Michael Mackensen, Das severische Vexillationskastell Myd(---) / Gheriat el-Garbia am limes Tripolitanus (Libyen), II, Kastell, Steinbruch, Heiligtümer und Beobachtungsturm

p. 407-409

Référence(s) :

Michael Mackensen, Das severische Vexillationskastell Myd(---) / Gheriat el-Garbia am limes Tripolitanus (Libyen), II, Kastell, Steinbruch, Heiligtümer und Beobachtungsturm, Wiesbaden, Reichert Verlag (Münchner Beiträge zur provinzialrömischen Archäologie 11), 2024, 2 vol., 664 p., 118 €, ISBN 9783752006919.

Texte

Un premier volume, publié il y a trois ans, avait été consacré à ce fort dans la même collection : M. Mackensen, Das severische Vexillationskastell Myd(---) / Gheriat el-Garbia am limes Tripolitanus (Libyen), I, Forschungsgechichte, Vermessung, Prospektionen und Funde 2009-2010, Wiesbaden, 2021.

Cette suite fait penser à un passage de Tertullien qui s’était réjoui de voir que l’empire romain, de son temps, s’était étendu vers le sud (Adu. Iud., VII). Son affirmation est confirmée par le fait que, au temps de Septime Sévère, trois camps ont été construits et occupés par l’armée romaine, dans la partie méridionale de la Libye actuelle, à savoir Bu Njem, jadis fouillé par R. Rebuffat, Gheriat el-Garbia, objet de ces deux volumes, et Ghadames, dont l’importance a peut-être été sous-estimée par M. Mackensen, mais qui n’est connue que par une inscription.

Le camp de Myd[…] se situe à 280 km au sud de Tripoli, dans la zone du pré-désert, et il constitue un élément du limes Tripolitanae (regionis) attesté très tôt par l’épigraphie (IRT, 1053 = , 1985, 849 = 1992, 1758 = 1993, 1709) ; il fut érigé pour un détachement, une uexillatio, sur ordre de Q. Anicius Faustus, légat de légion entre 197 et 201, devenu sans doute, à notre avis, légat de province pendant son temps de commandement (mais c’est là un autre problème).

Le rempart, construit en moellons, mesurait 176 m sur 128 m, soit une superficie de 22 528 m2, ce qui convient à notre avis pour quelque 500 hommes. Il était flanqué de douze tours internes qui obéissaient à trois modèles : carrées quand elles étaient placées en milieu de mur, à pans coupés pour la porte prétorienne, avec arrondi externe pour la porte décumane (à raison de deux tours pour chaque porte).

L’intérieur du camp a laissé peu de vestiges. L’emplacement des principia a été repéré, ainsi que celui qui avait été attribué à un baraquement. Pour en revenir au centre du fort, M. Mackensen mentionne la groma-Torhalle. La désignation comme groma vient d’une inscription de Lambèse (, 1974, 723, a) qui, à notre avis, a été mal interprétée : le mot latin désignait l’emplacement au sol, une place ou une cour, comme on voudra, et pas le quadriportique qui l’entourait. Pour le reste, à savoir la demeure du chef de poste, les magasins, les thermes et l’hôpital, les auteurs en sont réduits à des hypothèses. L’approvisionnement en eau, si important en raison du climat, était assuré par un puits menant à une source et par des citernes.

L’épigraphie du site est assez riche et a profité de ces fouilles. C’est sur la base d’une statue de Julia Mamaea que fut trouvée une inscription endommagée où l’on ne lit que la moitié du nom du site : Myd[…]. En outre, un texte sur bois et des ostraka ont été découverts. Certes, il fallait les faire connaître, mais ils restent malgré tout moins riches que ceux qui ont été trouvés à Bu Njem (R. Marichal, Les ostraca de Bu Njem, LibAnt, Suppl. 7, Tripoli, 1992).

Pour le matériel, il fallait signaler ce qui était attendu, surtout la céramique : vaisselle de table, lampes à huile et amphores. On leur ajoutera neuf échantillons de bois. Une savante étude a classé les restes d’animaux qui ont vécu à Gheriat el-Garbia. On y a trouvé, comme partout dans le monde méditerranéen, des os de moutons, de chèvres et de porcs. Plus originaux, des gazelles et des dromadaires sont attestées : les premières pour leur chair, les seconds pour le transport.

La IIIe légion Auguste, comme on sait, a été dissoute en 238. Le camp et son environnement n’en ont pas moins continué de vivre et M. Mackensen a consacré de nombreuses pages à l’Antiquité tardive. Il pense que Gheriat el-Garbia est devenue au Bas-Empire les castra Madensia mentionnés par la Notitia Dignitatum (Occ., XXXI, 30).

Pour cette période, les analyses sont parfois plus poussées que pour la précédente.

Pour la céramique, on retrouve de la vaisselle de table, des lampes et des amphores, qui servaient à transporter du vin, de l’huile et du garum. Elles ont été l’objet d’une étude archéométrique ; leur analyse chimique a révélé la présence de fer, de potassium et de titanium.

En outre, ces divers conteneurs ont permis de reconstituer la végétation qui couvrait le site et aussi, sans doute, d’identifier des produits d’importation : des céréales diverses, qui formaient la base de l’alimentation de tous les humains, des olives, des figues et des piments (rappelons que la harissa, une sorte de crème qui est fabriquée à partir de ce type de poivrons, accompagne normalement l’alimentation des Libyens actuels).

Les fouilles du camp ont suscité une exploration de ses environs immédiats et trois types de monuments ont été repérés. 1/ À 80 m environ de l’enceinte, cinq bâtiments ont été vus. Deux d’entre eux, appelés GG2 et GG4, étaient des temples construits sur un plan simple : une salle rectangulaire comportait une abside sur l’un des petits côtés. On y a repéré en outre des débris de colonnes, des fragments d’inscriptions et un autel. Le tout semble bien remonter au iiie siècle de notre ère. 2/ De même, des nécropoles ont été identifiées. 3/ Reste un monument connu depuis un certain temps, situé à l’écart du camp, une grosse tour appelée burgus en latin, ce qui en est d’ailleurs le sens précis de ce mot (IRT, 895 ; IRT, 2021, 0895). Elle se trouvait en amont de l’oued Tula.

Pour finir, avant les pages attendues traditionnellement (bibliographie, etc.), M. Mackensen propose une synthèse proprement historique, donc chronologique. Il estime avec raison qu’il faut distinguer quatre périodes successives : avant Septime Sévère, de Septime Sévère à 238, la deuxième moitié du IIIe siècle et l’époque tardive qui va jusqu’au milieu duve siècle approximativement. Il traite, pour finir, le village berbère dont l’existence prolonge celle de Myd […].

Cette publication de haut niveau, par la qualité du contenu et du livre, pourra servir de modèle pour les publications de camps romains. Ce niveau d’excellence a été atteint grâce au principal auteur et à l’équipe de seize personnes qu’il a su rassembler autour de lui, regroupant historiens, archéologues, et spécialistes des sciences exactes. Les descriptions minutieuses sont rehaussées par des dessins et des photographies nombreux et de qualité ; l’illustration se situe à la hauteur du texte. De fréquentes comparaisons avec Bu Njem, le castellum Dimmidi (en Numidie) et d’autres fortins de Tripolitaine justifient les analyses.

C’est donc un très bon livre qui sera utilisé par les archéologues et aussi par les historiens.

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Référence papier

Yann Le Bohec, « Michael Mackensen, Das severische Vexillationskastell Myd(---) / Gheriat el-Garbia am limes Tripolitanus (Libyen), II, Kastell, Steinbruch, Heiligtümer und Beobachtungsturm », HiMA : revue internationale d'Histoire Militaire Ancienne, 14 | 2025, 407-409.

Référence électronique

Yann Le Bohec, « Michael Mackensen, Das severische Vexillationskastell Myd(---) / Gheriat el-Garbia am limes Tripolitanus (Libyen), II, Kastell, Steinbruch, Heiligtümer und Beobachtungsturm », HiMA : revue internationale d'Histoire Militaire Ancienne [En ligne], 14 | 2025, . Droits d'auteur : Le texte seul, hors citations, est utilisable sous Licence CC BY 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.. URL : https://preo.ube.fr/hima/index.php?id=2552

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Yann Le Bohec

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