Sertão. En quête d’agroécologie au Brésil est une bande dessinée née du parcours atypique d’un ingénieur agronome devenu prêtre catholique puis docteur en anthropologie. Pour sa thèse, Sébastien Carcelle part en 2017 étudier les communautés agroécologiques du Sertão, une région du nord-est du Brésil. L’enquête se révèle autant une recherche scientifique qu’une quête spirituelle. Avec Laurent Houssin, auteur de plusieurs bandes dessinées, dont Le Potager rocambole avec Luc Bienvenu (Futuropolis, 2021) et Chiffonné (Cavale éditions, 2021), il décide de s’atteler à une tâche ardue : traduire par la bande dessinée tant l’enquête et ses résultats que l’expérience vécue de Sébastien Carcelle au Brésil, incarné par le personnage d’Hugo dans les cases. Classée comme « documentaire » dans le catalogue de l’éditeur Futuropolis, cette bande dessinée mêle donc autobiographie, fiction, enquête et recherche scientifique dans une hybridation joyeuse dont la bande dessinée de vulgarisation a de plus en plus le secret. Pour ce dossier de la revue Épistémocritique, Florent Perget, docteur en langue et littérature française, spécialiste des relations entre bande dessinée et enseignement littéraire, a donc interrogé les deux amis et co-auteurs sur leur collaboration et leur pratique du partage des savoirs par la bande dessinée.
Florent Perget : Comment a germé l’idée de proposer la médiation d’une thèse en anthropologie (la vôtre, Sébastien) en bande dessinée ? Quels étaient les objectifs derrière ce projet à la fois artistique et scientifique ?
Sébastien Carcelle : Le point de départ de ce projet a été mon terrain d’enquête dans l’intérieur semi-aride du Brésil, le fameux Sertão. J’ai passé deux ans là-bas pendant la thèse, entre 2017 et 2019, en vivant dans des familles d’agriculteurs. Tout était très intense, les émotions, les couleurs, les relations, la chaleur. J’étais dans des endroits très reculés du Brésil, loin des grandes villes et des clichés sur Rio ou l’Amazonie. Dans ces régions, le climat est quasi désertique pendant la saison sèche puis, quand arrive la saison des pluies, la végétation devient soudain très verte. Entre les immenses espaces, les ranchs, la terre rouge, la vie politique locale clientéliste, j’avais le sentiment d’être dans un western en portugais. C’est un sentiment que je voulais exprimer dans ma restitution afin que les lecteurs et les lectrices puissent se saisir de cette atmosphère particulière. Par ailleurs, j’ai beaucoup dessiné dans mes carnets de terrain. Les croquis aident souvent à s’imprégner d’un lieu, d’une ambiance, à figer un moment. Le dessin est aussi un formidable moyen pour entrer en relation, en particulier avec les enfants. Et quand on ne sait pas trop comment s’occuper et observer les autres sans les gêner, comme c’est souvent le cas pendant une enquête ethnographique, c’est bien utile ! C’est comme ça qu’est née l’envie de faire un roman graphique sur l’agroécologie pour promouvoir cette forme d’agriculture et partager à un plus grand nombre des résultats de recherche. L’objectif était aussi de présenter l’anthropologie, une discipline scientifique souvent peu connue. Enfin, je voulais faire connaître cet autre Brésil. J’ai candidaté pour le premier salon sur les écritures alternatives en sciences sociales à Marseille1 avec un projet de bande dessinée. Comme Laurent est un ami, je lui ai envoyé mon projet pour relecture et… je le laisse raconter la suite !
Laurent Houssin : Pour moi, le point de départ ? Un projet de bande dessinée est toujours déclenché par la rencontre avec un sujet nouveau et sa connexion avec mes envies. Une bande dessinée est l’occasion de me plonger dans un univers, me forcer à le comprendre pour mieux le transmettre. La BD est finalement le résultat de mon propre cheminement. J’ai assisté à la soutenance de thèse de Sébastien et j’ai adhéré au contenu, à l’esprit de son travail, à l’environnement. Je venais de terminer Le Potager Rocambole, une autre BD sur l’écologie2. J’avais envie de poursuivre sur cette thématique mais avec une dimension plus sociale. Comme Sébastien m’avait parlé de son projet, nous avons échangé sur la faisabilité, les conditions matérielles pour le faire ensemble, le calendrier, etc., et nous avons décidé de nous lancer dans l’aventure. Le salon de Marseille a été un prétexte pour créer un vrai dossier à présenter à des éditeurs. Pour cela, il faut l’amorce du projet : synopsis, scénario du début, storyboard des premières planches et enfin quelques planches finalisées. À ce stade, l’enjeu était de s’inscrire dans une collection qui soutienne notre projet d’adapter une thèse en bande dessinée et de trouver l’éditeur qui saurait le porter. C’était super de signer avec Futuropolis.
S. C. : L’anthropologie dispose aussi d’une tradition française de récits de voyage en parallèle des ouvrages plus scientifiques, qui valorise le côté aventurier de l’enquête de terrain ethnographique. C’est ce que Vincent Debaene a appelé « le second livre » des anthropologues3. Les exemples les plus célèbres sont Tristes Tropiques de Claude Lévi-Strauss et Les Lances du Crépuscule de Philippe Descola, qui par leur qualité littéraire ont fait connaître la discipline au grand public et sont devenus des classiques dans la collection Terre Humaine4. Ils racontent davantage les circonstances du voyage et laissent une part bien plus grande aux impressions et ressentis de l’auteur. Nous rendons hommage à ces deux ouvrages dès les premières planches de Sertão – nom propre que j’ai d’ailleurs découvert sous la plume de Claude Lévi-Strauss5. D’une certaine manière, nous avons voulu nous inscrire dans ce sillage mais en le transférant dans ce médium en plein essor qu’est la bande dessinée, avec ses codes artistiques propres.
Vous êtes tous les deux auteurs de cette bande dessinée, sans néanmoins vous cantonner à une répartition cloisonnée des rôles de scénariste et dessinateur : comment avez-vous approché ce travail collaboratif ?
L. H. : Globalement, nous avons avancé par chapitre, après avoir convenu ensemble du plan de l’histoire. Sébastien a commencé la rédaction des neuf chapitres que nous avons ensuite retravaillés un par un. Chaque chapitre était constitué de séquences, c’est-à-dire d’une suite de planches se déroulant dans un même temps d’action ou de narration. Afin de préserver une certaine unité graphique, j’avançais séquence après séquence, chapitre après chapitre... Nous échangions principalement par téléphone sur les textes et surtout sur le contenu vécu par Sébastien. Mon travail d’écriture dessinée commençait avec sa première écriture puis se continuait au gré de nos conversations autour de son texte, mais aussi de nos vies respectives. Le récit se nourrissait des mille anecdotes du voyage de Sébastien qui donnaient la matière vivante de l’histoire. À travers ses anecdotes, je percevais et j’interprétais l’expérience intime vécue par Hugo, le héros de Sertão. Petit à petit, le storyboard se dessinait. Parfois la BD prenait forme de façon très fluide, parfois par un certain nombre d’allers et de retours. À d’autres moments, le récit bloquait, et il fallait s’en éloigner ou déporter son regard pour mieux y revenir. Notre cercle proche de lecteurices nous donnait également son avis. Cette distance nous a éclairés. Finalement, nous prenions avec Sébastien une décision commune quant au chemin le plus pertinent pour le récit. Et lorsque nous étions satisfaits, nous soumettions chaque chapitre du storyboard à Alain David, notre éditeur dont le retour était essentiel. Enfin, lorsque le storyboard a été finalisé, j’ai réalisé les pages définitives selon la séquence suivante : d’abord un crayonné (pour beaucoup de pages lorsque le livre est bien avancé, le storyboard est déjà le crayonné), puis j’encrais la page en noir et blanc à la table lumineuse avec parfois aussi quelques couleurs directes, enfin j’effectuais la mise en couleurs finale.
S. C. : Tout s’est fait dans le dialogue, nous avons beaucoup échangé pendant deux ans, tout au long de l’écriture du scénario et de la réalisation du storyboard. Nous avons pris la thèse comme point de départ et Laurent m’a beaucoup fait parler, c’était mon confesseur (rires). À partir de ce matériau, et notamment de détails (comme la trousse qui tombe par terre lors de la première rencontre avec le directeur de thèse, cf. Fig. 1), nous avons composé le récit ensemble. Souvent, à partir d’anecdotes, Laurent a des déclics et des trouvailles narratives pour exprimer un contenu de manière graphique. Les blocages ont été de fait très importants. À chaque fois que l’un ou l’autre n’était pas satisfait, nous discutions longuement jusqu’à aboutir à la meilleure solution. C’est moments-là sont certainement ceux de nos plus belles trouvailles. En apparence le pitch est simple : « C’est l’histoire d’un mec qui fait une thèse et à la fin ça se termine par sa soutenance ! ». Mais il nous a fallu ces deux années pour trouver le dénouement de l’intrigue. C’était le temps long nécessaire pour arriver à une forme juste planche après planche. J’ajouterais que cette « cellule mélodique » de la séquence est l’une des nombreuses choses que Laurent m’a apprises dans la fabrication d’une BD.
Figure 1. Sébastien Carcelle et Laurent Houssin, Sertão. En quête d’agroécologie au Brésil, Paris, Futuropolis, 2024, Planche 8.
© Futuropolis.
L. H. : Sébastien a passé dix jours à la maison au début du projet en juillet 2021, comme une forme de résidence artistique où je lui ai fait découvrir beaucoup de bandes dessinées et lui ai montré les étapes de mon travail d’écriture. Il m’a raconté la thèse, son enquête, ses envies graphiques et narratives, les enjeux concernant ce que la BD pourrait dire et qui n’est pas dans la thèse. La question était alors pour moi : comment transformer la thèse (qui induit le parcours de Sébastien) en récit de la thèse (qui induit le contenu de la thèse) ? Dans sa version finale, la bande dessinée est finalement une sorte de troisième projet. Nous avons convenu d’une co-écriture et d’accepter que ce projet soit une hybridation entre nos deux aspirations, un mixte de nos envies personnelles et communes, parfois un compromis. Nous nous sommes mis au service de ce projet.
Hugo, le protagoniste principal du récit, est aussi, d’une certaine manière, un personnage médiateur : comment l’avez-vous construit ?
S. C. : Les anthropologues ne se le disent qu’à demi-mot, mais l’enquête de terrain est souvent une épreuve existentielle. C’est lié à beaucoup de choses, l’hyper-attention à ce qui se passe, la barrière de la langue, les mille et une questions que l’on ne cesse de se poser, tout cela crée une fatigue psychologique importante. Comme le dit souvent Philippe Descola : pour un anthropologue, le laboratoire, c’est lui-même. Et puis en général, on ne fait pas par hasard une thèse sur un sujet donné dans un contexte autre que le sien. Il y a une dimension de quête personnelle, d’où le sous-titre de la BD. Nous partons pour être déplacés, pour apprendre à voir le monde autrement, mais nous ne savons jamais où nous serons touchés. Et c’est souvent dans le lieu que l’on attendait le moins... Pour Hugo, cela se joue dans les affects. Il fallait donc essayer de rendre ce parcours intérieur du personnage, tout ce qu’il doit déconstruire pour trouver véritablement ce qu’il cherche. Et pour cela, nous avons beaucoup travaillé sur l’ombre et la lumière. Au démarrage, nous sommes à Rio, dont nous cherchons à montrer une autre image que celle de la « carte postale », avec la favela de Rocinha (Fig. 2). Hugo est plein d’entrain, il a un véritable projet messianique et plane un peu au-dessus de la réalité. Et la lumière est comme saturée. Puis, progressivement et sans s’en apercevoir tout de suite, il descend aux enfers, avant de remonter. Ce que vit Hugo est perceptible dans le jeu d’ombres et de lumières déployé tout au long de la BD.
Figure 2. Sébastien Carcelle et Laurent Houssin, Sertão. En quête d’agroécologie au Brésil, Paris, Futuropolis, 2024, Planche 28.
© Futuropolis.
L. H. : Au début du projet, nous avons fait un certain nombre de choix graphiques et esthétiques. Nous avons commencé avec un découpage de six cases par planches (le « gaufrier ») tout en nous autorisant toutes les digressions autour de ce format. De même pour la lumière et la couleur, nous avons choisi une base en noir et blanc à coloriser chaque fois que nécessaire. Cela permet de mettre en valeur certains éléments et surtout d’exprimer le climat intérieur du personnage. Au milieu de la bande dessinée, nous avons choisi d’insérer un chapitre de transition où le personnage se reconstruit. Il s’agit du chapitre « Neige » dont la couleur dominante est le blanc, couleur qui contraste avec les couleurs du Brésil. Pendant l’épidémie de Covid-19, j’avais publié une autre bande dessinée, Chiffonné, pour un public jeunesse6. C’est l’histoire d’un personnage qui a du mal à trouver sa place dans le monde parce qu’il est maltraité, mais qui s’ouvre en déployant progressivement sa propre lumière. Son itinéraire est comme un rebond, il descend puis remonte. Il y a clairement une part autobiographique dans cette BD. On s’est servi de cette ligne de fond pour Sertão. Le personnage rebondit dans l’existence lui aussi. Pour comprendre Hugo, j’ai pioché dans mon expérience personnelle, j’avais besoin de ressentir les choses moi-même pour pouvoir bien les représenter et les faire passer au lecteur. Finalement, Hugo tient autant de moi que de Sébastien.
S. C. : Ce qui était fort dans nos échanges avec Laurent, c’est qu’il arrivait à faire ressortir des non-dits. J’avais toujours beaucoup de joie à recevoir de nouvelles planches, et je me disais souvent : « C’est exactement ça ! Comment a-t-il pu représenter si justement ce moment ? ». Par exemple, lorsque le personnage pense être au fond du trou, il est déjà en train de se reconstruire, mais il ne le sait pas encore. Cela apparaît pour moi dans le chapitre 4, juste avant « Neige ». Il y a une séquence dans la nuit où Hugo écoute le récit des amis agronomes brésiliens qu’il accompagne en voyage. Ils lui racontent leur découverte des violences faites aux agriculteurs familiaux sans terre, qui sont représentées en ombres chinoises projetées sur le mur (Fig. 3). Lorsque ses collègues s’endorment, Hugo reste éveillé avec sa petite lampe frontale dans les mains. Elle est comme la flamme intérieure qui ne s’éteint pas, un moment de recueillement pour lui. J’ai trouvé cette astuce de Laurent magnifique.
Figure 3. Sébastien Carcelle et Laurent Houssin, Sertão. En quête d’agroécologie au Brésil, Paris, Futuropolis, 2024, Planches 86-87.
© Futuropolis.
Comme vous le dites vous-mêmes, Sertão a des airs de « second livre » d’anthropologue. Cependant, cela a nécessité, d’une part, quelques trouvailles graphiques pour faire passer les savoirs du premier livre (je pense par exemple à la double planche p. 49-50 – Fig. 4 – où l’on voit représentés les différents supports et, à travers ce procédé, les différentes étapes de la recherche ethnographique : le carnet de notes, les schémas, le tapuscrit sur ordinateur, etc.) et, d’autre part, cela donne une grande richesse mais aussi une complexité au livre, principalement due à sa dimension réflexive. Pourriez-vous revenir sur ces choix créatifs ?
S. C. : Je trouve intéressant de voir souvent Hugo en prise avec son propre reflet. Que ce soit sa silhouette floue dans un miroir d’eau ou sa projection dans un masque, ou bien encore son image fragmentée dans ses lunettes cassées, Hugo ne se voit jamais de la même manière selon le contexte et les circonstances. Or, cette dimension réflexive est quelque chose d’essentiel dans les sciences sociales, en particulier en anthropologie. Pour avancer dans la recherche durant une enquête ethnographique, nous passons notre temps à nous questionner sur nous-mêmes : « Pourquoi suis-je surpris, déçu, choqué, enthousiaste devant telle ou telle situation vécue ? ». Les principales découvertes sont souvent faites à partir de la prise en compte de l’image que le terrain nous renvoie. En fait, l’agroécologie passe par une conversion de nos regards sur l’agriculture et l’alimentation. Il nous faut accepter de lâcher un certain nombre de certitudes et d’habitudes héritées de la modernité agricole pour aller vers des modes de production plus simples. C’est ce qu’Hugo comprend, lui aussi.
Figure 4. Sébastien Carcelle et Laurent Houssin, Sertão. En quête d’agroécologie au Brésil, Paris, Futuropolis, 2024, Planche 49-50.
© Futuropolis.
L. H. : Cette analogie entre l’agroécologie comme conversion personnelle et collective et la trajectoire existentielle d’Hugo est vraiment essentielle. C’est le cœur de notre narration. Je vis aussi la dimension réflexive comme dessinateur en me représentant. Je le fais souvent dans mes BD, mais là c’est particulier car Sébastien m’a demandé de figurer à la place du psy ! C’était un clin d’œil à nos échanges : ce personnage aide Hugo à se reconstruire. À la fin de la thérapie, nous voyons le psychologue songeur, il rêve de partir lui aussi. Pour moi, ce travail sur Sertão a clairement été une manière de retourner au Brésil. J’y suis allé plusieurs fois, il y a plus de trente ans, lorsque je faisais mon service militaire en Guyane française. Ce qui est formidable, c’est que nous allons nous rendre au Brésil pour le lancement de la version brésilienne de Sertão et l’exposition sur l’agroécologie que nous avons montée.
Pour conclure, diriez-vous rétrospectivement que Sertão est une bande dessinée de vulgarisation ?
L. H. : Dans le catalogue de Futuropolis, nous sommes classés dans la catégorie « documentaire ». L’éditeur doit référencer ses livres dans des catégories afin de le diffuser dans les lieux adéquats. Mais nous aurions pu tout aussi bien être rangés dans « récits singuliers » comme Les Ignorants d’Étienne Davodeau par exemple, qui a été pour nous une vraie source d’inspiration. Pour moi, Sertão est une porte d’entrée sur le sujet de l’agroécologie mais également sur celui d’une résistance individuelle qui doit devenir collective. Durant les salons, les lecteurs viennent spontanément acheter et discuter autour du livre, accrochés par les thèmes du Brésil et de l’écologie dont fait partie l’agroécologie. Comme eux, je fais un lien direct entre mon précédent album, Le potager Rocambole, la vie d’un jardin biologique, et Sertão qui est vu comme une « suite » de ma réflexion sur l’écologie. Si la vulgarisation est une porte d’entrée vers d’autres ouvrages plus pointus, alors oui, la BD en est un outil, d’abord pour lire la thèse de Sébastien7 puis pour voir, par exemple, comment l’agroécologie est pratiquée en France ou ailleurs dans le monde. J’ai présenté l’ouvrage dans des milieux pratiquant activement l’écologie, ils sont ravis que le sujet soit abordé. À propos de cette bande dessinée, j’entends souvent le désir d’en savoir plus, d’en apprendre plus sur le sujet. A contrario, les lecteurices de BD nous reprocheraient un ouvrage plus scientifique : tout est question de dosage. Nous avons eu à cœur de réaliser un livre abordable, lisible, réjouissant, agréable à lire, à partager et qui nous intéresse nous-mêmes comme lecteurs.
S. C. : Je rejoins complètement Laurent. C’est vrai que Sertão reçoit un bel accueil auprès du public scientifique, de collègues chercheurs sur l’agroécologie ou en sciences sociales, d’étudiants en agronomie, etc. Mais nous sommes aussi heureux des retours d’amis qui ont pu lire la BD avec leurs enfants ou leurs adolescents et qui se sont laissé entraîner par l’histoire. Beaucoup de thématiques traversent Sertão et chacune peut être plus sensible à tel ou tel aspect. Les amoureux du Brésil, ceux qui ont cette double culture aussi, sont souvent attirés par ce livre du fait des liens qu’il tisse entre la France et le Brésil. Pour cette raison, la couverture n’a pas été simple à choisir, c’est même le tout dernier choix que nous avons fait une fois que le contenu fut achevé. Comme nous l’a dit notre éditeur, Alain David, dans notre cas, il fallait choisir quelle dimension mettre en valeur. Si la couverture montre d’emblée l’agroécologie comme technique avec un potager en mandala, la quatrième de couverture montre en filigrane sa dimension collective, culturelle et festive. Les deux idées sont nécessaires pour comprendre l’agroécologie brésilienne.




