Commençons par noter que l’ouvrage ne porte pas tout à fait bien son nom. En effet, l’A. débute par l’idée que la notion de « cri de guerre » n’est pas satisfaisante pour étudier et rendre compte de l’ensemble de ce qu’il appelle : « l’expression de bataille ». Derrière ce terme se cachent les réalités d’un phénomène complexe, varié et déterminant pour comprendre le fait militaire ancien. L’A. va donc s’intéresser à tout ce qui concerne les mouvements du corps, les chants, les cris, les sons, les apparences des soldats, qu’ils soient collectifs ou individuels, et qui peuvent avoir un impact sur le moral des troupes alliées ou ennemies.
Cependant les limites de cette notion sont assez floues. Ce qui rend parfois difficile l’identification et la compréhension du cadre de cette étude. Plusieurs exemples retenus se manifestent parfois loin du champ de bataille, comme le triomphe romain. On se demandera également pourquoi l’A., bien que faisant appel à l’archéologie pour étayer sa réflexion, se limite à l’étude des balles de fronde et leurs messages. Il laisse ainsi de côté toutes les données archéologiques relatives à l’équipement militaire qui, par les éléments ostentatoires qu’il peut comporter, semble s’intégrer parfaitement dans cette expression de bataille.
Piochant ses exemples dans les nombreuses pratiques des différents peuples d’Europe occidentale et orientale, l’objectif principal de cet ouvrage est de faire comprendre que ces expressions de bataille n’ont rien d’aléatoire ni de spontané. L’A. veut montrer que pour la totalité de ces peuples, ces expressions sont de véritables outils tactiques, qui sont prémédités, répétés, répondant à des normes et qui sont parfois profondément inscrits dans la culture de ces populations. Ils ont toujours un objectif, plus ou moins clair. Comme on pourra s’en douter, l’ouvrage regroupe ces objectifs en deux grandes catégories, soit ils visent à intimider l’ennemi, soit ils visent à renforcer la cohésion du groupe. Bien sûr les deux ne s’excluent pas. Pour la première catégorie, l’ouvrage nous parle des peuples celtes et germains qui ont l’habitude de mettre à profit leurs particularités physiques, comme leur taille ou leur pilosité pour choquer l’adversaire en renforçant leur aspect sauvage. Pour la deuxième citons l’exemple des chants militaires grecs, le péan ou l’eleleleu, qui accompagnent la marche à l’ennemi et dont le but est de renforcer le moral des hommes par la cohésion.
Pour tenter de comprendre les motivations qui engendrent ces expressions de bataille avec plus de profondeur, dans la deuxième moitié de l’ouvrage, l’auteur s’interroge sur les liens qui existent entre ces pratiques et leurs dimensions socio-politiques, religieuses, ou en lien avec l’identité militaire de ces peuples. L’exemple de la Macédoine est évoqué par l’auteur dans ce passage. L’identité militaire de ce royaume est très marquée socio-politiquement et s’inscrit dans une volonté de se distinguer des autres peuples grecs, notamment par des cris spécifiques, mais surtout par l’emploi de la sarisse au combat. Les chants grecs sont également mobilisés dans ce passage pour rappeler notamment la portée religieuse du péan.
En conclusion, il s’agit bien d’un travail sérieux sur une approche novatrice de la question. Cependant le plan même de l’ouvrage entraîne la répétition de certains exemples, ce qui peut brouiller le sentiment de progression du lecteur. De plus, on aurait pu donner une place plus importante à l’archéologie, et certains exemples attendus, même littéraires, font défauts. Je pense aux soldurii gaulois lors du passage sur les serments militaires. On le remarque en effet dans la bibliographie finale, mais l’ouvrage souffre de son manque d’ouverture sur la littérature non-anglophone, et les travaux de Luc Barray y semblent bien esseulés. Retenons que ce travail reste une bonne entrée en matière, qui ouvrira sans doute la voie à d’autres études sur cette question majeure.
