Quand la BD vient au secours du « roman national » : l’aventure éditoriale de l’Histoire de France en bandes dessinées de Larousse

  • When Comics Come to the Rescue of the “National Narrative”. The Publishing Adventures of Larousse’s Histoire de France en bande dessinée

DOI : 10.58335/epistemocritique.961

Résumés

Entre 1976 et 1978, Larousse, lance la première collection d’une histoire de France en bandes dessinées. 24 fascicules de 48 pages couleurs couvrent l’histoire depuis Vercingétorix jusqu’à l’élection de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence de la République en 1974. La collection s’inscrit dans la tradition d’une histoire par les grands personnages et les grands faits historiques qui ont « fait la France ». Elle rassemble un grand nombre de dessinateurs recrutés chez Pilote mais surtout chez Pif Gadget. Les enfants vont ainsi découvrir l’histoire de leur pays à un moment où l’enseignement de cette discipline est touché par un ensemble de réformes. Pour certains historiens, comme Alain Decaux, l’âge de « l’éveil » a sonné le glas du « roman national » et de « l’histoire événementielle ». La collection BD de Larousse semble représenter une réponse apportée au cri d’alarme poussé par les historiens. Cet article montre comment la bande dessinée, longtemps décriée par les élites et les éducateurs, s’impose comme un medium pédagogique pour enseigner l’histoire. La collection Larousse, portée par des idéaux d’une droite conservatrice, réécrit ainsi une histoire événementielle.

Between 1976 and 1978, Larousse launched the first collection of French history in comic books. Twenty-four colour booklets of 48-pages cover history from Vercingetorix to the election of Valéry Giscard d’Estaing as President of the Republic in 1974. The collection followed the tradition of history as told through the great figures and events that “made France”. It brought together a large number of illustrators recruited from Pilote, but above all from Pif Gadget. Children were thus able to discover the history of their country at a time when the teaching of this subject was undergoing a series of reforms. For some historians, such as Alain Decaux, the age of “awakening” sounded the death knell for the “national narrative” and “event-driven history”. Larousse’s “bande dessinée” collection seems to represent a response to the alarm raised by historians. This article shows how comics, long disparaged by elites and educators, are establishing themselves as an educational medium for teaching history. The Larousse collection, driven by conservative right-wing ideals, is thus rewriting event-based history.

Plan

Texte

Entre 1976 et 1978, Michel de France, éditeur chez Larousse, lance la première collection d’une histoire de France en bandes dessinées. Vingt-quatre fascicules de quarante-huit pages couleurs couvrent l’histoire depuis Vercingétorix jusqu’à l’élection de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence de la République en 1974. La parution de chaque fascicule est accompagnée d’un fichier pédagogique de huit pages. Le travail éditorial pour Larousse, qui n’a jamais fait de bandes dessinées, consiste d’abord à réunir une équipe de treize dessinateurs et sept auteurs, supervisés par un historien de renom, Hervé Pinoteau. La collection s’inscrit dans la tradition d’une histoire par les grands personnages et les grands faits historiques qui ont « fait la France ». La collection sera vendue, à partir de 1979, en neuf tomes reliés (3 fascicules par volume). Après le rachat de Larousse par le groupe Hachette, la collection sera de nouveau rééditée en partenariat avec le journal Le Monde en 2008. Chacun des 16 tomes reliés de cette réédition luxueuse est préfacé par un historien contemporain spécialiste de chacune des périodes historiques évoquées par le volume : Christian Amalvi pour l’Antiquité, Laurent Theis, Patrick Boucheron et Nicolas Offenstadt pour le Moyen Âge, etc.

La collection est vendue seulement 11 francs et rassemble un grand nombre de dessinateurs que Michel de France est allé chercher chez Pilote mais surtout chez Pif Gadget, un hebdomadaire de bandes dessinées pour adolescents tirant à plus de 100 000 exemplaires et relevant du Parti Communiste français. Chaque numéro est vendu en kiosque au rythme d’un numéro tous les deux mois. La pagination est continue sur toute la publication. Le succès est immédiat, d’autant que la collection est accompagnée d’une adaptation pour le petit écran sur FR3. Les enfants découvrent de cette manière l’histoire de leur pays à un moment où l’enseignement de cette discipline est touché par un ensemble de réformes, à commencer par la circulaire de l’Éducation nationale, en 1969, instaurant de « grandes masses temporelles pour l’enseignement des disciplines ». L’histoire, la géographie, les sciences de l’observation, la musique, le dessin… ne sont plus envisagées, à l’école Primaire, comme des disciplines en tant que telles mais regroupées dans un tiers-temps pédagogique appelé « leçon d’éveil ».

Cette réforme Guichard de 1969 est suivie par la réforme Haby de 1975 faisant passer l’Histoire dans un nouveau bloc appelé « humanités modernes » dans le Secondaire. Ces changements témoignent de l’avènement des courants pédagogiques de l’Éducation nouvelle et de l’influence de l’École des Annales1. Pour certains historiens, à l’instar du très médiatique Alain Decaux, l’âge de « l’éveil » a sonné le glas du « roman national » et de « l’histoire événementielle ». Pourtant, les élèves ont besoin de repères, de grands repères nationaux qui forgent le citoyen éclairé de demain, affirme Decaux. La collection « Histoire de France en bandes dessinées » de Larousse semble représenter une réponse apportée au cri d’alarme poussé par les historiens qui voient dans l’enseignement de l’histoire une manière de former les futurs citoyens français, guidés par un « roman national » rassembleur.

Dans cet article, nous aimerions montrer comment la bande dessinée, longtemps décriée par les élites et les éducateurs, s’impose comme un medium pédagogique pour enseigner l’histoire. Nous nous demanderons également comment la collection publiée par Larousse, portée par des idéaux d’une droite conservatrice, réécrit une histoire événementielle portée par des images séquentielles. Pour répondre à ces deux grandes interrogations, nous étudierons la sortie de cette collection en rapport avec le contexte scolaire et éditorial. Nous montrerons ensuite comment la collection se construit comme un objet complexe aux grands mérites pédagogiques mais aux grands défauts sur le plan académique. Enfin, nous tenterons d’analyser les diverses réceptions de la collection.

« On n’apprend plus l’histoire de France à vos enfants »

Le 20 octobre 1979, la Une du Figaro magazine titrait : « France, on n’apprend plus l’histoire à vos enfants ! » À l’intérieur, un article de l’historien Alain Decaux, bien connu du grand public pour ses émissions radiophoniques et télévisuelles depuis 1951, s’explique :

Pour les milliers de parents auxquels s’adresse ce cri d’alarme, c’est la stupeur : l’école liquide l’histoire. Au nom de principes fumeux, une génération entière de petits Français va-t-elle être coupée de ses racines profondes ?2

L’historien est « atterré par les réformes scolaires ». Le registre catastrophiste s’impose : « Il faut que chacun sache », « l’école liquide l’histoire », les petits Français sont « coupés de leurs racines », l’enseignement de l’histoire « se meurt » parce que « délibérément on est en train de le tuer ». L’historien craint et déplore la disparition de la chronologie, des grands hommes, des grands événements, de ce « roman violent et tendre, tissé d’héroïsme et de larmes d’espoirs et de haine, de crimes et d’amour, qui est celui de la France3 ».

Ce qui est dans la ligne de mire d’Alain Decaux et d’autres historiens et journalistes, qui prennent le relais au début des années 1980, ce sont les nouvelles réformes scolaires qui touchent le Primaire en 1969 et le Secondaire en 1975. Pour Pierre Kahn4, l’année 1969 représente un véritable « tournant pédagogique ». L’arrêté du 7 août et la circulaire n° IV 69-371 du 2 septembre 1969 mettent en place le tiers-temps pédagogique dans toutes les écoles de France. Les disciplines sont ainsi regroupées en trois « grandes masses temporelles » : un temps pour les disciplines dites « fondamentales » (français, mathématiques), un temps pour l’éducation physique et sportive et un temps pour les « disciplines d’éveil » (histoire, géographie, sciences de l’observation, musique, dessin…). Benoît Falaize note que les textes qui définissent les disciplines concernées par l’éveil témoignent de l’avancée des thèses de l’éducation nouvelle « dans tous les secteurs de l’Éducation nationale5 ». Si l’histoire occupe une place nouvelle dans le dispositif pédagogique de l’école primaire, Falaize récuse cependant la thèse d’un passage brutal du « roman national » à celui de « l’éveil » simplement par l’instauration d’un tiers-temps. Il affirme :

La place renouvelée et renforcée de l’étude du milieu local, le développement des méthodes actives et de l’éducation nouvelle accompagnée des premières recherches autour de la psychologie des élèves, mais aussi l’usage des documents en classe [...] l’expliquent largement. L’ensemble de ces facteurs a fait sensiblement évoluer le curriculum réel et la conception des méthodes d’apprentissages. Restent les pratiques qui, formatées pour et par le Certificat d’études, témoignent, malgré des nouveautés, d’un appauvrissement historique tout en maintenant une forme de vulgate scolaire, où les personnages principaux, les lieux communs et les dates patrimoniales subsistaient6.

Le collège est aussi touché par une réforme en 1975 avec l’adoption de la Loi Haby dont la mise en application s’effectue par « salves » entre 1975 et 1977. En avril 1977, la publication de onze circulaires fixe le contenu des programmes enseignés. En histoire, il s’agit d’initier les élèves au sens de la continuité du temps en leur proposant des études concrètes du milieu local et une approche diachronique d’un thème choisi par l’enseignant :

Les élèves issus de l’école élémentaire ont reçu, dans le cadre des disciplines d’éveil, une certaine initiation méthodologique et ont eu un premier contact avec l’histoire. Mais leurs connaissances sont fragmentaires. C’est dans le cycle d’observation qu’ils peuvent être initiés, par diverses approches, au sens de la continuité historique […]. Le sens de la continuité historique, la capacité de structurer le temps sont également développés grâce au choix d’un thème diachronique, d’une étude en très longue durée montrant l’évolution d’une activité, d’une technique des origines à nos jours […]7.

Tout comme les programmes de 1978 pour les classes élémentaires de l’école primaire, les programmes d’histoire du collège de 1977 s’inscrivent pleinement dans la continuité et la tonalité des travaux de l’INRP et des pionniers de l’éveil :

Localiser dans le temps (les unes relativement aux autres : avant, en même temps, après) et dans une trame temporelle large (essentiellement fondée sur l’histoire locale et la succession des générations) des données historiques, limitées aux xixe et xxe siècles en France, et mises en évidence à partir d’activités personnelles de l’élève (enquêtes, témoignages, documents) [...].

Situer de façon relative des données d’un passé plus lointain (faits de civilisation, événements, personnages) évoquées occasionnellement (à propos de vestiges, monuments, documents iconographiques ou lectures, commémoration, apports de médias ou de l’actualité), par préférence à une trame temporelle très large, discontinue et lacunaire et utiliser éventuellement à cet effet une esquisse de frise chronologique amorcée collectivement en classe8.

Dans un article récent, Vincent Chambarlhac9 revient sur l’inquiétude suscitée par ces réformes chez certains historiens. Il montre comment l’article d’Alain Decaux dans Le Figaro Magazine lance la polémique relayée par l’APHG10 et par « une vague d’articles et de prises de position » :

La dilution de la discipline historique dans les blocs des « Humanités modernes » dans le secondaire, l’optionalité possible de la matière en Terminale, son insertion dans les activités d’éveil en primaire donnent aux contempteurs de l’action du ministère de l’Éducation nationale (MEN) le sentiment d’une disparition de l’histoire telle que traditionnellement enseignée11.

Dans Le Monde du 21 juillet 1979, l’APHG fait paraître le résultat d’une pétition qui réunit 401 signatures. En septembre, Michel Debré incrimine les projets du ministère de l’Éducation nationale qui « sacrifie l’enseignement de l’histoire et de la géographie ». Avec la collaboration des revues Historia et Historiens et Géographes, il va jusqu’à organiser un débat public au Pavillon Gabriel sur « Les Français et l’enseignement de l’histoire », le 4 mars 198012. Le débat est animé par Alain Decaux et réunit historiens de profession, enseignants de primaire, collège et lycée ainsi que des personnalités politiques telles que Michel Debré bien sûr, Jean-Pierre Chevènement et Christian Beullac, le ministre de l’Éducation nationale en poste. Encore une fois, le procès des programmes scolaires par la « droite libérale avancée » giscardienne est fait. Cette dernière reproche au ministre d’avoir cédé à la mode des pédagogues anglo-saxons qui favorisent le « vécu des enfants » et la « plongée ponctuelle » dans une tranche d’histoire plutôt que le déroulement chronologique et l’assemblage théorisé des événements13. Elle s’inquiète non seulement de l’effondrement de l’histoire enseignée mais pire encore de son « effacement » des programmes.

C’est dans ce contexte agité, tant intellectuellement que politiquement, que naît la collection « Histoire de France en bandes dessinées » chez Larousse, maison historiquement spécialisée dans les dictionnaires et les ouvrages dits « de référence ». Antoine Roux, professeur d’histoire-géographie détaché à l’OFRATEME14 puis au CNDP15, défenseur d’une bande dessinée éducative, acclame l’arrivée de cette collection dans les pages du fanzine Schtroumpfanzine, en 1979.

En 1974, la maison Larousse souhaite réaliser une histoire de France pour la jeunesse. Larousse s’appuie alors sur un sondage qui montre que 86 % des enfants de huit à quinze ans lisent des bandes dessinées, et que 60 % s’intéressent à l’histoire16. Michel de France, éditeur jeunesse, propose alors à Claude Moreau, directeur de la publication et administrateur des périodiques, la création d’une collection de bandes dessinées historique, une première en France, dont il prend la direction. Le département bandes dessinées est à créer entièrement. Dans un entretien accordé à Schtroumpfanzine, Michel de France explique :

C’est vrai qu’il n’y avait rien. Le choix s’est fait avec un bâton de pèlerin pour aller voir scénaristes et dessinateurs afin de former un petit noyau de départ. Au fur et à mesure de l’intérêt de la publication, il s’est élargi17.

Pour les 15 premiers fascicules dont la publication s’étale entre octobre 1976 et juin 1978, Michel de France va chercher des auteurs et des dessinateurs qui travaillent déjà dans des magazines français pour la jeunesse. La grande majorité d’entre eux (4 des scénaristes sur 5 ; 5 sur 8 des dessinateurs) viennent de Vaillant ou de Pif-Gadget, deux revues appartenant à la constellation des revues éditées par le Parti communiste français. Les autres ont travaillé pour Pilote, Le Journal de Tintin, Spirou ou À suivre. Parmi les premiers auteurs, on trouve les fondateurs de Pif Gadget : Jean Ollivier, Roger Lécureux, Christian Godard ou Pierre Castex. Chez les dessinateurs, Larousse peut compter sur des Espagnols ou des Portugais qui ont fui les régimes dictatoriaux à l’instar de Victor de la Fuente, Maurillo Manara, Eduardo Coelho ou Raphaël Marcello.

Ces dessinateurs et scénaristes sont accompagnés par « une équipe d’historiens18 ». Tous doivent accepter de se plier à une supervision scientifique qui est assurée par Hervé Pinoteau, spécialiste en héraldique et en vexillologie, dont les travaux sur la symbolique de l’État français à travers ses divers régimes et dynasties sont scientifiquement reconnus. Son engagement politique monarchiste légitimiste est également clairement affiché. En 1973, Hervé Pinoteau fait partie des trois fondateurs de l’Institut de la Maison de Bourbon, une institution qui participe du renouveau du courant légitimiste en France et qui, par ses statuts, a le dessein de « promouvoir la connaissance de l’histoire de France et du règne de la Maison royale », « d’être le conservatoire des traditions » et de « transmettre les valeurs qui ont fait la France dans la fidélité indéfectible à l’aîné des Capétiens19 ». Comment Pinoteau et de France ont-ils été mis en contact ? Est-ce par le biais de l’IMB ? Les recherches entreprises autour de la personne de Michel de France ne nous ont pour le moment menées nulle part.

À partir de juin 1978, dans les sept derniers volumes, d’autres dessinateurs étrangers sont sollicités, peu connus du grand public français et séduits par la popularité qu’a pris la collection en deux ans. C’est le cas d’Enric Sio, de Dino Battaglia ou Ferdinando Tacconi. Larousse recrute également deux nouveaux scénaristes, André Bérélowitch et Robert Biélot. Le premier est un historien, universitaire, amateur de bande dessinée, qui prend goût à l’écriture de scénario. Le second est un scénariste qui se spécialise dans le récit historique.

Si l’édition en fascicules semble être une pratique qui fait florès dans les années 1970 (Journal de la France par Taillandier/Historia, par exemple), Larousse innove pour la sortie des premiers numéros de la collection. Chaque numéro s’accompagne de la diffusion d’un dessin animé de 6 minutes à la télévision, sur FR3, le vendredi à 18h45. L’horaire est choisi avec soin tout comme la date de la première diffusion (le vendredi 8 octobre) : nous sommes quelques semaines après la rentrée scolaire, à une heure de grande écoute pour les enfants. La réalisation de ces courtes capsules est confiée au réalisateur d’animation Charles Sansonetti. Il s’agit d’une animation 2D conçue à partir des vignettes des bandes dessinées originales. Nous avons affaire à une campagne marketing jumelée qui ne sera pas pour rien dans le succès de la collection. Dans un récent essai, Benoît Glaude20 montre comment, à travers ces « mini-conférences animées », la bande dessinée s’inscrit dans un écosystème économique et transmédiatique.

Le retour du roman (dessiné) national ?

Quand on demande à Michel de France si la sortie des premiers numéros de la collection avait été accompagnée d’une certaine crainte à l’égard des réactions du corps enseignant, l’éditeur répond :

Quand on a pensé à ce projet, nous ne pensions pas que c’était un produit qui était destiné au corps enseignant. C’est au cours de sa parution que les enfants ont apporté cette publication en classe. Beaucoup d’enseignants nous ont soutenus. Six mille se sont abonnés à l’Histoire de France et nous avons eu des encouragements assez réconfortants de leur part21.

Antoine Roux, en 1973, est l’un des premiers à défendre la bande dessinée comme médium éducatif. Dans un ouvrage resté célèbre, il affirme qu’il est possible d’enseigner avec la bande dessinée. Son hypothèse repose sur deux arguments majeurs. Le premier s’appuie sur une citation du dessinateur Georges Coulomb, dit Christophe, auteur en 1901 d’un manuel intitulé L’Enseignement par l’image, leçons de choses en 650 gravures, chez Armand Colin : « L’enfant est tout yeux, ce qu’il voit le frappe plus que ce qu’il entend ». Le second fait référence à l’existence d’une importante catégorie d’élèves « nouveaux, que nos psycho-pédagogues ont baptisés les « non-conceptuels22 » et pour lesquels l’image pourrait faciliter l’accès au concept23 ».

L’ouvrage de Roux est un véritable plaidoyer contre les voix qui s’étaient élevées dans les années 1950 en criant haro sur les bandes dessinées, ces « mauvaises lectures », « corruptrices de notre jeunesse », « désapprenant à l’enfant la lecture et le langage intelligents24 », incitant à la paresse et à la passivité intellectuelle. Dans les années 1970, la bande dessinée apparaît comme un moindre mal pour les élites face à un péril considéré comme encore plus dangereux pour les enfants : la télévision. Les universitaires commencent à accorder de l’intérêt à la bande dessinée. Deux ouvrages, parus en 1972, entérinent le medium comme un moyen d’expression scientifique : Dessins et bulles de Pierre Fresnault-Desruelle25 et Le Français et la bande dessinée de Didier Convard et Serge Saint-Michel26. Une sorte de légitimation du medium bande dessinée semble peu à peu se mettre en place avec la création du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, en 1974. Un premier colloque sur la lecture et la bande dessinée est organisée à La Roque d’Anthéron du 15 au 16 janvier 1977, donnant lieu à la publication d’actes par les éditions EdiSud.

Ainsi l’Histoire de France en bandes dessinées, en 1976, fait figure d’innovation pédagogique, un peu malgré elle, sans doute. Sa sortie, à la fois en kiosque et à la télévision, permet d’aller chercher les enfants là où ils ont placé leur intérêt. Antoine Roux, encore lui, interrogé par Schtroumpfanzine en 1979 sur la collection, retrouve dans chacun des numéros ce qui, dans une bande dessinée classique, rassasie l’appétit du jeune lecteur : des héros, de l’action, du catégorique27. Nous nous proposons ici d’analyser quelques planches extraites de la collection pour montrer comment ces trois éléments sont mis en valeur dans les albums. Une citation du texte de Roux fera office, à chaque fois, d’introduction.

Primo : il faut des héros, pour les jeunes lecteurs en tout cas, qui ne s’intéressent qu’aux séries présentant un personnage « exemplaire » (on ne lit pas des bandes dessinées, on lit Rahan, on lit Mickey, on lit Akim, on lit l’Araignée selon le cas)28.

Sur les 41 sous-titres des 24 numéros, 20 portent le nom de personnages historiques (Vercingétorix, César, Attila, Clovis, Louis XIV, Napoléon…). L’entrée par la vie romancée des Grands Hommes est un fait totalement assumé et même revendiqué par la maison d’édition. Lors de la cérémonie de lancement de la collection qui a lieu dans les salons de l’hôtel Sheraton-Montparnasse en octobre 1976, un représentant d’Éducation 2000 pose une question à Michel de France : « Pourquoi avoir choisi de refaire l’histoire de France à travers les grands personnages ? ». L’interpellé répond que Larousse est la seule maison d’édition française qui ne fasse pas paraître d’ouvrages de fiction et que, lorsqu’elle décide de faire une histoire de France, c’est avant tout une histoire de grandes aventures humaines29.

Prenons un personnage comme Napoléon Bonaparte. Trois récits lui sont consacrés entre les numéros 16 et 17. Le premier, « De la République à l’Empire », est dû à Roger Lécureux et Raphaël Marcello, deux membres de Pif Gadget. Les deux premières pages30 donnent le ton et le personnage de Bonaparte est présenté comme l’homme providentiel. La quasi-intégralité des cases évoquent la situation dramatique de la France sous le Directoire. La première case annonce la couleur : « Le pain a encore augmenté, la viande est hors de prix ! Et la guerre qui n’en finit pas ! ». Les huit cases qui suivent détaillent ce qui est annoncé par le narrateur de la première case. La case de chute de cette première double-page occupe toute la dernière bande. On y voit Joséphine de Beauharnais au premier plan et le jeune Bonaparte de dos, en arrière-plan. Penché sur des cartes, le jeune général pense à la campagne d’Italie. Le narrateur extra-diégétique commente dans un cartouche situé à gauche : « ... le jeune général brigue déjà de plus hautes fonctions ».

Figure 1. Roger Lécureux, Raphaël Marcello, « De la République à l’Empire », n° 16, p. 746-747.

Figure 1. Roger Lécureux, Raphaël Marcello, « De la République à l’Empire », n° 16, p. 746-747.

© Larousse, 1978.

Par la suite Marcello multiplie les références artistiques qui ont participé à la construction du mythe de Bonaparte. À la page suivante, dans la première case, Bonaparte est en gros plan. L’image fait clairement référence au tableau d’Antoine-Jean Gros, Bonaparte au pont d’Arcole (1796). La case joue ainsi avec la temporalité. L’action du récit se place avant la campagne d’Italie et dans l’attente du général d’être nommé commandant de l’armée d’Italie. L’image fait entrevoir déjà l’issue glorieuse d’une campagne qui sera accordée à Bonaparte.

Figure 2. Roger Lécureux, Raphaël Marcello, « De la République à l’Empire », n° 16, p. 748 (b1, c1).

Figure 2. Roger Lécureux, Raphaël Marcello, « De la République à l’Empire », n° 16, p. 748 (b1, c1).

© Larousse, 1978.

Autre exemple, la case 3 de la page 750 fait quant à elle référence au Bonaparte de JOB31 (1910), grande biographie illustrée pour les enfants qui remporta un très grand succès. Le jeu d’ombre de cette case reprend le jeu d’ombre de JOB qui place le jeune Bonaparte dans une salle de classe, travaillant à la lueur d’une bougie. L’ombre qui se dessine sur le mur derrière l’adolescent laisse entrevoir son avenir. On ne peut s’empêcher ici de penser aux vers de Victor Hugo : « Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte32 ».

Figure 3. Roger Lécureux, Raphaël Marcello, « De la République à l’Empire », n° 16, p. 750 (b2, c2).

Figure 3. Roger Lécureux, Raphaël Marcello, « De la République à l’Empire », n° 16, p. 750 (b2, c2).

© Larousse, 1978.

Dans le deuxième récit, « L’Europe napoléonienne », Robert Biélot et Guido Buzzelli évoquent le premier Empire. Le personnage de Napoléon est présent à toutes les pages, le front bas et le sourcil plissé, comme il est présent sur tous les fronts, militaires, politiques et diplomatiques. Le dernier récit, « La chute de l’Aigle », est dû toujours à Robert Biélot mais le dessin a été confié à Maurillo Manara. Comme les deux autres récits précédents, la case initiale est proleptique, invitant un des personnages représentés à se souvenir : « Père, vous nous aviez promis de nous parler de la campagne de Russie ». De case en case et de page en page, le visage de Napoléon se ternit. Si à la page 812, les auteurs consacrent une case entière à l’arrivée triomphale de l’Empereur, porté par la liesse populaire, jusqu’aux Tuileries, la case qui suit, placée juste au-dessous, montre un homme abattu qui sent que tout lui échappe, abandonné par ses plus proches collaborateurs : « À 46 ans, l’empereur, hésitant, n’est plus servi avec le zèle d’autrefois ». La chute de l’Aigle n’est pas due à l’Aigle lui-même mais aux traitres de l’entourage de l’Empereur. On ne ternit pas l’image d’un grand homme. La dernière case du récit qui occupe toute la dernière page montre un Napoléon tête nue, balayé par les embruns, seul sur son rocher. Au fond de l’image, à travers les nuages, on distingue l’église des Invalides, dernière demeure du héros. Robert Biélot emprunte les dernières pensées de son personnage élevé en héros au Mémorial de Sainte-Hélène : « Aujourd’hui, grâce au malheur, on pourra me juger à nu… Chaque heure me dépouille de ma peau de tyran33 ».

Figure 4. Robert Biélott, Maurillo Manara, « La Chute de l’Aigle », n° 17, p. 812.

Figure 4. Robert Biélott, Maurillo Manara, « La Chute de l’Aigle », n° 17, p. 812.

© Larousse, 1978.

Figure 5. Robert Biélot, Maurillo Manara, « La Chute de l’Aigle », n° 17, p. 794-795.

Figure 5. Robert Biélot, Maurillo Manara, « La Chute de l’Aigle », n° 17, p. 794-795.

© Larousse, 1978.

Secundo : il faut du mouvement, et plus spécialement de la bagarre, c’est-à-dire que les batailles vont y constituer les épisodes privilégiés. Montjoie, Saint-Denis ! Suivez mon panache blanc, hardi petits !!34

Les contradicteurs de la collection lui reprochent souvent son côté « western ». Antoine Roux y voit aussi ce que semblent aimer les jeunes : l’action. Effectivement, chaque récit a ses pages de batailles, de guerres ou de révoltes. Les trois récits napoléoniens ont bien évidemment leur lot de grands affrontements armés. C’est d’ailleurs par la campagne de Russie que s’ouvre le récit de Manara. L’artiste décide de raconter à partir de grandes cases oblongues qui occupent plusieurs bandes. Nous assistons à la guerre dessinée en cinémascope à la manière dont Abel Gance35 avait voulu la représenter en ayant recours à plusieurs caméras pour offrir aux spectateurs des plans panoramiques.

Figure 6. Robert Biélot, Maurillo Manara, « La Chute de l’Aigle », n° 17, p. 816.

Figure 6. Robert Biélot, Maurillo Manara, « La Chute de l’Aigle », n° 17, p. 816.

© Larousse, 1978.

Dans « De la Marne à Verdun », Dino Battaglia représente les premières années de la Grande Guerre. Le style déstructuré de l’artiste, qui choisit très souvent de ne pas suivre de bandes rectilignes et de laisser flotter les cases dans la double-page, donne de la guerre une allure éthérée. L’historien Henry Rousso, en 1984, voit dans la représentation de la guerre par Battaglia « une représentation presque picturale de cette époque36 ».

Dans la double-page 1024-1025, par exemple, alternent les cases représentant les soldats sur le front et celles représentant l’état-major installé à l’arrière et réfléchissant à la manière de contrecarrer les assauts ennemis dans une course folle jusqu’à la mer du Nord. Les cases de combat sont plongées dans une brume qui ne permet pas au lecteur de distinguer l’origine des soldats. Les tirs viennent des deux côtés. Pris entre les cases des officiers en uniforme et arborant leurs médailles, les soldats en vert de gris ou en bleu horizon font masse comme chair à canon.

Figure 7. Robert Biélot, Dino Battaglia, « De la Marne à Verdun », n° 22, p. 1024-1025.

Figure 7. Robert Biélot, Dino Battaglia, « De la Marne à Verdun », n° 22, p. 1024-1025.

© Larousse, 1978.

« Sur tous les fronts 1939-1942 », le second récit du n° 23, parle de la France pendant la Seconde Guerre mondiale. Robert Biélot et Ferdinando Tacconi débutent leur histoire sur la mobilisation générale en septembre 1939 et la blitzkrieg. Dès la page 1084, après la « Drôle de Guerre », les combats sont véritablement lancés. Les images de combats aériens et terrestres s’enchaînent, alternant avec quelques gros plans sur les acteurs principaux (Pétain, De Gaulle, Hitler, Churchill, Staline…). Nombre de cases sont des références intericoniques avec des images photographiques ou cinématographiques d’époques familières aux adultes prescripteurs de ces albums, à l’instar de la case 1, bande 2 de la page 1094, représentant l’attaque du port de Pearl Harbor et qui est une adaptation de la photo NH86118, montrant l’explosion de l’USS Shaw, conservée au Navy History and Heritage Command de Washington. Pareillement, nous retrouvons, page 1102, une adaptation dessinée de la photo n° 14 de l’album du SS Jürgen Stroop lors de l’évacuation du ghetto de Varsovie. L’image, support de l’histoire, concourt à construire une mémoire collective pour les jeunes lecteurs en leur donnant à voir ce qui doit devenir, pour eux, des « motifs » de la Seconde Guerre mondiale.

Figure 8. Comparaison de la case dessinée avec son image d'archive correspondante.

Figure 8. Comparaison de la case dessinée avec son image d'archive correspondante.

Rangée du dessus : Robert Biélot, Ferdinando Tacconi, « Sur tous les fronts, 1939-1942 », n° 23, p. 1094 (b2, c1) et p. 1102 (b2, c1) © Larousse, 1978. Rangée du dessous : photographie n° NH86118, 1941 © Navy History and Heritage Command, Washington DC | Photographie n° 14 prise par le général SS Jürgen Stroop, 1943. © National Archives, Washington DC.

Tertio : il faut une présentation catégorique des choses, c’est le fameux manichéisme, à notre avis inhérent au genre. La bande dessinée, à tous les points de vue, pour la forme comme pour le fond, c’est l’art du caricatural37.

Pour terminer, le discours porté par les scénaristes n’accepte aucune nuance. Sur ce point, il s’accorde bien avec l’affirmation très discutable, cependant, de Roux. La bande dessinée éducative doit-elle être caricaturale et sans nuance pour faciliter la compréhension des jeunes lecteurs ? La réponse est oui pour les scénaristes de l’équipe Larousse. Les héros de l’Histoire que l’on propose aux enfants sont des héros sans faille. Louis IX, tel qu’il est présenté dans le n° 7, est un roi saint. Il est celui qui apporte les reliques de la Passion du Christ à la Sainte Chapelle, celui qui se lance dans une croisade « juste », qui sait écouter son peuple, être humble avec les plus humbles et intraitable avec les plus grands.

Dans la double page 312-313, le récit de Jean Ollivier et Eduardo Coelho glorifie le saint monarque. Pris entre deux cases parfaitement délimitées par un cadre noir, le personnage principal de l’histoire, Jean de la Salle, devenu chevalier du roi, enseigne à ses fils l’amour de leur souverain : « Il est aux yeux de tous le plus grand prince d’Occident… Oyez, mes fils ». L’illustration de ses propos est traduite par des flashes qui rappellent les grandes actions de Louis IX. Cependant aucune référence n’est faite, par exemple, à l’institution du port de la rouelle pour les juifs en 1269 !

Figure 9. Jean Ollivier, Eduardo Coelho, « Un chevalier du roi », n° 6, p. 312-313.

Figure 9. Jean Ollivier, Eduardo Coelho, « Un chevalier du roi », n° 6, p. 312-313.

© Larousse, 1977.

« Le carnaval de Clio »

L’accueil des premiers numéros est à la hauteur des espoirs de l’éditeur. Véritables succès en librairie, les premiers fascicules se vendent à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires. Il faut dire, répétons-le, que Larousse a mis les petits plats dans les grands. La réception somptueuse dans les salons du Sheraton Montparnasse, avec film de présentation de l’œuvre, a réuni toutes les institutions de la machine historienne : historiens et géographes, Syndicat National des Inspecteurs, Société des agrégés, APHG.

Comme nous avons pu le lire précédemment, Antoine Roux, pionnier de l’usage de la bande dessinée en pédagogie, salue la sortie de cette collection et plus particulièrement son côté didactique. Il prend en exemple une des planches du n° 1, « Vercingétorix – César », sur laquelle Victor de la Fuente a représenté un vallus, la moissonneuse gauloise dont l’existence a été rapportée par Pline et par Palladius. On la retrouve dans deux images (page 38, bande 1, cases 1 et 2), mais à l’arrière-plan :

On ne met pas le projecteur sur le fameux engin, mais voilà un point de départ pour d’utiles réflexions : pourquoi les Romains ne répandirent-ils pas cet engin, limité apparemment au territoire des Trévires ? Pourquoi cette invention n’eut-elle pas de suite38 ?

Figure 10. Pierre Castex, Victor de la Fuente, « Vercingétorix », n° 1, p. 38, b.1, cases 1 et 2.

Figure 10. Pierre Castex, Victor de la Fuente, « Vercingétorix », n° 1, p. 38, b.1, cases 1 et 2.

© Larousse, 1976.

Roux explique comment aborder ces albums en classe. Il suggère de les traiter pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire comme des documents, produits de la pensée, des artefacts :

Avec les élèves, les étaler et les examiner ces albums, justement pour ce qu’ils sont : des documents. De la même manière qu’on peut « démonter » une planche d’Épinal du siècle dernier (les codes de représentation, l’idéologie sous-jacente), voir aussi dans ces bandes dessinées un produit, fabriqué à une époque donnée, par des gens qui effectivement, comme vous et comme moi, ont des intentions et des préjugés39.

Le SNI trouve cette œuvre difficile pour des enfants de neuf à dix ans, mais très utilisable pour des jeunes de douze à quinze ans. Il considère cette « aventure » comme « assez passionnante pour être tentée ». Même la représentante de l’APHG, présente lors de la réception, approuve la création innovante de Larousse. Si pour certains le discours scolaire et éducatif de cette bande dessinée est mis en avant comme qualité principale de l’œuvre, l’avis est cependant loin d’être partagé par tous les historiens et enseignants. Roux le fait remarquer : « ça a été surtout le corps enseignant qui s’est vigoureusement indigné40 ». Pourtant Larousse avait tout organisé pour les séduire en proposant aux seuls enseignants qui s’abonneraient des doubles fiches de documentation pédagogique accompagnant chacun des albums. La rédaction de ces fichiers est d’ailleurs confiée à des historiens.

Dès la sortie des premiers fascicules, les critiques pleuvent. Dans la toute récente revue Espace-Temps, Marielle Cousin, Marie Hours et Jean-Louis Margolin mettent en doute le « projet alléchant de la Maison Larousse41 » qui ne satisfait « ni les partisans d’une histoire débarrassée de ses mythes ni les adeptes de la "nouvelle" bande dessinée42 ». Les auteurs reprochent à la collection le discours didactique, nationaliste et traditionnel derrière un semblant de sérieux et de réalisme :

Le lecteur est frappé dès l’abord par le sérieux de cette publication dont l’éditeur et les auteurs ont délibérément choisi d’écarter tout humour et tout fantastique qui relèveraient de la fiction. Le parti-pris de « réalisme » trouve son expression dans un didactisme conforme à l’image de marque de la maison Larousse, dont le but premier n’est pas de divertir mais de « redonner » le goût de l’Histoire, grâce à un moyen d’expression qui soit assuré des faveurs d’un public élargi43.

En 1984, l’historien Henry Rousso revient sur le n° 23 de la collection, celui consacré à la Seconde Guerre mondiale. Il fait la remarque suivante :

Le propos est didactique, traditionnel. La mort de Jaurès, la bataille de la Marne ou Verdun sont autant de tableaux à l’usage d’une jeunesse supposée ignorante des images d’Épinal qui ont fait vibrer nos grands-pères44.

Un des principaux reproches prononcés à l’égard de la série est son « fondement idéologique ». L’attaque apparaît très clairement dans la presse de gauche. François Cavanna, dans Charlie Hebdo, se déchaîne contre ce « western passe-partout » où joue un « Vercingétorix playboy45 ». Il parle de « monuments aux morts qui se mettent à parler ». Les Cahiers du Forum-histoire rassemblent les propos les plus critiques et les plus virulents à l’égard de l’idéologie politique qui sous-tend la rédaction des albums. Ce bulletin de liaison, dont le premier numéro date de janvier 1976, est le fait d’un groupement d’historiens et de non-historiens formé en mai 1975 à l’Université Paris VII autour de Jean Chesneaux. Le forum vise « un décloisonnement, une déprofessionnalisation, une mise en question active de l’histoire46 ». Pour l’historien Jean Chesneaux47, comme pour les membres du forum-histoire, « ce sont les masses qui font l’histoire, ce sont les masses qui doivent faire l’histoire, ce sont les masses qui doivent faire la connaissance de l’histoire48 ». Rien d’étonnant, dans ces conditions, que le Forum-histoire recule devant cette histoire par les grands personnages historiques. Les Cahiers commentent ainsi la trame narrative récurrente à travers les différents récits :

Le scénario est connu : par un enchaînement de luttes fratricides et de trahison, les diviseurs, complices de l’étranger, préparent les grandes défaites nationales, malgré l’héroïsme naturel de la population. Surgit alors un homme hors du commun, aux mains propres, qui va restaurer l’unité nationale et mener une lutte contre l’envahisseur. Ce Zorro s’appelle ici Vercingétorix, mais on peut parier qu’il s’appellera Clovis dans le numéro 2, Charlemagne dans le numéro 3, Hugues Capet dans le numéro 449.

En 1978, dans la revue de didactique Pratiques, André Baur, Patrick Dillies, Noël Nel et Pierre Pégeot50 mènent une analyse précise et sans concession du fascicule n° 2. Leur conclusion est sans appel : avec cette collection Larousse procède à « une mise en pièce de l’Histoire ». La collection Larousse ferait de l’Histoire « une suite de guerres » (comptabilisant 80 images de violences sur 19251), une construction par les « grands hommes », une histoire « sacralisante » et évènementielle. Le même constat est fait par Jean Arrouye dans les actes du colloque de La Roche d’Anthéron portant sur « Histoire et bande dessinée ». L’historien s’intéresse aux bandes dessinées traitant de la Résistance. Il note que les fascicules 23 et 24 n’ont retenu « que le culte du héros » :

On retrouve ce souci de présenter l’action de la résistance comme subordonnée à celle des Forces Françaises Libres ou complémentaire de son intervention, ainsi que la personnalisation des entreprises : Giraud et la Corse, Leclerc et Paris, de Lattre de Tassigny et Marseille, le lieutenant Morel et les Glières, etc.52

Les Cahiers voient dans les scenarii de la collection une apologie de l’ascension sociale réservée aux plus combattifs : les gens du bas peuple sont malheureux et exploités mais certains peuvent accéder aux rangs les plus élevés s’ils savent se montrer forts et vaillants auprès de leurs chefs. Ils dénoncent également un continuel « cocorico nationaliste et chauvin53 ». Étant donné le prix du numéro (9,50 F ; 199 F pour les 24 numéros), on peut facilement penser que la collection s’adresse à une classe moyenne qui pourrait se sentir galvanisée par son sens de l’entreprise et de la promotion sociale.

La représentation des femmes à travers les récits pose aussi un problème. Les Cahiers les comptent parmi les « absents de taille ». Quand elles sont représentées, elles ont soit un rôle d’auxiliaire du pouvoir incarné par le héros (Joséphine de Beauharnais, Aliénor d’Aquitaine…), soit celui d’êtres démoniaques ou dévorés par les passions (Charlotte Corday…).

Le discours nationaliste, viriliste est partout présent. Il relève bien d’une volonté de montrer à la jeunesse une France vaillante qui doit se relever de mai 68. L’idéologie politique à l’œuvre dans la bande dessinée semble en parfait accord avec les idées défendues par l’IMB auquel appartient Pinoteau. Dans un récent ouvrage, Laurent Joly, qui s’intéresse à l’écriture de l’histoire de Vichy depuis 1945, note que la maison Larousse continue à défendre, dans les années 1970, la thèse de la non implication de la France dans l’extermination des juifs.

Chez Larousse, la grande Histoire de la France et des Français, d’André Castelot et Alain Decaux (1972), affirme que la rafle de juillet 1942 fut conduite par les « Allemands […] aidés de Darquier de Pellepoix » et que Pétain s’est indigné « en vain », tandis que le tome consacré à la période 1919-1975 de la très populaire Histoire de France en bandes dessinées, publié en 1978, évoque « 13 000 personnes […] arrêtées par la Gestapo54 ».

Pour aller plus loin, sur les constats de Laurent Joly, une seule page du fascicule 23 est consacrée à la France de Vichy et à la Révolution Nationale sans qu’aucune allusion ne soit faite à la collaboration et aux lois antisémites. Pétain y apparaît comme celui qui a eu le courage de se rendre. Quelques pages plus loin, Pétain, « avec le poids de ses 85 ans […] hésite entre les influences contradictoires de ses conseillers. Les uns, tel Weygand, le pressant de résister aux vainqueurs, les autres, à la suite de Laval, envisageant de collaborer avec les Allemands55 ». Dans la case placée au-dessous du conseil des ministres de Pétain, les Français engagées dans la Légion des Volontaires Français contre le Bolchévisme sont qualifiés de « Français égarés ». Le ton que prennent ces pages semble faire écho avec les idées pétainistes et lavalistes qui ont cours depuis les années 1950 et qui ressurgissent après 1968.

Enfin, la dernière critique adressée à la collection est celle de l’inégale qualité des illustrations. Henry Rousso, par exemple, souligne la grande qualité du travail de dessinateurs comme Battaglia, Toppi et Buzelli :

Mais si les scénarios n’offrent guère de surprises, l’illustration en revanche donne une incontestable originalité à cette BD scolaire. (...) Les paysages brumeux de Battaglia pour les premières années de la guerre, le réalisme onirique de Toppi et, celui plus cauchemardesque, de Buzelli pour la suite offrent un parti pris esthétique, tranchant avec bonheur avec l’impersonnalité habituelle de ce genre de production56.

D’autres, comme Les Cahiers, s’insurgent contre les « gestes outrés d’acteurs de cinéma muet », les « gueules tordues sous la violence des passions ». Le réalisme, forme graphique qui a été sciemment choisie par l’éditeur car « l’histoire est une chose sérieuse57 », est parfois conduit vers des formes caricaturales dans un souci « pédagogique ».

On le voit, la sortie des trois premiers numéros en 1976, comme celle du reste de la collection jusqu’en septembre 1978, n’ont pas laissé indifférent. Et Michel de France répond par la provocation sur l’impact de sa collection :

Nous nous sommes dit que pareilles critiques ne pouvaient concerner qu’un grand événement. Des événements dans un siècle au niveau de la bande dessinée il n’y en a pas beaucoup, il y a Tintin, il y a Astérix… et l’Histoire de France qui en était un58.

Larousse, avec cette collection, propose un cocktail explosif dans cette période de combats pédagogique et politique autour de l’enseignement de l’histoire. Les treize dessinateurs et les sept auteurs qui participent aux 48 récits de 23 ou 24 pages de la collection sont principalement des professionnels aguerris qui ont fait leur preuve dans la presse pour la jeunesse. Le choix d’une Histoire de France par l’image dont le récit est construit autour des grands personnages, des grands événements et des grandes batailles, sans nuance, semble avoir conquis un grand nombre de jeunes lecteurs. Un sondage, réalisé en 1977 par Larousse, montrait que 66 % des parents interrogés étaient favorables à ce que leurs enfants lisent de la bande dessinée et a fortiori quand elle abordait un sujet sérieux comme l’histoire de France.

Il paraît fort probable qu’une bonne partie des jeunes lecteurs de 10-12 ans, ciblés par la collection, ait pu être sensibilisée à l’Histoire. Ce fut mon cas. J’avais 9 ans en 1976. Je fus l’un des premiers lecteurs de ces albums riches en couleurs. Déjà abonné à Pif Gadget, je retrouvais des traits familiers derrière tous ces personnages dont je lisais le récit. L’historien Sylvain Venayre avoue avoir été beaucoup marqué, enfant, par l’Histoire de France en bandes dessinées des éditions Larousse. Il lui reconnait un « effet entraînant59 » qu’il associe en grande partie à la qualité des dessinateurs même s’il s’agissait de « mettre en image un récit national pour l’essentiel fondé à la fin du xixe siècle60 ». La collection qu’il a lancée en 2017 aux éditions La Découverte, si elle ne s’adresse pas au même lectorat que celle de Larousse, propose une histoire de France ouverte à la World History, problématisée, déconstruisant, dès le premier volume61, le « récit national ». Comme l’Histoire de France en bandes dessinées de Larousse en son temps, L’Histoire dessinée de la France est une réponse à son temps. L’objectif affiché de la collection dirigée par Sylvain Venayre est de réagir à des temps troublés où « l’histoire de notre pays fait l’objet de fantasmes passéistes et de récupérations politiques62 ».

Note des responsables de publication du numéro : en dépit de nos efforts afin d’obtenir les droits de diffusion des images extraites de « L’histoire de France en bande dessinée », nous n’avons pas obtenu de réponse. Nous nous tenons à la disposition des éditeurs et des éventuels ayant-droit pour toute modification le cas échéant.

Notes

1 Les courants de pédagogie nouvelle (Freinet, GFEN) invitent les enseignants à mettre en place des méthodes actives et à rendre l’élève acteur de ses apprentissages. De son côté, l’université est de plus en plus influencée par l’École des Annales (créée dans les années 1930 autour de Marc Bloch et Lucien Febvre) mettant l’accent sur les méthodes inductives et en élargissant le champ de ce qui présente la valeur de document pour l’historien. Retour au texte

2 Decaux Alain, « France, on n’apprend plus l’histoire à vos enfants ! », Le Figaro magazine, 20 octobre 1979. Retour au texte

3 Id. Retour au texte

4 Kahn Pierre, « La pédagogie primaire entre 1945 et 1970 : l’impossible réforme ? », Le Télémaque, n° 34, novembre 2008, p. 43. Retour au texte

5 Falaize Benoît, L’Histoire à l’école élémentaire depuis 1945, Rennes, PUR, 2016, p. 151. Retour au texte

6 Ibid., p. 151-152. Retour au texte

7 Circulaire n° 77-163 du 29 avril 1977 / Bulletin Officiel n° 22 ter du 9 juin 1977. Retour au texte

8 Arrêté du 7 juillet 1978, ministère de l’Éducation nationale. Retour au texte

9 Chambarlhac Vincent, « Les prémisses d’une restauration ? L’histoire enseignée saisie par la politique », Histoire@Politique, n° 16, 2012/1, p. 187-202. Retour au texte

10 L’Association des professeurs d’histoire géographie (APHG) est une association d’enseignants français d’histoire-géographie fondée en 1910 au Lycée Louis le Grand et reconnue par le ministère de l’Éducation nationale. Elle édite, depuis 1965, une revue trimestrielle : Historiens et Géographes. Retour au texte

11 Chambarlhac Vincent, op. cit. Retour au texte

12 Cans Roger, « L’enseignement de l’histoire en question », Le Monde, 6 mars 1980. Retour au texte

13 Ibid. Retour au texte

14 Office français des techniques d’éducation moderne. Retour au texte

15 Centre national de recherche pédagogique. Retour au texte

16 « On prend les mêmes et on recommence », Les Cahiers du Forum-histoire, n° 6, mai 1977, p. 33. Retour au texte

17 « Entretien avec Michel de France », Schtroumpfanzine, n° 31, juin 1979, p. 3. Retour au texte

18 « Une Histoire de France en bandes dessinées », Le Monde, 5 octobre 1976. Retour au texte

19 Cf. Statuts sur « L’Institut de la Maison de Bourbon », royaute.info. Consulté le 14 février 2025. Retour au texte

20 Glaude Benoît, Écouter la bande dessinée, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, 2024. Retour au texte

21 Ibid. Retour au texte

22 Avant la réforme Haby, 25 % des élèves dits « non-conceptuels » ne rejoignaient pas la classe de 6ème. cf. Oury Fernand et Vasquez Aïda, Vers une pédagogie institutionnelle, Paris, Maspéro, 1967. Retour au texte

23 Roux Antoine, La Bande dessinée peut être éducative, Paris, L’École, 1973, p. 104. Retour au texte

24 Brauner Alfred, « poison sans paroles », Enfance, t. 6, n° 5, 1953, p. 407-411. Retour au texte

25 Fresnault-Desruelle Pierre, Dessins et bulles. La bande dessinée comme moyen d’expression, Paris, Bordas, 1972. Retour au texte

26 Convard Didier et Saint-Michel Serge, Le Français et la bande dessinée, Paris, Nathan, 1972. Retour au texte

27 Roux Antoine, « Le carnaval de Clio… », op. cit., p. 18. Retour au texte

28 Ibid. Retour au texte

29 « On prend les mêmes et on recommence », Les Cahiers du Forum-Histoire, n° 6, mai 1977, p. 35. Retour au texte

30 Lécureux Roger, Marcello Raphaël, « De la République à l’Empire », Histoire de France en bandes dessinées, Paris, Larousse, 1978, p. 746-747. Retour au texte

31 Montorgueil Georges, JOB, Bonaparte, Paris, Boivin, 1910. Retour au texte

32 Hugo Victor, « Ce siècle avait deux ans », Feuilles d’automne, Paris, Eugène Randuel éditeur, 1832, p. 33 (np). Retour au texte

33 Las Cases Emmanuel de, Le Mémorial de Sainte-Hélène, t. 1, Paris, 1823, p. 223. Retour au texte

34 Roux Antoine, « Le carnaval de Clio… », op. cit., p. 18. Retour au texte

35 Gance Abel, Napoléon, Société générale des films, 1927, 425 minutes. Retour au texte

36 Rousso Henry, « Réminiscence de guerre dans la bande dessinée », Vingtième siècle. Revue d’histoire, n° 3, 1984, p. 129-132. Retour au texte

37 Roux Antoine, « Le carnaval de Clio… », op. cit., p. 18. Retour au texte

38 Ibid. Retour au texte

39 Roux Antoine, « Le carnaval de Clio… », op. cit., p. 20. Retour au texte

40 Ibid. Retour au texte

41 Cousin Marielle, Hours Marie et Margolin Jean-Louis, « Vieux vin – nouvelle bouteille. L’Histoire de France en bandes dessinées », Espace-Temps, n° 6, 1977, p. 46. Retour au texte

42 Ibid. Retour au texte

43 Ibid., p. 48. Retour au texte

44 Rousso Henry, « Réminiscence de guerre dans la bande dessinée », op. cit. p. 129. Retour au texte

45 Cavanna François, Charlie Hebdo, n° 362, 20 octobre 1977. Retour au texte

46 Dhoquois Guy, « pour l’histoire ? », L’Homme et la société, n° 39-40, 1976, p. 267-268. Retour au texte

47 Chesneaux Jean, Du passé faisons table rase ?, Paris, Maspéro, 1976. Retour au texte

48 Dhoquois Guy, « pour l’histoire ? », op. cit., p. 269. Retour au texte

49 « On prend les mêmes et on recommence », Les Cahiers du Forum-histoire, n° 6, mai 1977, p. 34. Retour au texte

50 Baur André, Dillies Patrick, Nel Noël et Pégeot Pierre, « Mise en bandes et mise en pièces de l’histoire. L’Histoire de France en bandes dessinées n° 2 », Pratiques : linguistique, littérature, didactique, n° 18-19, 1978, p. 30-48. Retour au texte

51 Notre propre enquête, à partir de l’ensemble de la collection, nous amène à comptabiliser une moyenne allant de 24 % à 30 % des images par fascicule évoquant des scènes de violences. Retour au texte

52 Arrouye Jean, « Bandes à part », Histoire et bande dessinée, Actes du colloque international éducation et bande dessinée, La Roque d’Anthéron, Objectif Promo Durance, 1979, p. 119. Retour au texte

53 « Cocorico ! », Les Cahiers du Forum-Histoire, n° 6, mai 1977, p. 36. Retour au texte

54 Joly Laurent, Le Savoir des victimes. Comment on a écrit l’histoire de Vichy et du génocide des juifs de 1945 à nos jours, Paris, Grasset, 2025, p. 225. Retour au texte

55 Dufourcq Pierre, Tacconi Ferdinando, « Sur tous les fronts 1939-1942 », Histoire de France en Bandes dessinées, n° 23, août 1978. Retour au texte

56 Rousso Henry, « Réminiscence de guerre dans la bande dessinée », op. cit., p. 129. Retour au texte

57 « Entretien avec Michel de France », Schtroumpfanzine, op. cit., p. 4. Retour au texte

58 Ibid. Retour au texte

59 Martine Tristan, « Mettre en question le récit national : entretien avec Sylvain Venayre autour d’une histoire de France réflexive en bande dessinée », ActuaBD, 2 décembre 2017. En ligne [https://www.actuabd.com/Mettre-en-question-le-recit-national-entretien-avec-Sylvain-Venayre-autour-d]. Retour au texte

60 Ibid. Retour au texte

61 Venayre Sylvain, Davodeau Étienne, « La Balade nationale. Les origines », Histoire dessinée de la France, n° 1, La Revue dessinée & La Découverte, 2017. Retour au texte

62 Venayre Sylvain, « La Balade nationale. Les origines », Histoire dessinée de la France, vol.1, La Revue dessinée & La Découverte, 2017, préface. Retour au texte

Illustrations

  • Figure 1. Roger Lécureux, Raphaël Marcello, « De la République à l’Empire », n° 16, p. 746-747.

    Figure 1. Roger Lécureux, Raphaël Marcello, « De la République à l’Empire », n° 16, p. 746-747.

    © Larousse, 1978.

  • Figure 2. Roger Lécureux, Raphaël Marcello, « De la République à l’Empire », n° 16, p. 748 (b1, c1).

    Figure 2. Roger Lécureux, Raphaël Marcello, « De la République à l’Empire », n° 16, p. 748 (b1, c1).

    © Larousse, 1978.

  • Figure 3. Roger Lécureux, Raphaël Marcello, « De la République à l’Empire », n° 16, p. 750 (b2, c2).

    Figure 3. Roger Lécureux, Raphaël Marcello, « De la République à l’Empire », n° 16, p. 750 (b2, c2).

    © Larousse, 1978.

  • Figure 4. Robert Biélott, Maurillo Manara, « La Chute de l’Aigle », n° 17, p. 812.

    Figure 4. Robert Biélott, Maurillo Manara, « La Chute de l’Aigle », n° 17, p. 812.

    © Larousse, 1978.

  • Figure 5. Robert Biélot, Maurillo Manara, « La Chute de l’Aigle », n° 17, p. 794-795.

    Figure 5. Robert Biélot, Maurillo Manara, « La Chute de l’Aigle », n° 17, p. 794-795.

    © Larousse, 1978.

  • Figure 6. Robert Biélot, Maurillo Manara, « La Chute de l’Aigle », n° 17, p. 816.

    Figure 6. Robert Biélot, Maurillo Manara, « La Chute de l’Aigle », n° 17, p. 816.

    © Larousse, 1978.

  • Figure 7. Robert Biélot, Dino Battaglia, « De la Marne à Verdun », n° 22, p. 1024-1025.

    Figure 7. Robert Biélot, Dino Battaglia, « De la Marne à Verdun », n° 22, p. 1024-1025.

    © Larousse, 1978.

  • Figure 8. Comparaison de la case dessinée avec son image d'archive correspondante.

    Figure 8. Comparaison de la case dessinée avec son image d'archive correspondante.

    Rangée du dessus : Robert Biélot, Ferdinando Tacconi, « Sur tous les fronts, 1939-1942 », n° 23, p. 1094 (b2, c1) et p. 1102 (b2, c1) © Larousse, 1978. Rangée du dessous : photographie n° NH86118, 1941 © Navy History and Heritage Command, Washington DC | Photographie n° 14 prise par le général SS Jürgen Stroop, 1943. © National Archives, Washington DC.

  • Figure 9. Jean Ollivier, Eduardo Coelho, « Un chevalier du roi », n° 6, p. 312-313.

    Figure 9. Jean Ollivier, Eduardo Coelho, « Un chevalier du roi », n° 6, p. 312-313.

    © Larousse, 1977.

  • Figure 10. Pierre Castex, Victor de la Fuente, « Vercingétorix », n° 1, p. 38, b.1, cases 1 et 2.

    Figure 10. Pierre Castex, Victor de la Fuente, « Vercingétorix », n° 1, p. 38, b.1, cases 1 et 2.

    © Larousse, 1976.

Citer cet article

Référence électronique

Christophe Meunier, « Quand la BD vient au secours du « roman national » : l’aventure éditoriale de l’Histoire de France en bandes dessinées de Larousse », Épistémocritique [En ligne], 27 | 2025, publié le 30 décembre 2025 et consulté le 15 mars 2026. Droits d'auteur : Le texte seul, hors citations, est utilisable sous Licence CC BY 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.. DOI : 10.58335/epistemocritique.961. URL : https://preo.ube.fr/epistemocritique/index.php?id=961

Auteur

Christophe Meunier

InTRu (université de Tours), INSPE Centre Val de Loire, Université d’Orléans, France

Christophe Meunier est docteur en géographie, formateur à l’INSPE (Institut national supérieur du professorat et de l’éducation) Centre Val de Loire. Chercheur au laboratoire InTRu, il travaille sur les représentations de l’espace et des spatialités dans les productions culturelles iconotextuelles telles que l’album pour enfants ou la bande dessinée. Publications récentes : Caroline. Héroïne des Trente glorieuses, Tours, PUFR, 2024 ; avec Christophe Cassiau-Haurie, Histoire de la bande dessinée africaine à l’époque coloniale, L’Harmattan, 2024 ; L’Espace dans le livre pour enfants, Rennes, PUR, 2016 ; Les Géo-graphismes de Peter Sìs, Paris, L’Harmattan, 2016.

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