Lawrence Keppie, Slingers and Sling Bullets in the Roman Civil Wars of the Late Republic, 90-31 BC

p. 400-402

Référence(s) :

Lawrence Keppie, Slingers and Sling Bullets in the Roman Civil Wars of the Late Republic, 90-31 BC, Oxford, Archaeopress (Archaeopress Roman Archaeology 108), 2024, 99 p., 19,99 £, ISBN 9781803276403.

Texte

Voici un ouvrage bien fait et qui apporte du neuf sous un petit format (moins de 100 pages). On n’en attendait pas moins de L. Keppie, qui fut un des responsables de l’Hunterian Museum auprès de l’université de Glasgow et qui a écrit un livre important sur l’armée romaine, dans le passage de la République à l’Empire (The Making of the Roman Army, Londres, 1984). Après avoir consulté ce petit livre, le lecteur constatera que les schémas habituels doivent être fortement nuancés.

Loin d’être des sauvages sans lois, les Romains possédaient une éthique de la guerre. Elle leur imposait de suivre le modèle de Diomède, le héros homérique qui affrontait l’ennemi les yeux dans les yeux, en face-à-face. Ils répugnaient donc aux stratagèmes et au combat à distance. Ils n’en ont pas moins utilisé des astuces et des armes qui tiraient de loin : artillerie des balistes, arcs, javelots et frondes notamment, et les manuels relèvent souvent la présence de frondeurs Baléares dans les combats de la République en ouverture de batailles. Un livre récent a attiré l’attention sur cette pratique qui, bien qu’elle ne fût jamais décisive, n’en a pas moins rendu de grands services aux généraux (B. Lefebvre, Combattre de loin chez les Romains, Bordeaux, 2024). Elle permettait de fatiguer l’ennemi avant le corps-à-corps des légionnaires, elle lui causait des pertes et elle affectait son moral. Scipion Émilien à Cannes en 216 (Tite-Live, XXII, 49, 1) et le légat Cotta contre les Éburons en 54 avant J.-C. (César, BG, V, 35, 8) en ont subi les effets : ils ont été blessés par des balles de frondes puis sont morts.

L’auteur a rédigé un ouvrage dont le contenu dépasse chronologiquement le titre puisqu’un dernier chapitre traite du sujet pendant l’époque impériale. Il a choisi de suivre un plan chronologique.

Le recours aux frondeurs provient d’un héritage ancien : ils sont bien attestés en Grèce, mais ils devaient être très répandus dans tout le monde ancien, comme en témoigne l’épisode de David contre Goliath. C’était une arme bon marché et que tout jeune garçon pouvait apprendre à utiliser en gardant les moutons.

Le siège de Numance a livré 320 balles. Le site d’Asculum, qui a marqué la guerre Sociale, en a livré plusieurs milliers ; sur certaines d’entre elles, on trouve les numéros de légions (IX, XI, XV), et les noms de contingents alliés, des socii.

Ensuite, entre 89 et 50, se placent des guerres diverses, civiles et extérieures. L. Keppie suit les aventures de Sertorius en Espagne, un noble romain devenu une sorte d’aventurier sans attaches. Puis, il passe à la guerre des Gaules avec César et dans l’ouest de l’empire avec le roi Sosus de Maurétanie ; il est intéressant de voir que des clients de Rome suivaient à l’occasion la mode de mettre leur nom sur des balles de frondes. Attention à la carte fig. 17, p. 29 : sous le no 2, il faut mettre « Africa » et pas « Numidia ». De 49 à 45, la guerre civile a laissé des glands à Ilerda, Dyrrachium, Pharsale, en Afrique et en Espagne, surtout à Munda. Entre 44 et 42, l’auteur nous entraîne aux batailles de Modène et Philippes, en Calabre et en Sicile. Un intérêt particulier s’attache au siège de Pérouse, pour la période 41-40. Deux dames romaines, Fulvie, troisième épouse de Marc Antoine, et Octavie, sœur d’Octave, ont donné matière à des textes peu amènes (nous y reviendrons). Entre 40 et 31 avant J.-C., Pompée junior a fait graver la légende CN MAG IMP, Cn(eius) Mag(nus), imp(erator). Il reprenait le surnom de son père, « le Grand », et il se donnait le titre d’imperator qui peut paraître discutable. Ces choix avaient une signification politique.

Un dernier chapitre aborde la question des frondeurs sous l’Empire. Il se fonde sur une stèle de Rome qui montre un personnage armé d’une arme de ce type ; nous ne sommes pas persuadé qu’il ait été un militaire. C’est surtout la colonne Trajane qui est utilisée pour montrer la permanence du recours aux frondes par les soldats au début du iie siècle.

Cette étude chronologique fonde une enquête thématique importante. Elle utilise l’archéologie et, dans une moindre mesure, l’épigraphie pour éclairer l’histoire générale, politique notamment (pour les guerres civiles) et surtout l’histoire militaire. Le rôle tactique des frondeurs et leur redoutable efficacité ont été rappelés plus haut ; de même, l’histoire de l’armement est enrichie par cette enquête. Il convient de rappeler que les balles de frondes étaient fabriquées en argile ou en plomb. Il est loisible de supposer que de simples pierres pouvaient également être utilisées.

Un autre apport de ces objets tient aux textes qu’ils supportaient parfois (nombre d’entre eux, toutefois, étaient anépigraphes). On pouvait y trouver le nom du commandant d’armée, comme le roi Sosus ou l’imperator Pompée junior, mentionnés plus haut. On y lit parfois les noms de centurions et, plus intéressant, d’unités de socii, et les numéros de légions. Il apparaît donc que les légionnaires utilisaient des frondes et qu’ils ne limitaient pas leur armement au couple gladius-pilum. Et, pour s’en servir, ils devaient avoir subi un solide entraînement. Ce point nous paraît important : lors de l’exercice, exercitium ou exercitatio, ils apprenaient à se battre avec toutes les armes possibles.

Les textes portent aussi parfois le nom du fabricant ou d’une cité.

Enfin, ils permettaient d’envoyer des messages à l’ennemi, en particulier lors des sièges. Comme on le devine, ces textes étaient faits d’injures, parfois obscènes, sexuelles. Le siège de Pérouse, par exemple, a laissé des textes très crus, exempts de galanterie : « Je cherche le con de Fulvie » ; « Je cherche le cul d’Octavie ». Il serait intéressant et utile de faire un recueil, annexe du CIL, qui regrouperait toutes ces inscriptions.

L’ouvrage est bien illustré, comme il est attendu de la part d’un bon archéologue (42 figures) ; il se termine par une solide bibliographie (p. 83-94) et par un index. Il rendra de grands services aux chercheurs qui font de l’histoire politique et militaire, aux archéologues et aux épigraphistes.

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Référence papier

Yann Le Bohec, « Lawrence Keppie, Slingers and Sling Bullets in the Roman Civil Wars of the Late Republic, 90-31 BC », HiMA : revue internationale d'Histoire Militaire Ancienne, 14 | 2025, 400-402.

Référence électronique

Yann Le Bohec, « Lawrence Keppie, Slingers and Sling Bullets in the Roman Civil Wars of the Late Republic, 90-31 BC », HiMA : revue internationale d'Histoire Militaire Ancienne [En ligne], 14 | 2025, . Droits d'auteur : Le texte seul, hors citations, est utilisable sous Licence CC BY 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.. URL : https://preo.ube.fr/hima/index.php?id=2546

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Yann Le Bohec

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