Récits d’esclavage en bande dessinée et vulgarisation du savoir historique

De quelques tendances contemporaines dans l’édition pour la jeunesse

  • Comic Book Accounts of Slavery and the Popularization of Historical Knowledge. Some Contemporary Trends in Children’s Publishing

DOI : 10.58335/epistemocritique.990

Résumés

L’édition contemporaine de bande dessinée pour la jeunesse ne vise pas seulement le divertissement de son destinataire, mais se montre capable de s’emparer des questions sensibles et des pages éprouvantes de l’histoire pour nourrir la culture des jeunes lecteurs. En l’occurrence, depuis la promulgation de la loi Taubira qui, en 2001, reconnaît l’esclavage comme crime contre l’humanité et rend son enseignement obligatoire, il se publie de nombreux récits d’esclavage dans tous les genres littéraires pour traiter ce sujet, donc également en bande dessinée. Le présent article se propose de rendre compte de la manière dont la bande dessinée la plus récente cherche à transmettre l’histoire de l’esclavage en exploitant les caractéristiques du genre, les images séquentielles, le dialogue du texte et de l’image, la fictionnalisation du savoir. Nous avons retenu trois tendances différentes. La première, de facture classique, fait alterner fiction en BD et documents d’archives (Enchaînés dans l’entrepont de la Marie-Séraphique, 2021). La deuxième élit la biographie pour sortir de l’ombre des figures d’esclaves jusque-là délaissées par l’histoire officielle (Vingt Décembre. Chroniques de l’abolition, 2023). La troisième atteste l’engagement de ses auteurs et décrit leurs efforts pour mettre au jour ce que l’histoire a longtemps passé sous silence (Wake. L’histoire cachée des femmes meneuses de révoltes d’esclaves, 2022). Quels que soient les moyens narratifs et graphiques sollicités, ces albums attestent le rôle clé de la bande dessinée pour vulgariser, sans concession ni édulcoration, des connaissances historiques sur un passé dont les échos retentissent toujours sur la société contemporaine.

Contemporary comics for young people are not only intended to entertain their audience, but also to tackle sensitive issues and difficult chapters of history in order to foster the cultural development of young readers. In fact, since the enactment of the Taubira Law in 2001, which recognizes slavery as a crime against humanity and makes its teaching mandatory, numerous stories about slavery have been published in all literary genres to address this subject, including comics. This article aims to show how the most recent comics seek to convey the history of slavery by using the features of the genre, sequential images, the dialogue between text and image, and the fictionalization of knowledge. We have selected three different trends. The first, which is classic in style, alternates between fictional comics and archival documents (Enchaînés dans l’entrepont de la Marie-Séraphique, 2021). The second uses biography to bring to light figures of slavery who had previously been overlooked by official history (Vingt Décembre. Chroniques de l’abolition, 2023). The third attests to the commitment of its authors and describes their efforts to uncover what history has long ignored (Wake: L’histoire cachée des femmes meneuses de révoltes d’esclaves, 2022). Regardless of the narrative and graphic techniques used, these albums attest to the key role of comics in popularizing, without compromise or sugarcoating, historical knowledge about a past that still resonates in contemporary society.

Plan

Texte

En accord avec la double postulation séculaire du livre de jeunesse affichée par le Magasin d’éducation et de récréation1, la bande dessinée du siècle dernier ne s’est cantonnée ni au registre des comics – avec l’entrée en scène spectaculaire de Mickey en 1934 –, ni aux aventures des supermen étatsuniens, que la loi du 16 juillet 1949 a tenté de bouter hors de France. Dans l’objectif de nourrir la culture des jeunes lecteurs, elle n’a pas tardé à ouvrir ses pages à tous les sujets, à prendre en compte l’état du monde et son histoire, jusqu’à aborder désormais les questions les plus sensibles, comme la Shoah et l’esclavage. Quelle que soit, dans ces bandes dessinées, la proportion de la fiction « historique » – l’histoire en tant qu’« accessoire narratif » – ou bien « historienne » – l’histoire « devenue constitutive de la narration2 » –, leur rôle dans l’enseignement des humanités a été légitimé par la recherche3.

Depuis 2001, date de la promulgation de la loi Taubira qui reconnaît l’esclavage comme crime contre l’humanité et rend son enseignement obligatoire, l’édition pour la jeunesse s’est emparée du sujet et le décline à travers ses différents genres littéraires et graphiques. L’état des lieux effectué par Nicolas Rouvière, en 20204, sur la présence de l’esclavage dans la bande dessinée depuis l’après-guerre, a mis au jour l’évolution d’une production qui s’est peu à peu affranchie de l’idéologie colonialiste pour embrasser la cause de l’esclave et lui rendre justice. Dans ce cadre, nous privilégions trois titres récents qui visent à transmettre l’histoire de l’esclavage au moyen de propositions hybrides, dans lesquelles se conjuguent la volonté de diffuser le savoir et celle de sensibiliser à ses aspects les plus douloureux par le biais de la fiction et des images. Il s’agit, dans l’ordre de parution, de : Enchaînés dans l’entrepont de la Marie-Séraphique (Cortez, Guillet, Gualdé, Lannes, Rivalan, Odone, 20215) ; Wake. L’histoire cachée des femmes meneuses de révoltes d’esclaves (Rebecca Hall, Hugo Martinez, 20226) ; Vingt Décembre. Chroniques de l’abolition (Appollo, Tehem, 20237).

Pour interroger les modalités et les enjeux de la vulgarisation historique par ces albums porteurs de récits d’esclavage – et sans nous interdire d’en convoquer quelques autres –, nous examinerons différentes approches de cette page d’histoire selon que les auteurs adoptent une facture d’apparence traditionnelle pour faire découvrir les arcanes du système esclavagiste, ciblent une figure remarquable pour se livrer à une étude de cas, ou encore s’impliquent personnellement dans une enquête menée sur les traces d’un passé négligé par l’histoire officielle.

À l’ombre du musée, priorité à l’archive : Enchaînés dans l’entrepont de la Marie-Séraphique

Premier port négrier de France, la ville de Nantes s’est engagée depuis les années 1980 au service de l’histoire et de la mémoire de l’esclavage, en organisant nombre d’expositions et de manifestations scientifiques dans le musée qui conserve les plus importantes collections d’objets liés à une page d’histoire jusque-là invisibilisée. Tel est le contexte de publication d’Enchaînés dans l’entrepont de la Marie-Séraphique, qui conditionne le fonctionnement d’un album visant à faire connaître l’histoire de l’esclavage en s’appuyant sur la documentation la mieux informée, pour nourrir une bande dessinée propre à vulgariser le savoir tout en captant l’attention des jeunes publics.

L’ordonnancement des six patronymes sur la couverture de l’album épouse la hiérarchie instaurée entre les contributeurs : en tête la scénariste Alexandrine Cortez, puis les directeurs du musée historique de Nantes, Bertrand Guillet et Krystel Gualdé, auteurs des pages documentaires, les dessinateurs de la BD, Antoane Rivalan et Christopher Lannes, enfin Joël Odone, chargé de sa mise en couleurs. Paru en 2021 à l’occasion de l’exposition qui s’est tenue au musée historique de Nantes du 16 octobre 2021 au 19 juin 2022, L’abîme, Nantes dans la traite atlantique et l’esclavage colonial, 1707-1830, l’album a de surcroît bénéficié d’une adaptation transmédia : le scénario de la bande dessinée, adapté par Claire Loup, est disponible en podcast sur le site du musée8. Sont parus également, sous l’égide des directeurs du musée, le catalogue de l’exposition, signé par Krystel Gualdé9, et un ouvrage de Bertrand Guillet strictement dévolu à la Marie-Séraphique10. La bande dessinée publiée chez Petit à Petit, avec le soutien du musée de Nantes, se présente donc comme le volet pour l’enfance de ce triptyque de vulgarisation des savoirs sur l’esclavage. D’après le catalogue général de la BnF, elle vise un destinataire « à partir de 11 ans ».

L’album adopte la forme la plus répandue dans les documentaires sur l’esclavage : l’alternance concertée entre pages fictionnelles et pages informatives – les premières occupant ici les deux tiers de l’ouvrage. Scindée en onze chapitres, la bande dessinée raconte le quatrième et dernier voyage du bateau négrier éponyme sur le circuit triangulaire de la traite. Un voyage précisément daté, de son départ, le 30 décembre 1773, à son retour, le 15 avril 1775, les archives fournissant, à partir du journal de bord du navire, toutes les précisions chiffrées sur la temporalité du trajet et sur la teneur des cargaisons en « marchandises » variées au fil de ses étapes successives. De même, sont connus les noms de l’armateur et du capitaine ainsi que l’origine du nom du bateau, le prénom de l’épouse de son propriétaire. De plus, la Marie-Séraphique ayant été représentée par un marin aquarelliste engagé dans l’équipage de son premier voyage, plusieurs images en coupe du bateau occupent les premières pages de garde de l’album : elles détaillent avec une précision hyperréaliste le contenu des cales – les stocks de provisions en eau et en vivres – et celui de l’entrepont, où gisent les corps alignés des captifs11.

À bord de la Marie-Séraphique, la bande dessinée donne du relief à quelques personnages de fiction comme Jacques, un marin qui souhaite profiter de la traversée pour s’installer en Amérique, Guy, un mousse dont le jeune âge pourra susciter l’identification du lecteur, ou encore les deux hommes noirs, significativement dotés de prénoms chrétiens, Joseph et Baptiste, que l’armateur présente en ces termes : « Je vous rappelle que ces deux nègres sont un prêt de nos associés. Je compte sur vous pour que nous les rendions en bon état à leurs propriétaires. », tandis que s’interrogent les membres de l’équipage : « C’est qui ces deux-là ? Je croyais qu’on embarquait des nègres qu’en Afrique… – Ils serviront d’interprètes pour négocier l’achat des captifs. Mais en attendant, je m’demande où on va pouvoir les mettre… » (p. 9). Un insert cadrant, à cet instant, le bras de l’un des deux hommes, poing serré, atteste de manière éloquente l’engagement du narrateur visuel pour dénoncer l’esclavage. À elles seules, les images « engendrent des histoires en exploitant leurs propres caractéristiques formelles tout en s’appuyant sur l’imagination du public12 ». Nombre d’épisodes sont ainsi traités par les seules images, sans faire l’objet de considérations textuelles, le viol d’une captive par un marin, son suicide, le désespoir de son conjoint (p. 35 et 48). Les cadrages expressifs et les focus des inserts soulignent les souffrances et l’incompréhension de ceux qui sont réduits au silence et dont nul ne comprend la langue, face à l’indifférence bavarde de l’équipage. Tout en respectant le cahier des charges du projet qui leur intime de diffuser des connaissances congruentes avec les pages documentaires qui leur font suite, les auteurs du récit en images les font incarner par des personnages qu’ils animent et humanisent pour toucher les jeunes lecteurs. Avec le risque que ces derniers soient tentés d’éluder les pages informatives pour courir au chapitre suivant sans faire cas des données que des enseignants chercheraient, au contraire, à exploiter. La double page consécutive à chaque étape de la BD fournit en effet une dizaine de pavés de textes destinés à éclairer et contextualiser les épisodes du récit, accompagnés d’une iconographie empruntée aux archives du musée de Nantes. De son côté, la BD tente de maintenir l’attention du jeune lecteur par le truchement du petit mousse, Guy, témoin des horreurs de la traite, qui ne tarde pas à dire à Jacques : « Emmène-moi avec toi en Amérique ! […] Je f’rai pas une traversée de plus sur ce maudit bateau » (p. 41). Le dernier chapitre, intitulé « Ultimes combats », rappelle en accéléré l’enchaînement des bouleversements historiques, Guerre d’Indépendance américaine, Révolution française, première abolition, indépendance d’Haïti, jusqu’à l’abolition de 1848 ; la dernière page, sans texte, s’attarde, en trois vignettes, sur deux jeunes garçons, un Blanc – copie conforme de Guy – et un Noir, embarqués sur un radeau, au clair de lune, comme dans les romans de Mark Twain, symboles juvéniles apaisés de liberté et d’égalité – concession à la note positive attendue à la fin d’un livre de jeunesse, aussi pénible soit le sujet abordé. On ne saurait totalement désespérer l’enfance.

En dépit de la scientificité indiscutable de la vulgarisation mise en œuvre dans cet album, force est de constater que « la littérature en images reflète pour une part les mentalités, voire l’état des connaissances, caractéristiques d’un milieu social donné à une époque déterminée13 ». Ainsi, les choix graphiques et narratifs de la bande dessinée attestent le regard contemporain des auteurs sur les exactions commises, qui font de l’esclavage un crime contre l’humanité :

Il n’est manifestement plus possible d’aborder de manière simpliste la question de la traite et de l’esclavage dans la bande dessinée franco-belge. Même dans les productions destinées à un public « jeune », la complexité des situations ou encore l’implication des Noirs eux-mêmes dans le processus d’émancipation, sont prises en compte14.

Alors que les esclaves sont rarement individualisés dans Enchaînés, en lien avec le caractère massif de la déportation de 12 à 13 millions de victimes anonymes lors des traites occidentales15, la deuxième tendance de la production contemporaine pour la jeunesse met en valeur la vie de certains d’entre eux, qui se sont distingués, et dont le nom est finalement entré dans l’histoire.

Aux grands hommes, la BD reconnaissante : Vingt Décembre. Chroniques de l’abolition

Lorsque la bande dessinée fait le choix du genre biographique, elle reprend la vie d’hommes (et parfois de femmes) illustres dont l’action a marqué l’histoire : le catalogue de la collection « Ils ont fait l’histoire » chez Glénat16 décline une liste de noms prestigieux et connus de tous – contrairement à ceux des esclaves, sortis tardivement de l’anonymat, qui retiennent l’attention des historiens aujourd’hui. Si quelques-uns d’entre eux sont mentionnés dans les documentaires qui portent sur l’esclavage, rares sont ceux qui ont fait l’objet d’une bande dessinée monographique, tel Toussaint Louverture, acteur décisif de la révolution de Saint-Domingue. L’album consacré en 1985, par Nicolas Saint-Cyr et Pierre Briens17, à celui que l’on désigne comme « le Napoléon noir », est réédité à la Réunion au début du xxie siècle dans la perspective post-coloniale de l’édition ultramarine afin de mettre en relief les grandes figures noires et, en l’espèce, celles qui ont connu l’esclavage. De même, les éditions Jasor, en Guadeloupe, publient en 2001, Les Fabuleuses Aventures d’Equiano18, adaptation en bande dessinée des mémoires d’Olaudah Equiano19, premier esclave américain à raconter sa vie depuis sa capture en Afrique. Plus récemment, chez Caraïbéditions, La légion Saint-Georges20 (sic) raconte la vie du métis, fils d’une esclave guadeloupéenne et d’un aristocrate, qui deviendra le chevalier Saint-George, et fera une carrière d’artiste et d’escrimeur en France au xviiie siècle. De plus, nombre de biographies d’esclaves, souvent non traduites, paraissent aux États-Unis qui, pour avoir connu l’esclavage sur leur territoire même, et non en de lointaines colonies, ont consacré une importante somme de publications à la question, y compris dans les livres pour enfants21. Par exemple, en 2009, Harriet Tubman, l’esclave qui servit de passeuse aux esclaves en fuite vers le nord du continent, est l’héroïne d’une « graphic biography » sous le titre Harriet Tubman, the life of an American-African abolitionist22.

Du côté français, émerge aujourd’hui un intérêt plus soutenu pour des figures auparavant laissées dans l’ombre, telle celle du père d’Alexandre Dumas, fils d’une esclave de Saint-Domingue – Marie-Cessette Dumas – et d’un aristocrate normand, le marquis Davy de la Pailleterie. À partir du parcours très romanesque de ce métis, Salva Rubio et Rubén del Rincon déploient de 2022 à 2024 une trilogie intitulée Le premier Dumas23 pour faire découvrir la vie singulière de ce personnage resté en marge de l’histoire, victime, précisent-ils dans leur préface, de la « damnatio memoriae, ou la malédiction de l’oubli […] qui efface toutes ces vies noires ». Les sources étant rares, ils s’inspirent des Mémoires de l’écrivain – dont ils reprennent le mode énonciatif – qui magnifie la figure et les aventures de son père, en écho parfois à certains épisodes trépidants de ses romans. Historien de formation, le scénariste Salva Rubio explique son projet en fin d’album, dans un dossier (non paginé) suivi d’une bibliographie. Il avertit « le lecteur des limites nécessaires entre l’histoire et la fiction » et souligne qu’en l’occurrence « la réalité dépasse la fiction » puisque l’ancien esclave connaît un destin hors du commun, et devient le premier général noir de l’histoire. Si la question de l’esclavage ne concerne à proprement parler que le début du premier tome, situé en Haïti, sa brutalité n’est pas occultée : elle affecte particulièrement le jeune héros lorsque son père quitte l’île en l’emmenant avec lui, car il n’hésite pas à vendre sa femme et ses trois autres enfants, qui resteront esclaves. En France, le jeune homme s’élève dans la société mais finit par rompre avec son père et adopter le nom de sa mère. L’image épouse la stratégie de magnification du personnage dès la couverture qui parodie le portrait équestre de Bonaparte franchissant le Grand Saint-Bernard par Jacques-Louis David. Le reste de l’album est à l’avenant, dynamique, bariolé, à la mesure d’une figure hors norme et haute en couleur.

Beaucoup plus modeste, le protagoniste de Vingt Décembre. Chroniques de l’abolition n’est pas désigné en tant que personnage éponyme d’un album qui raconte pourtant sa vie et le représente sur l’image de couverture, face au lecteur, en esclave des champs, une bêche à la main, le crâne ceint d’une couronne végétale surmontée d’une fleur. Cet esclave réunionnais, Edmond Albius, est désormais reconnu comme l’inventeur, au milieu du xixe siècle, de la fécondation artificielle de la vanille, mais l’histoire a tardé à lui attribuer la découverte qui a fait la fortune de l’île. Son nom n’apparaissait que de loin en loin, à propos de la culture de la vanille, et il aura fallu attendre le tournant des années 2010 pour qu’il devienne le principal protagoniste de trois romans pour la jeunesse24, et une décennie de plus pour que lui soit consacrée la bande dessinée d’Appollo et Tehem, deux auteurs intimement liés à l’île de la Réunion25. Ils expliquent en fin d’album les origines de leur projet, né d’une résidence artistique « Patrimoine et création » aux archives de la Réunion : « Vingt Décembre est donc une œuvre de fiction qui s’est nourrie de cette immersion dans les archives de l’île » (p. 146) ; il en va de même pour le dossier qui l’accompagne, « Journal d’un album » (p. 147-160), extrait du « journal de résidence » rédigé pendant leur séjour.

Faute de nommer le personnage de la BD, son titre mentionne la date de l’abolition de l’esclavage à la Réunion, quelques mois après le décret officiel du 27 avril 1848, porté par Victor Schoelcher. Le sous-titre renvoie au genre historique de la chronique, en tant que récit d’événements dans l’ordre de leur déroulement. La vie d’Edmond Albius s’inscrit dans ce contexte qui le dépasse, minuscule rouage que l’histoire finira pourtant par distinguer. Appollo imagine qu’Edmond, au moment de l’abolition, pensait pouvoir choisir lui-même son patronyme et rêvait de s’appeler « Edmond Vingt-Décembre » (p. 74-75), ce qui rejoint finalement le titre de l’album, bien que l’employé préposé à l’inscription des noms sur les registres d’état-civil ait imposé un autre choix. Marcel Proust souligne le caractère antiphrastique de ce nom quand l’un de ses personnages s’en amuse en évoquant « un jeune nègre natif de la Réunion et nommé Albius, ce qui, entre parenthèses, est assez comique pour un Noir, puisque cela veut dire blanc26 ».

De facture relativement modeste, à l’image du personnage, la BD privilégie le gaufrier à neuf cases – avec quelques variantes – et une sobre palette chromatique. Le ton d’Appollo s’accorde au trait tout en arrondis de Tehem et son récit se teinte d’humour, option revendiquée par l’illustrateur : « Incapable de m’aventurer dans le dessin réaliste, je m’amuse dans ce style semi-réaliste qui apporte un décalage intéressant sur un sujet aussi chargé que l’esclavage. Par un effet paradoxal, un dessin léger peut augmenter la gravité du propos et le malaise ressenti27. » Il se trouve qu’Edmond est un esclave au statut un peu particulier pour avoir, enfant, vécu sous la protection d’un planteur qui l’a initié à la botanique, sans pour autant lui fournir d’éducation digne de ce nom : bien qu’il ne sache ni lire ni écrire, il est capable de désigner toutes les plantes par leur nom latin et cette familiarité avec le monde végétal est à l’origine de sa découverte, qui lui a permis de mettre en relation les parties mâle et femelle de la fleur de vanillier. Les propos joyeux des personnages alternent avec des scènes de violence, inhérentes à la condition d’esclavage, comme sur la double page sans texte qui ouvre l’album et montre un esclave marron en fuite, puis abattu par un contremaître, sous les yeux du jeune Edmond.

Le scénario entrelace épisodes historiquement vérifiables et inventions ludiques. La chronique de l’abolition fait intervenir le personnage historique incontournable de Sarda-Garriga, commissaire général de la république chargé de mettre en application le décret d’abolition de l’esclavage sur l’île, ce qui ne s’effectue pas sans encombre. Le récit foisonnant de personnages se montre attentif à tous les points de vue dans une société toujours aussi injuste après l’abolition, quand les hommes libres continuent à être exploités par leurs anciens maîtres et que ces derniers sont dédommagés pour les pertes causées par la fin de l’esclavage. Appollo s’autorise une invention digne du Quentin Tarentino de Django Unchained28 : il imagine le personnage de Makouta, un ancien esclave, qui se livre à une vengeance méthodique en éliminant tous ceux qui ont croisé sa route et qu’il juge responsables de sa condition. L’épisode relève de la BD historique « qui situe une intrigue imaginaire dans un cadre temporel plausible29 ». En revanche, Antoine Roussin, auteur de l’unique photographie d’Edmond Albius, et le jeune artiste Martial Potémont, qui donne en 1848 ses dessins à l’organe de presse réunionnais La Lanterne magique, ont bien existé. Appollo et Tehem ont plaisir à mettre en abyme le genre de la bande dessinée en faisant de Potémont, dont ils reproduisent le reportage en images sur le séjour de Sarda-Garriga à la Réunion, l’inventeur des images séquentielles – quelques années après les premiers dessins de Rodolphe Töpffer : « les vignettes se succèdent avec un récitatif au-dessus, et forment un récit tout à fait novateur, mêlant reportage en dessins, humour satirique, témoignage historique et invention formelle » (p. 153). L’énumération quelque peu hétéroclite de ces caractéristiques résume également les atouts de cette BD qui regroupe toutes les connaissances disponibles à propos d’Edmond Albius, dans le cadre spatio-temporel de son existence, au prisme d’un talent narratif et graphique qui tient la balance entre les deux axes des livres de jeunesse : instruire et divertir – ce qui était une gageure pour traiter un sujet aussi délicat que celui de l’esclavage.

La troisième étape de notre corpus nous conduit à observer un tout autre choix, tant dans la démarche d’écriture que dans la réalisation graphique.

Quête et enquête, dans les coulisses de la recherche sur l’esclavage : Wake. L’histoire cachée des femmes meneuses de révoltes d’esclaves

En raison de son format (17.5 x 24.5 cm) et de son volume (207 pages), la bande dessinée de Rebecca Hall et Hugo Martinez, traduite de l’américain, s’apparente à un roman graphique. Même si la définition de ce genre aux contours flous fait toujours débat, il semble établi qu’il s’adresse prioritairement aux adultes. Pourtant, La Revue des livres pour enfants consacre une recension à Wake dans sa rubrique « Documentaires30 », pour un destinataire « à partir de 15 ans ».

Juriste, activiste, historienne, Rebecca Hall est, au premier chef, afrodescendante et, à ce titre, se dit « hantée » par l’histoire de l’esclavage. L’adjectif est récurrent, dès la première représentation de l’autrice (p. 9) et il revient obsessionnellement dans le dernier chapitre ; les images d’Hugo Martinez s’emploient à traduire cette hantise d’une histoire qui ne passe pas, à la source des plus importants récits d’esclavage publiés aux États-Unis par des romanciers afrodescendants depuis un demi-siècle : Alex Haley (Roots, 1976), Toni Morrison (Beloved, 1987), Colson Whitehead (Underground Railway, 2016), Percival Everett31 (James, 2024).

Marquée par cette forte implication personnelle dans sa quête d’un passé méconnu, en réaction contre « l’histoire racontée par les vainqueurs » (p. 27), l’autrice s’intéresse à l’action des esclaves eux-mêmes, ou plus précisément elles-mêmes, comme l’annonce le titre de l’album. En dix chapitres, elle relate le processus des recherches menées pour sa thèse de doctorat, tout au long d’une enquête entrecoupée de découvertes et de frustrations, entre deux continents. Hormis la double page de remerciements et la bibliographie finale, l’ouvrage incorpore toutes les données historiques recueillies, sans dossier dédié, contrairement aux deux autres types de BD de vulgarisation vus précédemment : tout est dit dans le cours même de l’ouvrage, à travers les pavés de texte – les phylactères sont rares, comme les dialogues, la chercheure étant la plupart du temps seule – et les images, spatialement et statutairement prépondérantes.

La période de l’esclavage provenant d’un passé lointain, les récits qui en rendent compte ne peuvent tout à fait être confondus avec les « récits mémoriels historiques » qui font écho aux tragédies du xxe siècle, étudiés par Isabelle Delorme32 à partir, entre autres, de Maus d’Art Spiegelman et de Persepolis de Marjane Satrapi. Il s’agit dans leur cas de récits qui impliquent de se pencher sur des archives privées, familiales, ce dont Maus représente le paradigme, l’auteur interrogeant son père pour reconstituer sa traversée de la guerre et de la Shoah. Faute d’accès au témoignage de ses propres ancêtres, Rebecca Hall prend en charge une mémoire collective plus ancienne – une sorte d’inconscient collectif – pour se confronter à l’histoire de l’esclavage à travers d’innombrables êtres anonymes et rarement individualisés. Pourtant, la démarche et la méthode de la recherche sont comparables à celles qui s’attachent à des périodes plus récentes : elle aussi doit « [c]hercher les traces de ce qui fut, exhumer les papiers […], arpenter bibliothèques et centres de documentation, et […] explorer les méandres de l’internet ». Comme les récits mémoriels du xxe siècle, Wake « s’appuie sur la volonté de partager une mémoire, laquelle repose sur une injonction mémorielle ressentie par l’auteur33 ». C’est à partir de comptes-rendus judiciaires, où elle découvre les noms de quatre femmes inculpées pour avoir participé, en 1712, à une conspiration d’esclaves, qu’elle conçoit son projet de recherche :

En tant qu’historienne de l’esclavage dans l’Amérique britannique, comment honorer la mémoire de ces ancêtres et leur sacrifice ?

En faisant des conjectures éclairées sur ce qui s’est passé.

C’est la moindre des choses que je puisse faire pour ces femmes. Je peux raconter leur histoire, me servir de tout ce que je sais être vrai de leurs vies, et compléter moi-même les pans ignorés du récit par le plus vraisemblable. (p. 35)

Tout est dit ici, la part du document, de l’hypothèse, et celle, inévitable, complémentaire, de l’imagination. L’album intrique deux axes : l’objet de la recherche – à savoir, l’histoire des « femmes noires qui avaient combattu pour la justice. Toutes ces femmes guerrières qui avaient combattu pour échapper à l’esclavage » (p. 21) – et les modalités de cette recherche. Ce type de dispositif, qui instaure un va-et-vient entre passé et présent, a été mis en œuvre en 2015 par Sylvain Savoia dans Les esclaves oubliés de Tromelin34– publication également soutenue par le musée de Nantes –, à propos de l’aventure des 160 esclaves malgaches abandonnés, en 1760, sur une île de l’océan Indien, après le naufrage d’un bateau négrier. Ils y séjournèrent quinze ans avant que les survivants puissent être sauvés. Deux siècles et demi plus tard, le dessinateur Sylvain Savoia fait partie de l’équipe archéologique missionnée pour faire des fouilles sur l’île et exhumer l’histoire des esclaves en déréliction. Son album fait alterner deux formes de bande dessinée, toutes deux en couleurs mais différemment organisées pour distinguer le passé du présent : la première, avec cases et bulles, relate – et imagine – la robinsonnade des esclaves sur l’île, au xviiie siècle ; la seconde, résolument non-fictionnelle, tient de la « bande dessinée du réel » : au moyen de vignettes non cernées et de pavés de texte, elle décrit dans le détail l’expédition scientifique d’aujourd’hui. Le dossier documentaire en fin d’album met au jour les fruits de la recherche menée en produisant des extraits des archives maritimes et des photographies des objets retrouvés lors des fouilles. L’ensemble offre un exemple rigoureux de vulgarisation scientifique mis à la portée de jeunes lecteurs « à partir de 11 ans », à la fois sur un épisode de l’histoire de l’esclavage et sur les méthodes archéologiques d’investigation.

Alors que Sylvain Savoia instaure un net clivage graphique et structurel entre passé et présent, Hugo Martinez inscrit les épisodes du passé dans la vie même de la chercheure partie sur ses traces. Il associe souvent les deux périodes, également dessinées en noir et blanc, d’un trait rude qui évoque la gravure sur bois et d’une tonalité aussi sombre que celle de Maus. Comme l’a noté Isabelle Delorme, « l’utilisation majoritaire du noir et blanc dans les récits mémoriels historiques en bande dessinée renvoie à la représentation que nous pouvons avoir du passé35 ». L’album s’ouvre sur une sorte de séquence pré-générique : les treize pages qui précèdent la page de titre se situent sur un bateau négrier, en plein Atlantique, en 1770, lors d’une révolte de femmes esclaves qui brisent leurs chaînes, envahissent le pont du navire, agressent les marins et choisissent de se jeter à la mer. L’enchaînement des pages 8 et 9 suit la plongée de l’une d’entre elles dont les bras finissent par atteindre une autre femme, qui se réveille subitement, dans une bibliothèque, et déclare face au lecteur : « Je suis historienne. Et je suis hantée ». La séquence donne le ton du caractère onirique des images pour traduire l’obsession de Rebecca Hall. Les vagues de la mer envahissent les pages, par exemple, en haut de la page 12, le bateau négrier s’éloigne vers l’horizon, tandis que dans son sillage, qui occupe la page entière, au milieu des vagues, apparaissent les registres de la compagnie maritime qui fait état des voyages transatlantiques, les rayonnages des archives avec leurs rouleaux rangés dans des casiers et la chercheure qui déplie l’un d’eux en se disant : « Je suis née pour raconter ces histoires ». La mention « New-York, 1999/1712 » (p. 27) souligne le rapprochement constamment établi à l’image entre les deux périodes : quand Rebecca Hall quitte le bâtiment des archives municipales, elle laisse derrière elle, massé derrière la vitre de la porte à tambour, le peuple des esclaves en révolte brandissant des torches, émanation de ses découvertes au fil de ses lectures.

La collaboration entre autrice et dessinateur parvient à composer un album iconotextuel qui relie aussi étroitement le texte aux images que le passé au présent. La représentation de Rebecca Hall en femme du xxe siècle, avec jeans, sneakers et dreadlocks, devient inséparable de celle des esclaves nus ou pauvrement vêtus selon les moments de leur captivité. De nombreuses séquences sans texte, aussi sombres que certaines œuvres d’un Will Eisner, relatent des épisodes de l’histoire de l’esclavage. D’autres reproduisent des documents qui entérinent les hypothèses de l’historienne, comme la mention d’une révolte des femmes esclaves en mai 1770, signalée sur les registres du bateau The Unity conservés aux archives de la Marine à New York. Entre la Californie, où elle réside, New York et Londres où elle consulte les archives, la chercheure effectue, elle aussi, un parcours semé d’épreuves, de difficultés, et de refus – par exemple lorsqu’elle veut accéder aux registres de la Lloyd, à Londres, pour vérifier les contrats d’assurance des armateurs propriétaires de bateaux négriers (p. 140-144). Intitulé « La Marche des Ancêtres » – un titre de la chanteuse belgo-congolaise Zap Mama –, le dernier chapitre se tourne vers l’avenir, comme le groupe de femmes représenté sur le toit d’un building new-yorkais – l’autrice et les esclaves, dans la même posture que sur la couverture de l’album, regardant vers la droite, vectorisées par le sens de la lecture et de l’histoire. Tissé de citations destinées à rappeler les épisodes qui ont jalonné quatre siècles d’esclavage, le chapitre atteste la revendication de Rebecca Hall pour qui « Se retourner pour retrouver notre passé […] c’est combler un “vide d’origine” qui voudrait nous effacer » (p. 201) ; les deux dernières pages illustrent son propos intersectionnel de réhabilitation des femmes esclaves : l’une d’elles jaillit des flots, derrière le navire négrier, munie d’une lance, elle aussi tendue vers l’avenir. Impliquée en tant qu’afrodescendante et féministe militante, servie par un illustrateur inspiré et tout aussi militant, l’historienne s’engage pour porter à la connaissance d’un large public, incluant un public jeune, une histoire qui résonne toujours fortement aujourd’hui.

Le champ éditorial que nous venons de survoler, couramment désigné comme « littérature documentaire » par les spécialistes du domaine36, répond par définition, en tant que littérature adressée, à un objectif de vulgarisation, d’adaptation du savoir aux enfants et aux adolescents. Le medium de la bande dessinée offre l’opportunité de conjuguer narration et iconographie au service de ce projet, pour mieux susciter l’intérêt du lectorat visé, l’attirer, alimenter sa culture, éveiller son esprit critique, l’émouvoir et le distraire dans le même temps.

Si le corpus retenu illustre différentes tendances pour aborder la période historique de l’esclavage, des constantes s’imposent. D’une part, la réunion des acteurs attendus – scénariste, illustrateur, éditeur – s’appuie toujours sur le concours de scientifiques, voire d’institutions dédiées à la question de l’esclavage. D’autre part, la fiction ne manque pas d’être sollicitée, selon des modalités diverses, de l’humour au fantastique, pour revisiter les épisodes du passé. Dans la mesure où la loi Taubira prescrit l’enseignement de l’histoire de l’esclavage – ce qui concerne trois disciplines : l’histoire, la littérature, l’éducation civique et morale –, les listes de littérature préconisées par le ministère de l’Éducation nationale proposent un certain nombre de titres sur le sujet, mais il s’agit de romans ou d’albums de jeunesse, non de bandes dessinées. Ces dernières jouent donc pleinement leur rôle de vulgarisation pour des publics non captifs, par le biais d’autres médiateurs, parents ou bibliothécaires. Pour mettre en œuvre tous les moyens disponibles susceptibles d’éveiller l’intérêt, ces BD répondent volontiers à la tendance observée par Virginie Meyer dans les documentaires contemporains : « Le ton encore largement didactique et distancié en vigueur jusqu’aux années 1990-2000 laisse la place à un point de vue beaucoup plus personnel, faisant appel à l’émotion, à l’immersion dans la narration, ou favorisant l’identification forte avec un personnage, qu’il soit réel ou fictif37. » Inscrivant pleinement leur réflexion sur l’histoire de l’esclavage dans le xxie siècle, ces bandes dessinées « historiennes » témoignent par-là de leur engagement humaniste et post-colonial.

Bibliographie

Bandes dessinées sur l’esclavage

Appollo, Tehem, Vingt décembre. Chroniques de l’abolition, Paris, Dargaud, 2023.

Cortez, Guillet, Gualdé, Lannes, Rivalan, Odone, Enchaînés dans l’entrepont de la Marie-Séraphique, Rouen, Petit à Petit, 2024).

Hall Rebecca, Martinez Hugo, Wake L’histoire cachée des femmes meneuses de révoltes d’esclaves, trad. de l’angl. US, Sika Fakambi, Paris, Cambourakis, 2022 [Wake: the hidden history of women-led slave revolts, Simon and Schuster, New-York, 2021].

Rubio Salva, del Rincon Rubén, Le premier Dumas, 1. Le dragon noir, 2. Le diable noir, 3. Le comte noir, Grenoble, Glénat, 2022, 2023 et 2024.

Saint-Cyr Nicolas, Briens Pierre, Toussaint Louverture, le Napoléon noir, Paris, Hachette, 1985. Réédité chez, Orphie à Saint-Denis de la Réunion, en 2003.

Savoia Sylvain, Les esclaves oubliés de Tromelin, Marcinelle, Dupuis, « Aire libre », 2015.

Shone Rob, Ganeri Anita, Harriet Tubman, the life of an African-American abolitionist, Londres, Franklin Watts, « Juvenile non-fiction », 2009.

Vayssières Jean-Jacques, Les Fabuleuses Aventures d’Equiano, Pointe-à-Pitre, Éditions Jasor, 2001.

Autres

Baroni Raphaël, Cassegrain Guillaume, Guiderdoni Agnès, Hériché-Pradeau Sandrine, Koering Jérémie, « Des récits visuels : narratologie et histoire de l’art », Perspective, n° 2, 2022, en ligne [http://journals.openedition.org/perspective/27603].

Connan-Pintado Christiane, Lalagüe-Dulac Sylvie « À la recherche d’Edmond Albius, esclave réunionnais, “fantôme de l’histoire” », in Christiane Connan-Pintado, Sylvie Lalagüe-Dulac, Gersende Plissonneau (dir.), Écrire l’esclavage dans la littérature pour la jeunesse, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, 2020 (Modernités, n° 45), p. 77-98.

Connoly Paula T., Slavery in American Children’s Literature (1790-2010), Iowa City, University of Iowa Press, 2013.

Delisle Philippe, « La traite négrière du xviiie siècle dans la bande dessinée “franco-belge”. D’une image édulcorée à une vision historico-critique », in Paul Chopelin, Tristan Martine (dir.), Le siècle des Lumières en bande dessinée. De poudre et de dentelles, Paris, Khartala, 2014, p. 121-145.

Delorme Isabelle, Quand la bande dessinée fait mémoire du xxe siècle. Les récits mémoriels historiques en bande dessinée, Paris, Les Presses du Réel (Œuvres et sociétés), 2019.

Equiano Olaudah, La Véridique histoire, par lui-même, d’Olaudah Equiano : africain, esclave aux Caraïbes, homme libre, trad. de l’anglais par Charbonnier Claire-Lise, Paris, Éditions caribéennes, 1987 [The Interesting narrative of the life of Olaudah Equiano or Gustavus Vassa, the African write by himself, London, 1789].

Gualdé Krystel, L’abîme. Nantes dans la traite atlantique et l’esclavage colonial 1707-1830, Nantes, Éditions du Château des ducs de Bretagne, 2021.

Guillet Bertrand, La Marie-Séraphique, négrier nantais, Nantes, Éditions MeMo, 2009.

Meyer Virginie, « La voix de l’esclave dans les livres documentaires pour la jeunesse », in Christiane Connan-Pintado, Gersende Plissonneau, Sylvie Lalagüe-Dulac (dir.), Écrire l’esclavage dans la littérature pour la jeunesse (2), Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, 2025 (Modernités, n° 50), p. 89-106.

Michon Bernard, « Atlantique : la France a déporté 1,3 millions d’Africains », in Pierre Singaravelou et al. (dir.), Colonisations. Notre histoire, Paris, Éditions du Seuil, 2023, p. 651-654.

Ory Pascal, « L’histoire par la bande ? », Le Débat, n° 177, 2013/5, p. 90-95, en ligne [https://shs.cairn.info/revue-le-debat-2013-5-page-90?lang=fr].

Ory Pascal, « Historique ou historienne ? », in Odette Mitterrand, Gilles Ciment (dir.), L’Histoire… par la bande. Bande dessinée, Histoire et pédagogie, Paris, Syros, 1993, p. 93-96.

Proust Marcel, À la recherche du temps perdu, II, Le côté de Guermantes II, Paris, Gallimard, 1988 (Bibliothèque de la Pléiade).

Rouvière Nicolas, « L’esclavage et la traite dans la BD historique pour la jeunesse », in Christiane Connan-Pintado, Sylvie Lalagüe-Dulac, Gersende Plissonneau (dir.), Écrire l’esclavage dans la littérature pour la jeunesse, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, 2020 (Modernités, n° 45), p. 165-191.

Rouvière Nicolas, « Bande dessinée et Histoire : l’ère de la maturité », in Christiane Connan-Pintado, Gilles Béhotéguy (dir.), Littérature de jeunesse au présent. Genres graphiques en question(s) (2), Pessac, Presses universitaire de Bordeaux, 2020 (Études sur les livres de jeunesse), p. 139-155.

Rouvière Nicolas (dir.), Bande dessinée et enseignement des humanités, Grenoble, ELLUG, 2012 (Didaskein).

Satrapi Marjane, Persepolis, Paris, 2000-2004 (L’Association, 4 t.).

Spiegelman Art, Maus, New York, Pantheon Books, 1992.

Notes

1 Revue pour enfants créée en 1864 par Jules Hetzel, Jules Verne et Jean Macé. Retour au texte

2 Ory Pascal, « Historique ou historienne ? », in Mitterrand Odette et Ciment Gilles (dir.), L’Histoire… par la bande. Bande dessinée, Histoire et pédagogie, Paris, Syros, 1993, p. 93 (93-96). Retour au texte

3 Rouvière Nicolas (dir.), Bande dessinée et enseignement des humanités, Grenoble, ELLUG, coll. Didaskein, 2012. Retour au texte

4 Rouvière Nicolas, « L’esclavage et la traite dans la BD historique pour la jeunesse », Connan-Pintado Christiane, Lalagüe-Dulac Sylvie et Plissonneau Gersende (dir.), Écrire l’esclavage dans la littérature pour la jeunesse, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, « Modernités » 45, 2020, p. 165-191. Retour au texte

5 Cortez, Guillet, Gualdé, Lannes, Rivalan, Odone, Enchaînés dans l’entrepont de la Marie-Séraphique, Rouen, Petit à Petit, 2021. Retour au texte

6 Hall Rebecca, Martinez Hugo, Wake L’histoire cachée des femmes meneuses de révoltes d’esclaves, trad. de l’angl. US, Sika Fakambi, Paris, Cambourakis, 2022 [Wake: the hidden history of women-led slave revolts, Simon and Schuster, New-York, 2021]. Retour au texte

7 Appollo, Tehem, Vingt décembre. Chroniques de l’abolition, Paris, Dargaud, 2023. Retour au texte

8 En ligne [https://www.chateaunantes.fr/a-bord-du-navire-la-marie-seraphique/] page consultée le 11 septembre 2025. Retour au texte

9 Gualdé Krystel, L’abîme. Nantes dans la traite atlantique et l’esclavage colonial 1707-1830, Nantes, Éditions du Château des ducs de Bretagne, 2021. Retour au texte

10 Guillet Bertrand, La Marie-Séraphique, négrier nantais, Nantes, Éditions MeMo, 2009. Retour au texte

11 Ces images rappellent celles du navire Brooks, diffusées par les courants abolitionnistes à la fin du xviiie siècle, qui sont devenues l’hypericône de la représentation de la traite. Elles ont été systématiquement reprises par François Bourgeon au début de chacun de ses volumes de la série Les Passagers du Vent. Retour au texte

12 Baroni Raphaël, Cassegrain Guillaume, Guiderdoni Agnès, Hériché-Pradeau Sandrine et Koering Jérémie, « Des récits visuels : narratologie et histoire de l’art », Perspective, 2, 2022, § 22, en ligne [http://journals.openedition.org/perspective/27603] (consulté le 11 septembre 2025). Retour au texte

13 Delisle Philippe, « La traite négrière du xviiie siècle dans la bande dessinée “franco-belge”. D’une image édulcorée à une vision historico-critique », in Chopelin Paul et Martine Tristan (dir.), Le siècle des Lumières en bande dessinée. De poudre et de dentelles, Paris, Khartala, 2014, p. 123 (121-145). Retour au texte

14 Ibid., p. 138. Retour au texte

15 Michon Bernard, « Atlantique : la France a déporté 1,3 millions d’Africains », in Singaravelou Pierre et al. (dir.), Colonisations. Notre histoire, Paris, Éditions du Seuil, 2023, p. 651 (651-654). Retour au texte

16 En ligne [https://www.glenat.com/glenat-bd/collections-ils-ont-fait-lhistoire/] (consultée le 7 septembre 2025). Retour au texte

17 Saint-Cyr Nicolas, Briens Pierre, Toussaint Louverture, le Napoléon noir, Paris, Hachette, 1985. Réédité chez Orphie à Saint-Denis de la Réunion, en 2003. Retour au texte

18 Vayssières Jean-Jacques, Les Fabuleuses Aventures d’Equiano, Pointe-à-Pitre, Éditions Jasor, 2001. Retour au texte

19 Equiano Olaudah, La Véridique histoire, par lui-même, d’Olaudah Equiano : africain, esclave aux Caraïbes, homme libre, trad. de l’anglais par Claire-Lise Charbonnier, Paris, Éditions caribéennes, 1987 [The Interesting narrative of the life of Olaudah Equiano or Gustavus Vassa, the African write by himself, London, 1789]. Retour au texte

20 Monpierre Roland, La Légion Saint-Georges, Lamentin, Caraïbéditions, 2010. Retour au texte

21 Connoly Paula T., Slavery in American Children’s Literature (1790-2010), Iowa City, University of Iowa Press, 2013. Retour au texte

22 Shone Rob, Ganeri Anita, Harriet Tubman, the life of an African-American abolitionist, Londres, Franklin Watts, “Juvenile non-fiction”, 2009. Retour au texte

23 Rubio Salva, de Rincon Rubén, Le premier Dumas, 1. Le dragon noir, 2. Le diable noir, 3. Le comte noir, Grenoble, Glénat, 2022, 2023 et 2024. Retour au texte

24 Connan-Pintado Christiane et Lalagüe-Dulac Sylvie, « À la recherche d’Edmond Albius, esclave réunionnais, “fantôme de l’histoire” », in Connan-Pintado Christiane, Lalagüe-Dulac Sylvie et Plissonneau Gersende (dir.), Écrire l’esclavage dans la littérature pour la jeunesse, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, « Modernités » 45, 2020, p. 77-98. Retour au texte

25 Aucun d’eux n’y est né, mais Tehem est d’origine réunionnaise. Tous deux passent leur enfance sur l’île et, après un séjour en France ou à l’étranger, y retournent pour leur carrière professionnelle. Plusieurs de leurs œuvres portent sur ce territoire. Retour au texte

26 Proust Marcel, À la recherche du temps perdu, II, Le côté de Guermantes II, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1988, p. 806. Retour au texte

27 En ligne [https://casemate.fr/appollo-la-reunion-a-la-tarantino/], page consultée le 10 septembre 2025. Retour au texte

28 Même référence. Retour au texte

29 Ory Pascal, « L’histoire par la bande ? », op. cit., p. 92. Retour au texte

30 Recension signée Paul Jonathan, La Revue des livres pour enfants, n° 328, 2023-01-01, p. 64. Retour au texte

31 Tous ces romans ont reçu le prix Pulitzer, et Toni Morrison le prix Nobel en 1993. Retour au texte

32 Delorme Isabelle, Quand la bande dessinée fait mémoire du xxe siècle. Les récits mémoriels historiques en bande dessinée, Paris, Les Presses du Réel, « Œuvres et sociétés », 2019. Retour au texte

33 Ibid, p. 26. Retour au texte

34 Savoia Sylvain, Les esclaves oubliés de Tromelin, Marcinelle, Dupuis, « Aire libre », 2015. Retour au texte

35 Delorme Isabelle, Quand la bande dessinée fait mémoire du xxe siècle, op. cit., p. 155. Retour au texte

36 Escarpit Denise, « La littérature documentaire » dans Denise Escarpit (dir.), La littérature de jeunesse. Itinéraires d’hier à aujourd’hui, Paris, Magnard, 2008, p. 332-349. Retour au texte

37 Meyer Virginie, « La voix de l’esclave dans les livres documentaires pour la jeunesse », in Connan-Pintado Christiane, Plissonneau Gersende et Lalagüe-Dulac Sylvie (dir.), Écrire l’esclavage dans la littérature pour la jeunesse (2), Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, « Modernités » 50, 2025, p. 106 (89-106). Retour au texte

Citer cet article

Référence électronique

Christiane Connan-Pintado, « Récits d’esclavage en bande dessinée et vulgarisation du savoir historique », Épistémocritique [En ligne], 27 | 2025, publié le 30 décembre 2025 et consulté le 15 mars 2026. Droits d'auteur : Le texte seul, hors citations, est utilisable sous Licence CC BY 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.. DOI : 10.58335/epistemocritique.990. URL : https://preo.ube.fr/epistemocritique/index.php?id=990

Auteur

Christiane Connan-Pintado

Plurielles (UE24142), université Bordeaux Montaigne, France

Maîtresse de conférences habilitée à diriger des recherches en langue et littérature françaises, émérite, université de Bordeaux-INSPE ; équipe Plurielles (UE 24142), université Bordeaux Montaigne. Domaines de recherche : conte, littérature pour la jeunesse, actualisation de la littérature patrimoniale, enseignement de la littérature. Dernières directions d’ouvrages : Écrire l’esclavage dans la littérature pour la jeunesse 2 (Presses universitaires de Bordeaux, 2024), Abécédaire de la forêt (Honoré Champion, 2024), L’insecte au miroir des livres pour la jeunesse. Présence, représentations, discours, Presse universitaires Blaise Pascal, 2022), Adolescences romanesques. La génération des Six Compagnons (1960-1980) (Fabula, 2025, en ligne : https://www.fabula.org/colloques/sommaire15436.php). À paraître en 2026, Le théâtre contemporain pour la jeunesse face à l’anxiété du monde (Presses universitaires de Bordeaux).

Autres ressources du même auteur

  • IDREF
  • ORCID
  • ISNI

Droits d'auteur

Le texte seul, hors citations, est utilisable sous Licence CC BY 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.