José Remesal Rodríguez, Oleum baeticum. Economía y política en el imperio romano

p. 405-407

Référence(s) :

José Remesal Rodríguez, Oleum baeticum. Economía y política en el imperio romano, Madrid, Real Academia de la Historia, 2024, 615 p., 24 €, ISBN 9788415789253.

Texte

Cet ouvrage est né d’une idée excellente : regrouper 35 articles, déjà publiés dans des revues et des ouvrages dispersés, et qu’il est bien pratique de trouver réunis. Tous ne concernent pas directement l’armée romaine, mais une dizaine d’entre eux présentent cette spécificité. Et les liens entre l’armée et l’économie y sont partout présents.

Comme on sait, José Remesal Rodríguez est le père d’une école qui étudie les amphores et qui s’est grandement développée à l’université de Barcelone. Et l’huile qui se trouvait dans ces conteneurs a été exportée en partie vers les camps de Bretagne et du Rhin. La question avait déjà été étudiée dans un ouvrage qui permettait de faire le lien entre la Bétique et la Bretagne : Carreras Monfort C., Funari P.P.A., Britannia y el Mediterráneo. Estudios sobre el abastecimiento de aceite bético y africano en Britannia, Barcelone, 1998. On verra aussi : Funari P.P.A., « The consumption of olive oil in Roman Britain and the role of the Army », dans Erdkamp P. (dir.), The Roman Army and the Economy, Amsterdam, 2002, p. 235-263. Cette question est essentielle pour les liens armée-économie. Nous renvoyons là-dessus à quelques ouvrages bien connus : Kissel Th., Untersuchungen zur Logistik des römischen Heeres in den Provinzen des griechischen Ostens, 27 v. Chr.-235 n. Chr., St Katharinen, 1995 ; Roth J., The logistics of the Roman Army at War, 264 BC-AD 235, Leyde, 1999 ; Mitthof F., Annona militaris. Die Heeresversorgung im spätantiken Ägypten, Florence, 2001. Ces références, bien entendu, ne sont pas limitatives.

Dans un premier article (p. 63-74), l’auteur étudie les importations d’aliments sur le « limes » et il commence par rappeler un mot de Végèce qui a dit que la faim avait tué plus de soldats romains que l’épée. Des amphores de type Dressel 20 produites entre Cordoue et Séville ont été retrouvées sur la frontière de Germanie, à Cologne, Mayence, Zugmantel, Nida, etc. Il est possible d’établir des liens entre producteurs et consommateurs. Et cette étude consacrée à l’huile peut servir de modèle pour d’autres produits, notamment le vin, le garum, le blé ; on arriverait à une histoire globale de l’économie. L’article qui sera ensuite retenu traite de l’annone (p. 75-89) et pose donc le problème de l’annone militaire.

Un texte (p. 105-115) décrit le rôle des procurateurs impériaux à l’égard de la logistique des armées. C’est une question que nous avions reprise un peu plus tard (ZPE, 93, 1992, p. 107-116). L’auteur part d’une citation de Caton (« La guerre se nourrit elle-même ») et de la thèse de Van Berchem consacrée à l’annone militaire. Une armée se fournissait-elle uniquement dans la région où elle stationnait ? Et, pour les expéditions, où cherchait-elle le nécessaire ? Pour les campagnes, le responsable portait le titre de praepositus annonae en temps normal ; un seul procurator est connu. Mais le procurator Augusti, parmi les tâches qui lui incombaient, avait la responsabilité d’approvisionner Rome et les armées en temps de sédentarité à partir des produits livrés par les domaines impériaux. Le cas de Q. Iulius Proculus, connu par un papyrus, est significatif à cet égard.

Un plus gros mémoire (p. 123-144) est consacré à l’époque augustéenne, source de débats : est-ce que l’annone avait déjà toutes ses caractéristiques, pour la Ville et l’armée ? Pour les citoyens de Rome, les RGDA montrent le souci du prince à leur égard, un souci limité au blé apparemment. Mais l’huile faisait partie des habitudes alimentaires des anciens ; nous leur ajouterions volontiers le vin, qui n’est pas négligé par J. Remesal, et le garum. Et les fournitures destinées aux soldats doivent aussi être prises en compte si l’on veut faire une histoire économique complète. Vespasien a créé des municipes latins dans le sud de l’Espagne pour faciliter les exportations d’huile vers la frontière militaire du Rhin et de Bretagne. Trajan et Hadrien ont sans doute voulu transposer en Afrique le modèle qui avait si bien réussi en Bétique : ces deux régions illustrent à merveille la « trilogie méditerranéenne », blé-vin-huile.

L’approvisionnement des armées de Germanie par de l’huile de Bétique (p. 229-245) illustre le concept d’« interdépendance des provinces ». De même, à côté des troupes sédentaires, celles qui partaient en expédition ont de nouveau retenu l’attention de J. Remesal (p. 247-264). La préfecture de l’annone était responsable de Rome et des armées. L’administration intervenait dans les deux cas. Toute la logistique était organisée comme le montrent amplement des tableaux (p. 261-264).

Une affaire très polémique vient ensuite (p. 265-279), un débat entre J. Remesal et L. Wierschowski (Wierschowski L., « Die römische Heeresversorgung im frühen Prinzipat », MBAH, 20, 2, 2000, p. 37-61). A. Tchernia (« L’arrivée de l’huile de Bétique sur le limes de Germanie : Wierschowski contre Remesal », dans Vivre, produire et échanger. Reflets méditerranéens, Mélanges offerts à Bernard Liou, 2002, Montagnac, p. 319-324) a essayé de concilier les deux points de vue. Au total, il n’existait pas de service spécialisé pour l’annone militaire, qui était une partie de l’annone tout court, placée sous la responsabilité du préfet.

Un aspect concret est fourni par l’étude des inscriptions amphoriques de Xanten (p. 297-305).

Enfin, une enquête différente des précédentes (p. 505-508) pose la question de savoir où le soldat romain mettait son argent ? Dans son ceinturon ou dans une petite bourse.

En conclusion, nous reviendrons sur une de nos affirmations souvent répétées : l’histoire militaire n’explique pas toute l’histoire, mais elle concerne tous ses aspects, notamment le domaine de l’économie. Ce point de vue est illustré par cet ouvrage. Et c’est pourquoi il rendra de très grands services aux chercheurs.

Citer cet article

Référence papier

Yann Le Bohec, « José Remesal Rodríguez, Oleum baeticum. Economía y política en el imperio romano », HiMA : revue internationale d'Histoire Militaire Ancienne, 14 | 2025, 405-407.

Référence électronique

Yann Le Bohec, « José Remesal Rodríguez, Oleum baeticum. Economía y política en el imperio romano », HiMA : revue internationale d'Histoire Militaire Ancienne [En ligne], 14 | 2025, . Droits d'auteur : Le texte seul, hors citations, est utilisable sous Licence CC BY 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.. URL : https://preo.ube.fr/hima/index.php?id=2550

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Yann Le Bohec

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