Giovanni Brizzi, Roma contro i Parti. due imperi in guerra

p. 402-405

Référence(s) :

Giovanni Brizzi, Roma contro i Parti. due imperi in guerra, Rome, Carocci, 2022, 294 p., 21,38 €, ISBN 9788829011605.

Texte

Dans cet ouvrage de synthèse, le professeur Giovanni Brizzi retrace les étapes des conflits entre les Romains et les Parthes, à partir de leurs premiers contacts au ier siècle avant J.-C., jusqu’au iiie siècle après J.-C., lorsque la dynastie des Arsacides est supplantée par celle des Sassanides.

Un riche répertoire bibliographique et des références constantes aux sources accompagnent ce travail, solide mais accessible aux lecteurs moins familiers avec ces questions. Dans l’introduction, l’A. analyse le concept romain de virtus et la structure de l’armée romaine après les innovations introduites par Marius. Le premier chapitre est consacré à l’organisation militaire des Parthes, basée sur les unités montées : les escadrons de la cavalerie lourde des cataphractes et les unités d’hippotoxotai, des archers à cheval. Ensuite, il examine le premier contact entre les Romains et les Parthes, qui eut lieu en 190 avant J.-C. à la bataille de Magnésie entre Rome et les Séleucides, qui utilisaient également des unités de cataphractes parthes. Le deuxième chapitre est entièrement consacré à la défaite romaine de Carrhes (53 avant J.-C.), que l’A. considère comme la date charnière qui ouvre la longue rivalité entre les deux empires : « la giornata di Carre ha indubbiamente segnato la storia. Preceduta, accompagnata e seguita da suggestioni emotive di ogni genere […], questa battaglia si inserisce come evento epocale nella continuità di una tradizione plurisecolare, quella dello scontro tra Oriente e Occidente », (p. 51).

Les chapitres suivants retracent les moments forts des contacts entre les deux empires, en s’attardant sur les épisodes de guerre mais aussi sur les négociations diplomatiques et les événements politiques des uns comme des autres, tout en analysant les changements intervenus au fil du temps sur le front romain en matière de tactique et d’organisation militaire. Dans ce panorama, l’A. se concentre particulièrement sur les relations entre Rome et la Judée, qu’il présente comme un élément décisif dans l’équilibre géopolitique du Proche-Orient.

Originaires d’Asie centrale, les Parthes avaient avancé vers l’ouest, occupant progressivement les territoires de l’Empire séleucide ; vers la fin du iie siècle avant J.-C., ils contrôlaient les routes terrestres de la Mésopotamie à la Chine, et les routes maritimes du golfe Persique à l’océan Indien. Outre les Romains, avec lesquels ils se disputaient le contrôle des royaumes intermédiaires (notamment l’Arménie), ils étaient constamment en guerre avec les nomades d’Asie centrale.

Le contexte géopolitique permet de comprendre les relations des Parthes avec Rome, qui étaient évidemment des relations de guerre. L’A. met en valeur surtout les aspects militaires de l’équilibre géopolitique entre les deux empires. Il s’attarde longuement sur les différentes opérations de guerre, sans se limiter aux protagonistes et aux événements, mais en raisonnant sur le comment et le pourquoi : la tactique et la stratégie, et surtout la micro-stratégie, sont très présentes à l’esprit de l’A. tout au long de son récit. En choisissant de traiter « Deux empires en guerre », il abandonne la perspective romano-centrée propre aux spécialistes de l’histoire romaine. Cela est d’autant plus difficile que la presque totalité des sources littéraires reflète le point de vue des Romains, forcément partiel et unilatéral. Une exception intéressante se trouve dans les Histoires Philippiques de Trogue Pompée, un historien de l’époque augustéenne, que nous lisons à travers l’Abrégé de Justin. À la différence de son contemporain Tite-Live, Trogue composa une histoire universelle, qui sans aucun doute accordait une attention particulière à l’Empire parthe. Nous ne savons pas exactement quelle était la longueur de cette section dans la version originale ; on peut supposer qu’elle occupait un espace important. Dans l’Abrégé de Justin, un chapitre entier est consacré aux coutumes des Parthes, c’est-à-dire à leurs habitudes militaires (42, 2, 5-10).

Cette description est précédée d’une déclaration apodictique qui donne une idée précise des relations entre les deux empires (41.1) : Parthi, penes quos velut divisione orbis cum Romanis facta nunc Orientis imperium est. L’A. saisit et encadre cette idée : les Romains et les Parthes étaient deux empires en guerre qui s’affrontaient à armes égales et avec des hauts et des bas de part et d’autre. En apparence, en mettant les Parthes sur un pied d’égalité avec les Romains, Trogue semble adopter une perspective anti-romaine ; en réalité, il adopte une vision plus large que celle romano-centrée et très répandue, simplement parce qu’il n’est pas romain. Sa famille avait la citoyenneté romaine (attribuée pour les mérites de son grand-père), mais Trogue était un Gaulois, plus précisément un membre de la communauté des Voconces, et avait probablement étudié à Marseille, le centre culturel le plus proche de sa patrie, où l’on parlait encore le grec.

Ce n’est donc pas un hasard si la perspective « globale » de Trogue-Pompée est partagée par Strabon, un autre auteur qui était un sujet de Rome et très probablement un citoyen romain, mais dont les origines étaient au moins partiellement « étrangères » : nous ne connaissons pas les origines de son père, mais sa famille maternelle était en partie grecque et en partie pontique. Dans sa Géographie (XI.9.2), dans le chapitre consacré aux Parthes, Strabon narre rapidement l’histoire des conquêtes des Arsacides, depuis Arsace Ier jusqu’à son époque. L’empire des Arsacides connut une expansion géographique exceptionnelle grâce à des succès militaires continus, au point qu’« aujourd’hui les Parthes », poursuit Strabon, « dominent un territoire si vaste et avec des peuples si nombreux qu’ils rivalisent avec les Romains (ὥστε ἀντίπαλοι τοῖς Ῥωμαίοις) pour l’étendue de leur domaine (κατὰ μέγεθος τῆς ἀρχῆς). La cause de tous ces succès est le mode de vie (βίος) et les coutumes (ἔθη), qui, tout en ayant beaucoup du barbare et du Scythe, ont quelque chose d’utile pour l’hégémonie et le succès dans la guerre (πρὸς ἡγεμονίαν καὶ τὴν ἐν τοῖς πολέμοις κατόρθωσιν) ».

Trogue-Pompée et Strabon font référence à un moment précis, entre la bataille de Carrhes et la remise des enseignes légionnaires, en 20 avant J.-C., par Phraatès IV au jeune Tibère. En réalité, comme l’A. le démontre efficacement, l’histoire des guerres entre Romains et Parthes fut une never ending story, pratiquement une guerre sans fin – bien qu’avec des interruptions périodiques – entre Rome et l’Iran, depuis Carrhes jusqu’à la fin de la dynastie parthe des Arsacides. La guerre se poursuivit ensuite contre les Sassanides, les nouveaux seigneurs de l’Iran, de l’Asie centrale et de la Mésopotamie, et ne s’acheva qu’au viie siècle.

Les Romains ne l’ont compris que plus tard, au iiie siècle. Un auteur de l’époque sévérienne, Cassius Dion, dont l’Histoire romaine s’arrête précisément à la campagne orientale d’Alexandre Sévère en 231-233, nous en donne la preuve. Il critique sévèrement la campagne de Caracalla contre les Parthes, et souligne également le caractère éphémère des conquêtes pourtant spectaculaires de Trajan (68, 29, 3). Toutefois, Cassius Dion adopte une attitude différente à l’égard de la campagne orientale d’Alexandre Sévère. La situation avait cependant changé, car le grand empire iranien n’était plus gouverné par la dynastie des Arsacides, mais par la nouvelle dynastie des Sassanides qui, contrairement aux Parthes, menaçait les provinces romaines de l’Est. D’origine perse, les Sassanides se démarquèrent des Parthes, mais pour les Romains, rien ne semble changer : l’ennemi étant toujours l’Iran, ils utilisaient souvent l’ancien appellatif « Parthes » pour désigner les nouveaux maîtres de l’empire rival (il convient de rappeler à ce sujet les observations d’Alain Chauvot, Opinions romaines face aux barbares au ive siècle apr. J.-C., Paris, 1998). En outre, même dans la phase finale des guerres contre les Parthes, les sources littéraires continuèrent de recourir à des clichés élaborés par la tradition, qui, dans le but de rassurer les Romains, décrivaient la façon de combattre des Parthes comme étant toujours la même. Nous pouvons identifier cette tendance idéologique dans le topos de la sagitta Parthi rappelé par Horace et repris par ses commentateurs, par exemple Porphyrion (e.g. Comm. à Hor. carm. 1.29.9 sagittas Sericas, hoc est: Parthicas, a gente Serum, qui parte in orbis terrae orienti[s] subiectam tenent) ou bien Pseudo-Acron, Comm. à carm. 2.13.17, et celerem fugam : Fugientes enim Parthi sagittis vehementiores sunt, ut Vergilius (sic : il s’agit en fait de Lucain).

Toutefois, au-delà des clichés littéraires, ce n’est véritablement que plus tard que les Romains comprirent que la manière de faire la guerre des Parthes, à partir de Carrhes, avait changé et changeait encore et que, en somme, les Parthes n’étaient plus le même ennemi qu’avant. Les Romains, ou plutôt une partie d’entre eux, en furent déstabilisés. Mais ces notes dépassent les limites chronologiques du livre qui, à juste titre, s’arrête à Macrin et à sa « victoire achetée ». En effet, « dopo la caduta degli Arsacidi la longue guerre, il confronto tra i Romaioi d’Oriente e i Sasanidi si sarebbe protratto per altri quattro secoli e più fino a che la vittoria araba di Nihavand (642 d.C.) non aprì la strada alla conquista islamica della Persia », (p. 240).

En conclusion, la synthèse de Brizzi comble une lacune dans le panorama éditorial et permettra aux étudiants et aux historiens moins familiers avec les relations de Rome avec les peuples extérieurs de s’orienter rapidement avant de passer à des lectures plus spécialisées. Compte tenu des sources utilisées, toutes romaines, et de la perspective romano-centrée dans laquelle l’A. évolue, l’ouvrage ne traite pas des relations militaires des Parthes dans leur ensemble. Or, cette thématique aurait permis de mieux évaluer de nombreux aspects des relations entre les Parthes et les Romains, étant donné que certains contextes stratégiques ne peuvent être pleinement compris qu’en tenant compte des guerres extérieures des Parthes contre les peuples nomades d’Asie centrale, ainsi que des guerres intestines issues des crises dynastiques récurrentes qui menaçaient la cohésion des Arsacides avec les royaumes vassaux.

Cependant, les aspects mis en évidence dans le livre aident, dans une large mesure, à s’orienter en large mesure dans cette histoire résolument complexe. Et nul doute que les orientalistes pourront également se pencher avec profit sur certaines observations relatives à la stratégie romaine, et évaluer quelques idées-force dignes du plus grand intérêt, comme, par exemple, l’ingérence parthe au Proche-Orient et en Judée en particulier.

Citer cet article

Référence papier

Immacolata Eramo, « Giovanni Brizzi, Roma contro i Parti. due imperi in guerra », HiMA : revue internationale d'Histoire Militaire Ancienne, 14 | 2025, 402-405.

Référence électronique

Immacolata Eramo, « Giovanni Brizzi, Roma contro i Parti. due imperi in guerra », HiMA : revue internationale d'Histoire Militaire Ancienne [En ligne], 14 | 2025, . Droits d'auteur : Le texte seul, hors citations, est utilisable sous Licence CC BY 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.. URL : https://preo.ube.fr/hima/index.php?id=2548

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Immacolata Eramo

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