guy Debord, Stratégie, Paris, L’échappée, 2018. Retour au texte

95 Henri Lefebvre, Métaphilosophie, Paris, Minuit, 1965. Retour au texte

96 Louis Althusser, Pour Marx, Paris, Maspéro, 1965. Retour au texte

97 Louis Althusser, Jacques Rancière, Pierre Macherey et al., Lire Le Capital, Paris, Maspéro, 2 t., 1965. Retour au texte

Citer cet article

Référence électronique

François Coadou, « La géocritique, de Perec à Lefebvre ? », Épistémocritique [En ligne], 28 | 2026, publié le 15 juillet 2026 et consulté le 22 septembre 2026. Droits d'auteur : Le texte seul, hors citations, est utilisable sous Licence CC BY 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.. DOI : 10.58335/epistemocritique.1343. URL : https://preo.ube.fr/epistemocritique/index.php?id=1343

Auteur

François Coadou

ENSAD Limoges – EHIC, université de Limoges, France

François Coadou est professeur de philosophie de l’art à l’École nationale supérieure d’art et de design de Limoges, et membre du laboratoire EHIC (Espaces Humains et Interactions Culturelles) de l’université de Limoges. Ses recherchent portent sur l’Internationale situationniste, le lettrisme, le surréalisme, les rapports entre l’art et la politique, et sur l’histoire du marxisme. Il a publié plusieurs ouvrages, parmi lesquels Avec Raoul Vaneigem (Cactus Inébranlable, 2026) ou Situation explosive ! Une aventure des Directives de Guy Debord (Archivio, 2024). Il a également édité et annoté les lettres de Guy Debord à Marcel Mariën (La Nerthe, 2015), la pièce de théâtre du situationniste liégeois André Frankin : Personne et les autres (La Nerthe, 2023) et dirigé des ouvrages collectifs. François Coadou contribue régulièrement aux revues Optical Sound, Brasero et En Attendant Nadeau.

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