Avant-propos

Deleuze, un centenaire inscrit dans l’espace

  • Foreword. Deleuze: A Centennial Rooted in Space

Text

Il y a tout à gagner à caractériser et à multiplier les lieux de la pensée. À l’opposé donc de l’aspiration rationaliste à la constituer en système univoque à partir d’un axe central (qui a le rôle de la grande avenue rectiligne)1.
Jean Dubuffet

Né le 18 janvier 1925, Gilles Deleuze aurait aujourd’hui 100 ans bien sonnés. Si sa vie fut trop brève, ses idées, ses théories, ses traits de génie, amplifiés par les apports de Félix Guattari, n’ont jamais cessé d’essaimer. Deleuze est aujourd’hui plus qu’un nom : c’est une marque de fabrique, un symbole – le symbole d’un jaillissement poétique, d’une liberté intellectuelle qui souffle où elle peut et s’exprime comme elle veut. Philosophe, vite épaulé par un psychanalyste, Deleuze a inspiré une foule de lecteurs et de lectrices, d’auditeurs et d’auditrices aussi, car ses séminaires en fascinèrent plus d’un. Philosophe, Deleuze demeure une force d’inspiration dans les disciplines les plus diverses, car il a contribué à mener la philosophie vers ses « dehors », vers des territoires et des modes d’existence innovants, vers une pragmatique et une logique propre à coordonner des univers d’une manière inédite et mouvante. En l’occurrence, le propos ne se limite pas à révolutionner une discipline (ce qui serait en soi louable et ambitieux). Plutôt, il consiste à se confronter au monde, à ses espaces, à sa géographie, à sa matérialité.

Avec Guattari, Deleuze est devenu l’homme de la géophilosophie. La variable géo, qui désigne une nouvelle manière de penser avec la terre – « penser se fait plutôt dans le rapport du territoire et de la terre2 » –, implique une ontologie du multiple et une épistémologie « nomade » avec son sujet non cartésien, en devenir – « [l]es devenirs, c’est de la géographie, ce sont des orientations, des directions, des entrées et des sorties [...]3 » –, ses espaces à la fois « lisses » et « striés », et ses déterritorialisations – « D [pour déterritorialisation] est le mouvement par lequel “on” quitte le territoire. C’est l’opération de ligne de fuite4 ». La géophilosophie permet ainsi aux sciences humaines et sociales, tout comme aux études littéraires de se reconfigurer en termes de relations, comme le confirmera ensuite Édouard Glissant, et de devenirs, tout en s’agençant. Car « c’est cela agencer : être au milieu, sur la ligne de rencontre d’un monde intérieur et d’un monde extérieur5 ». Pour les unes, l’agencement s’opérera avec les arts, y compris la littérature, leurs modes de connaissance mineurs, mais aussi, pour les autres, avec le réel, via un biais clinique, ou fictionnel. Les territoires nomades de Deleuze et de Guattari ont marqué la géographie ; les lignes de fuite ont zébré les études littéraires et artistiques ; les rhizomes ont gagné la sémiotique et tant d’autres champs disciplinaires. Deleuze avait parfaitement conscience du capital symbolique et épistémologique que cette prolifération recelait. Dans une lettre sur Spinoza envoyée à Réda Bensmaïa en 1989, il écrivit :

Et la philosophie a besoin de compréhension non philosophique. C’est pourquoi la philosophie a un rapport essentiel avec les non-philosophes, et s’adresse à eux. Il peut même arriver qu’ils aient une compréhension directe de la philosophie sans passer par la compréhension philosophique6.

Voilà qui a de quoi désinhiber les non-philosophes ! En tout cas, l’œuvre de Deleuze et de Guattari continue de titiller écrivains et écrivaines, artistes et cinéastes… Il serait vain de prétendre dresser un inventaire de toutes les déterritorialisations que les deux penseurs ont suscitées. Par définition, elles sont innombrables. Certaines sont particulièrement inattendues. Ne lit-on point, en France, sur la très officielle « plateforme nationale des rendez-vous en mairie » que depuis le 28 octobre 2016 « le dépôt des demandes de passeports biométriques et de cartes nationales d’identité (CNI) est régi par le principe de déterritorialisation […] » ? Cela signifie que les usagers ont le droit de déposer leur demande hors de leur lieu de résidence et répond à un impératif de « dématérialisation des procédures ». En clair, on déterritorialise pour mieux centraliser – et « sécuriser ». « Il est cependant obligatoire d’effectuer le retrait du titre d’identité au même endroit que la demande initiale7 », s’empresse-t-on d’ajouter. La déterritorialisation aboutit ici à une reterritorialisation sur le territoire initial. Le cercle se referme donc – et se rematérialise sur sa circonférence. Sans doute est-il plus pertinent de s’en tenir aux reterritorialisations suggérées par la pensée deleuzienne plutôt que de se mettre à examiner ses applications les plus insolites, fussent-elles éminemment légales.

Sur son versant géophilosophique, cette pensée s’est inscrite dans le virage spatial négocié à partir des années 70 du siècle dernier. Sous l’angle de la dynamique de la déterritorialisation/reterritorialisation, elle a connu chez Deleuze et Guattari ses premières formulations dans L’Anti-Œdipe, volume inaugural de Capitalisme et schizophrénie, en 1972. Elle a ensuite trouvé de nombreux développements, notamment dans Mille plateaux (1980), second volume de Capitalisme et schizophrénie et, surtout, dans Qu’est-ce que la philosophie ? (1991), où, si l’on fait abstraction du titre du chapitre 4 qui lui est consacré, elle apparaît ès qualités, à la page 112 : « La philosophie est une géo-philosophie, exactement comme l’histoire est une géo-histoire du point de vue de Braudel8. »

Cet inventaire ne se prétend pas exclusif. Il conviendrait au moins de lui adjoindre des propos que Deleuze avait tenus lors de ses entretiens filmés avec Claire Parnet. Dans L’Abécédaire, à la lettre « V comme Voyage », Deleuze professe son aversion pour les longs déplacements qui, affirme-t-il, quelque peu désabusé, ne lui ont jamais offert les émotions d’un bon livre ou d’un morceau de musique bien choisi. Il existe pour lui une géomusique et une géophilosophie9, des « pays profonds » qui sont « plus mes pays », ajoute-t-il, soudain rêveur. Les images de l’entretien furent diffusées à la télévision après son décès, comme il l’avait d’emblée exigé, mais elles furent enregistrées entre 1988 et 1989, donc avant la parution de Qu’est-ce que la philosophie ? Dans le cas de Deleuze, la géophilosophie n’est pas une philosophie de l’homme mobile, de l’individu qui fréquente les lieux dans leur diversité géographique. Parmi ses contemporains, seul J. M. G. Le Clézio, voyageur de « rupture », semble trouver grâce à ses yeux10 pour sa capacité de « devenir » qu’il remarque dans le premier chapitre de Critique et clinique, « La littérature et la vie11 ». Deleuze regrette même de s’être déplacé jadis, au Liban, aux États-Unis, au Canada et ailleurs. En le reconnaissant, il cherche à reprendre son souffle, qui commence à lui manquer cruellement. La marche ? « C’est fini, tout ça ». Beyrouth à pied ? « C’est fini ». La géophilosophie se pratique en chambre ; elle s’accompagne d’une géomusique apte à stimuler les « intensités immobiles », celles qu’expérimentent les authentiques nomades. Ce sont ses « terres étrangères à lui12 », comme le suggère Claire Parnet, son interlocutrice.

La géophilosophie a très vite attiré l’attention des spécialistes. Parmi eux, parmi elles, on signalera Manola Antonioli qui dès 2003 publia Géophilosophie de Deleuze et Guattari13 ou encore Mark Bonta et John Protevi qui, la même année, firent paraître à Édimbourg Deleuze and Geophilosophy. A Guide and Glossary. Pour Bonta et Protevi, « la géophilosophie, dans Qu’est-ce que la philosophie ?, postule de manière trop succincte que la philosophie a besoin de la connexion contingente (et non d’une “conjonction”) entre la déterritorialisation absolue d’une pensée d’immanence radicale et une déterritorialisation sociale relative constituant un milieu d’immanence sociale14 ». Il est vrai que dans l’essai de 1991 le postulat est très brièvement exposé ; il est vrai qu’il a connu un succès extraordinaire. Peut-être était-ce justement cette brièveté qui encouragea les unes et les autres à lui trouver des traductions plus élaborées, des illustrations multiples. L’espace d’un instant, il convenait de s’emparer de la géophilosophie et de la reterritorialiser en attendant qu’elle trouve de nouvelles applications, toujours plus, toujours autres. Encore une fois, Deleuze et Guattari s’étaient révélés pour ce qu’ils étaient : des libérateurs de la pensée, des démocrates de l’esprit.

Et que dire du géo que nous a offert Gaïa, la Terre, l’aïeule de tous les dieux ? Ici, il faudrait évoquer Bruno Latour qui, en 2015, se positionna Face à Gaïa dans ses « huit conférences sur le Nouveau Régime Climatique ». Ce faisant il se livrait à l’esquisse d’une géo-éthique écologique ou, tout bonnement, d’un nouveau lien avec la Terre matricielle, avec Gaïa. Avant lui, de la géohistoire de Fernand Braudel, le précurseur, à la géocritique, les variations autour du préfixe géo- se sont multipliées. Il y eut entre autres la géopoétique de Kenneth White et puis, fort différente, antérieure, la psychogéographie des Internationales lettriste puis situationniste (Guy Debord)15. Il y eut, comme il a été dit, la géophilosophie, promue par Deleuze et Guattari. En Italie, naquit une école géo-philosophique (… avec trait d’union) parallèle. Sous la plume de Massimo Cacciari, philosophe et trois fois maire de Venise, surgit au cours des années 1990 une geo-filosofia et, dans une acception résolument environnementale, apparut une geofilosofia del paesaggio conçue par Luisa Bonesio et Caterina Resta. La geo(-)filosofia (… avec ou sans trait d’union) entretient un lien assez distendu avec l’étymon deleuzo-guattarien et trouve quelques-unes de ses sources premières dans Le Nomos de la terre (1950) de Carl Schmitt. Si Cacciari cite inlassablement Schmitt dans sa Geo-filosofia dell’Europa (1994), il escamote totalement Deleuze et Guattari. Au demeurant, il ne définit pas vraiment ce qu’il entend par « géo-philosophie » (la principale référence à la notion figure dans le titre de l’essai). Indéniablement, sa geo-filosofia s’appuie sur les conceptualisations du nomos héritées de son mentor allemand. D’autres approches spatiales ont vu le jour lors des trois dernières décennies du xxe siècle. Elles ne sont pas toutes passées au révélateur du géo. Mentionnons néanmoins celle que proposa Henri Lefebvre dans La Production de l’espace (1974), qui amorça à son tour une généalogie, mais plutôt hors de France, où son livre connut une diffusion très progressive, pour user d’un euphémisme. À l’international, la réception en fut autrement chaleureuse. Songeons à l’étonnante interprétation postmoderne que le géographe étatsunien Edward Soja fit du texte de Lefebvre ou au travail de Doreen Massey qui, à la même époque, consolida les Gender Studies en énonçant une géographie élaborée d’un point de vue féminin, comme le firent par ailleurs bell hooks (Gloria Jean Watkins) et Gloria Anzaldúa.

Il y eut d’autres noms encore. Toutes et tous ont fini par nourrir un rhizome fait d’influences réciproques dont il est difficile, et c’en est le principe, de démêler le début de la fin. Toutes et tous ont en commun un dessein qu’Andrew Culp a synthétisé dans Dark Deleuze, un ouvrage animé par le double en négatif du philosophe centenaire virtuel : « maintenir vivant l’espoir de la révolution dans une ère contre-révolutionnaire16 ». Cette ère est si contre-révolutionnaire que, selon Culp, même la figure du rhizome, alternative à celle du territoire hiérarchisé, aurait été phagocytée par l’« appareil de capture » du capitalisme global :

Assez des rhizomes ! C’était une image de pensée intéressante il y a trente-cinq ans, avant que notre époque ne soit dominée par une technologie issue de la guerre froide, conçue comme un réseau rhizomatique capable de survivre à une guerre nucléaire : l’internet17.

Est-ce bien certain ? L’internet serait-il vraiment rhizomatique ? Le doute est permis, ô combien ! L’assertion de Culp n’est-elle pas plutôt « une image de pensée intéressante » remontant à une dizaine d’années, à la parution de son libelle/hommage, aux États-Unis ? En 2016, les nababs technolâtres de la Silicon Valley n’avaient pas encore annoncé leur ralliement à une « cause » politique ploutocratique, s’enracinant de la sorte, et l’intelligence artificielle n’avait pas encore permis à l’un d’entre eux, et pas des moindres, de construire sa propre encyclopédie à partir de données glanées (ou dérobées) sur l’internet. Voudra-t-on consulter le long article consacré à Deleuze sur la plate-forme Grokipedia qui, comme tout article qu’elle égrène, n’offre aucune possibilité d’intervention ou de correction à une intelligence que l’on qualifie encore d’humaine18 ? L’internet dispose d’une racine, d’un tronc et de branches dont seule l’apparence, au mieux, ou au pire, épouse la forme d’un rhizome. La toile n’en est décidément pas un. Dans le meilleur des cas, elle en est le simulacre.

Loin d’invalider la pensée de Deleuze et Guattari, cette récupération technologique du rhizome en réactive au contraire toute la portée critique. Si le réseau numérique contemporain apparaît comme une structure profondément centralisée, dominée par des logiques algorithmiques, extractives et monopolistiques, c’est parce qu’il ne réalise qu’une apparence de rhizomaticité. Le rhizome ne saurait donc être réduit à une simple figure descriptive du réseau. Il demeure avant tout un opérateur critique de dé-hiérarchisation et de déterritorialisation. Il désigne moins une infrastructure qu’une puissance de résistance aux dispositifs hégémoniques de structuration du réel. Le rhizome reste ce qu’il était pour Deleuze et Guattari il y a 35, 50 ou 55 ans : une métaphore de la liberté, l’image d’une absolue déterritorialisation. S’en appeler au rhizome équivaut à révoquer en doute la valence hégémonique, ultra-hiérarchisée d’une parole qui, à l’ère numérique, se révèle plus enveloppante que jamais.

C’est dans cette perspective que leur réflexion sur la cartographie acquiert toute son importance. À rebours des modèles clos, hiérarchisés et reproductifs, la cartographie rhizomatique ne vise pas à représenter un réel stabilisé, mais à saisir, à accompagner les dynamiques, les processus, les circulations et les devenirs qui traversent les espaces sociaux et sensibles. Elle relève ainsi d’une pratique ouverte, expérimentale et située, attentive aux transformations plutôt qu’à la fixation des structures. Dans Mille plateaux, Deleuze et Guattari opposent explicitement la carte au calque : « À l’opposé du graphisme, du dessin ou de la photo, à l’opposé des calques, le rhizome se rapporte à une carte qui doit être produite, construite, toujours démontable, connectable, renversable, modifiable, à entrées et sorties multiples, avec ses lignes de fuite19. » La carte ne reproduit pas le territoire. Elle accompagne des agencements, des intensités et des bifurcations, tout en rendant perceptibles, tout en capturant les mouvements de territorialisation et de déterritorialisation qui configurent le social. La cartographie devient ainsi « cartographie des devenirs », capable de rendre compte des processus de production du désir, des subjectivités et des formes collectives. Une telle articulation entre rhizome et carte ouvre des potentiels considérables pour la recherche-création et les pratiques cartographiques contemporaines, notamment dans les domaines de l’art, de l’urbanisme critique et des géographies sensibles. Dans la recherche, elle autorise des méthodes non linéaires, transversales, attentives aux micro-politiques et aux écologies relationnelles. Les cartographies artistiques, militantes ou participatives peuvent ainsi élaborer des dispositifs interactifs et collaboratifs à l’image des atlas rhizomatiques ou des mappings participatifs qui ne figent pas l’espace mais en activent les virtualités, favorisant des agencements collectifs. Dès lors, le couple rhizome-cartographie ne relève pas de la simple métaphore, il constitue une méthode heuristique de production du réel. Laurence Dahan-Gaida parle des « cartographies diagrammatiques20 » où cartographier revient à rendre perceptible des multiplicités en perpétuelle recomposition.

Dans La Géocritique. Réel, fiction, espace (2007), on postule que la prise en compte de trois critères préside à l’analyse de l’inscription du réel dans la littérature et les autres formes d’art « mimétiques » : la spatio-temporalité, la transgressivité et la référentialité, qui toutes débouchent sur une lisibilité des lieux et un dévoilement potentiel de l’espace. On estime par ailleurs que l’étude géocritique s’appuie sur une lecture multifocale, polysensorielle et stratigraphique qui en assure la ductilité et concourt à réduire la part du stéréotype. On s’interroge conjointement sur la nature du territoire :

Le territoire existe-t-il seulement, qui est stase spatio-temporelle ? Ne vaudrait-il pas mieux invoquer une « dialectique territoriale », qui ne se conçoit autrement que dans une dynamique, dans le perpetuum mobile, dans la responsabilité qui accompagne tout mouvement ? La géophilosophie a formulé cette question et a tenté d’y apporter des réponses. Peut-être est-ce par ce biais qu’elle a marqué de manière décisive le passage d’une philosophie historicisante à une philosophie spatialisante, le concept de progrès temporel cédant devant celui de déterritorialisation spatiale21.

Ces questionnements et ce constat méritent, semble-t-il, qu’on les prolonge aujourd’hui. Il est vrai qu’à leur façon Deleuze et Guattari les avaient affrontés dans Qu’est-ce que la philosophie ? Là, déjà, était clairement énoncé le primat de la contingence géographique (le milieu) sur le culte de la nécessité et des origines qu’instaurait une « forme historique » traditionnelle. Et les deux hommes de préciser avec la turbulente sagesse qui caractérise toute leur démarche :

Elle [la géographie] arrache l’histoire à elle-même, pour découvrir les devenirs, qui ne sont pas de l’histoire même s’ils y retombent […]. Le « devenir » n’est pas de l’histoire ; aujourd’hui encore l’histoire désigne seulement l’ensemble des conditions si récentes qu’elles soient, dont on se détourne pour devenir, c’est-à-dire pour créer quelque chose de nouveau […] Sans l’histoire, le devenir resterait indéterminé, inconditionné, mais le devenir n’est pas historique22.

Examiner l’histoire sous l’angle de la spatio-temporalité – et non plus simplement de la temporalité, qui a le don de faire prévaloir une ligne diachronique de prestige – revient à inclure l’individu et son environnement dans un devenir. L’histoire a commencé et continue ; elle est en devenant au sein d’une géographie marquée du sceau de la contingence. Elle est inchoative, en quelque sorte. Pour Deleuze et Guattari, le devenir s’inscrit dans un espace lisse, là où l’histoire a investi un espace dont les stries sont destinées à être perpétuées, à défaut d’être perpétuelles. D’autres, plus nombreux, ont baptisé espace (space) le lisse et lieu (place) le strié. En tout état de cause, quelle que soit la terminologie à laquelle on recourt, l’espace est le propre du devenir, tandis que le lieu est le propre de l’histoire, au sens que Deleuze et Guattari confèrent au terme. La géocritique est fidèle à cette fine généalogie géophilosophique.

Depuis La Géocritique. Réel, fiction, espace, ouvrage qui a exposé une nouvelle « critique » géocentrée, nécessairement interdisciplinaire, proposant une autre « lisibilité » des textes au-delà de la seule linéarité des signes, et intégrant un appareil théorique international afin d’embrasser le grand « autre » de la littérature et des théories françaises contemporaines, cette relation avec la géophilosophie s’est prolongée dans un projet de cartographie différente, de nature stratigraphique. Dès lors, les dé- et reterritorialisations dépassent largement le champ littéraire pour s’aventurer vers un plurivers artistique et géographique postcolonial. Les ouvrages Le monde plausible (2011), La cage des Méridiens (2016) ou Atlas des égarements (2019) en témoignent.

Fidèle à ses assises comparatistes, la géocritique demeure une entreprise de spatialisation. Héritière de l’art de l’arpenteur et du cartographe, elle en détourne les usages : ce qui relevait autrefois d’une ingénierie au service de l’expansion et du contrôle par l’appareil d’État devient ici un acte de résistance et de création, une fabulation – au sens deleuzien – tournée vers l’invention de nouveaux possibles. Arpenter et cartographier dans un contexte postcolonial revient ainsi à redéfinir la relation aux territoires afin de faire émerger de nouveaux espaces, histoires, temporalités et figures, longtemps invisibilisés ou effacés par la modernité occidentale.

La géocritique fait ainsi face aux limites de nos ignorances, de nos points de vue, de nos verticalités. Elle « lisse » l’espace pour montrer dans une perspective écologique, voire écosophique, à travers des cas précis, comment « faire monde » avec tout ce qui l’habite. La géocritique vise alors à une véritable nomadologie, une invention inlassable des lieux et de leurs habitants, offrant espace et voix au « peuple qui manque23 », le nomade. Le chapitre « L’Invention du lieu » dans Le monde plausible, illustre parfaitement cette dynamique. Il retrace un épisode méconnu de la traversée de ce qui deviendra le Texas par Cabeza de Vaca en nomade et montre comment, pour reprendre l’expression de Pierre Boulez, « occuper l’espace sans compter » à la manière des nomades, s’oppose radicalement à la logique des sédentaires qui mesurent et délimitent l’espace pour le posséder – autrement dit, qui « comptent pour occuper24 », à l’instar de l’arpenteur de l’appareil d’État. En ce sens, seuls les nomades, « ces arpenteurs du sans-fond à la surface même de la terre25 », selon la formule de David Lapoujade, sont capables d’éprouver l’espace lisse, d’occuper la terre, à savoir la suivre, dans une expérience directe et créative (« dans un rapport d’immanance avec elle26 »), à la manière de l’artiste. Ils apparaissent ainsi comme « les plus déterritorialisés, les plus libres [...] ne cess[a]nt de se déplacer dans un espace sans territoire, steppe ou désert27 ». Il faut donc comprendre que « la déterritorialisation n’est pas un simple mouvement par lequel on s’éloigne de la terre, mais au contraire, celui par lequel on la rejoint et on la suit [...] ». Toujours sujette à une double prise, la déterritorialisation « affecte » (à savoir déterritorialise) celui qui quitte ses territorialités, mais elle est aussi « un mouvement de la Terre elle-même28 ».

Quid alors du flux de transgressivité dont nos représentations spatiales sont imprégnées ? Quid de l’intuition selon laquelle le territoire stable tend à se reconfigurer selon une dynamique débouchant sur l’ouverture d’un entre-deux productif ? Quid de notre manière d’appréhender la mobilité des représentations ? Quid de l’apport décisif de Deleuze et de Guattari dans notre perception du phénomène spatial, au carrefour de la géocritique, certes, mais aussi à l’intersection des sciences humaines et sociales et des approches fictionnelles du référent « réel » ? En matière de spatialité, de philosophie et de théorie littéraire, est-il envisageable de dégager des intersections placées sous l’éclairage de la spatialité ? Peuvent-elles se nourrir réciproquement ?

Il y a là matière à réflexion, bien sûr, en l’année centenaire de la naissance de Deleuze et, bien plus modestement, 25 ans après la publication du volume collectif La géocritique mode d’emploi (2000) aux Presses universitaires de Limoges, dans lequel avaient été jetées les bases de cette méthodologie. Il est aussi de bonnes raisons de célébrer la mémoire de Deleuze à Limoges, dont l’université se trouve à un peu plus de 20 kilomètres à vol d’oiseau du cimetière de Saint-Léonard-de-Noblat où, en novembre 1995, le philosophe fut inhumé dans la tombe familiale de son épouse Fanny. À la médiathèque de Saint-Junien, à peine éloignée d’une trentaine de kilomètres de Limoges, une table ronde « hommage au philosophe Gilles Deleuze » a été organisée le 13 novembre 2025 sous la houlette de Lucien Coindeau, qui naguère avait assisté à l’un ou l’autre des séminaires de Vincennes. Elle rencontra un vif succès. Pour clore la manifestation, ses concepteurs avaient projeté un documentaire d’Émilie Deleuze, en présence de la réalisatrice. Indéniablement, le nom de Deleuze reste bien vivant dans les mémoires limousines.

Il était par conséquent légitime – pour ne pas dire hautement souhaitable – qu’un groupe d’universitaires se réunisse sur place, les 25 et 26 septembre 2025, sous la triple égide des universités de Szeged et de Limoges, ainsi que de l’Institut universitaire de France, afin de rendre hommage à la mémoire de Gilles Deleuze, de réfléchir à ce que pouvait signifier la géophilosophie, dont il partageait la paternité avec Félix Guattari, et, accessoirement, de se demander en quoi la géocritique entretenait un lien avec cette « géo-démarche » fondatrice. Treize pistes de réflexion sont issues de cette rencontre. Elles ont été creusées par autant de participantes et de participants.

Dans « Deleuze, McEnroe et la profondeur de l’espace », Bertrand Westphal se propose d’examiner, dans leur dimension intermédiale, « la nature géophilosophique de textes deleuziens qui ne seraient pas explicitement géophilosophiques » tout en questionnant les composantes géophilosophiques de la géocritique. Conscient de partager la passion de Deleuze pour le tennis et pour les champions des années 70 et 80 notamment, il se demande après le philosophe ce qu’il y a d’égyptien dans le service de John McEnroe, trois fois vainqueur à Wimbledon et quatre fois lauréat des Internationaux des États-Unis. Ouvrant « Quelques perspectives interdisciplinaires sur l’approche géocritique : frontières fantômes, linguistique cognitive et études du discours », Johannes Dahm rapproche la géocritique du « concept heuristique des frontières fantômes, du concept de géorécit, de la linguistique cognitive et de la linguistique discursive ». D’un point de vue spatialisant, quelque part entre géophilosophie et géocritique, il s’agit pour J. Dahm « de réfléchir à la manière dont les différentes disciplines et paradigmes, qui poursuivent – certes – des objectifs différents, peuvent s’enrichir mutuellement ». Sous un angle différent, mais complémentaire, Judit Karácsonyi prolonge cette exploration de la lisière et des seuils entre médiums dans « “Ajouter de l’espace à l’espace”. Ce que la novellisation littéraire fait du hors-champs ». Selon elle, « si l’espace se montre sur l’écran, tandis qu’il s’écrit dans la littérature, la novellisation sera forcément un phénomène qui relie, dans un geste ekphrastique, l’acte d’écriture à la perception de l’espace filmique ». Il s’agira alors, comme elle le note, d’activer « la réflexion philosophique et esthétique deleuzienne afin de repérer ces connexions ». On n’oubliera jamais que Deleuze fut aussi un homme de cinéma.

Dans « L’héritage naturaliste de Deleuze et Guattari. Quels possibles pour la géocritique et l’écocritique ? », Laurence Dahan-Gaida examine de près la façon dont Deleuze et Guattari ont cultivé le legs de la Naturphilosophie allemande afin de déconstruire la notion de territoire. Ce faisant, elle jette une passerelle en direction de l’écocritique et de la géocritique. Dans « Savoir défaire le monde par la cartographie. Réflexion sur les limites de la cartographie et arpentage sur les bords de la carte », Yvan Chasson détermine « la manière dont la redéfinition géocritique et géophilosophique du territoire, à partir de Deleuze et Guattari, ouvre la voie à une cartographie écologique capable de rendre visibles les interactions sensibles ». De la sorte, il dresse une cartographie qui suggère de « penser la carte non comme outil de maîtrise, mais comme dispositif perceptif et critique » débouchant sur une contre-cartographie largement écologique. À son tour, Isabelle Ost scrute la carte pour mieux « regarder le monde29 ». Dans « Du regard cartographique. Approche géophilosophique des rapports entre littérature et cartographie », elle aborde les cartes « déterritorialisées/déterritorialisantes » de Deleuze et Guattari, ainsi que la géocritique. Pour elle, les unes et les autres ont facilité « l’exploitation des fonctions épistémologiques et esthétiques de la cartographie ». Josep Marqués Meseguer poursuit une logique équivalente en appliquant le principe de la déterritorialisation et d’une reterritorialisation autre à l’espace catalan et, plus globalement, à la mer – surtout Méditerranée – dans « Regards géocritiques sur la mer dans la littérature française, catalane et l’art contemporain ». Dans cette optique, il privilégie l’essor d’un dialogue entre cultures en le nourrissant de considérations d’ordre géophilosophique.

Magali Nachtergael ausculte, dans « Techno-hétérotopies : poésie, espace numérique et géocritique avec Hortense Gauthier », les technotopies et techno-hétérotopies à partir de l’œuvre d’une performeuse particulièrement sensible à la traversée des paysages naturels. Sous cet angle, elle aborde « la relation imaginaire à la réalité géographique physique à travers l’expérience numérique (la technotopie) puis les espaces construits en dehors du maillage numérique ». Dans « Lignes capturées, lignes en fuite : les dispositifs de navigation urbaine à l’épreuve de l’infra-ordinaire », Didier Tsala Effa continue d’observer le basculement vers les technologies de l’extrême-contemporain, dont Deleuze et Perec avaient assisté aux prémices, sans avoir le temps d’en appréhender toutes les facettes. Il propose « de croiser les apports de Georges Perec, de la pensée philosophique de Deleuze et Guattari, et de la géocritique pour interroger les effets des technologies numériques sur notre manière de vivre et de représenter l’espace » et se demande si l’on peut « encore créer des lignes de fuite, explorer une poétique de l’errance, dans un espace hyperconnecté ». Inscrivant son étude intitulée « La géocritique, de Perec à Lefebvre ? » dans un examen du tournant spatial qui a été évoqué supra, François Coadou souligne l’extrême importance d’Henri Lefebvre et de Georges Perec dans le processus de construction d’un nouveau type de perception des espaces. Sur le plan philosophique et sociologique pour l’un, littéraire et sociologique pour l’autre, Lefebvre et Perec se rangent parmi les principaux précurseurs. Au demeurant, Lefebvre décéda deux mois à peine avant la parution de Qu’est-ce que la Philosophie ?

Dans « Visages et désirs : au croisement d’une géocritique des marges et d’une géophilosophie de la rencontre dans Iochka de Cristian Fulaş », l’un des grands écrivains roumains actuels, c’est en rapprochant/opposant Deleuze et Foucault que Juliane Rouassi en arrive à envisager, empruntant le sillage des coauteurs de Mille plateaux, que, dans l’amour, « Autrui n’est plus la “possibilité d’un monde effrayant” rendue possible par l’expérience du visage, mais un “ami” à qui on fait de la place dans son espace le plus intime ». Dans « Penser l’espace depuis Glissant : de la Relation archipélique à la critique de la spatialité deleuzo-guattarienne », Buata B. Malela opère un rapprochement entre Deleuze, Guattari et la « reconstruction conceptuelle de la spatialité dans la pensée d’Édouard Glissant ». Comme le précise l’auteur, « à travers les notions de Relation, de créolisation et d’opacité, la spatialité glissantienne apparaît comme dynamique, non totalisable, dépendante de configurations géohistoriques marquées par la traite et la colonisation ». Se pose ici, comme ailleurs, la question de la « détermination historique » des espaces pris en compte. Concluant ce volume par une réflexion consacrée aux devenirs géophilosophiques de la littérature, Timea Gyimesi interroge, dans « Géophilosophie et devenirs de la littérature : pour un épaississement du monde avec Ottó Tolnai », les formes contemporaines du « faire milieu » et montre comment l’œuvre d’Ottó Tolnai se déploie comme une pratique géophilosophique, à travers un dispositif d’agencements où littérature, arts plastiques, frontière, territoire et formes de vie sont sans cesse recomposés.

Quoi de plus ambitieux, pour nous, que d’oser croire que ce colloque, placé sous le signe de la géophilosophie et de la géocritique, ait su s’agencer aux lignes de force de Mille plateaux :

Mais, justement, ce qui nous intéresse, ce sont les passages et les combinaisons, dans les opérations de striage, de lissage. Comment l’espace ne cesse pas d’être strié sous la contrainte de forces qui s’exercent en lui ; mais comment aussi il développe d’autres forces et dégorge de nouveaux espaces lisses à travers le striage. Même la ville la plus striée dégorge des espaces lisses : habiter la ville en nomade, ou en troglodyte. Il suffit parfois de mouvements, de vitesse ou de lenteur, pour refaire un espace lisse. Et, certes, les espaces lisses ne sont pas par eux-mêmes libératoires. Mais c’est en eux que la lutte change, se déplace, et que la vie reconstitue ses enjeux, affronte de nouveaux obstacles, invente de nouvelles allures, modifie les adversaires. Ne jamais croire qu’un espace lisse suffit à nous sauver30.

Bibliography

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Notes

1 Jean Dubuffet, Bâtons rompus [1986], Paris, Minuit, 2021, p. 43. Return to text

2 Gilles Deleuze, Félix Guattari, Qu’est-ce que la philosophie ?, Paris, Minuit, 1991, p. 82. Return to text

3 Gilles Deleuze, Claire Parnet, Dialogues [1977], Paris, Flammarion, 1996, p. 8. Return to text

4 Gilles Deleuze, Félix Guattari, Capitalisme et schizophrénie 2. Mille plateaux, Paris, Minuit, 1980, p. 634. Return to text

5 Gilles Deleuze, Claie Parnet, Dialogues, op. cit., p. 66. Return to text

6 Gilles Deleuze, « Lettre à Réda Bensmaïa, sur Spinoza » [1989], in Pourparlers 1972-1990 [1990], Paris, Minuit, 2003, p. 223. Return to text

7 Agence nationale des titres sécurisés. Plateforme nationale des rendez-vous en mairie. En ligne : [https://rendezvouspasseport.ants.gouv.fr/deterritorialisation] (consulté le 25 mars 2026). Return to text

8 Gilles Deleuze, Félix Guattari, Qu’est-ce que la philosophie ?, op. cit., p. 112. On notera qu’il est question en cette page de géo-philosophie alors que le titre du chapitre IV est « Géophilosophie ». Voilà un trait d’union qui unit dans la diversité. Fernand Braudel, lui, avait d’emblée parlé de géohistoire, sans trait d’union. La première référence de ce dernier terme apparaît dans un article écrit en captivité, durant la Seconde Guerre mondiale : « Géohistoire : la société, l’espace et le temps ». Voir à ce sujet le très intéressant article de Guilherme Ribeiro, « La genèse de la géohistoire chez Fernand Braudel : un chapitre de l’histoire de la pensée géographique », Annales de Géographie, n° 2012-4 (686), 2012, p. 329-346. Return to text

9 Ce rapprochement a été pris en considération à l’issue d’un colloque, dans le recueil Modulation-Deleuze (Szeged, JATEPress, 2017) sous la direction de Timea Gyimesi. Return to text

10 L’un aimait à mentionner l’autre. Le Clézio cite Deleuze dans son roman Ourania, Paris, Gallimard, 2006, p. 51-52, lorsque Saramago (qui n’est pas écrivain), fumant un cigarillo, fait cette remarque au narrateur : « “Tu sais, les géographes et les anthropologues, c’est comme les artistes et les sociologues, ça n’a jamais fait bon ménage”. Puis, avec un petit rire entendu : “Ce n’est pas moi qui le dis, c’est un de tes compatriotes, le philosophe Gilles Deleuze” ». Return to text

11 Gilles Deleuze, Critique et clinique, Paris, Minuit, 1993, p. 11-17. « Quand Le Clézio devient-Indien, c’est un Indien toujours inachevé [...] », ou encore dans la note 2, p. 12 : « Dans son premier roman, Le procès verbal [...] Le Clézio présentait de manière presque exemplaire un personnage saisi dans un devenir-femme, puis un devenir-rat, puis un devenir-imperceptible où il s’efface. » Return to text

12 Pierre André Boutang, L’Abécédaire de Gilles Deleuze, entretiens de Gilles Deleuze avec Claire Parnet (1988-1989), Paris, La Fémis, 1995, à la lettre « V comme Voyage ». Return to text

13 Manola Antonioli, Géophilosophie de Deleuze et Guattari, Paris, L’Harmattan, 2003. Return to text

14 Mark Bonta, John Protevi, Deleuze and Geophilosophy. A Guide and Glossary, Édimbourg, Edinburgh University Press, 2004, p. 92-93 : « All too briefly, geophilosophy in WP [What is Philosophy?] posits that philosophy needs the contingent connection (not ‘conjunction’) between the absolute deterritorialization of a thought of radical immanence and a relative social deterritorialization constituting a milieu of social immanence ». Return to text

15 Voir Yvan Chasson, L’héritage psychogéographique. Esthétiques et pratiques littéraires et artistiques, thèse de doctorat en littérature comparée, soutenue à l’université de Limoges, le 5 décembre 2025. Return to text

16 Andrew Culp, Dark Deleuze [2016], traduit de l’anglais par Philippe Blouin, Paris, Éditions Divergences, 2020, p. 29. Return to text

17 Ibid., p. 54. Return to text

18 Cela relève du « processus » tel que le définissait le philosophe pendant son séminaire du deuxième semestre de l’année universitaire 1980-1981. Voir Gilles Deleuze, Sur les lignes de vie. Cours mai-juin 1980, édition préparée par David Lapoujade, Paris, Minuit, 2025, p. 42 : « […] un mouvement qui n’a ni objet, ni but, qui n’a qu’un seul objet : son propre accomplissement, c’est-à-dire l’émission des flux qui lui correspondent ». Or la quête de cette correspondance peut conduire à canaliser à outrance ce mouvement qui devient alors « mouvement de la pure destruction ». Pour le philosophe, « voilà qu’il y a fascisme ». Return to text

19 Gilles Deleuze, Félix Guattari, Mille plateaux, op. cit., p. 32. Return to text

20 Laurence Dahan-Gaida, Cartographie et littérature, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 2024, p. 18. Return to text

21 Bertrand Westphal, La Géocritique. Réel, espace, fiction, Paris, Minuit, 2007, p. 92. Return to text

22 Gilles Deleuze, Félix Guattari, Qu’est-ce que le philosophie ?, op. cit., p. 112-113. Return to text

23 Voir Gilles Deleuze, Cinéma 2. L’Image-temps, Paris, Minuit, 1985, p. 282-291 ; Deleuze, Guattari, Qu’est-ce que le philosophie ?, op. cit., p. 104-106 et 167. Return to text

24 Gilles Deleuze, Deux régimes de fous et autres textes (1975-1995), édition préparée par David Lapoujade, Paris, Minuit, 2003, p. 272. Return to text

25 David Lapoujade, Deleuze, les mouvements aberrants, Paris, Minuit, 2014, p. 39. Return to text

26 Ibid. Return to text

27 Ibid. Return to text

28 Ibid., p. 40. Return to text

29 Il s’agit du titre de son ouvrage le plus récent : Isabelle Ost, Regarder le monde. Littérature et cartographie, Paris/Sesto San Giovanni (MI), Mimésis, 2026. Return to text

30 Gilles Deleuze, Félix Guattari, Mille plateaux, op. cit., p. 624-625. Return to text

References

Electronic reference

Timea Gyimesi, Bertrand Westphal and Yvan Chasson, « Avant-propos », Épistémocritique [Online], 28 | 2026, . Copyright : Le texte seul, hors citations, est utilisable sous Licence CC BY 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.. URL : https://preo.ube.fr/epistemocritique/index.php?id=1254

Authors

Timea Gyimesi

GRALPhi, Université de Szeged, Hongrie

Timea Gyimesi est maîtresse de conférences HDR en littérature française et comparée. Elle dirige le programme doctoral Littératures et cultures françaises et francophones ainsi que la revue Acta Romanica. Ses recherches portent principalement sur les rapports entre géophilosophie et littérature, sur les interactions entre fait et fiction dans la littérature française contemporaine, ainsi que sur la littérature hongroise. Ses publications récentes : « Écotone et intercession : formes de résistance empathiques chez Marie Darrieussecq et László Krasznahorkai », dans J. Feyereisen et S. Parent (dir.), Utopia, Migration, Ecotone (Montpellier, PULM, 2026), « Quelle voix, quel peuple ? – Empathie et aventure conceptuelle dans La Mer à l’envers de Marie Darrieussecq », dans T. Gyimesi, D. Mistreanu et S. Freyermuth (dir.), L’empathie à l’épreuve dans les arts et les littératures de langue française (Szeged Humanities Press, 2025), « Pour une approche géophilosophique des univers entrelacés » (Caietele Echinox, n° 48, 2025), Déplacements et ritournelles dans la littérature contemporaine française et hongroise (Budapest, Akadémiai Kiadó, 2024 [en hongrois]).

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Bertrand Westphal

EHIC (UR 13334), Université de Limoges, Institut universitaire de France, France

Bertrand Westphal est professeur de littérature comparée à l’université de Limoges et membre sénior de l’Institut universitaire de France. Il est l’auteur d’une série d’essais parus aux éditions de Minuit, notamment, dont le premier fut La Géocritique (2007) et le dernier en date est Street Art. Paysage mental Récit mural (avril 2026).

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Yvan Chasson

EHIC (UR 13334), Université de Limoges, France

Docteur en littérature comparée depuis 2025, Yvan Chasson est membre associé du laboratoire EHIC (Espaces humains et interactions culturelles) de l’université de Limoges. Il a soutenu, sous la direction de Bertrand Westphal, une thèse consacrée au mouvement situationniste et à ses approches critiques, sensibles et expérimentales de la ville, intitulée L’héritage psychogéographique. Esthétiques et pratiques littéraires et artistiques. Formé à l’université de Quimper, à l’université de Limoges ainsi qu’à l’École nationale supérieure d’art et de design de Limoges, son parcours est marqué par une articulation constante entre recherche théorique et pratique artistique.

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