Cet ouvrage entre dans la catégorie des beaux livres ou des livres d’art, comme on veut : il a été imprimé sur un papier de qualité, et le texte est accompagné par une iconographie abondante (environ 200 documents) et bien reproduite. L’appui du J. Paul Getty Museum, des U.S.A., explique en partie ce haut niveau.
L’auteur, connu pour ses travaux de numismatique, a eu un gros travail à effectuer car il dû rédiger un texte passablement long, puis des légendes pour chaque image. Un de ses mérites tient à ce qu’il est évidemment difficile de composer un texte structuré pour un auteur qui travaille sur du matériel amassé au hasard des circonstances, des achats et des découvertes archéologiques. Tout son mérite est dans cet effort de regroupement, de synthèse.
La matière est répartie entre huit chapitres.
L’ouvrage s’ouvre sur des « hors d’œuvre », une carte et une chronologie succincte. La carte (p. 8-9) est le seul élément qui est agaçant. Sous Trajan, il n’y avait pas de légion en Italie, les conquêtes orientales ont été immédiatement abandonnées (l’Empire n’a été augmenté de ces provinces qu’au temps de Septime Sévère), il y avait une solution de continuité entre les deux Maurétanies et il n’y avait pas encore de « Numidie », cette province n’ayant été créée qu’aux environs de l’an 200.
Une courte introduction s’ouvre sur des généralités, reprises dans la suite. À partir des exemples de deux soldats, Apion et Claudius Terentianus, le problème est posé : la raison d’être de l’armée était de faire la guerre et elle a permis de diffuser la citoyenneté romaine.
L’enrôlement commençait par le conseil de révision, où les jeunes gens passaient sous la toise, montraient leur possible aptitude au combat et déclinaient leur statut juridique. De là, ils partaient chacun pour son unité, ce voyage et l’argent le préoccupant au plus haut point. Deux tableaux présentent les salaires (p. 63) et les différents types de soldats (p. 71).
Le chapitre suivant, le 2, est consacré à une découverte faite en Italie, à Herculanum : on y a retrouvé le squelette d’un soldat mort en 79 dans l’éruption du Vésuve ; les archéologues ont, en outre, dégagé son glaive, son baudrier et une bourse qui contenait trois pièces d’or, des aurei, et 12 d’argent, des deniers.
On revient à des aspects plus généraux dans le chapitre 3, consacré aux centurions. Ils étaient issus du corps des immunes, en quelque sorte les sous-officiers, musiciens, secrétaires, comptables, et autres. L’exemple de Marcus Petronius Fortunatus est utilisé : cet homme a exercé quatre postes d’immunis suivis par treize centurionats, remplis dans autant de légions. Il a ainsi parcouru tout le monde romain. La place de ces officiers subalternes dans l’ordre de bataille est connue par des symboles gravés sur les inscriptions. Quelques paragraphes sont consacrés aux porteurs d’aigle, l’emblème de la légion, et aux uexilla, des étendards qui permettaient d’identifier les généraux.
C’est à leurs supérieurs, les officiers équestres et sénatoriaux, qu’est consacré le chapitre 4. Ils percevaient des salaires très élevés. Le cas de Pline l’Ancien est examiné. Ce propriétaire foncier du nord de l’Italie avait servi l’État jusqu’à devenir amiral (on disait : « préfet ») de la flotte de Misène. Les généraux devaient veiller sur l’exercice, comme le montrent les discours prononcés en Afrique par Hadrien, en 128. Les empereurs accompagnaient parfois les troupes à la guerre.
Les archéologues actuels préfèrent étudier l’équipement que l’armement : c’est une notion plus large, à laquelle est consacré le chapitre 5. À vrai dire, ce sont les armes qui sont le plus souvent dégagées par les fouilles archéologiques. Du côté de l’armement défensif, il faut commencer par les cuirasses. Au Teutobourg (Kalkriese), des archéologues viennent de dégager une cuirasse à lamelles, faite de plaques de métal disposées horizontalement ; on croyait jusqu’alors que ce type était apparu plus tard. D’autres unités, d’autres époques, ont vu proliférer les cottes de mailles, des tricots où le fil de laine était remplacé par du fil de fer. Les légionnaires utilisaient aussi des casques et des boucliers : l’iconographie permet d’en voir de différents types. Pour l’armement offensif, ils recouraient au couple gladius-pilum, glaive-javelot, alors que les auxiliaires avaient droit à la lance et à l’épée longue, hasta-spatha. Les archéologues ont réussi à montrer que les formes de tous ces objets ont suivi une évolution. Quelques paragraphes reviennent sur la caliga, la chaussure à clous qui a donné son surnom à l’empereur Caligula, « Petit Godillot », car son père lui avait fait confectionner un habit de soldat.
Le militaire est fait pour la guerre et c’est ce qu’illustre le chapitre 6. En campagne, il vivait sous la tente. Une série de paragraphes suit, dont l’ordre et la logique sont difficiles à cerner. L’impératrice Julia Domna, épouse de Septime Sévère, avait reçu le titre de mère des camps, mater castrorum. Les soldats, en campagne, souffraient de maladies diverses et des épidémies célèbres ont fait des ravages. En marche, ils construisaient chaque soir un camp. Quand ils se déplaçaient, ils étaient accompagnés par des serviteurs, esclaves ou libres. Après les combats, des médecins militaires soignaient les blessés, les morts étaient enterrés, les survivants se partageaient le butin et le général espérait avoir les honneurs du triomphe (au moins à l’époque républicaine).
Le lecteur revient au camp avec le chapitre 7. En (Grande-)Bretagne, les forts étaient souvent liés aux murs, d’Hadrien et d’Antonin. Ils y recevaient nourriture et boisson. Les épouses des officiers vivaient avec eux ; c’est ce que montrerait le cas de Sulpicia Lepidiana, qui avait accompagné son mari dans l’île. Elle est connue par une lettre célèbre qui a été retrouvée à Vindolanda, un poste où ont été retrouvées plus de mille tablettes recouvertes d’écritures. Nous ne sommes pas persuadé que l’épouse de l’officier a vécu à l’intérieur du camp.
Enfin, le chapitre 8 essaie de replacer le soldat dans la société. Il s’ouvre sur une découverte étonnante, deux cadavres d’hommes qui ont été assassinés à Canterbury ; on se croirait dans un roman de Sherlock Holmes ou d’Agatha Christie. Des soldats (une centaine) formaient la garde du gouverneur à Londres. Tous les auxiliaires et les marins recevaient des diplômes militaires (retour sur le sujet). Ils faisaient des testaments. Ceux qui avaient bien servi obtenaient l’honesta misssio qui leur donnait la citoyenneté romaine s’ils ne l’avaient pas déjà. C’est l’occasion de revenir sur la discipline, féroce, qui incluait des peines comme la décimation (un homme sur dix, tiré au sort, était exécuté).
Suivent des annexes : liste des empereurs, glossaire, notes, bibliographie et index.
Nous avons dit en introduction tout le bien que nous pensons de cet ouvrage, un beau livre rempli d’une excellente iconographie bien commentée, qui rendra service aux spécialistes et qui attirera l’œil des simples curieux. Parfois touffu, il ressemble à un jardin à l’anglaise plutôt qu’à la française.
